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QUALITÉS DE LA PRIÈRE

Bien s'y préparer

Pour que le soldat triomphe de ses ennemis, il ne lui suffit pas d'avoir entre les mains une arme d'une grande valeur, il faut encore qu'il sache bien s'en servir. De même aussi le chrétien ne tirera de la prière les effets qu'il en attend qu'à la condition d'en user avec les dispositions requises.

La première est de ne point traiter la prière avec légèreté, comme un acte vulgaire. Il faut s'y bien préparer ; il faut se recueillir au moins quelques instants avant de la commencer, bien se pénétrer de la grande action que l'on va faire, réveiller en son âme la présence de Dieu avec qui on va s'entretenir, les sentiments de foi, de respect, d'humilité, d'amour et de confiance, que nous lui devons ; surtout en pareilles circonstances.

C'est avec la suprême majesté de Dieu que nous nous mettons en rapport par la prière ; c'est notre Père des cieux que nous invoquons ; c'est le Maître dispensateur de toute vie et de toute grâce, disposant les événements au gré de son vouloir souverain et pouvant suspendre jusqu'au terme fixé par lui l'accomplissement de ses désirs. Ne pas s'adresser à lui avec le profond sentiment de sa grandeur et de notre bassesse, avec cette piété sincère et confiante qui est le devoir des enfants, ce n'est pas bien prier.

Puisque Dieu nous convie à l'insigne honneur de communiquer avec lui par la prière, ce commerce sacré est un besoin pour nous en même temps qu'un devoir, la prudence chrétienne exige de nous une préparation digne de Celui qui nous appelle au festin de ses grâces, à ce saint rapprochement d'où notre vertu doit sortir plus vigoureuse, plus riche, plus féconde en bonnes œuvres.

" Quand vous voulez prier, dit l'Esprit Saint, préparez votre âme à la prière. UA nie orationem prépara animam Jwa»?"(EccL.18).

Nous mettre à prier sans aucune préparation, c'est vouloir tenter Dieu : " Et noli esse sicut homo qui tentât Deum. " On ne va pas se présenter à un roi de la terre sans préparation pour lui demander quelques faveurs. Au contraire, on examine attentivement ce qu'on doit lui dire; on se présente à lui avec respect, décence et dignité. Apportons aux pieds de Dieu un profond recueillement, si nous voulons qu'il nous écoute,

Prier arec attention

Il faut penser non seulement à qui on parle mais penser aussi à ce qu'on lui dit, c'est-à-dire, suivre le sens des paroles qu'on prononce. "Quand vous priez, dit saint Augustin, méditez dans votre cœur les choses que vous dites de bouche." Les paroles qui passent sur les lèvres doivent être l'expression des sentiments que l'âme éprouve dans le moment même.

Prier, c'est élever son âme à Dieu ; or celui qui ne pense pas à Dieu pendant qu'il prie, n'élève pas son âme vers lui et par conséquent il ne prie pas. Si au lieu de nous appliquer à Dieu et d'apporter l'attention que demande une si sainte action, nous nous laissons aller à d'autres pensées, si nous nous contentons de réciter du bout des lèvres quelques formules de prière sans penser à ce que nous disons, ce n'est pas là ce qu'on appelle prier. Il ne faut donc pas être étonné si Dieu se montre parfois sourd à nos paroles et ne nous exauce pas, puisque souvent nous manifestons, parla négligence que nous apportons à nos prières, que nous ne désirons pas qu'il nous écoute. " Comment pouvezvous espérer, disait saint Augustin, que Dieu vous écoute et vous exauce, quand vous ne vous écoutez pas vous-mêmes ? "

