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QUAND FAUT-IL PRIER

" Il faut toujours prier et on ne peut se lasser de prier," (Luc, xviii) disait le Sauveur à ses Apôtres. Quel est le sens de ces paroles ? Signifient-elles que nous sommes obligés de prier sans cesse, d'une manière actuelle et non interrompue ? Devons-nous continuellement réciter des prières vocales ou même pratiquer l'oraison mentale d'une manière constante et continue ? Evidemment non. Les hommes appelés à vivre en société ont à remplir de nombreux devoirs qui seraient incompatibles avec un semblable précepte. Si quelques saints ont eu des grâces et une vocation spéciale pour mener sur la terre une vie à peu près angélique, il ne s'ensuit pas que cette vie soit un précepte, ni même un conseil s'adressant à la généralité des hommes. Il ne faut donc pas donner ce sens aux paroles de Jésus-Christ : il faut toujours prier.

Pour accomplir ce commandement de Dieu, il suffit de faire son devoir là où la Divine Providence nous a placés, de soumettre entièrement et généreusement notre volonté à celle de Dieu, de lui offrir toutes nos actions, toutes nos joies et toutes nos souffrances, dans le dessein de lui plaire.

Le chrétien prie toujours s'il accomplit cette parole d'Origène : " Toute action da juste faite selon Dieu et sa loi sainte, est une prière. " Le chrétien prie toujours s'il se conforme à cette maxime de saint Bonaventure : " On ne cesse pas de prier quand on ne cesse pas de bien faire, et la prière du cœur et des œuvres a plus de valeur que celle des livres. "

" La prière, dit saint Basile, consiste dans les actions que l'on fait dans tout le cours de sa vie selon les règles de la vertu. "

" Ce n'est pas en vain que l'Apôtre nous dit de prier sans cesse, écrit saint Augustin ; et néanmoins nous ne pouvons pas sans cesse fléchir les genoux, lever les mains au ciel et demeurer pros-

ternes sur la terre. Il y a donc une autre prière continuelle. Cette prière, quelle est-elle ? Notre désir de bien servir Dieu. Quels que soient vos embarras et vos occupations, si, au milieu de tout cela, vous désirez le repos de la vie éternelle, votre prière n'est point interrompue. "

Saint Jean Chrysostôme dit : " Il n'est aucun lieu ni aucun temps qui nous empêche de prier ; car il n'est pas nécessaire pour prier de fléchir les genoux, de lever les mains au ciel, de se frapper la poitrine. Ayez l'esprit toujours fervent et le cœur plein de charité et vous faites une excellente prière en allant, en venant, on peut ainsi prier partout et prier longtemps. "

Ce grand Saint ajoute que chaque bonne œuvre est un instrument de musique et que faire une bonne action, c'est chanter un cantique à Dieu. " Chrétiens, dit-il, le Prophète nous annonce qu'il loue Dieu tout le jour ; mais qui peut comprendre et goûter cette parole ? Je vais vous indiquer un moyen de louer Dieu toute la journée si vous le voulez. Faites bien tout ce que vous faites et vous avez loué Dieu ; vous quittez l'église après avoir chanté les louanges du Seigneur et vous vous mettez à table : observez les règles de la tempérance et vous avez fait une prière ; vous allez trouver le repos de la nuit, ne vous le\ ez pas pour mal faire et vous avez loué Dieu ; vous vous livrez au commerce ; évitez la fraude et vous avez chanté un hymne au Seigneur ; vous cultivez la terre, évitez les querelles avec votre voisin et vous avez prié. Préparez-vous à louer Dieu ainsi tout le jour par l'innocence de vos œuvres. Lorsqu'un chrétien se retire de l'église, il semble qu'il ne loue plus le Seigneur ; mais s'il ne cesse pas de bien vivre, il ne cessera pas de prier. La prière n'est interrompue que lorsqu'on s'éloigne de la justice. Menez toujours une bonne vie et alors, malgré le silence de vos lèvres, votre vie est un cri perpétuel et les oreilles du Seigneur sont inclinées vers vous. Prenez la lyre des bonnes œuvres ; que la perfection de votre vie soit un chant qui ne se taise jamais. Alors vous louez Dieu en traitant une affaire ; vous louez Dieu quand vous mangez ; vous louez Dieu quand vous dormez. Vous me demandez où est votre prière et moi je vous demande où elle n'est pas. "

