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NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE

Le besoin de prier naît avec nous et toujours il demeure en nous comme un merveilleux soutien au milieu des tristesses de notre vie. Celui qui connaît Dieu avec sa puissance suprême et sa bonté infinie et qui comprend sa faiblesse et son néant, ne peut s'empêcher à certains moments, surtout quand il est brisé par la tristesse, meurtri par la douleur ou menacé par le danger, de pousser un cri d'appel à la Toute-Puissance qui, seule, peut le secourir, et ce cri, c'est la prière. Ce cri de l'âme est un aveu de notre faiblesse et en même temps c'est une marque de notre confiance en notre Père céleste. Ce qui a fait dire justement que la prière " est l'aveu d'une indigence qui espère. "

Et Dieu, il a toujours voulu que nous recourrions à sa libéralité. Il veut ne rien nous refuser mais à la condition que nous lui demandions tout. " Demandez et vous recevrez, petite et accipietis." (Jean xvi) Demander pour recevoir, voilà la loi et, parmi les commandements que Dieu nous a donnés, il n'y en a pas de plus précis.

Cette loi de la prière date de l'origine du monde. Ouvrons l'Ancien Testament et nous verrons que le Saint Esprit s'y attache d'une manière toute particulière à nous faire comprendre que la prière est notre lumière dans le doute, notre force dans la faiblesse, notre consolation dans la peine, notre soutien dans le péril et les maux de la vie, l'unique moyen de rendre à Dieu la, gloire, les hommages et les actions de grâces qui lui sont dues à cause de ses infinies perfections et des bienfaits sans nombre qu'il ne cesse de répandre sur nous.

Les Livres Saints sont remplis des supplications des patriarches et des prophètes ; et les prières ferventes d'Abraham, de Moïse, de David et de tant d'autres saints personnages de l'Ancienne Loi sont un témoignage de la grande et antique loi de la prière.

David comprenait si bien la nécessité de la prière qu'il priait en tout temps, tantôt pour appeler Dieu à son secours contre les pièges de ses ennemis : " Deus in adjutorium meum intende, " tantôt pour le remercier des grâces qu'il lui accordait ou pour bénir son saint nom : " O mon âme, s'écrie-t-il à chaque instant, bénis le Seigneur, benedic anima mea Domino. "

C'est la prière qui fut la force de Moïse, la ressource de sa foi, le secret de son courage, l'unique défense que ce grand législateur présentait humblement à Dieu pour fléchir sa colère et obtenir le pardon de son peuple.

C'est la prière qui sauva Ninive de la ruine que Jonas lui avait annoncée ; c'est elle qui délivra Béthulie des soldats d'Holopherne, Jérusalem des menaces de Sennachérib ; c'est elle qui donnait à Josué ses victoires, à Gédéon son indomptable énergie, à David son audace contre ce géant philistin qui insultait le peuple de Dieu et que le jeune pâtre terrassa de sa fronde.

Pendant la captivité de Babylone, c'est elle qui sauva Daniel de la fureur des lions, qui préserva les trois jeunes hébreux dans la fournaise ardente, qui justifia Suzanne accusée de crimes par des juges prévaricateurs ; Esther et Mardochée n'eurent pas d'autres armes pour triompher de la colère d'Assuérus et empêcher l'exécution de cet édit sanglant qui ordonnait l'extermination de la race juive.

Toutes les grandes choses qui se firent en Israël ne s'accomplirent que par le secours de la prière.

Si de l'Ancien Testament nous passons au Nouveau, nous y trouverons des témoignages, encore plus expressifs et plus frappants, de la 'nécessité de la prière. Cette nécessité, Jésus nous l'insinue presqu'à chaque page de l'Evangile. En parcourant les villes et les bourgades de la Judée, il ne se lasse pas de redire à ses nombreux disciples et aux foules nombreuses qui venaient l'entendre. " Il faut toujours prier, oportet semper orare ; " " C'est moi qui vous le dis, demandez et vous recevrez, petite et accipietis. " (Luc xi) " Si vous demandez quelque faveur à mon Père en mon nom, vous serez exaucé. "

Qu'il est consolant pour nous d'apprendre, au sein de notre indigence et de notre néant, que nous n'avons qu'à nous adresser

à Dieu pour obtenir tout ce que nous demanderons. Et ce qui doit être le comble de notre bonheur, c'est que Dieu s'engage à se rendre à tous nos désirs justes et raisonnables sans exception ; " Demandez-moi ce que vous voudrez et je vous le donnerai, pete a me quod vis et dabo tibi. " (Marc vi)

