CHAPITRE UNIQUE
L'Assistance à la Messe
L'illustre Souverain Pontife Pie IX écrivait dans une admirable Encyclique à l'épiscopat français : " Comme vous savez bien, vénérables Frères, que le très saint sacrifice de la messe est d'un grand enseignement pour le peuple fidèle, ne cessez jamais d'avertir et d'exhorter les curés, principalement les prédicateurs de la parole divine et tous ceux qui sont chargés d'instruire le peuple chrétien, qu'ils ont à exposer et expliquer aux fidèles, avec tout le zèle et le soin possible, la grandeur et l'efficacité, la fin et les fruits de ce saint et admirable sacrifice ; qu'ils pressent et excitent les fidèles à y assister le plus fréquemment qu'ils puissent, avec la foi, la religion et la piété convenables, afin d'appeler sur eux la miséricorde divine et tous les biens dont ils ont besoin. "
Nous voulons nous rendre à ce désir du Souverain Pontife et nous vous prions de faire de l'assistance à, la messe le sujet fréquent de vos exhortations, de rappeler souvent à vos fidèles qu'il n'y a pas d'œuvre plus grande que la sainte messe, qu'il n'y en a aucune à laquelle il leur faille davantage et plus fréquemment participer. Profitez de toutes les occasions qui se présentent — et ces occasions sont nombreuses dans le ministère — pour rappeler aux fidèles, les convaincre que la sainte messe est de tous les biens le plus grand et le plus excellent, que son excellence est telle que toutes les autres bonnes œuvres et la pratique des meilleures vertus sont presque sans valeur en comparaison.
" Comme le soleil, dit saint François de Sales, surpasse en éclat et en force toutes les planètes et est lui seul plus utile à la terre que toutes les autres ensemble, de même l'audition de
la messe surpasse en dignité et en mérites toutes les autres actions de la journée. "
Saint Bonaventure disait : Autant le soleil a de rayons, la mer de gouttes d'eau, la terre de grains de sable, les arbres de feuilles, autant la messe renferme de richesses. "
Un autre grand Docteur dit : "La prière de celui qui entend pieusement la messe l'emporte sur toutes les autres prières et même sur la contemplation céleste. "
L'histoire nous raconte qu'une sainte âme, se sentant dans l'impuissance de louer Dieu comme il le méritait, se répandait en regrets : " O mon Dieu, disait-elle, que n'ai-je autant de ■cœurs et de langues qu'il y a de feuilles dans les arbres, d'atomes ■dans l'air, de gouttes d'eau dans l'Océan, pour vous aimer et vous louer autant que vous le méritez ! Oh ! si j'avais en mes mains toutes les créatures, je voudrais les déposer à vos pieds pour que toutes se consument d'amour pour vous ; mais en même temps je voudrais vous aimer plus que toutes ensemble, plus que tous les anges, plus que tous les saints, plus que tout le paradis. " Voici ce que le Seigneur daigna lui répondre : "" Console-toi, ma fille, par une seule messe que tu entends avec dévotion, tu peux me rendre toute la gloire que tu désires et .infiniment plus encore. "
Et cela ne doit pas nous étonner. " Quand nous assistons pieusement à la messe, dit saint Alphonse de Liguori, nous donnons plus à Dieu que les adorations de tous les anges et de tous les saints réunis. Après tout, ils ne sont que de simples créatures «et dès lors leurs hommages sont limités, tandis qu'à la messe, •Celui qui s'offre est Jésus, l'Homme-Dieu. Dès lors son offrande a une valeur et un mérite infinis ; dès lors aussi l'hommage que nous rendons par lui à Dieu est un hommage infini. "
Qu'ils sont donc à plaindre ceux qui ne vont pas à la messe quand ils pourraient y assister ! Ils se privent du moyen de glorifier Dieu comme il convient. En vain essayeraient-ils d'y suppléer par leurs prières et leurs pénitences. Toutes nos œuvres n'ont qu'une valeur personnelle, c'est-à-dire, bien limitée, tandis que la messe a une valeur infinie en vertu des mérites de Jésus- Christ offert à Dieu sur l'autel.