" La vie tout entière du juste, dit Origène, est une longue et magnifique prière. "

11 suffit donc d'avoir une intention pure, un désir ferme de plaire à Dieu, et aussitôt chacune de nos pensées, de nos actions, chacun de nos sentiments, notre silence, notre sommeil même, deviennent un hymne à Dieu. Il nous est donc facile de transformer toute notre vie en une belle prière. Chaque matin, la route nous est tracée par le devoir de la vie sociale et chrétienne. 11 suffit de nous y élancer avec une foi vive et le désir de faire la volonté de Dieu. Rien ne sera changé à notre existence, sinon les dispositions de notre cœur et la joie qui inondera plus souvent les facultés de notre âme. Nos occupations seront les mêmes ; s'iles deviendront seulement moins pénibles et plus faciles à supporter, parce que la piété pénétrera notre vie tout entière pour la fortifiei et la consoler. Nous ne quitterons jamais Dieu parce que, comme les Anges, nous remplirons tous nos devoirs en sa présence et comme plongés dans l'essence divine: " Angeli. dit saint Bonaventure, quoeumque mittunlur intra Deum currunt.

L'histoire rapporte qu'un saint jouait avec un de ses compagnons ; on vint à parler de la mort et chacun de dire ce qu'il ferait en ce moment suprême, et tous de s'écrier qu'ils se prosterneraient les genoux en terre, invoquant la miséricorde de Dieu. " Pour moi, réplique le saint, je continuerais à ajuster la bille. 'r Quelle aimable réponse ! Quelle vaste doctrine en un seul mot ! En ajustant la bille, le saint faisait ce que la Providence demandait de lui en ce moment et il n'est pas de plus sublime perfection : faire à chaque instant la volonté de Dieu, accomplir à chaque heure du jour le devoir qui se présente ; il n'est pas de meilleur moyen de se sanctifier, il n'est pas de pratique plus sûre pour se préparer au jugement de Dieu.

L'univers est beau ! Belle est la nature dans la fécondité de son sein, dans l'harmonie de ses lois, dans la majesté inviolable de son cours. Belle est l'immensité des espaces où se balancent, comme les navires, les astres que la main de Dieu y sema au premier jour. Mais il n'y a pas de plus beau spectacle que l'homme qui a constamment à cœur de faire son devoir, qui a toujours son âme dans ses deux mains et, l'œil fixé sur Dieu, la plie à la

vertu, la façonne à la justice, comme on façonne un marbre à la beauté.

Si nous étions des anges, nous pourrions nous contenter de ce genre de prière : faire la volonté de Dieu ; les anges ne prient pas autrement. Unis à Dieu, ils le voient, ils l'aiment par un acte continuel et ininterrompu ; et toujours plongés dans l'Océan divin, ils aiment en exécutant les ordres du Très Haut et ils les exécutent en aimant. Mais, sur cette terre d'exil et de pénitence, la misère et la faiblesse de notre nature, la corruption du péché, les incertitudes de la volonté, l'inconstance des désirs, tout nous fait une obligation de choisir certaines heures où nous puissions vaquer d'une manière plus spéciale à la prière, où ce saint exercice devienne notre affaire principale, où nous concentrions toutes les puissances de notre âme pour nous occuper exclusivement de Dieu et de nos besoins spirituels.