Toutes les fois que nous prions sans attention, nous méritons le reproche que le Divin Maître adressait aux juifs : "Ce peuple m'honore du bout des lèvres, mais son cœur est loin de moi (Isaïe 24). C'est mépriser Dieu que de le prier en pensant à autre chose, à ses biens, à ses affaires. C'est imiter la conduite d'un pauvre mendiant qui, admis, en audience, par son souverain, ne fait aucun cas de lui, se met à converser avec les

domestiques et les étrangers. Dieu veut bien nous donner audience, écouter les demandes que nous avons à lui adresser ; et nous, trop souvent, au lieu de nous occuper entièrement de lui et de ce que nous avons à lui dire, nous nous entretenons de toutes sortes de pensées étrangères ; ou bien, pressés d'en finir, nous nous précipitons, nous nous embrouillons dans un verbiage tellement confus qu'on aurait peine à dire à quelle langue il appartient. Prières alors perdues, prières coupables. En nous adressant à Dieu, notre prière doit toujours s'exprimer par des paroles mesurées, distinctes, graves, respectueuses.

Prier avec foi

Pour chasser loin de nous les pensées importunes et les trop vifs désirs qui parfois nous agitent, pour nous soustraire avec une sainte violence à des préoccupations qui pour être trop prolongées deviennent trop absorbantes, pour rappeler à nous notre esprit, notre cœur, notre mémoire, toutes les facultés de notre âme ; pour éloigner toutes les distractions qui souvent nous font perdre le fruit de nos prières, ranimons notre foi, pensons que nous donnons rendez-vous au trois personnes de la Sainte Trinité, que nous assistons à la plus solennelle des audiences. Et dans ce mystérieux colloque, ne perdons pas de vue notre bassesse en face de Dieu si grand, si saint,si parfait qui écoute nos demandes. Suivons la recommandation de l'Apôtre : " Priez avec foi " (Jacques I). Et si nous ne sentons pas cette foi assez vive dans notre cœur, faisons à Dieu la prière des Apôtres: "Seigneur, augmentez notre foi. " " Plus le vaisseau de foi que nous portons en nous-mêmes sera grand et spacieux, dit saint Cyprien, plus nous puiserons de l'eau dans les fontaines de la miséricorde de Dieu. "

Quelle belle prière est celle du centurion ! Avec quelle foi ardente cet homme élevé au milieu des camps s'adressa à Notre- Seigneur î Ecoutons le récit de l'Evangile : Un jour, au milieu de ses courses évangéliques, le Sauveur entrait dans la ville de Capharnaûm, lorsqu'un centurion s'approcha avec respect et

lui fit cette prière : " Seigneur, mon serviteur est atteint d'une «ruelle maladie ; il est sans mouvement et il souffre beaucoup. *' Jésus répond avec bonté : " J'irai et je le guérirai. " Mais, Seigneur, ajoute l'officier, je ne suis pas digne de vous recevoir dans ma maison ; dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Moi qui ne suis qu'un homme, je commande à mes soldats ; si je dis à l'un : va, il part aussitôt ; à un autre: viens et il accourt en toute hâte ; et si je dis à mon serviteur : fais •cela, il obéit sans retard. " Jésus, voyant la foi extraordinaire de ce militaire, fut émerveillé et, dans son admiration, il s'écria «levant la foule : " Je n'ai pas encore vu une si grande foi en Israël. " Puis s'adressent à l'heureux centurion, il ajouta : "Va et qu'il soit fait selon ta foi." Au même instant la maladie disparut et le serviteur fut guéri. "

Ce sont les prières animées d'une foi vive qui toucheront le •cœur de Dieu et feront descendre sur nous ses bénédictions.

Sous les feuillages de l'Eden, disait Milton, lorsque chantait le rossignol, le silence écoutait ravi. Et le poète français disait à son tour : les oiseaux gazouillaient un hymne charmant, si frais, si gracieux, si suave et si tendre, que les anges distraits se penchaient pour l'entendre.

