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CE QU'EST LA PRIÈRE

La prière est une élévation de notre âme vers Dieu pour lui rendre nos hommages, le remercier de ses bienfaits, lui exposer nos besoins et lui demander ses grâces. Il faut bien comprendre le sens de chacune de ces paroles.

D'abord la prière est une élévation de notre âme vers Dieu, un élan de notre cœur vers l'Etre souverainement bon et infiniment parfait.

Strictement notre âme n'a pas besoin d'aller loin pour trouver Dieu puisque Dieu est partout et que nous sommes plongés dans l'essence divine comme le poisson dans la mer. Dieu remplit tout l'univers de sa gloire ; tout est pénétré de sa substance, nage dans cet océan et respire cette atmosphère infinie dans laquelle la vie ne serait pas possible "In ipso vivimus, movemur et sumus. " (act. xvii, 28) Dieu est partout, dans les vallées comme sur les hauteurs, sur la terre et dans les cieux, avec la même gloire essentielle. " Seigneur, disait le Prophète, où irai-je pour me dérober à votre regard ? Si je monte vers les cieux, je vous y trouve ; si je descends au plus profond des enfers, vous y êtes encore ; si je prends des ailes pour aller aux extrémités de l'Océan, c'est votre main qui me conduit et me protège. " (Ps. 138.)

Mais, depuis la chute originelle, l'âme de l'homme a été comme enveloppée d'épais nuages et assujettie à tous les désirs, à toutes les convoitises d'une nature dégradée. Les objets extérieurs l'attirent, la sollicitent et s'en disputent la possession; la dissipation du monde, les distractions du siècle l'arrêtent dans son essor, l'empêchent de vivre de cette vie divine qui est le but de sa céleste origine. Lorsque cette âme, courbée sous le faix des choses terrestres, veut s'unir à son Dieu, elle est obligée de faire un effort sur elle-même et de secouer ses chaînes ; elle doit

s'élever au dessus des créatures afin de les dominer et de s'unir intimement à Celui dont elle a entrevu la beauté souveraine.

La. prière est la première de nos grandeurs. Par elle l'homme s'élève jusqu'au ciel : " Oratio justi pénétrât cœlum" il monte jusqu'à Dieu : " Oratio ascensio mentis ad Deum. " La prière, c'est le vol de l'âme vers Dieu ; c'est l'élan du cœur, fatigué des secousses de la vie, qui cherche dans des régions supérieures à ce monde le lieu de son repos ; c'est la faim divine d'un être qui ne trouve aucun aliment sur la terre, le retour de la colombe qui ne sait où mettre le pied et vient demander un abri à l'arche d'où elle est partie.

La prière est la fonction la plus noble, la plus glorieuse que l'homme puisse exercer sur la terre, elle le met en rapport d'intimité et de faveur exceptionnelle avec tout ce qu'il y a de vrai, de beau, de saint dans l'abîme des perfections infinies ; elle le rend participant de la nature divine, de la vertu du Très Haut, de son amitié, de ses plus tendres épanchements. La prière, c'est Dieu versé en nous, selon la belle pensée de saint Augustin : " Cordi habere injusum Deum. "

Dans les siècles où l'on croyait à l'autorité, où l'on avait pour elle ce culte de respect et d'amour qui était encore la meilleure garantie de l'ordre et du bonheur social, l'histoire nous apprend que les familles les plus riches et les plus puissantes d'un vaste empire étaient au comble de leurs espérances, lorsque leurs enfants pouvaient être admis à la cour, pour y séjourner et servir la famille des princes ; on estimait cette vie la plus honorable et cette faveur était la plus grande que pouvaient ambitionner les classes privilégiées.

Mais Dieu nous fait un honneur plus grand lorsqu'il permet à de pauvres créatures de paraître en sa présence, d'y demeurer toujours, de converser familièrement avec lui et de vivre à sa cour comme les membres de sa famille.

Et cette faveur insigne, Dieu l'accorde à toutes les âmes de bonne volonté. Il n'y a point pour lui de castes privilégiées, ou du moins chacun peut très facilement acquérir les titres de noblesse qui donnent un droit d'entrée ; ces titres, à la portée de tous, sont la confiance de l'enfant qui aime et la droiture du cœur :

" Quant bonus Israël Deus his qui recto surit corde! (Ps. 72.)