11 n'est pas d'heure plus favorable pour la prière que celle du matin. La première pensée n'est-elle pas pour ce que l'on aime ? Le mondain pense à ses plaisirs, l'homme d'affaire à ses intérêts, l'ambitieux aux honneurs et le chrétien pense à Dieu. Le cœur monte naturellement vers les objets chéris comme la plante au soleil. Aussi dire de quelqu'un qu'il est notre première pensée, c'est dire qu'il est notre premier amour. Or qui le mérite plus que Dieu ? Si le péché originel n'avait pas égaré la direction de nos facultés, ce mouvement serait chez nous instinctif, irrésistible, comme celui de l'enfant qui le matin se précipite dans les bras de son bon père. Et puis ce père est là qui sollicite de nous ce premier élan de l'âme. Il se compare dans l'Ecriture à un voyageur matinal qui se tient debout à la porte et y frappe pour qu'on lui ouvre : " Eccc sto ad ostium et pulso. " Que notre première parole soit pour lui dire d'entrer.

("est justice que Dieu soit servi le premier et qu'aussitôt introduits dans ce beau palais, nous commencions par saluer le maître de la maison avant de nous occuper ou de ce qui le remplit ou de ceux qui l'habitent.

Milton, dans son poème du Paradis perdu, montre le premier

homme transporté et ravi dès qu'ouvrant les yeux il voit le firmament étendu sur sa tête et il fait dire à Adam: "Je m'élançai, je bondis vers le eiel comme pour l'atteindre. " Voilà quel doit être l'élan spontané de notre cœur impatient de s'élever vers Dieu dès que notre lever nous introduit près de lui.

Et quand est-ce que nous prierons si nous ne prions pas le matin ? La création tout entière semble nous adresser l'invitatoire : " Venite adoremus Dominum qui fecit nos. " L'univers s'anime comme un temple qui vient de s'ouvrir : les plantes donnent leur encens, le soleil rallume ses feux comme un flambeau sacré ; les oiseaux, avant de chercher leur pâture, envoient dans les airs leurs premiers chants ; toutes les créatures vivantes font entendre leurs premiers cris, et ces millions de voix qui montent de partout, ce sont des voix de prière, d'adoration, d'action de grâces qui ensemble, à leur manière, composent l'hymne de la nature à la gloire de Dieu.

Et l'homme pourrait-il rester muet lorsque tous les êtres de la création bénissent le Seigneur ? A ce concert général de toutes les créatures, une seule voix ferait défaut et ce serait la voix de l'âme intelligente qui seule peut lui donner sa signification et son prix ! " Car, dit saint Augustin, cet hymne inconscient de la création est comme une musique très harmonieuse "sous laquelle il n'y aurait pas de paroles et qui ne rendrait en conséquence que des sons presque vides de sens. Qui donc, sous cette vague harmonie des choses, va mettre un langage et lui prêter une âme ? Ce sera l'homme qui fera ce solo dont la voix du monde entier n'est que l'accompagnement. A lui de traduire en langue humaine cette langue universelle de la terre et des cieux. Voilà ce que le monde entier lui demande de dire pour lui. "

Que notre première pensée, notre premier acte, quand nous nous levons le matin soit pour renouveler nos sentiments religieux qui ont été interrompus par le sommeil de la nuit, pour adorer Dieu, le remercier de la nouvelle journée qu'il nous accorde, lui demander les grâces nécessaires afin de la passer saintement.

N'oublions pas que de la prière du matin dépend ordinairement la journée tout entière ; car c'est elle qui ouvre la voie aux actions qui la suivent. Elle donne à nos œuvres une impulsion

salutaire, un bon mouvement qu'il est facile ensuite de suivre avec la grâce de Dieu. " Donnez à Dieu les prémices de la journée, disait saint Jean Climaque ; car la journée tout entière appartiendra à celui qui en a pris possession le premier. "

On dit qu'autrefois, quand les premiers rayons du soleil avaient touché la célèbre statue de Memnon, dans la journée, elle rendait (les sons harmonieux. Et nous, quand, dès le matin, nous nous serons placés en face du divin soleil de justice, qui est Jésus- Christ, quand nous aurons laissé pénétrer dans notre âme ses rayons lumineux, pendant la j oui-née, nous rendrons des sons harmonieux, nous ferons bien et nous ferons du bien.