Prions avec foi ; ce n'est pas le silence, mais les anges se pencheront pour nous entendre. Pendant ce temps béni de la prière fervente, avec les yeux de la foi, nous pourrons voir se dessiner l'échelle de Jacob ; nous serons au pied, priant avec amour ; le long de l'échelle, les anges monteront et descendront, les premiers emportant nos prières, les seconds rapportant les grâces célestes, enfin là-haut, tout au faîte. Dieu qui regardera et nous .sourira.

Prier avec humilité

" Dieu, dit un pieux auteur, est la vérité et il ne peut écouter favorablement ses créatures qu'autant qu'elles restent dans la vérité. " Or la vérité, c'est que la créature n'est rien et que Lui est tout. Tenons-nous donc dans notre néant et aussitôt la bonté divine jettera sur nous un regard de complaisance. "

La foi nous fait voir les grandeurs infinies de Dieu ; elle nous montre aussi l'abîme incommensurable de notre néant, de notre indignité, et elle est nécessairement accompagnée de l'humilité. Saint François d'Assise s'écriait souvent: " Qui étes-vous, Seigneur, et qui suis-je ! Ah ! que vous êtes grand et que je suis petit. Votre droite a semé les mondes dans l'espace comme les grains de sable sur les bords de la mer, pendant que je ne suis moi-même qu'une pauvre créature sans force et sans puissance. Vous êtes tout et je ne suis rien: Tu es- qui est et ego su/m qui non sum. Non seulement je ne mérite pas de m 'entretenir avec vous, mais je ne suis pas même digne de paraître en votre présence. Il faut toute votre charité, ô mon Dieu pour me supporter devant votre Majesté : Loquor ad Dominum meum, quum sim pulris et cinis. "

Humilions-nous donc profondément devant le Seigneur, si nous voulons rendre nos prières efficaces. L'humilité n'est pas de la bassesse, c'est la vraie grandeur de l'homme dont toute la grandeur consiste à être soumis à Dieu. Reconnaître ses misères. sa faiblesse, son impuissance, c'est demeurer dans le vrai et montrer qu'on se sent homme ; chercher sa force dans la force de l'Etre infini est une preuve de profonde sagesse ; s'abaisser devant Lui est la plus belle gloire de la créature.

La vertu d'humilité nous est spécialement nécessaire quand nous prions le Seigneur : l'acte même de la prière est l'acte d'un suppliant, disons même, c'est l'acte d'un mendiant, pour ne rien changei' à l'expression de saint Augustin. Mais le mendiant ne doit pas s'enorgueillir ; l'humilité est son attitude naturelle et le seul sentiment qui lui convienne.

Que fait le mendiant qui vient implorer votre charité, dit saint Augustin ? Il frappe timidement à votre porte. Admis en votre présence, c'est d'une voix tremblante et voilée par les larmes qu'il vous raconte en longs détails l'histoire de ses infortunes. S'il a des plaies, il vous les montre; s'il est père de famille, il vous dira que ses petits enfants n'ont pas mangé depuis la veille et que sa pauvre femme consumée par la fièvre, privée du nécessaire, succombe au désespoir sur son grabat. Ces récits vous émeuvent, ces plaies vous font pitié et vous donnez sans compter. "Or, pour-

suit le grand docteur, la prière n'est que le cri d'une grande misère auprès d'une grande miséricorde. "

Nous devons donc prier comme des pauvres qui demandent l'aumône, des malades qui attendent leur guérison, des criminels qui sollicitent leurs grâces, disant avec saint Augustin : "Vous êtes un véritable médecin et je suis un pauvre malade accablé de toutes sortes d'infirmités ; vous possédez tous les biens et je suis plongé dans le plus profond dénuement de toutes choses ; vous êtes infiniment miséricordieux et je suis accablé sous le poids d'une infinité de péchés ; Tu misericors ego miser ; tu ditissimus ego pauper ; tu medicus ego œger. "

Nonseulement Dieu met son bonheur à exaucer les cœurs humbles, mais il leur accorde bien souvent plus qu'ils ne lui demandaient. L'exemple de l'enfant prodigue le montre clairement puisque le meilleur traitement qu'il croyait pouvoir espérer de son père, c'était d'être reçu au nombre des serviteurs de sa maison, et voilà que, contre son attente, il est réabli dans son ancien état et jouit de tous les avantages d'un fils bienaimé.

