‹ à mes prêtres [microforme] (volume 2)Chapitre 1 sur 23 · MES CHERS COLLABORATEURS · texte numérisé non relu

MES CHERS COLLABORATEURS

Un ambassadeur étre" 2r, sortant du Sénat de Rome, disait : “ J'ai vu une assemblée \ : rois ” ; nous, nous pourrions surenchérir et dire en vous éc: vant : ‘“ Nous écrivons à des dieux, ego dixi: Dii estis. ”

Et ceci n’est pas un mensonge de rhétorique ; il est très vrai que nous sommes des hommes divins : Homo Deo mixtus, suivant la concision énergique de Tertullien. Nous pouvons même ajouter, avec saint Grégoire de Nazianze : ‘“ Nous sommes des dieux chargés de diviniser le reste de l'humanité, Deum existentem, Deos eficientes. ”

Le sacerdoce dont nous sommes revêtus étant le même que celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il y a dans notre dignité des points par où elle va se perdre dans l'infini. Aussi Saint Ambroise, après l’avoir comparée à celle des rois, des Anges, de Marie même, après l’avoir rapprochée de tous ces sommets et la trouvant plus haute encore, s’écrie : Sublimitas sacerdo-

lalis nullis Comparationibus potest adæquari. 11 avait raison ; car le prêtre, c'est le Christ * Sacerdos, alter Christus.

Nous sommes des créateurs, comme Dieu dans son éternité. Dieu dit à son Verbe : Filius meus es lu, ego hodie genui te. Nous montons à l’autel et, revêtus de la même paternité, nous pouvons adresser au Fils de Dieu tombé du ciel entre nos mains ces paroles : Ego hodie genui te. Seulement quelle

Nous sommes créateurs comme Dieu dans le temps. Au commencement Dieu dit : ‘“ Que la lumiére soit et la lumière fut, ” Sur la pierre sacrée du sacrifice, nous disons : “ Ceci est mon corps ”” et toutes les merveilles des six jours sont surpassées. La parole de Dieu suscite la création ; la nôtre, le créateur lui-même...

Notre mission est la même que celle de Jésus-Christ. Sicut misit me vivens Pater, et ego mitto vos.

Notre parole a l'efficacité de celle de Jésus et mérite le même respect : Ego sum lux mundi.. + Vos estis lux mundi.. . Qui

vos audit me audit.

Les mêmes égards nous sont dus : Qui vos recipit, me reci- Pit. Il y a entre Jésus et nous comme identificatinn de vie et de pouvoir : Ego t> baptizo.… Ego te absolvo. x allons jusqu’à dire: Hoc est + pus meum.

Comme la parole du Saint Curé d’Ars est vraie : “ Le prêtre ne se comprendra bien qu’au ciel ! ”

Nous pouvons alors comprendre pourquoi le roi Boleslas refusait de s’asseoir en présence des prêtres ; Pourquoi Constantin à Nicée se contentait d'une modeste place à leurs pieds.

Et si du respect des profanes nous passons au respect des saints, que pensaient-ils de ces hommes du sanctuaire ?

Saint François est pris de tels vertiges À la seule hauteur du diaconat qu’il ne veut jamais monter jusqu’au sacerdoce ;

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saint Cyprien se cache au moment de son ordination ; saint Athanase piend la fuite ; saint Grégoire se déguise en marchand pour s'échapper ; saint Ephrem contrefait la folie; saint Epiphane nous apprend que, dans son Eglise de Salamine, presque personne n’osait se laisser imposer les mains, et un Concile de Carthage fut obligé de rédiger des décrets contre ces rebelles sublimes de l'humilité, qui ne tremblaient pas sur les échafauds et qui tremblaient au seuil du Saint des Saints : Pavete ad sanctuarium meum.

“Ah! mon ami, disait le saint Curé d’Ars, qui se préparait à la prêtrise, que c’est effrayant d’être prêtre ! La confession ! Les sacrements ! Quelle charge ! Si l’on savait ce que c’est que d’être prêtre, on s’enfuirait comme les saints dans les déserts, pour ne l’être pas. ”

“ La dignité sacerdotale, disait saint Ephrem, est pour moi un miracle stupéfiant ; elle dépasse tout ce que l’on peut concevoir. ”

Saint Ignace d’Antioche, écrivant aux fidèles de Smyrne, disait : ‘ La dignité sacerdotale est la cime la plus haute à laquelle on puisse arriver ici-bas : Omnium aj *.”