Us ne comprennent pas que tout ce que Ton peut offrir à Dieu en entière satisfaction des péchés commis n'est rien de comparable à la sainte messe. Plaçons d'un côté le sang de tous les martyrs, la pénitence de tous les confesseurs, la pureté de toutes les vierges, le zèle des apôtres, l'amour dont brûlent tous les anges et tous les saints ; et de l'autre côté, plaçons un seul soupir que Notre Divin Sauveur a adressé à son Père pour le pardon de nos péchés, une seule larme qu'il a répandue, une seule goutte de son sang qu'il a versé pour cette fin. Cela seul vaut infiniment plus pour effacer les péchés que toute autre chose. Et à la sainte messe, nous lui offrons toute la vie et la passion, toutes les douleurs et tous les tourments, toutes les larmes et tout le sang, toutes les vertus, tous les mérites, le corps et l'âme la divinité et l'humanité de Jésus-Christ, son Fils unique et bien-aimé.
Comment un homme qui a la foi, s'écriait l'éloquent Père Lejeune, qui a commis des péchés, qui n'a aucune occupation pressante, et qui sait que l'on dit la messe assez près du lieu où il se trouve, comment, dis-je, cet homme peut-il rester chez lui ou dans la rue à perdre son temps en amusements où en occupations frivoles ? Si un riche personnage faisait de grandes distributions d'argent et qu'un pauvre accablé de dettes négligeât de se présenter et préférât de rester dans la honte et la misère, que diriez-vous de l'incroyable stupidité de cet homme ? Ne mériterait-il pas que ses créanciers le fissent jeter sans pitié dans les horreurs d'une prison ? Or vous êtes encore plus insensés que cet homme : vous êtes responsables devant Dieu d'une dette dont ne peuvent approcher toutes les dettes de la terre ; vous n'avez rien, absolument rien en vous qui puisse en acquitter la moindre partie. On distribue à la messe les mérites de Jésus-Christ ; il y a là de quoi satisfaire abondamment pour vos péchés et vous ne vous y présentez pas ! Il ne faudrait faire pour cela que quelques pas et vous ne les faites pas ! Y a-t- il un aveuglement pareil au vôtre et ne méritez-vous pas qu'au grand jour le Père de famille, malgré vos lamentations et vos pleurs, vous fasse rendre compte jusqu'à la dernière obole ?
Quel malheur, s'écrie le Père de la Colombière, que nous ayons au milieu de nous un trésor immense, inépuisable, et que, faute de le connaître, nous vivions dans l'indigence ; que nous ayons en notre pouvoir un remède à tous les maux, un arbre de vie qui peut nous communiquer non seulement la santé, mais l'immortalité même, et que cependant nous soyons accablés d'infirmités ! La messe est ce remède universel, cet arbre de vie, ce riche trésor ; il appartient à chacun de nous ; il ne tient qu'à nous d'en jouir. "
Un trop grand nombre de fidèles n'assistent pas à la messe aussi souvent qu'ils le pourraient ; ils s'excusent sur leurs occupations ; ils n'ont pas de temps, disent-ils. Sans doute ils n'ont pas de temps pour Dieu quand ils l'ont tout donné au monde ; ils n'ont pas de temps pour leur âme quand ils le consacrent entièrement à leur corps.
Saint Louis était très occupé, puisqu'il était roi, et cependant il assistait chaque jour à la inesse.
O'Connell, le libérateur de l'Irlande, était très occupé et cependant il entendait la messe tous les jours.