De nous-mêmes, nous ne sommes que poussière, faiblesse et néant ; cependant nous avons des ennemis nombreux et puissants qui ne travaillent qu'à nous perdre. Si nous sommes livrés à nous-mêmes nous serons infailliblement perdus, notre perte est assurée ; nous n'avons d'autres ressources que de nous attirer la protection du ciel et cette protection, nous ne pouvons l'obtenir que par la prière. C'est ce que le Divin Maître s'est attaché à nous faire comprendre au jardin des oliviers quand il dit à ses Apôtres : " Veillez et priez, afin que vous ne succombiez pas à la tentation ; " c'est-à-dire , vous êtes faibles et l'ennemi est fort ; la prière vous est nécessaire afin de ne pas tomber entre ses mains.

Jésus savait quelle tâche gigantesque serait celle des Apôtres et, après les avoir quittés pour monter au ciel, il ne sera plus là pour les soutenir. Aussi au soir du Jeudi Saint, après l'institution de la Sainte Eucharistie, il leur dit le moyen infaillible qu'il allait leur laisser pour obtenir la grâce, l'arme toute puissante avec laquelle ils vaincraient leurs ennemis ; et ce moyen, cette arme, c'est la prière : " En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera. "

Et Jésus ne n'est pas contenté de prêcher par ses paroles la nécessité de la prière, il le fit encore par ses admirables exemples : " Cœpit facere et docere. "

En présence du tombeau de Lazare, avant d'opérer sa résurrection, Jésus-Christ lève les yeux en haut et fait monter vers le ciel le précieux encens de sa prière qui est favorablement accueillie de la part de son Père : " Pater, grattas tibi ago quia audisti me. " (Jean xi)

Souvent fuyant les bruits du monde, il allait demander un abri au désert et à la solitude et là, dans un divin ravissement, que

lui procurait son zèle incommensurable pour le salut des âmes, il prolongeait sa prière, parfois même il passait sa nuit en prière.

Les Apôtres, ces hommes à la foi naissante, étaient dans l'admiration d'entendre Jésus leur parler si souvent de la prière et surtout de le voir prier avec une si religieuse assuidité.

Une vie passée tout entière dans la prière ne pouvait se terminer que par la prière. Aussi attaché à la croix, élevé entre le ciel et la terre, sur le point de rendre le dernier soupir, Jésus-Christ n'ouvre la bouche que pour prier. Il prie d'abord pour les bourreaux qui l'ont maltraité ; il demande à son Père de leur pardonner, il cherche à les excuser : " Pater, dimitte illis ; non enim sciunt quod faciunt. " (Luc, xxiii) Et sa dernière parole est adressée à son Père ; entre ses mains il remet sa belle âme: " Pater, in manus tuas spiritum me uni.

Les Apôtres comprirent les enseignements de leur Divin Maître et, au soir de l'Ascension, nous les voyons réunis dans le Cénacle avec la Très Sainte Vierge Marie, s 'adonnant avec calme à la prière : " Omnes erant persévérantes in oratione cum mulieribus et Maria, maire Jesu, et fratribus ejus. " (Act. 1, iv)

Les Apôtres comprirent cet enseignement. Aussi n'y a-t-il rien qu'ils recommandent avec plus de sollicitude que la prière, ni sur quoi ils reviennent et insistent plus souvent : " Soyez prudents et persévérez dans la prière, dit saint Pierre. Et saint Paul de dire : " Priez sans relâche, rendez grâces à Dieu en toutes choses ; car telle est la volonté de Dieu en Jésus-Christ par rapport à vous tous. (1 Tim. v)

Ce n'est pas seulement par leurs discours que les Apôtres exhortaient les fidèles à la prière, mais ils les entraînaient encore par leurs touchants exemples ; car ils partageaient leurs temps entre la prière et les saintes fonctions de leur ministère. Et pour pouvoir s'appliquer eux-mêmes entièrement à la prière et à la prédication de l'Evangile, ils élurent sept diacres pour les charger du soin des aumônes. " Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimus. "

" Les Apôtres, disait saint François de Sales, joignaient toujours la prière à la prédication. " Et de fait, s'ils convertirent le monde, ce n'est pas par la force des armes, ni par la puissance

de l'or, ni par le prestige du savoir et de l'éloquence, c'est par quelque chose de bien plus merveilleux que tout cela, c'est par la prière, la souffrance et la prédication de l'Evangile.