Saint Jean Chrysostôme dit à ce sujet : u Dans le ciel, il n'y a pas d'antichambre où se tiennent des soldats pour nous repousser et nous imposer les nombreuses et fatigantes cérémonies de l'étiquette. Il n'est pas de garde pour nous dire : l'heure de la réception n'est pas encore arrivée ; vous reviendrez plus tard." Ici pas de garde imposante ; point d'étiquette ; ici, les pauvres, les petits, tous ceux que le monde dédaigne et repoussent, peuvent entrer.

Dans ce monde nous regardons comme un grand honneur de parler aux puissances et d'avoir l'oreille des rois, mais quel honneur incomparablement plus grand n'avons-nous pas dans la prière où nous parlons, non pas à une puissance caduque, mais à une puissance éternelle et où nous sommes écoutés avec complaisance non pas d'un roi mortel mais du Roi immortel à qui tout obéit au ciel, sur la terre et jusqu'au fond des enfers ! " Qui ne sera pas frappé d'étonnement et d'admiration, dit saint Jean Chrysostôme, à la vue d'une si grande bonté de notre Dieu envers nous qui le porte à faire à des mortels l'honneur d'entrer en conversation avec lui et de nous permettre de déposer nos vœux au pied de son trône ? "

Nous devons donc comprendre l'honneur que Dieu nous fait en nous permettant de l'approcher par la prière. Les anges s'estiment trop heureux de posséder ce glorieux privilège. Quand on leur demande leur nom, ils répondent : " Je suis une des sentinelles du trône de Dieu et toujours je demeure en sa présence. " (Saint Luc, 1, 19) Le chrétien quand on lui demande son nom, devrait aussi être en mesure de répondre par la beauté de sa vie et l'habitude de ses relations divines : " Je suis un de ceux qui, malgré les ombres ténébreuses de la terre, aiment à se tenir en la présence de Dieu, qui demeurent unis à Celui qu'ils chérissent, et cette vue, cette union sont la gloire et le bonheur de ma vie " " Ego sum Gabriel qui adsto ante Deum. "

On a remarqué que certains oiseaux, quand ils veulent célébrer à leur manière les louanges de Dieu, prennent leur essor, s'élèvent sur leurs ailes, montent avec des cris de joie ; parvevus au terme de leur course, ils s'arrêtent quelques instants

comme pour respirer un air plus pur ; et, dans ce moment de jouissances, ils entonnent leur plus beau cantique ; puis, contents et joyeux d'avoir payé le tribut de la reconnaissance au Souverain Auteur de toutes choses, ils s'abattent doucement vers la terre où la main de Dieu les a placés.

L'homme ici-bas doit imiter le vol de l'oiseau ; il doit élevée doucement son âme sur les ailes de la miséricorde divine. Arrivé à ces régions où le cœur oublie le monde et voit de nouveaux cieux et de nouvelles terres, il doit demeurer quelque temps dans un saint repos, réunir les forces de son esprit et de son cœur pour redire des hymnes de reconnaissance et d'amour. Puis il descendra au milieu de ses frères afin de les aimer et de remplir ses devoirs.

La prière est donc une élévation, c'est-à-dire, un acte par leque nous quittons en quelque sorte la terre pour monter aux cieux afin de nous entretenir avec Dieu. C'est une élévation de notre âme, par conséquent de notre intelligence, de notre volonté, de notre cœur tout ensemble. Et cela pour lui rendre nos devoirs ; et le premier est celui de Y adoration pour sa Majesté suprême.

Voyons ce que fait l'inférieur en arrivant auprès de son supérieur, ce que fait le pauvre en se présentant au riche. Il commence par le saluer très poliment ; puis il lui témoigne son respect par son attitude composée et ses paroles pleines d'égards. Seulement après s'être acquitté de cette dette de civilité, il lui expose son état, lui fait part de ses peines, de son embarras, de son indigence ; il cherche à toucher son cœur par le détail de ses souffrances, et il le fait avec d'autant plus d'expansion qu'il remarque plus de Sympathie et un meilleur accueil de la part de celui à qui il s'adresse. Alors seulement il fait appel à sa générosité ; il frappe à la porte de son cœur, en réclamant son secours et son assistance.

C'est ainsi que nous devons agir avec Dieu. Par la prière nous approchons notre Créateur, notre Divin Maître. Celui qui est la source de tous nos biens, de qui nous dépendons en toutes

choses, nous devons lui rendre les hommages qui sont dus à ses infinies perfections et à sa souveraine grandeur.