L'illustre chancelier d'Angleterre, Thomas Morus, avait lui aussi la passion de la messe. Il s'y rendait chaque matin, si urgentes fussent ses occupations. Un jour, pendant qu'il priait au pied de l'autel, un messager vint le demander de la part du roi et le pria de faire diligence : " Patience, répond le Lord Chancelier, je dois d'abord rendre mes hommages à un plus grand prince et assister jusqu'au bout à l'audience qu'il veut bien m'accorder. "
Garcia Moreno était très occupé puisqu'il était le président de la république de l'Equateur et cependant c'était son bonheur d'assister à la messe chaque matin
Quelles belles paroles sont celles d'Ozanam ! " La meilleure manière d'économiser du temps, disait-il, c'est d'en perdre tous les matins une demi-heure à la messe. Que de causes de dissipation, en effet, ne retranche pas pour le reste de la journée cette demi-heure consciencieusement perdue ! "
Le proverbe a donc raison : " L'aumône n'appauvrit pas> la messe ne retarde pas. "
Voici ce que dit l'Auteur de l'Imitation de Jésus-Christ, déplorant l'isolement dans lequel on laisse le prêtre seul célébrant en semaine les saints mystères : " si ce sacrement ne se célébrait qu'en un seul lieu et n'était consacré que par un seul prêtre dans le monde, avec quelle ardeur pensez-vous que les hommes courraient en ce lieu et vers ce prêtre pour être présents à la célébration des saints mystères ? Or maintenant il y a plusieurs prêtres et Jésus-Christ est offert en plusieurs lieux, afin que la grâce de Dieu et son amour se manifestent d'autant plus. Mais chose profondément triste à constater, une foule de personnes restent indifférentes pour ce sacrement qui fait la joie du ciel et le salut de monde. O aveuglement, ô dureté du cœur humain si peu attentif à ce don ineffable et d'en être si peu touché !. . . Plusieurs font des pèlerinages en divers endroits pour vénérer les reliques des saints. Ils admirent les édifices qu'on a construits en leur honneur ; ils baisent avec respect leurs ossements sacrés enveloppés dans l'or et dans la soie. Et voici que le Fils de Dieu, égal à son Père, le Saint des saints, le créateur des anges et des hommes, s'immole pour nous sur les autels. Serions-nous excusables de ne point aller jusqu'à Lui ? "
Que le prêtre profite donc de toutes les occasions possibles pour engager les fidèles avec lesquels il est en relations à assister souvent à la sainte messe, pour les persuader que loin de nuire au travail, la messe l'avance et le rend fécond ; car là ils rendent à Dieu un hommage éclatant et ils seront récompensés par ce Dieu qui ne se laisse pas vaincre en générosité, qui ne laisse aucune bonne œuvre sans récompense, pas même un verre d'eau froide donné en son nom. Leurs affaires domestiques n'en souffriront pas ; loin de là ; elles seront enrichies des fruits de la sainte messe, des bénédictions divines. Leurs intérêts spirituels y trouveront leur profit, leur âme puisant là à pleines mains la monnaie céleste pour acquitter ses dettes à la justice divine, le Sang de Jésus-Christ pour y laver ses iniquités.
A la sainte messe, ils seront introduits dans l'intimité du Christ ; ils tireront de ce contact plus de pureté, plus de lumière, plus d'amour ; ils se réchaufferont à ce foyer divin, ils
en apporteront un arôme, un réconfort pour la journée pendant laquelle ils resteront sous le charme du céleste colloque.
Que les prêtres persuadent les fidèles que durant la messe, ils ont la main sur le cœur de leur Dieu, qu'ils peuvent puiser sans compter dans le trésor de ce cœur. Jésus ne leur reprochera jamais de mettre trop de hardiesse dans leurs demandes ; ils se plaindra plutôt s'ils apportent trop de réserve dans l'expression de leurs désirs. Qu'ils soient des solliciteurs intrépides à la messe, se souvenant, selon la parole de saint Thomas, que l'on obtient de Jésus dans la mesure où l'on a espéré de sa bonté.
" Pour moi, disait un protestant converti et devenu un fervent chrétien, une journée sans messe me fait l'effet d'un jour sans soleil. "
" Ah ! s'écrie Mgr de Ségur, qu'une journée commencée pieusement au pied de l'autel, accompagnée de la bénédiction du Divin Jésus est facilement chrétienne, pure, chaste, féconde pour le temps et pour l'éternité ! Que de provisions de patience, de force, de résignation viennent puiser là pour la journée lésâmes fidèles à une si sainte pratique ! "
Mais c'est aussi le devoir du prêtre de rappeler aux fidèles que toute la vie a besoin d'être alimentée. A l'arbre, il faut les sucs de la terre que ses racines vont puiser dans le sol ; à la fleur, la goutte de rosée ; à notre corps la nourriture de chaque jour. Alors l'arbre verdoie, il se couvre de feuilles et de fruits,, la fleur s'épanouit, le corps devient robuste en proportion de la qualité des aliments qu'il reçoit.
L'homme est un être vivant, immatériel par son âme ; il sesoutient et se perfectionne en s'assimilant le vrai, le beau, le bien ; plus il s'en nourrit et plus il acquiert d'ampleur et defécondité dans son intelligence, d'élévation dans ses pensées,, de fenneté dans ses jugements, de rectitude dans sa volonté,, de délicatesse dans sa conscience, de générosité dans son cœur.