L'Ecriture Sainte nous enseigne de la manière la plus expresse la nécessité de l'humilité dans la prière et l'efficacité de son pouvoir sur le cœur de Dieu. "La prière de celui qui s'humilie perce les nues, dit l'Esprit Saint, et elle ne redescend point avant d'avoir été accueillie favorablement par le Très Haut. (Eccl. 35) ; car " Dieu ne méprise jamais le cœur qui s'humilie ; (Ps. 1) " "La prière des humbles vous a toujours plu, ô mon Dieu, disait Judith, exaucez-moi, car je suis une humble suppliante qui espère en votre miséricorde. "

Voyez comment priait le Roi Prophète quand il s'écriait : " Qu'est-ce que l'homme, ô mon Dieu, pour que vous daigniez vous souvenir de lui ! Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis pauvre et infirme, parce que je suis un ver de terre et non pas un homme, parce que je suis un pécheur et que j'ai été conçu dans l'iniquité " (Ps. 50).

Voyez comment priait le Prince des Apôtres quand il disait à Jésus-Christ: " Eloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur " (Luc, v),

Telle était aussi la prière de cette femme pécheresse qui, pénétrée d'un vif regret de ses crimes, vint se jeter aux pieds du Sauveur et les arrosa de ses larmes, sans oser proférer un seul mot, se contentant de laisser parler sa douleur.

Jésus-Christ nous prouve cette vérité d'une manière frappante par le trait du pharisien et du pùblicain. " Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était un riche pharisien et l'autre un pauvre pùblicain. Le pharisien, homme plein de suffisance et d'orgueil, se tenait debout et priait ainsi : Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont voleurs, injustes, et même comme ce pùblicain. Je jeûne deux fois la semaine ; je donne la dîme de tout ce que je possède. Le pùblicain, au contraire, se tenait humblement prosterné au bas du temple et n'osait pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : " Seigneur, ayez pitié de moi, je suis un pécheur." Le pùblicain, nous affirme le Divin Maître, se retira pleinement justifié, grâce à l'humilité de sa prière et l'orgueilleux pharisien s'en retourna plus coupable ; car quiconque s'élève sera abaissé et quiconque s'abaisse sera élevé" (Luc xvm).

Imitons ces beaux exemples ; qu'un profond sentiment de notre infirmité accompagne toujours notre prière. Ne craignons pas de trop nous abaisser, la grâce est comme les fleuves : elle descend toujours en fuyant les lieux élevés : elle descend et coule dans les vallées.

Saint Bonaventure dit que l'âme qui est humble, est disposée à recevoir toutes sortes de grâces, comme la cire molle est disposée à recevoir toutes sortes d'impressions, et il ajoute que, dans le festin que Joseph fit à ses frères, ce fut le plus petit qui eut la meilleure part.

Il est donc de notre intérêt de ne jamais nous présenter à Dieu sans l'humilité ; non seulement notre prière n'aurait aucun prix à ses yeux, mais encore elle serait rejetée avec mépris. Nous ne devons jamais rien demander à Dieu sans reconnaître auparavant que nous sommes indignes d'obtenir ce que nous sollicitons de son infinie bonté ; car rien ne convient mieux à celui qui demande que le sentiment de sa misère.

Prier avec confiance

Cotte humilité, si elle est vraie, si elle est chrétienne, ne nuit en rien à la confiance qui est une ferme et entière persuasion que Dieu nous accordera tout ce que nous lui demanderons de juste et de raisonnable.