A l'exemple de Jésus-Christ et des Apôtres, l'Eglise a toujours cherché à faire comprendre à ses enfants que la prière est la clef des trésors du ciel.

Elle prie pour l'enfant afin que Dieu l'appelle dans sa miséricorde aux enseignements de la foi et ouvre devant ses pas la voie de la piété et, plein des suaves parfums des préceptes de ia loi sainte, il fasse la joie de l'Eglise et croisse de jour en jour en grâces et en vertu.

Elle prie pour le malade afin de lui obtenir la santé du corps, si telle est la volonté de Dieu, ou de le préparer au grand voyage de l'éternité, si Dieu juge à propos de l'appeler à Lui.

Elle prie sur la tombe comme sur le berceau. Revêtue des ornements de deuil, elle prononce d'une voix plaintive, autour du cercueil, ces douloureuses lamentations : "N'entrez pas, Seigneur, en jugement avec votre serviteur . . . car personne ne saurait être purifié sans que vous lui accordiez la rémission des péchés ; ne l'accablez pas de votre sentence redoutable, mais secourez-le par votre sainte grâce afin qu'il évite la rigueur de vos jugements.

Mais la mère est toujours en prières ; n'est-il pas juste que les enfants prient aussi avec elle ?

C'est du reste la doctrine de tous les saints Pères que notre salut se trouve dans la prière.

" L'homme, dit saint Alphonse de Liguori, est tout à fait incapable d'obtenir son salut par lui-même, puisque Dieu a voulu que tout ce qu'il a et tout ce qu'il peut avoir lui vînt du seul secours de sa grâce. Mais ce secours, Dieu ne l'accorde, suivant sa Providence ordinaire, qu'à celui qui prie. " Ces paroles du saint docteur résument l'enseignement commun des théologiens qui sont d'accord sur ce sujet avec les plus grands docteurs de l'Eglise.

" L'humidité est nécessaire aux plantes pour leur garder la

fraîcheur et la vie, dit saint Jean Chrysostôme ; la prière est encore plus indispensable à notre âme pour la maintenir dans la vie de la grâce et pour la sauver. " " La prière, dit encore ce grand Saint, est à notre âme ce que le soleil est au monde : le soleil éclaire, réchauffe, réjouit, donne la vie ; de même la prière éclaire notre entendement, échauffe notre volonté, réjouit notre cœur et donne la vie à notre âme. " Otez le soieil au monde, ce ne sera plus que ténèbres, que glace, que tristesse, qu'ombre de mort ; mais que l'on nous ôte la prière, ce n'est plus qu'obscurité dans notre esprit, que glace, qu'amertume dans notre cœur, que crainte et menace de mort dans notre âme. Un chrétien sans la prière est comme un soldat sans armes ; il sera bientôt taillé en pièces par son ennemi ; c'est un aveugle sans guides, il ne sera pas longtemps sans tomber dans quelque précipice ; c'est un oiseau sans ailes, il demeurera toujours sur terre sans pouvoir s'élever vers le ciel.

" Comme le corps ne peut se soutenir sans la nourriture, ainsi l'âme, dit saint Augustin ne peut conserver la vie sans la prière. " Et le même docteur affirme que " celui-là ne saura jamais bien vivre qui ne saura pas bien prier. "

" La prière, dit encore saint Augustin, est la force de l'homme et la faiblesse de Dieu. Par elle, l'homme peut monter au ciel, s'ouvrir un chemin parmi les saints, fendre la foule des anges, forcer les gardes du plus grand des monarques, s'élever jusqu'à son trône, enlever la foudre de ses mains puissantes, la faire descendre des hauteurs de sa majesté et de sa gloire infinie jusqu'à nos misères et l'obliger à nous faire miséricorde. "

C'est la même pensée qu'exprimait Tertulien quand il dit : " La prière est une puissance qui commande à Dieu lui-même ; elle triomphe du Tout Puissant : Denm vincit. "

" Et le Christ, dit saint Nil, tressaille de joie quand on lui fait violence. "

Saint Thomas ne craint pas de dire que " celui-là est perdu qui ne prie pas. " Saint François d'Assise avait coutume de dire que " sans la prière on ne peut espérer rien de bon de la part d'une âme."