" Venez ; adorons le Seigneur, dit le Prophète royal ; prosternons-nous la face contre terre parce qu'il est le seul grand Dieu ;. . . il est infiniment grand et digne de louanges. " (Ps. 94.) " Et qu'est-ce que l'homme ô mon Dieu, pour que vous daigniez vous souvenir de lui? " (Ps. 8.) " Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament publie la beauté de ses œuvres ; le jour l'annonce au jour et la nuit en donne connaissance à la nuit ; le Seigneur a mis sa tente dans le soleil et de là il s'élance comme de sa chambre nuptiale, il se met en route comme le géant pour parcourir sa voie. " (Ps. 18.)

" O mon Dieu, vous visitez la terre, vous l'enivrez de l'effusion de vos bontés, vous la comblez de toutes vos richesses. . . . Continuez ces irrigations bienfaisantes ; multipliez les germes de la terre et elle se réjouira de la rosée féconde que vous lui envoyez ; les lieux déserts s'engraisseront et les collines tressailleront sous leur ceinture verdoyante ; les agneaux se couvriront de laine et les vallées de froment. Et toute créature élèvera sa voix pour chanter un hymne de reconnaissance et d'amour : " clamabunt ; etenim hymnum dirent. " (Ps. 64.)

Après les hommages dans la prière doivent venir les remerciements. Adorer Dieu, ce n'est pas assez et fussions-nous prosternés jusqu'à la fin des temps devant sa perfection adorable, il attendrait encore l'élévation de notre cœur et la prière dont le cœur seul est capable : l'action de grâces.

Notre vie tout entière n'est qu'une chaîne de bienfaits de la part du Créateur. Qui pourrait compter les faveurs dont Dieu nous a comblés et nous comble chaque jour ? Est-il un seul bien dont nos jouissons qui ne vienne de lui ? Est-il un seul mal dont, nous avons été préservés qui n'ait été écarté de nous par sa main ? Il nous a aimés de toute éternité alors que nous n'étions pas encore. Il a disposé dans l'espace, pour être notre demeure, ce monde immense, le ciel avec ses astres, la terre avec

— lGsa parure cle verdure et de fleurs qui se renouvelle sans cesse et ne vieillit jamais. Il a formé notre corps et Fa animé d'un souffle de vie. Il est descendu du ciel pour nous racheter alors que nous étions perdus pour jamais. Il fait croître et mûrir les moissons. Il nous a donné un esprit pour comprendre et un cœur pour aimer, Il nous a fait naître de parents catholiques qui nous ont donné la connaissance et l'amour de Dieu, dès que notre intelligence et notre cœur ont été capables de le connaître et de l'aimer. Que de fois il nous a pardonné nos fautes! Que de fois il nous a donné ses sacrements ! Que de bienfaits généraux ! Que de bienfaits particuliers ! Que de bienfaits personnels !

La justice veut que l'on remercie celui qui nous donne un verre d'eau fraîche ; quelle reconnaissance elle exige de nous pour tous les bienfaits dont Dieu nous a comblés ! Cette reconnaissance, l'Eglise nous la demande. " Rendez grâce en toutes choses, nous dit-elle par la bouche de saint Paul, telle est la volonté de Dieu: " In omnibus gratins agile; hœc est Voluntas Dei." (II Cor. ix) Et à la messe, avant de commencer cette immolation sacrosainte dans laquelle se réunissent tous les bienfaits divins, elle s'écrie au nom du peuple chrétien : " Vere dignum et justwm est, œquum et salutare, nos iibi semper et ubique grattas agere. "

Toute la nature bénit le Seigneur : l'oiseau qui vole dans les airs, les fleuves qui se précipitent ; l'océan qui mugit et la création tout entière est un hymne perpétuel :" Benedicite omnia opéra Domini Domino. " (Dan. iii)

" Toute créature loue et remercie Dieu, dit saint Augustin, celle qui est en repos et celle qui se meut, celle qui habite aux cieux et celle qui demeure sur la terre ; celle qui touche aux confins de la vieillesse et celle dont la vie est au printemps : Omnia clamant, clamât Cœlum Deo, claynat terra. "

Tout être bénit la main de qui il reçoit la vie, la nourriture et le bonheur : quand le soleil verse sa lumière et sa chaleur sur la plante, celle-ci ouvre son calice, et, par un gracieux mouvement, elle se dirige vers l'astre du jour comme pour témoigner à sa manière sa joie et sa reconnaissance.