C'est la confiance qui rend tout particulièrement la prière agréable à Dieu. " Tout ce que vous demanderez, dit Jésus- ( îhristj croyez que vous le recevrez et il vous sera accordé selon votre désir. " " Confidc fih, " disait-il au paralytique qui venait lui demander sa guérison, ayez confiance si vous voulez que je vous rende l'usage de vos membres. " Co?ifide filia" disait-il à cette pauvre femme travaillée par une douloureuse maladie de douze ans ; ayez confiance, ma fille, vous serez guérie. " " Si quelqu'un, dit l'Apôtre, a besoin des grâces du ciel, qu'il les demande à Dieu qui communique ses dons avec largesse. "

Ce point est de la plus haute importance ; car plus notre confiance sera grande, plus notre prière sera puissante. " Notre confiance, dit saint Ignace, sera la mesure des grâces que nous recevrons de Dieu ; si la confiance est grande, les grâces seront abondantes : Magna fides, magna meretur. "

" Si le mérite de notre prière vient de la charité, dit le Docteur Angélique, son efficacité vient de la confiance. " Saint Bernard va même jusqu'à dire que la confiance est Tunique moyen d'être exaucé, parce qu'elle proclame davantage l'infinie miséricorde de Dieu.

Notre-Seigneur a révélé à sainte Gertrude que celui qui prie avec confiance lui fait en quelque sorte une telle violence qu'il est forcé de l'exaucer en tout ce qu'il demande.

Dieu est d'autant plus vulnérable sous ce rapport qu'il a plus envie de nous accorder ses dons que nous de les recevoir ; que ses mains sont non seulement ouvertes, pour répandre sa bénédiction mais percées de part en part et que la miséricorde en découle à l'insu de la justice. Aussi saint Jean Climaque appelle la prière " une pieuse tyrannie qui s'exerce contre Dieu. "

C'est là ce qui explique la sainte audace des âmes généreuses qui souvent parlaient à Dieu avec une familiarité et un air de

commandement que l'homme comprend à peine. Et le Seigneur autorise des paroles étranges sur les lèvres de ses serviteurs. " O mon Dieu, vous ne devez pas nie refuser cette faveur, disait sainte Thérèse, comment cela peut-il s'allier avec votre miséricorde ? Comment l'amour que vous avez pour moi peut-il le souffrir ? Non, Seigneur, cela ne peut se tolérer ; est-ce que j'agirais ainsi à votre égard ? "

Il faut toujours prier avec le ferme espoir que Dieu ne restera pas sourd à notre voix. Considérons la confiance de la Sainte Vierge aux noces de Cana. Elle désire que son Fils opère un miracle ; elle se contente de l'avertir qu'il n'y a plus de vin. Jésus lui fait entendre que le temps de faire des prodiges n'est pas encore venu et que cette heure est fixée par Dieu et non par un homme. Marie ne va-t-elle pas perdre courage après une déclaration semblable ? Non. Assurée que sa prière n'a pas été faite en vain, elle recommande aux serviteurs de faire tout ce qui leur sera commandé, et quelques instants plus tard, elle voit sa confiance qui triomphe. Jésus avance pour elle l'heure des miracles et change l'eau en vin.

Puis les raisons de cette confiance ne manquent pas. D'abord qui pourrait douter que Dieu soit assez puissant pour nous accorder tout ce que nous lui demandons ? Nos besoins ont beau être grands, ils sont toujours infiniment moindres que la toute puissance de Dieu.

Et Dieu veut nous secourir dans tous nos besoins ; son bonheur est de nous être utile et tout ce qu'il nous accorde ne diminue en rien ses trésors inépuisables.

Un père ne peut rien refuser à ses enfants ; il est heureux quand il peut les combler de ses bienfaits ; son bonheur est de les rendre heureux. Or Dieu notre père par excellence, puisque c'est lui qui nous a créés du néant et rachetés au prix de son sang adorable. Comment donc pourrions-nous ne pas avoir une confiance sans bornes en un père si bon pour ses enfants ?