Ce que le soleil est à la nature pour la vivifier, ce que l'air est

aux pommes, ce que les armes sont au soldat, le pain à la vie matérielle, Peau au poisson, l'âme au corps, la prière l'est à l'âme. "-La prière dit sainte Thérèse est la porte céleste par où passent les dons du Seigneur. "

Cela nous montre avec une consolante évidence que si chétif que soit l'homme ici-bas, il a cependant sous la main le moyen infaillible de s'élever au dessus de sa condition et d'opérer des merveilles puisqu'il peut s'approprier la force de Dieu par la prière.

Cest ce que nous prouve la conduite de toutes les âmes vraiment désireuses d'opérer leur salut et de gagner le ciel. Elles se sont toujours appliquées avec le plus grand soin à la prière dont elles se sont fait une arme puissante.

C'est ce que nous prouve surtout l'admirable conduite des saints, de ces héros du christianisme qui se sont élevés si haut sur les degrés de la perfection et ont fait l'admiration de leur siècle par leur dévouement au service de Dieu et par la grandeur de leurs vertus. C'est la puissance de la prière qui leur a permis de mener une vie admirable qui les a conduits pleins de gloire dans la cour céleste. Tous savaient que, pour sauver une âme, il faut combattre généreusement et vaincre ses ennemis ; car, selon la parole de saint Paul : " Personne n'est couronné s'il n'a combattu vaillamment ! " (II Tim. 11) Et d'un autre côté, il nous est impossible de triompher d'ennemis puissants et nombreux sans le secours de Dieu. Or ce secours nous venant de la prière, il en résulte que la prière est indispensable et que sans elle il n'y a pas de salut." Dieu veut nous donner l'appui de ses grâces, dit saint Augustin, mais il ne le donne qu'à celui qui l'invoque.

Tous les saints ont compris que ce ne sont pas les efforts et les industries de l'homme qui convertissent, mais la grâce de Dieu, laquelle s'obtient surtout par la prière. Ils comprenaient que la prière est à celui qui veut glorifier Dieu par le salut des âmes, ce que les armes sont au soldat, et qu'on avance plus la conversion des pécheurs, la sanctification des justes, l'œuvre de la rédemption, en s'adressant directement à Jésus-Christ qui seul a la clef des cœurs pour les ouvrir à la grâce, que par n'importe quel autre moyen. Aussi quelles longues heures n'ont pas consacrées

à la prière ! Lorsqu'ils ne pouvaient pas converser à loisir avec Dieu pendant le jour, absorbés qu'ils étaient par les exigences d'un ministère ou d'un travail incessant, ils le faisaient pendant ia nuit.

C'est même ce que prouve la conduite des hommes les plus indifférents, même de ceux qui se proclament impies. Que fautil pour réveiller en eux l'instinct de la prière ? Que faut-il pour ramener sur les lèvres les accents, le langage de la prière ? Un simple accident, un malheur subit, la nouvelle d'un trépas imprévu, un grand danger, une catastrophe, quelque chose enfin qui les mette face à face avec la mort et qui les rappelle au sentiment de leur petitesse et de leur impuisance. Cela s'est vu en tout temps et cela s'est vu quelquefois au prix des plus étranges contradictions.

En 1795, Voleny, le trop fameux auteur des Ruines, s'embarquait au Havre pour New York. Le navire qui le portait fut assailli par une affreuse tempête, il faillit être englouti. L'impiété du prétendu philosophe se démentit en cette occasion, et lui qui n'avait pas rougi d'écrire deux ans auparavant que " la prière était une dépravation de la morale, lui, esprit fort, libre penseur, lui, athée, fut aperçu, pendant l'orage, blotti dans un coin du navire, tenant un chapelet à la main. Il avait aperçu un chapelet et il l'avait saisi, il en avait armé ses mains et son cœur, il priait. " Et après que l'orage fut passé, comme quelques passagers lui témoignaient leur surprise: " Messieurs, dit-il, on est athée au coin de son feu ; on ne l'est plus quand la foudre gronde et entr'ouvre des abîmes. '

Que d'aveux sont tombés des lèvres d'autres grands hommes, revenus de leurs égarements ! Que ceux qui ne veulent connaître les angoisses et les luttes qui ont précédé leur retour imitent ces chrétiens plus généreux et plus glorieux tout à la fois qui ont demandé dès leur jeunesse un appui à la prière contre leur infirmité naturelle, pour n'être pas obligé de recourir plus tard à elle après de lamentables chutes. Le siècle dernier nous fournit de nombreux modèles de ces dignes fils de l'Eglise.

