‹ à mes prêtres [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 23 · L'ESPRIT SURNATUREL · texte numérisé non relu

L'ESPRIT SURNATUREL

1. — Les prêtres employés au saint ministère ne perdront jeinais de vue la fin de leur sainte vocation qui est de procurer la ,loire de Dieu, d’abord en travaillant à leur sanctification personnelle, puis en se consacrant à la sanctification du prochain.

Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimus, disaient les apôtres ; orationi d’abord, puis minislerio verbi ; la cause avant l'effet, la sainteté et les grâces qui fécondent le travail avant le tre vail lui-inême.

Souvenez-vous de la recommandation de saint Bernard : soyons des réservoirs et non des canaux ; le prêtre ne donne que de son abondance, en un mot : il n’y a que le saints qui

soient des instruments de sanctification pour les âmes. “ Sanc: tifico meipsum ut sint et ipsi sanctificati in veritate.”

2. — Ils règleront tellement leur temps et leurs occupations que, tout en s’adonnant avec une généreuse ardeur aux fonctions pastorales et aux œuvres de zèle, ils n’en arrivent jamais à négliger leurs propres intérêts spirituels.

3. — Dans toutes leurs actions, ils feront en sorte d’avoir une intention droite et de se diriger par des vues vraiment surnaturelles. La crainte des peines et l’espérance des récompenses éternelles sont de puissants motifs dont ils peuvent et dont ils doivent même s’aider ; mais ils se proposeront surtout de plaire à Dieu, soit à cause de sa bonté infinie, soit à cause de l'amour dont il les a aimés gratuitement le premier et dont il ne cesse de multiplier les preuves.

4.— Dans les circonstances assez fréquentes où le devoir ne s'impose pas clairement et où ils ont cependant à prendre une détermination, surtout une détermination de quelque importance — qu’il s'agisse de leur vie personnelle ou des intérêts de leur paroisse — voulant se conduire en hommes de foi, ils commenceront par se recueillir devant Dieu et par implorer ses lumières ; puis, après s'être établis dans une complète indifférence relativement aux diverses solutions qui se présentent, ils se demanderont loyalement non pas ce que leur conseillent la nature, l'intérêt, le caprice, le goût et l'impression ; mais ce qui peut le plus contribuer à la gloire de Dieu, au bien de leur âme et des âmes qui leur sont confiées, ou encore ce qu'ils suggéreraient, dans une circonstance semblable à un étranger dont ils auraient à cœur l’avancement spirituel ce qu’ils voudraient eux-mên.es avoir décidé quand ils arriveront au moment de la mort et quand ils paraîtront au tribunal de Dieu. Ils pourront alors suivre en toute confiance le parti qu’ils auront ainsi choisi, avec la persuasion fondée qu’ils sont dans la voie où les veut la Providence.

5. — Disciples et ministres de Jésus-Christ, ils auront sans cesse sous les yeux leur Divin Modèle qu'ils s’efforceront chaque

jour de connaître plus intimement, afin de l’aimer de plus en plus et de le reproduire autant qu’il leur sera possible avec le secours de la grâce.

Ils se rappelleront qu’ils ont pour doctrine les enseignements de Jésus-Christ, pour règle la loi de Jésus-Christ, pour idéal la vie de Jésus-Christ, pour force principale la force de Jésus- Christ, pour but de leurs efforts l'établissement, l'extension ou la défense du règne de Jésus-Christ, pour récompense en perspective, au terme de leur carrière sacerdotale, la participation au triomphe éternel de Jésus-Christ.

6. — Non contents de vivre constamment dans un esprit de renoncement et de mortification qui est l'esprit même de l'Evangile, à l'exemple de tous les saints, ils auront en grande estime les pratiques de pénitence extérieure qui ont été en usage dans tous les siècles chrétiens et qui sont puissamment efficaces pour vaincre la nature, expier le péché et renforcer la prière. Sauf le cas d’un véritable empêchement, ils observeront fidèlement celles qui sont imposées par l’Eglise et ils auront à cœur d'ajouter à cette mesure commune, fixée pour l’ensemble des fidèles, celles que leur piété et leur zèle pourront leur inspirer, à cette double condition toutefois, qu’elles ne nuiront ni à leur santé ni à leur ministère.

7. — Persuadés que l'Eglise hiérarchique, étant la véritable épouse de Jésus-Christ, est animée du même esprit que son Divin Fondateur, les prêtres auront à cœur de s'inspirer toujours de l’esprit même de l’Eglise ; ils se montreront toujours dociles à ses enseignements ; le sens catholique et la piété filiale leur inspireront des sentiments et un langage aussi affectueux envers le Souverain Pontife et ils ne cesseront de faire des efforts pour le faire entourer du respect et de l'affection des fidèles confiés à leurs soins.

Fidèles aux promesses solennelles de leur ordination, les prêtres se montreront constamment respectueux et soumis, déférents et dévoués envers leur évêque qu’ils considéreront, après le Souverain Pontife, comme le représentant de Jésus-

Christ. Qu'ils soient toujours persuadés au’ils feront la volonté de Dieu et qu’il fera la leur, and ils feront celle de leur supérieur.

