‹ A mes jeunes amisChapitre 9 sur 40 · L*ENFANT · texte numérisé non relu

L*ENFANT

O ma mère !

LA MÈRE

o douleur! ô lugubre journée !

Voyez-vous, mes en&ns, la cité consternée?

Tout un peuple en cortège, et tous nos toits en deuil , Et' tous ces bras unis pour porter un cercueil ?

l'enfant.

Nous ne les voyons plus !

LA MÈRE

Non; sous de sombres voiles La nuit comme la mort le dérobe à nos yeux; Non, le ciel attristé ne montre point d'étoiles, Mais des sanglots lointains dirigent nos adieux. Ainsi des roi» de l'air les cohortes hardies Ont suivi dans l'orage un aigle insurmonté ; Impatient des cieux et de la liberté,

Si la foudre a brûlé ses ailes agrandies , Il tombe y et^ d'un long cri proclamant leur douleur^ Les bataillons troublés s'abattent^ se confondent } Des échos orageux les soupirs leur répondent^ £tle deuil de la terre encense leur malheur.

Comme elle a retenti cette mort éloquente !

Quel cœur n'a tressailli de son dernier soupir ?

Quelle calamité frappante !

Quel courage assez dur pour ne la point sentir ? Inclinez- vous ^ priez devant cette ombre auguste ! Tous ses jours sont écrits dans ce funeste jour. Ah ! jugez si sa voix était la voix du juste ^ Puisqu'elle a pénétré dans notre humble séjour !

l'enfant.

Vous l'avez donc connu?

LA MERE

Jamais de sa présence Mes regards attendris n'ont goûté la douceur ; n attirait^ absent^ notre reconnaissance^

Et de son nom lui seul ignorait la splendeur.

Au sein de sa gloire éclatante

Son ame n'était pas contente } Il n'obtenait jamais ce qu'imploraient ses vœux. Ses vœux étaient si purs ! son ame était si belle l L'esprit qu'il combattait lui restait si rebelle ! Esprit d'un meilleur monde^ il va nous plaindre aux cieux.

l'enfant* Mère y étiez-vous moins pauvre?

LA IM^RE

' • Oui ! j^ayais l'espérance j

J'en palpitais pour vous^ poiu: notre belle France ; Ënfans ! je vous voyais libres dans l'avenir. Il n'est plus, rien n'est plus ; qu'allez-vous devenir?

l'enfant.

Pour qui faut-il prier ?

LA ITÈRE.

Pour ceux qui lui survivent, Ceux qu'à la terre encor de chers liens captivent; Pour ses jeunes rameaux qui croissaient près de lui ;

^ 51 cd Pour sa moitié mourante et qui n'a plus d'appui !

Vous Tavei vu passer sur un plus beau rivage ( i ) :

De ses jours courageux prolongeant les hasards j

Il allait d'un ciel pur essayer les regards ;

Oh ! rappelez-vous bien les traits de son visage !

La pâleur de son front faisait déjà frémir

Tous les cœurs qu'à présent vous entendez gémir.

Sur %^ pas chancelans quelle foule empressée !

Que d'amour ! Sa grande ame en était oppressée.

N'oubliez pas ce jour, le plus beau de vos jours;

Nourrissez-en mes pleurs , et parlez-m'en toujours !

l'enfant.

Toujours je mi'en souviens, ma mère \ sur la rive, Mon père qui courait m' élevait dans ses bras ; L'homme qu'on adorait n'avait point de soldats, n avait ses enfans, et l'on criait : « Qu'il vive ! Qu'il vive ! il est l'ami du pauvre vertueux ! » Moi, je criais aussi; car je voyais ses yeux Passage du général Foy à Bordeaux.

Répondre avec douceur à ces âmes contentes Qui jetaient devant lui leurs clameurs éclatantes. On suivit son navire y on le couvrit de fleurs : Il détourna ses yeux comme en cachant des pleurs. Partout des chants français appelaient son sourire : Son sourire était triste^ il paraissait nous dire : « Adieu ! vos vœux bientôt me seront superflus. » Ma mère! et c'est donc lui que je ne verrai plus?

LA MÈR£.

Pour la dernière fois la France l'environne.

Riche, pauvre, tout pleure à ce noble convoi^ Le méchant devant lui recule avec effroi, Devant lui le bonheur effeuille sa couronne.

Du haut d'un char léger tristement descendus , Pâlissans sous les fleurs qui brillaient sur leur tête , De jeunes fiancés ont oublié leur fête, Et dans le deuil public ils marchent confondus.

Que sur tous, à cette heure, une femme est à plaindre ! Quel lien glorieux se brise dans son cœur !

Que de femmes naguère enviaient son bonheur^

Et que le bonheur est à craindre !

Dans sa gloire funèbre^ oh! qu'elle doit souffrir! Au pied d'un lit désert sa douleur s'est cachée : Cestlà que, gémissans^ ses enfans Font cherchée^ Cest là que leurs sanglots l'empêchent de mourir.

l'enfant.

Ils sont donc orphelins ?

LA mèbe.

On le voit à nos larmes.

Sur son corps immobile on a posé ses armes ^ Ses armes que pour nous Dieu guida ta ut de fois , Avant qu'en ses discours Dieu répandît sa voix.

l'enfant.

Ses enfans ! ses enfans !

LA MERE

La France est leur égide ; Elle couve en son sein ces fruits faibles encor; Ils n'ont que des lauriers^ leur patrie et point d'or. L'ami du peuple est pauvre^ et sa gloire est rigide.

Nos maux étaient les siens, nos biens seront les leurs ; Uofïi*aude jaillira d'une source innocente;

£t la France reconnaissante

N'a point de stériles douleurs.

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