C'est O'Connel, qui, au milieu des travaux sans nombre de son apostolat politique, assistait chaque jour à la messe, communiait

souvent la semaine et répétait le Souvenez-vous avec la ferveur d'un religieux. C'est Ampère qu'on surprenait parfois, agenouillé dans un coin de l'église, récitant pieusement son chapelet. C'est Récamier qui poussa bien plus loin cette tendre dévotion à la Sainte Vierge et déclarait lui-même multiplier chaque jour les Ave Maria dans ses courses, en voiture, dans sa chambre et partout. C'est Drouot dont Lacordaire a pu dire : " La prière jaillissait de son cœur avec une onction qui a été plus d'une fois remarquée. Un jeune artiste introduit furtivement dans sa chambre pour recueillir ses traits, vit l'illustre aveugle, qui se croyait seul avec Dieu, lever à plusieurs reprises ses mains vers le ciel dans un épanchement religieux, attesté sur sa noble figure par l'illumination d'une joie divine. " C'est Ozanam qui s'écriait dans l'élan de sa foi : " O vous à qui la prière semble un hommage inutile, regardez et voyez tous ces peuples à genoux devant leur Dieu ; entendez ce concert immense, cette vaste harmonie qui monte vers le ciel. Au milieu du silence de la nature, l'intelligence de l'homme s'élève seule, mais elle s'élève vers le Tout Puissant. Ainsi l'homme, le roi de la création, en est en quelque sorte le pontife ; il la représente devant Dieu quand il prie. ,f

La prière est donc le cri naturel cle l'âme, humaine.

Un fils se plaît dans la société de ses parents ; il aime à s'entretenir avec eux ; il leur témoigne toutes sortes de prévenances ; il ne s'épargne pas quand il peut leur rendre quelque service ; il les aide dans leurs travaux et les console dans leurs peines ; à aucun prix il ne voudrait les contrister, même par une légère offense. Si quelque faute lui échappe, il s'empresse d'en exprimer du regret et de solliciter un pardon.

Que cette conduite d'un fils envers son père soit donc la nôtre à l'égard de notre Père du ciel. Aimons à prier ; efforçons-nous de nous rendre agrables à Dieu par la pratique de toutes les vertus ; que la prière tienne une grande place dans notre vie. Elle établira un mystérieux commerce entre la créature et le Créateur, entre la faiblesse et la puissance, entre l'indigence et l'Auteur de tout bien.

La prière est une puissance dont nous pouvons disposer en toute circonstance ; elle est une arme qui assure la victoire dans

l'épreuve de la tentation. La persévérance finale est accordée à la prière et les biens temporels eux-mêmes ne sont pas refusés, s'ils sont utiles pour le salut. Ne pas prier c'est donc méconnaître un devoir et méconnaître ses plus graves intérêts. Combien de grâces perdues pour n'avoir pas été sollicitées ? Que de fautes commises parce qu'on omet de recourir à la prière !

On a dit que la prière était la respiration de l'âme ; nulle image ne saurait en donner une idée plus nette et plus fidèle.

Quand on respire, dans ce va-et-vient de la poitrine qui s'ouvre à l'air pur, tour à tour nous exhalons les gaz délétères et aspirons le gaz vivifiant dans lequel toute vie terrestre est plongée.

De même, par la prière, notre âme exhale ses misères ; chagrins, besoins, péchés ; puis elle attire en elle la grâce qui la ranime ; la bénédiction qui la console, la miséricorde qui l'absout.

Prions donc ; la prière est le point d'appui de l'impuissance et le secours de ceux qui manquent de tout secours humain ; elle est la flèche rapide et sure qui ouvre le cœur de Dieu et qui fait couler de cette source divine l'ondée sanglante de la grâce.

Celui qui ne prie pas, manquant de cette fécondante rosée, se desséchera comme cette jeune tige que l'eau du ciel ne vient pas vivifier ; il ne portera ni fleurs ni fruits ; bien plus, celui qui ne prie pas est déjà mort devant Dieu.

La prière ouvrira le ciel sur notre vie ; elle épanchera la lumière qui éclairera nos pas ; l'aliment qui nourrira notre vertu la céleste pluie qui fécondera nos travaux, l'huile sacrée qui adoucira nos douleurs et fermera nos blessures.

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