Ils ne peuvent ignorer que l’évêque, ayant un véritable pouvoir législatif, ils sont tenus en conscience à observer les statuts, mandements et ordonnances de l’Ordinaire, qu’ils doivent veiller non seulement à les exécuter mais à les faire exécuter fidèle-

ou à les censurer, à chercher les raisons pour les justifier que des prétextes pour les condamner.

L’humilité doit leur faire penser qu’en raison de leur situatiom, les dépositaires de l’autorité ont autant et plus de lumières qu'ils en ont eux-mêmes ; la charité doit leur faire supposer qu’ils ne veulent et ne cherchent que le bien; Ja foi

Vous connaissez le mot de Bossuet : ‘ L’obéissance est trop curieuse qui examine les causes du Commandement ; elle ne doit avoir des Yeux que pour considérer son devoir. ”

Ils n’oubliront Pas que l’évêque a besoin de consolation et d'appui; car sa mitre est doublée de peau de chagrin et sa croix d’or est souvent une croix de plomb.

le vrai pasteur pour attirer sur son ministère les bénédictions du ciel.

Autant il faut louer la prudence et le désintéressement du prêtre qui, épuisé.par l’âge, les fatigues ou les infirmités, dépose une charge devenue trop lourde, qu’il ne pourrait conserver sans souffrance pour les âmes et sans détriment pour les œuvres, autant il faudrait regretter la détermination du prêtre qui, encore en pleine force, pour goûter dans le repos les douceurs d’une vie plus facile, abandonnerait le saint ministère et tromperait ainsi les espérances de l'Eglise.

9. — Du jour où ils auront accepté charge d’âmes, ils ne perdront jamais de vue la responsabilité qu’ils ont assumée devant l'Eglise et devant Dieu. Ils étendront leur dévouement à toutes les âmes qui leur sont confiées, sachant que de toutes sans exception ils auront à rendre compte au tribunal de la justice divine.

Après la prière et les exercices des vertus solides et véritables, ils comprendront sans peine que le premier moyen d’exercer une influence salutaire sur les âmes est de répandre autour d’eux le parfum d’une vie exemplaire, jugeant, à la suite du Concile de Trente, que l’exemple est une sorte de prédication continuelle, qu’il est souvent plus efficace que la parole, qu’il peut ‘Astruire et convaincre ceux-là même que la parole n’atteint pas ou laisse insensibles.

Ils se défendront avec soin de toute attache immodérée aux biens de ce ronde, à ce misérable argent pour lequel Judas & trahi Notre-Seigneur. Il n’est guère de défaut que le monde pardonne aussi peu au prêtre, car si lui-même est avide de ces biens, il sait comprendre que nous ne devons pas lui ressembler. Par suite, il n’est guère de défaut qui aliène davantage à un pasteur ses paroissiens et il n’est guère de vertu qui les lui gagne plus que le désintéressement. On pardonne beaucoup au prêtre désintéressé, généreux. Il peut avoir des défauts de caractère, des vivacités, d’autres faiblesses encore ; sans doute son ministère n’y gagnera pas ; mais on passera assez fac:lement

sur ces défaillances. Mais si on peut dire de lui qu’i aime

l'argent, qu'il remplit ses fonctions saintes en vue du gain qu’il

peut en tirer, lucri gratid, il ne doit plus compter sur les sympa-

thies. Jamais il ne sera populaire, pourvu qu’il ne devienne pas

odieux et insupportable. 11 ne faut pas alors s'étonner d’en-

tendre saint Philippe de Néri dire à ses disciples : “Souvenez-" Vous-en, si vous voulez faire du fruit dans les âmes, ne touchez

Pas aux bourses ” ; et ajouter: “ Donnez-moi dix personnes

vraiment détachées et avec elles je me fais fort de convertir

le monde. ”

Rappelez-vous ces paroles de l’Ecclésiastique que nous lisons si souvent au Bréviaire : Beatus homo qui inventus est sine macul@ et qui post aurum non abiit nec speravit in pecuniä et thesauris. Quis est hic et laudabimus eum ? Fevit enim mirabilia in vitâ suâ. ‘“ Heureux l’homme qui a été trouvé sans tache, qui n’a pas couru après l'or, qui n’a pas mis son espérance dans l’argent ni dans les trésors d’ici-bas. Qui est celui-là ? Nous le loueront parce qu’il a fait des choses merveilleuses peadant sa vie. ”

Ce défaut chez vn prêtre est aussi odieux qu’inexplicable, Saint Charles Borromée l’appelle la racine de tous les maux : Omnibus radix malorum avaritia. Avaro sacerdote quid scelestius ? quid turpius ? quid detestabilius ? quid perniciosius Unquam excogitari potest ? ”

Et d’où peut venir cette passion étrange chez uu prêtre ? Notre-Seigneur nous le dit dans son Evangile ; elle procède de l’intérieur du cœur : Ab intus enim corde. avaritiæ, nequitiæ...” Et saint Bernard nous en fait comprendre la nature. “C’est, dit-il, une certaine étroitesse de cœur engendrée par l’amour de soi-même, et son contraire c’est cette largeur d'âme qui crée l’amour de Dieu et du prochain.” Par conséquent le prêtre qui tient à l'argent, :’aime lui-même avant tout et cet amour déréglé rétrécit son cœur ; il en fait un égoïste.

Ne vous laissez donc jamais prendre par l’amour de l'argent ni entraîné par l’avarice. Demandez à Dieu avec le Roi Pro-

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