La prière du matin est le baptême de la journée ; celle du soir. Fadieu filial avant le repos, est le baptême de la nuit. Dès le matin, notre premier regard s'est élevé vers Dieu ; que notre dernière pensée soit encore pour lui. Reniercions-Ie des faveurs qu'il nous a accordées ; demandons-lui pardon des fautes que nous aurions pu avoir commises. " Quel homme ne rougirait pas de terminer le jour sans louer Dieu, dit saint Ambroise, lorsque les petits oiseaux célèbrent le commencement du jour et de la nuit avec des chants suaves et harmonieux ! "

Bien que le bon Dieu écoute toujours favorablement celui qui prie avec de bonnes dispositions, la prière faite en commun a néanmoins pour lui un attrait tout particulier ; tellement que Jésus-Christ a promis de se trouver en personne avec ceux qui s'assemblent pour prier en son nom : " En quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, dit-il, je me trouve au milieu d'elles et je prie pour elles " (Math. 18) . Combien ce motif doit encourager les familles à se réunir pour prier ! Malheureusement cet usage, autrefois si généralement répandu, se perd chaque jour, même parmi les familles les plus chrétiennes. Les prêtres dans le ministère ne sauraient trop travailler à la faire revivre. C'est un si puissant moyen de réveiller la foi et la piété dans les paroisses.

Une famille est une personne morale qui a dans son existence ses besoins et ses épreuves, ses satisfactions et ses joies. Il est donc de son devoir de s'adresser à Dieu, comme telle, pour le remercier des bienfaits qu'il lui accorde et lui demander ses grâces.

Ah ! si on comprenait bien toutes les bénédictions que la prière en commun attire sur les maisons, avec quel empressement on y aurait recours !

Que le soir, où la réunion est plus facile, toute la famille, le père, la mère, les enfants, les domestiques, s'assemblent donc, et que les cœurs unis ensemble présentent parla voix de l'un d'eux les vœux et la prière de tous. Alors il se fera comme un apaisement de toutes choses ; les nuages de la vie quotidienne disparaîtront ; l'air deviendra plus serein, les nuits seront plus calmes, les jours suivants seront plus heureux. Dieu, selon sa promesse, descendra au milieu de celle famille réunie et apportera avec lui ses plus précieuses bénédictions. Puis les anges recueilleront, chaque soir, ces prières toutes puissantes parce qu'elles seront fondues ensemble : ex multis quasi una ; " ils les porteront devant le trône de l'Agneau et formeront ainsi pour chaque famille, dans les hauteurs des cieux, une source toujours abondante qui suffira à tous les besoins et deviendra pour chaque membre comme une riche propriété à la fois indivise et particulière.

Cette pratique de la prière en commun est simple ; elle est facile ; elle demande seulement un peu de bonne volonté chez les chefs de la maison ; elle assure en retour un gage quotidien et toujours fécond des grâces du ciel ; et on peut lui appliquer ces paroles de l'Ecriture : "Toutes sortes de bien s'introduiront avec elle dans l'intérieur de votre maison ; elle sera comme un berceau pour abriter votre famille ; elle donnera la joie et l'allégresse " (Sag. vit).

Que l'époux et l'épouse que Dieu a unis pour partager les mêmes peines et les mêmes joies prient ensemble. Sans la prière une union ne peut être vraiment heureuse et bénie du ciel.

Que les enfants prient avec les parents. Et l'enfant saura-t-il jamais prier, s'il n'a pas appris la prière sur les genoux de sa mère, d'abord, ensuite aux côtés de son père ? Le père et la mère ne doivent pas se contenter de dire à leurs enfants : allez prier, mais bien : venez, prions ensemble. Cette prière faite en commun dans la famille est une école sainte où les enfants apprendront la vénération qu'ils doivent aux auteurs de leurs jours. Us entoureront de leur profond respect ce père qui sait découvrir son front