" Les cieux, dit le psalmiste, racontent la gloire de Dieu, Cœli enarrant gloriam Dei ; le firmament publie les œuvres de ses

mains " (Ps. xvliii) " Les montagnes et les vallées, dit le Prophète, bénissent le Très Haut ; les océans et les fleuves publient la louange du Créateur. " (Dan. ni) Le printemps célèbre la beauté et la magnificence de Dieu par sa luxuriante verdure et la multitude de ses fleurs ; l'été proclame la richesse de ses trésors immenses par l'abondance de ses moissons ; l'automne ses perfections infinies par la grande variété de ses fruits ; la terre entière par sa fécondité rend hommage aux biens sans nombre que Dieu renferme en lui-même.

Le lion qui mugit dans le désert, l'oiseau qui fait retentir l'air de ses mélodies, chantent un cantique de reconnaissance à celui qui " donne la pâture aux petits des oiseaux qui l'invoquent. " (Ps. 146)

Il n'est pas jusqu'au brin d'herbe de la prairie qui ne bénisse à sa manière le Dieu qui, dans sa Providence, lui donne la rosée du ciel avec la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit. " Rien, dit saint Paul, n'est sans voix dans l'univers. " (I Cor. xiv)

Si l'homme ne bénissait pas Dieu, ne lui témoignait pas sa gratitude, il serait seul dans la création à se montrer ingrat à l'égard de celui qui lui a donné la vie, la force, l'intelligence, la royauté ; il se montrerait l'être le plus dénaturé parce qu'il est le plus favorisé et qu'il possède le plus magnifique héritage.

Après avoir rendu à Dieu ses premiers devoirs, alors nous pouvons chercher à attirer sur nous ses regards, lui exposer nos besoins et lui demander ses grâces. Disons-lui : " Dirige me in veritate tua et doce me, " conduisez-moi dans le chemin de la vérité et enseignez-moi. (Ps. 26) Eclairez mes yeux afin que je ne m'endorme pas dans la mort de l'erreur : " Illumina oculos meos ne unquam obdormiam in morte." (Ps. xn). Demandons à Dieu la vérité qui est le bien de l'intelligence ; demandons-lui aussi la vertu qui est le bien de notre volonté.

La tâche que nous avons à remplir ici-bas est impossible à nos forces naturelles, affaiblies par le péché. Des ténèbres, ou du moins des nuages obscurcissent souvent notre intelligence ; des

affections déréglées se disputent notre cœur ; notre corps luimême, en proie à de regrettables passions, se révolte contre le joug austère de la vertu. Comment alors accomplir la volonté de Dieu ? Comment atteindre le but qu'il nous propose ? Dès l'enfance, l'Eglise nous a bien révélé l'objet, la fin de notre existence : c'est pour connaître Dieu par l'esprit, pour l'aimer de tout notre cœur, pour le servir de toutes nos forces et par là mériter la vie éternelle que nous avons été créés.

Nous le savons, mais, pour atteindre le but, il ne nous suffit pas de le connaître, il nous faut encore la volonté de l'atteindre et la persévérance dans les efforts pour y parvenir; en un mot, il faut faire le bien et fuir le mal, c'est-à-dire, le péché qui est incompatible avec la gloire éternelle, dans laquelle rien de souillé n'entrera jamais ; (Aioc. xxi) faire le bien, c'est-à-dire, les bonnes œuvres qui sont les dispositions pour mériter cette vie éternellement heureuse. (Ps. xiv) Pour fuir- le péché il faut résister à toutes les tentations qui nous y portent et qui nous viennent de toutes parts. Pour faire le bien il faut remplir tous les devoirs que Dieu nous a imposés comme des moyens nécessaires afin d'arriver à sa gloire. Or nous ne pouvons rien faire de toutes ces choses sans la grâce de Dieu. (Jean xv.)

Cette grâce, il faut la demander à Dieu. C'est pour cela que saint Jean Damascène définissait la vertu : Une demande que nous faisons à Dieu des choses convenables et qui peuvent servir à sa gloire et à notre salut.

Attirons sur nous ses regards par le récit de nos misères, de notre faiblesse, de notre impuissance et de tous les maux qui nous affligent en notre âme et en notre corps ; découvrons-lui tous nos besoins afin qu'il ait pitié de nous et qu'il vienne à notre secours. Entrons dans le détail de tous les biens que nous désirons ; adressons-lui nos supplications et nos demandes ; prionsle de venir à notre secours, de nous faire sentir sa miséricorde et ses largesses, de nous assister de ses grâces.

Disons-lui : ô mon Dieu, venez à notre aide, Dcus in adjutorium meum intende. Seigneur, hâtez-vous de me secourir : Deus ad adjuvondum, nie feslina ; il nous tendra sa main toute puissante et il nous introduira, nous, déshérités de la vertu, dans le

royaume d'ordre et de paix où se repose la conscience victorieuse.