Et saint Jean Chrysostôme : ‘ Les rayons du soleil sont moins purs que ne doit l'être une âme sacerdotale. ”

Saint Isidore de Séville affirme que “ celui «ni a charge d'âmes, necesse est ut in omnibus sanctus s? et in n° lo reprehensibilis.

Selon saint Denys, le sacerdoce est une dignité infinie Angelica, imo divina est dignitas. C'est pourquoi il appelle le prêtre : ‘un nomme divin» : Qui sacerdotem dixit, divinum insinuat virum.

Saint Bernardin de Sienne ne craint pas de dire avec une sainte hardiesse mêlée de respect filial : Virgo benedicta, excusa me quia non loquor contra te; Sace:dotum Filius tuus præltulit super te.

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En un mot, conclut saint Ephrem : La dignité sacerdotale surpasse tout ce que l’on peut concevoir, ezcedit omnem cogitalionem donum dignitatis sacerdotalis.

De tout cela il faut conclure que la sainteté et le sacerdoce sont deux choses inséparables pour les prêtres de la Nouvelle Alliance, continuateurs de l’œuvre de Jésus-Christ. Si nous sommes prêtres, nous le sommes comme représentants de Notre- Seigneur Jésus-Christ lui-même et perpétuant sor: ministère. Le prêtre doit done reproduire en lui, d'aussi près que possible, la perfection, les sentiments de Jésus-Christ. Par ses vertus comme par ses fonctions, il doit être un autre Christ. Il faudrait qu’en le voyant on reconnût la véritable image du Sauveur, Figura Christi, selon l'expression si juste de saint Thomas. Chacun de nous devrait tellement ressembler au Divin Maître qu'il fût en droit de dire à ses frères comme saint Paul : Tmitatores mihi estote sicut et ego Christi ; imitez-moi,vous serez sûrs d’imiter Jésus-Christ. ” €

Saint Jérôme rapporte qu’au temps de saint Jacques de Jérusalem, on faisait le voyage de la ville sainte pour contempler l'Apôtre, à cause de la frappante ressemblance qu’il avait avec le Sauveur. Nous devons former le Christ dans notre vie afin que, lorsque les fidèles voudront le voir, ils n'aient qu’à nous regarder. Quelles grâces pour ces fidèles s'ils pouvaient nous dire avec de divins respects : Christus in vobis est ! Quelle force pour nous, chargés de former le Christ dans les autres, si nous le sentions agir, palpiter en nous-mêmes : Christus in me loquitur !

Cette sainteté si impérieusement exigée par notre caractère sacerdotal, ne l’est pas moins à raison des grandes œuvres que nous devons accomplir et de la difficile mission qui nous est confiée. Comment serons-nous la lumière du monde, le sel de la terre, comment convertirons-nous les peuples, si nous ne valons pas mieux qu'eux ? ‘“ Un saint fait un saint,” disait saint Vincent de Paul ; et saint Philippe 4e Néri ajoutait : ‘“ Donnez-moi dix prêtres saints et je renouvellerai la face du monde. ”

Des prêtres saints ! C'est ce que vous devez ‘ravailler à devenir ; c’est ce que Nous voudrions vous vo. Aussi * . us avons voulu consacrer quelques heures de loisir À trr : ces lignes qui vous rappelleront les moyens à prendre pour arriver à la sainteté sans laquelle vous ne ferez point de bien dans vos paroisses, sans laquelle vous ne serez jamais heureux ni en ce monde ni en l’autre,

Le travail que Nous Nous so :s imposé pour réunir et vous exposer ces conseils, Nous : ‘1: aussi utile qu'agréable : car quand on rappelle aux autre. ‘ .:8 obligations sacrées, on se souvient des siennes ; quand on travaille à panser les plaies de leurs âmes, on sent mieux les siennes.

Nous espérons que les vérités que renferment ces pages ne tomberont pas inutilement de Notre cœur dans le vôtre et l'idée qu’elles vous feront peut-être quelque bien fait Notre joie.

Nous vous envoyons ce travail demandant à Dieu de le bénir. Lui seul donne à la parole humaine la lumière qui éclaire et la vertu qui console.

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