‹ à mes prêtres [microforme] (volume 2)Chapitre 20 sur 23 · I. — La Prédication · texte numérisé non relu

I. — La Prédication

Le ministère du prêtre est divinement caractérisé par ces adorables paroles de Jésus-Christ : Vos estis lux mundi ; vos estis sal terræ. Or le prêtre est la lumière du monde par la prédication de l'Evangile ; il est le sel de la terre parce que la parole sainte qui tombe deses lèvres est ie grand remède offert. au monde par le Divin Maître pour empêcher la corruption des âmes, pour la guérir là où le démon a su la faire pénétrer.

Tous, vous savez qu’une de vos principales obligations conste À annoncer la parole de Dieu. “ Malheur à moi, dit l’Apôtre, :’ je ne prêche pas l'Evangile, væ mihi! c’est pour moi plus qu'un devoir, c’est une nécessité, necessitas mihi incumbit.

‘ Que tous ceux qui ont charge d’Âmes, dit le Concile de Trenet aient soin, au moins tous les dimanches et fêtes solennelles, de pourvoir, par eux-mêmes ou par d’autres personnes capables, s’ils en sont légitimement empêchés, à la nourriture spirituelle des peuples qui leur sont confiés, leur enseignant ce qu'il leur est nécessaire de savoir pour leur salut, leur parlant brièvement et en termes clairs, des vices qu’ils doivent éviter et des vertus qu’ils doivent pratiquer pour échapper aux peines éternelles et obtenir la gloire céleste. ”’

Tous ceux qui ont charge d’âmes sont donc tenus de prêcher tous les dimanches et fêtes solennelles et ceux qui manquent d’une manière notable à cette obligation pèchent grièvement.

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Et pour être en mesure d'exercer cette importante fonction avec intérêt et profit pour les âmes:

a) vous ne devez jamais monter en chaire sans une préparation sérieuse. Que voulez-vous faire, en effet ? Persuader, convaincre, convertir, c’est-à-dire, faire le siège de la liberté humaine, travailler à la conquête la plus difficile et la plus ardue. Vouloir et prétendre réaliser cette conquête sans un travail sérieux, approfondi, c’est plus qu’imprudent, plus que présomptueux. Sans travail sérieux de préparation, on flotte au hasard, on effleure le sujet, on perd la trace de son idée ; la justesse manque aux applications, la vérité aux tableaux, la vigueur à l’argumentation. Avec des armes aussi imparfaites, comment faire le siège de la liberté et s’en emparer ?

Puis la dignité de la parole divine exige cette préparation. La parole que vous êtes tenus de distribuer aux fidèles est la parole de Dieu : Verbum Dei. Or la parole de Dieu est l’Eucharistie des intelligences. Traiter l'Eucharistie avec négligence, sans gêne, sans .lélicatesse, est une manière d'agir indigne d’un prêtre et bien voisine de la profanation, de même traiter la parole de Dieu sans gêne, c'est-à-dire, sans préparation, sans travail préparatoire sérieux, c’est la profaner, c’est traiter d’une manière indigne le Verbe de Dieu qui revêt sur nos lèvres la parole humaine pour arriver aux âmes.

Parce que certains prêtres possèdent une facilité naturelle d'expression, une imagination vive et féconde, ils ne doutent jamais de leur aptitude pour prêcher. Ils parlent sans préparation, mais que disent-ils ? Quel fruit retirent les fidèles d’une instruction qui n’a pas de fond et qui ne consiste que dans une phraséologie qui est de nature à faire gémir les hommes instruits et à laisser dans son ignorance un peuple avide de la vérité qu’on ‘ui refuse.

Mais on dit : “ plus c’est simple, mieux cela vaut. Mes auditeurs sont si peu instruits ! ”?