Puis Dieu a promis solennellement d'exaucer toutes nos demandes. Pourrions-nous après cela manquer de confiance en lui ? Dieu étant la vérité même ne peut nous tromper. "Ah ! comment, dit saint Augustin, pouvons-nous craindre de n'être

pas exaucés ? Dieu qui est la vérité même a promis de nous accorder ce que nous lui demandons dans la prière. Nous devons être certains qu'il ne nous exhorterait pas à lui demander ses grâces s'il ne voulait pas nous les donner. Autant nous sommes sûrs que Dieu ne peut manquer à sa parole, autant nous devons recourir à lui avec confiance. "

Suivons donc le conseil que nous donne saint Jacques : " Approchons-nous de Dieu avec confiance et Dieu s'approchera de nous" (Sai.ntt Jacques, iv).

Prier avec persévérance

Prions aussi avec persévérance si Dieu diffère de nous accorder ce que nous lui demandons.

Notre-Seigneur a voulu nous donner l'exemple de la persévérance dans la prière en demeurant quarante jours dans le désert. Souvent aussi il se retirait du milieu de la foule et il passait des nuits entières en prières : " Erat pernoctans in oratione Dei. (Luc, vi) Dans le jardin des Olives, trois fois il se prosterne, répétant les mêmes paroles ; au milieu de son agonie il priait avec une ferveur plus soutenue : "Factus in agoniâ prolixius orabat." (Luc, xxn) Notre Divin Maître n'avait pas besoin d'une prière longue et persévérante pour être exaucé de son Père, il lui suffisait d'un regard intérieur plus prompt que l'éclair ; mais il a voulu nous montrer par son exemple que la persévérance était nécessaire à nos demandes, que Dieu, par des raisons de sagesse et de miséricorde, différait quelquefois de nous exaucer et qu'il fallait faire violence au ciel par la continuité de nos désirs. " Sachez, dit l'Esprit Saint, que Dieu exaucera vos demandes, si vous persévérez dans vos prières " (Judith, vi).

Jésus enseigna un jour cette vérité par une parabole: "Si quelqu'un d'entre vous avait un ami et qu'il allât le trouver pendant la nuit, en disant : prête-moi trois pains parce qu'un de mes amis, qui est en voyage vient d'arriver chez moi et je n'ai rien à lui donner. Cet homme lui répond : ne m'importunez point ; ma porte est déjà fermée ; je ne puis me lever pour vous donner. Si l'autre persévère à frapper, quand même celui-ci ne se lèverait

pas parce qu'il est son ami, je vous assure qu'il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait ce dont il a besoin. Je vous dis de même : demandez et il vous sera donné ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira ; car quiconque demande reçoit et l'on ouvrira à celui qui frappe. "

Remarquons bien que Notre-Seigneur ne nous dit pas seulement de prier, mais encore de chercher, de frapper à la porte de son Cœur et de ne point nous lasser, de redoubler sans cesse nos coups jusqu'à ce que la porte s'ouvre, étant assurés qu'elle se rouvrira : " Si perseveraverit puisa us " si nous persévérons à la pousser.

" Ne nous lassons jamais de prier, dit saint Augustin ; car si Dieu ne nous donne pas aussitôt ce que nous lui demandons, ce n'est pas qu'il veuille nous refuser; mais, s'il en agit ainsi, c'est afin de nous donner plus d'estime pour la grâce qu'il nous aura accordée. "

Il nous faut faire une sainte violence au Cœur de Dieu par des prières ferventes et souvent répétées qui le pressent et l'importunent. Si Dieu ne nous exauce pas, c'est parce que nous nous lassons de demander; car il entre souvent dans les desseins de Dieu de ne pas nous accorder de suite les choses que nous lui demandons afin d'éprouver notre foi, notre confiance et notre fidélité, afin de nous faire multiplier nos prières qui sont des actions très agréables à son cœur et très méritoires à ses yeux.