et s'agenouiller humblement devant le Père qui est aux cieux ; ils vénéreront cette mère qui se prosterne avec foi devant le Seigneur qui a donné la vie à ses enfants. Ah ! qu'elle est belle la famille, qu'elle est digne de l'admiration des anges la famille qui prie, qui voit chaque jour tous ses membres s'agenouiller sans exception devant Dieu comme elle va s'asseoir à la table paternelle ! La demeure de cette famille est alors un oratoire où l'on offre à Dieu un sacrifice de louanges par des prières et des hymnes sacrés. Tous les membres de la famille sont présents à ce pieux rendez-vous. Tous unissent leurs voix pour adorer et remercier l'Auteur de tout bien.

Les enfants prient pour les auteurs de leurs jours ; et la prière de l'enfant a une si grande influence sur le cœur de Dieu ! C'est pour cela que le poète a dit :

" Petits enfants à tête blonde, Vous dont l'âme est un encensoir, Priez ; la prière est féconde ; Un enfant peut sauver le monde En joignant ses mains chaque soir.

Que les parents prient pour leurs enfants ; qu'ils suivent le conseil que leur donne le Prophète Jérémie : " Levez vos mains vers Dieu et Dieu bénira l'âme de vos enfants. '' Il est certain que leur prière aura une efficacité toute particulière.

Qui nous- rendra ces jours bénis où la prière du soir était comme une fête quotidienne pour toutes les familles ? Quand la journée était finie, le père assemblait ses enfants, ses domestiques ; tous s'agenouillaient humblement devant l'image du Dieu Sauveur, image qui souvent était une chère et pieuse relique léguée par les ancêtres dont elle avait entendu les vœux et béni les larmes. Ils adoraient ensemble la majesté souveraine et demandaient au Père céleste, avec le pain qui nourrit le corps, le pain plus précieux encore qui nourrit rame. Ils saluaient avec amour la Vierge Marie qui les avait protégés tout le jour, puis récitaient avec une foi vive ce symbole qui aurait ravi d'admiration tous les sages de l'antiquité. Venait ensuite le décalogue, ce code parfait d'une morale sublime qui produit les saints. Après avoir

ainsi vivifié le souvenir de la loi qui devait les guider chaque jour, ils donnaient un souvenir aux morts longtemps pleures et imploraient la protection de l'ange gardien. Faisant ensuite un retour sur eux-mêmes, ils s'accusaient avec componction des fragilités de la journée et s'engageaient à éviter le mal, à faire tout le bien possible dans l'avenir. Le père bénissait l'assemblée et chacun se retirait heureux pour prendre un repos d'autant plus paisible qu'il n'était pas troublé par l'illusion ou par le remords. De ce doux poème qui renfermait le culte domestique résultaient d'immenses avantages pour la religion et la société. Quelle pieuse et sainte pratique que celle qui existe dans un grand nombre de nos familles chrétiennes et qui devrait être répandue partout, tellement elle est légitime, je veux dire la prière a\ant et après les repas. N'est-il pas juste, puisque nous tenons tout de Dieu, n'est-il pas juste de le remercier de la nourriture qu'il nous donne ? Les riches, dont la table est chargée de toutes sortes de mets pendant que les pauvres meurent de faim à leur porte, ne seraient-ils pas ingrats de ne pas remercier le Seigneur qui se montre bon pour eux jusqu'à leur donner non seulement le nécessaire mais encore l'utile et l'agréable ? Les pauvres des biens de ce monde mais riches des biens de l'éternité, diviies œternitatis, selon la parole d'un Père de l'Eglise, n'ont peut-être qu'un pain arrosé de leurs larmes, mais c'est à Dieu qu'ils le doivent ; mais s'il le leur a donné en moindre abondance qu'à d'autres, s'il le leur fait gagner péniblement, à la sueur de leur front, c'est qu'il veut leur faire apprécier un autre pain, le pain qui leur fera oublier leur pauvreté ; car il apporte avec lui une douceur et une consolation toutes célestes : " Panem de cœlo prestitistï eis, omne delectamentum in se habentem. "

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