Quand on veut purifier une maison on brûle des matières odoriférantes qui ont la merveilleuse propriété de répandre des vapeurs parfumées et embaumer les airs. " C'est là l'image de la prière, dit saint Hilaire : parfum divin, elle se répand dans les parties les plus intimes de notre âme et, après l'avoir purifiée, elle la rend plus digne des regards de Dieu. "

Et nous devons parler à Dieu sans crainte, sans embarras, puisqu'il est toujours disposé à nous accueillir avec une extrême bonté, une grande compassion, et qu'il ne manque jamais de se montrer bien disposé à notre égard, quelque coupables que nous puissions être.

La prière est un entretien d'ami ; c'est dit saint Grégoire de Nysse, une conversation, une causerie de l'âme avec Dieu, " Coure rsatio et sermonicatio cum Deo. " " La prière, dit sainte Thérèse est avant tout une affaire d'amitié avec Dieu. Il faut être avec Notre-Seigneur comme avec un père et un frère. " La prière était déjà considérée comme telle sous la loi de crainte, à cette époque de terreur plutôt que d'amour où l'Eternel se montrait au milieu de la foudre et des tonnerres. Le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme un ami a coutume de parler à un ami : "Loquebatur Deus ad Moysen facie adfaciem, sicut solet loqui homo ad amicum suum. " (Exode xxxiii). A plus forte raison doit-il en être ainsi sous la loi d'amour où Dieu s'est fait notre ami, notre frère, notre serviteur.

Et cette vérité, les saints nous l'enseignent. Un jour sainte Thérèse va trouver Dieu et lui dit avec l'autorité de l'amour : "Seigneur, vous ne devez pas me refuser cette grâce." Une autre fois, elle se plaint que Dieu semble la délaisser et elle ajoute : "Comment cela peut-il s'allier avec votre miséricorde ? Comment l'amour que vous avez pour moi peut-il le souffrir ? Non, Seigneur, celé ne peut se tolérer. " Ailleurs encore, elle cause ainsi avec Dieu, en sollicitant une faveur pour son frère : " Mon Dieu, si vous aviez un frère et qu'il fût en un semblable péril, que ne ferais-je pas pour le délivrer ? Je tenterais, ce me semble, tous les moyens qui sont en mon pouvoir. "

Au reste l'Eglise nous enseigne que la prière, c'est l'entretien

d'un enfant avec son père qui Ta créé, qui l'a adopté et dont il est l'image et la ressemblance. Et l'Eglise enseigne cette vérité parce qu'elle la tient de son divin fondateur. N'est-ce pas Jésus ui-même qui nous a enseigné de lever les yeux au ciel et de dire, avec un accent de confiantes filiale: "Notre Père qui êtes aux cieux et ailleurs il ajoute : " Quel est le père qui donnera une pierre à son enfant lorsque celui-ci lui demande du pain ? Tout méchants que vous êtes, vous savez faire le bien à votre famille ; à combien plus forte raison notre Père céleste donnera des bonnes choses à ceux qui les lui demanderont. " (Màth. vi, 9)

Allons donc à Dieu comme un enfant va à son père ; parlonslui comme un ami parle à son ami. Comme elle est belle la conversation de deux amis intimes ; voyez la franchise, la cordialité, la familiarité qui règne entre eux ; ils conversent, c'est-à-dire, qu'ils se versent l'un dans l'autre ; ils se donnent non pas de ces choses communes et vulgaires qu'on prodigue à tout le monde ; ils versent ce qu'il y a de plus caché et de plus précieux dans le cœur. C'est là l'emblème de l'âme qui prie ; elle va à Dieu comme au meilleur des amis qui veut nous consoler dans nos peines et sécher nos larmes, qui nous admet aux honneurs de sa familiarité et nous confère le droit de nous asseoir au milieu des princes de sa cour. Il sait que son secours est nécessaire à nos progrès dans la vertu, que sans lui nous ne pouvons rien faire et alors il incline sa toute puissance devant l'énergie de nos prières.

Quel bonheur pour la créature de pouvoir ainsi dans la prière converser avec son Créateur et de lui dire ses besoins, ses peines, comme son amour, ses joies et ses espérances ! Comme la vie serait amère si dans cette vallée de larmes, nous ne pouvions pas ouvrir nos âmes au Père céleste qui seul peut les guérir, les consoler, les fortifier !

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