" Si Dieu, dit saint Bernard, diffère quelquefois de nous exaucer ce n'est que pour nous obliger à redoubler nos prières avec plus de ferveur. S'il nous accordait aussitôt ce que nous lui demandons, nos prières deviendraient plus rares et moins pressantes, ses grâces moins précieuses. "

Ne sommes-nous pas souvent nous-mêmes cause des retards dont nous nous plaignons ? Ce que nous désirons vivement, le demandons-nous avec l'humilité, la piété, la ferveur qui rendent nos prières acceptables et immédiatement efficaces ? Sans doute Dieu nous a dit : " Tout ce que vous demanderez vous sera accordé ;" et fidèle à sa promesse, il est toujours prêt à nous exaucer ; mais encore faut-il que nos prières répondent aux exigences de son infinie majesté.

Puis, dans l'ordre providentiel, chaque chose a son temps et ce temps est celui que Dieu sait être le plus favorable à l'effusion de ses dons et à l'efficacité de ses grâces. Ce qui est différé, dit saint Augustin, n'est pas refusé mais nous sera donné en temps convenable.

Ne soyons pas impatients. Si Dieu, répondant à notre empressement, nous exauçait toujours aussitôt que nous exprimons un désir, nous serions exposés à nous attribuer des droits que nous n'avons pas; à méconnaître la bonté toute gratuite de notre bienfaiteur et à nous fermer par l'ingratitude le trésor de ses bienfaits.

Le Seigneur veut dans notre propre intérêt nous faire apprécier ses dons. Telle est la faiblesse humaine, telle est notre ingratitude que nous oublions facilement les bienfaits qui nous arrivent par un cours naturel et facile ; nous oublions et la grandeur du don et la libéralité du bienfaiteur. Nous ne faisons plus attention à la lumière du soleil, parce que tous les jours elle apparaît aune heure déterminée ; mais si l'astre du jour différait de quelques heures son retour à l'horizon, ce serait un cri d'effroi dans l'univers tout entier et nous comprendrions mieux ce que nous vaut sa présence. Le Seigneur diffère quelquefois de nous entendre et ce délai nous fait mieux sentir le besoin que nous avons de la grâce et la précieuse faveur qui nous est accordée ; alors nous apprécions davantage le bienfait du ciel ; nous le traitons avec plus de respect ; nous le faisons fructifier avec plus d'empressement et un plus généreux amour.

Au lieu de nous étonner, de nous désoler, de nous décourager des retards divins, admirons avec saint Jean Chrysostôme " l'admirable industrie d'un père tendre qui veut nous retenir auprès de lui. " S'il nous exauçait au premier appel de nos misères, peutêtre que nous lui fausserions bien vite compagnie. En nous faisant attendre ses dons, il nous oblige à ne point le quitter. Et en insistant auprès de lui, nous prolongeons un acte religieux qui, le reconnaissant comme la source de tous biens, rend hommage à sa toute puissance, à son infinie bonté ; acte méritoire qui ne peut rester sans récompense.

Quelquefois Dieu refuse de nous exaucer et plusieurs iakons

de sagesse et de bonté expliquent cette conduite à notre égard. 11 peut arriver que nous demandions des choses nuisibles à notre salut et même à notre bonheur temporel ; il peut arriver que nous sollicitions dans le détail des événements humains précisément ce qui empêcherait notre principal et légitime désir. Quand bien même il paraîtrait que Dieu n'entende pas notre prière, quand bien même toutes choses sembleraient tourner contre nous, comment savons-nous que nous ne sommes pas exaucés ? Notre vue est si bornée et Dieu est infiniment sage. Il peut se faire qu'il réponde à nos ardents désirs précisément à l'instant où nous nous croyons rebutés.