Rien n’est plus vrai, mais en même temps il est indiscutable que rien ne donne autant de travail que la simplicité. Moins

nos auditeurs sont instruits plus nous sommes condamnés au travail ; moins ils sont éclairés, plus il faut que la doctrine soit lumineuse et la parole transparente ; rien d’obseur, d’équi: voque ou de trop brillant ne doit s’y rencontrer ; tout ce qu porterait une de ces empreintes serait insaississable. Or une netteté si limpide, une simplicité si pure et si compréhensible ne s’obtiennent pas sans de sérieux efforts.

On est tenté de dire encore : ‘ Les auditeurs ne remarqueront pas ce travail ; ils n'y seront pas sensibles. ”

Ils ne remarqueront peut-être pas les efforts de votre travail, mais ils en remarqueront et ils en sentiront les effets. L'effet d’un travail sérieux est de présenter aux intelligences une excellente nourriture : et nous avons beau dire, quand le pain est bon, nous ie savons, quelle que soit notre ignorance du métier du boulanger qui nous l’a préparé. En la matière dont nous parlons, croyons que, pour apprécier, il n’est pas besoin d’un sens intellectuel très cultivé ; 12 bon sens suffit. Et d’ordinaire nos auditeurs sont de bons juges.

Vous devrez composer vos sermons aux pieds de votre crucifix, en présence de Notre-Seigneur ; car ces instructions doivent être autant le fruit de vos prières que le fruit de votre travail. Suivez le conseil de saint Augustin : Oret sacerdos ut sermonem bonum dat in os ejus. Il est juste que celui qui va parler au nom de Dieu demande à Dieu la lumière et la grâce pour s'acquitter digner t de sa charge.

Le ;::tre en chaire tient la place du Fils de Dieu comme il le fait ? ‘autel. Par conséquent, il y sera modeste, sans arrogance, sans fiel, sans malice : il rejettera loin de lui toute idée, tout désir de plaire et de se faire un nom ; la vanité en chaire, c’est le poison qui gâte tout ; c’est le ver qui s'attache à la semence et qui la tue, sans lui permettre (le prendre racine.

Sans doute, il vous faut tonner contre le péché et foudroyer les vices, mais il faut aussi que vous ayez compassion des pécheurs, comme le médecin qui compatit au malade pendant qu’il combat la maladie. Il faut éviter dans la chaire de débattre

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des griefs purement personneis, de misérables questions d'amourpropre ou d'intérêt. Si jamais vous êtes vraiment obligés de parler de vous en chaire, exprimez-vous alors en peu de mots, sans passion, sans aigreur ni esprit de contestation, de sorte qu'on ne puisse pas soupçonuer que vous obéissez à un sentiment d’orgueil ou d’änimosité ou bien à un motif d'intérêt. Suivez toujours le conseil de l’Apôtre : Consolamini pusillanimes, suscipite infirmos, patientes estote ad omnes.

Dans tous vos prétendus adversaires, quels qu'ils soient, aimez à voir beaucoup moins des ennemis À écraser que des frères errants à ramener dans le droit chemin et ne vous permettez jamais contre eux, en chaire moins qu'ailleurs, un ton violent, prévaricateur ou moqueur des railleries ou des insinuations malveillantes, en un mot, rien de qui serait de nature à froisser leur susceptibilité légitime. Que dans toutesvos paroles à l’égard de ceux qui ont besoin de pardon, on sen te le vrai prêtre, c’est-à-dire, l’homme qui représente auprès de l’humanité déchue la miséricorde de Dieu.

Mettez done toujours la bonté au service de la vérité. Qu’un langage sans aigreur soit chez vous l’expression d’une âme sans amertume. Les paroles qui blessent ne sont pas faites pour éclairer, attendrir et améliorer. Quand un homme se noie, on ne le sauve pas en lui jetant des pierres ou en lui montrant le poing, mais en lui envoyant de bons conseils ou en lui tendant la perche.

Il y a mille fois plus d'avantages à supplier qu’à ordonner, à exhorter qu’à réprimander, à convaincre qu’à violenter, à épargner qu’à frapper. En somme il faut toujours revenir à la méthode persuasive qui est de toutes les méthodes la plus humaine, la plus apostolique, la plus bienfaisante et la plus féconde.

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