Saint Augustin nous fait comprendre admirablement cette vérité, en nous citant l'exemple des prières de sa mère. Il était alors un enfant prodigue il avait résolu de quitter l'Afrique pour se rendre à Rome afin de pouvoir vivre plus librement encore et de se soustraire à la surveillance et aux tendres reproches de sainte Monique. Déjà il avait retenu sa place sur un navire prêt à se mettre à la voile ; mais sa mère qui soupçonnait les desseins secrets du malheureux ne le quittait pas. Par ses paroles flatteuses et ses beaux discours, il parvint enfin à lui persuader de passer la nuit clans une chapelle voisine, et tandis que la pauvre mère y versait d'abondantes larmes et priait pour son fils, celui-ci prenait la fuite et s'éloignait d'elle. " Quelle grâce, s'écrie saint Augustin, quelle autre grâce, vous demandait-elle, sinon de m'empêcher de mettre à la voile ? Mais vous, qui dans la profondeur de vos décrets, aviez décidé de satisfaire le plus ardent de ses désirs et de me convertir, vous lui refusiez cette grâce parce que vous saviez que mon voyage en Italie serait plus tard l'occasion de ma conversion. "

Quelquefois Dieu qui nous aime refuse nos demandes. Nous ne devrions pas nous en plaindre. Il agit comme un père qui ne veut pas donner un instrument dangereux à son enfant, malgré ses pleurs et ses gémissements. Quand un malade, brûlé par la soif, demande un verre d'eau fraîche, le médecin exauce son désir en refusant et ce refus est un bienfait. Ainsi le Seigneur qui est le père des hommes et le médecin de la pauvre humanité souffrante, écoute nos prières alors même qu'il semble les rejeter ; il les

exauce de la manière qu'il sait le plus utile. " Souvent, dit saint Augustin, Dieu ne nous accorde pas ce que nous voulons afin de nous accorder ce que nous aimerions mieux, si nous savions toutes choses ; " et alors nous pouvons vraiment dire que Dieu nous écoute davantage en nous refusant, qu'il nous exauce mieux et d'une manière plus utile.

Notre-Seigneur disait un jour à sainte Catherine de Sienne ces paroles qui résument tous les avantages de la conformité à la volonté de Dieu : " Croyez, ma fille, que Dieu peut, connaît et veut tout ce qui est votre bien, beaucoup plus que vous ; et que par conséquent, l'adversité et la prospérité sont réglées et dirigées pour votre bien, avec beaucoup plus de sollicitude qu'un père et qu'une mère n'en mettent à procurer le bonheur de leur fils uniquement aimé. "

Quand Dieu n'écoute pas nos prières, ses refus ne sont pas sans compensations. Aux biens que nous demandons il substitue d'autres biens et cela si mystérieusement que ce n'est qu'à la longue et en réfléchissant sur sa conduite à notre égard que nous pouvons nous rendre compte de l'efficacité de nos prières.

Nous demandons des biens temporels, Dieu les remplace par des biens spirituels ; il refusera de nous donner la richesse, mais il ornera notre âme de courage dans une vie de sollicitude et de labeurs plus honorable et plus saine pour notre vertu que la vie facile où nous aurions pu nous amollir et nous corrompre.

Il refusera de nous rendre la santé et de guérir nos infirmités, mais il nous donnera la patience et la résignation qui font mériter les souffrances de cette vie.

Il refusera, malgré nos instantes supplications et nos larmes, de nous conserver des parents, des amis que nous voudrions retenir en ce monde ; en les ravissant à notre amour, il nous fera comprendre la fragilité des affections terrestres et la nécessité de nous rapprocher de lui, de nous jeter dans ses bras, de reposer notre cœur en cet unique et saint amour qui faisait dire à l'Apôtre : " Qui pourra nous ravir l'amour de notre Dieu?" (Rom. viii).

Nos prières ne sont donc pas inefficaces quand Dieu refuse de

nous accorder ce que nous lui demandons. Un jour nous connaîtrons le secret de ses miséricordieuses compensations, nous y admirerons sa sagesse, et sa bonté, nous confesserons qu'il a bien fait toute chose : " Bcne omniafecit " (Marc, vu).

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