Au-dessus de sa vie physique et de sa vie intellectuelle, l'homme possède une troisième vie, une vie surnaturelle qui est entre-
tenue en lui par un pain vivant, un pain venu du ciel et mis à sa portée ; et ce pain c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ luimême.
" Lorsque Dieu, dit le saint Curé d'Ars, voulut donner un<^ nourriture à notre âme pour la soutenir dans le pèlerinage de la vie, il promena ses regards sur la création et ne trouva rien qui fût digne d'elle. Alors il se replia sur lui-même et résolut de se donner. O mon âme que tu es grande puisqu'il n'y a qu'un Dieu qui puisse te contenter ! La nourriture de mon âme, c'est le Corps et le Sang d'un Dieu ! Oh ! la belle nourriture ! L'âme ne peut se nourrir que de Dieu ! Il n'y a que Dieu qui puisse la remplir ! Il n'y a que Dieu qui puisse apaiser sa faim ! Elle a faim, elle a soif de Dieu ! "
Oui, Notre-Seigneur dans sa bonté s'est fait homme : " Et Verbum caro factum est ; il a vécu parmi nous : et habitamt in nobis. Il a conversé avec les hommes, ses frères, ses enfants,, leur distribuant le pain de sa présence, de sa parole et de sa grâce. Un jour vint où il dut les quitter, mais il trouva le moyen de rester avec eux pour les faire vivre, pour nourrir constamment leur âme avide de lui. Il enferma sa divinité sous les apparences du pain : hoc est corpus meum, et il nous permet, il nous commande de nous en nourrir : prenez et mangez.
Comme ce don de Dieu n'est pas suffisamment apprécié î " Si nous estimons bienheureux ceux qui reçurent sous leur toît le Christ mortel, ceux qu'un simple contact de sa robe pût guérir, dit le catéchisme romain, combien plus ne devons-nous pas nous réjouir, nous en qui descend Jésus-Christ glorifié,, nous dont le Sauveur vient panser les blessures, nous dont Jésus vient épouser les âmes. "
Au prêtre incombe le devoir de faire aimer ce don de Dieu par les fidèles confiés à ses soins ; à lui de les encourager à aller à la messe quotidienne et aussi à y recevoir la sainte communion ; à. lui de leur rappeler souvent qu'ils ont besoin de cette nourriture divine pour se tenir sur le chemin de la vertu et du devoir ; à lui de leur faire bien comprendre que leur âme est comme une lampe, comme un foyer, comme une citerne. Or la lampe pour éclairer a besoin d'huile, le foyer, pour donner
de la chaleur, a besoin de combustible ; une citerne, pour arroser un jardin, a besoin d'être remplie d'eau du ciel ou du ruisseau. Or ce qui éclaire leur esprit, ce qui réchauffe leur cœur, ce qui vivifie leur âme, c'est ce pain délicieux que nous donne Jésus- Christ. Et de même qu'une lampe sans huile s'éteindrait, qu'un foyer sans combustible serait froid, qu'une citerne sans eau serait desséchée, ainsi sans le pain eucharistique leur âme serait condamnée à l'obscurité, au froid, à la mort. Voilà pourquoi saint Augustin s'écriait : " O Jésus, viens en moi pour que cette nourriture qui est la chair de mon Dieu, serve au salut de mon âme ; afin qu'en te mangeant je vive de Toi, je vive pour Toi, je parvienne jusqu'à Toi, je demeure en Toi. "
Que de chrétiens s'abstiennent de la communion fréquente parcequ'ils s'en croient indignes. Ils regardent la communion comme une récompense et non comme un remède, la sainteté comme la condition de la communion et non comme son fruit ; ils ressemblent, en se tenant éloignés de la sainte Table, à des hommes qui diraient : j'attends d'être guéri pour appeler le médecin.
C'est au prêtre à enseigner aux fidèles que la communion n'est pas le salaire de la vertu, la récompense de la sainteté ; elle est avant tout le viatique du voyageur, le soutien des faibles, le remède des malades, la vie et la résurrection des mourants. " Venez à moi, disait Jésus-Christ, vous tous qui êtes couverts de blessures et je vous guérirai, et ego reficiam vos ; " car, ajoutait-il, c'est aux âmes meurtries et non aux âmes justes que je suis venu apporter le salut : Non veni vocare justos sed peccatores.
Et dans l'Evangile, qui voyons-nous accourir à ses pieds ? Les sourds et les muets, les aveugles et les lépreux ; ils l'entourent avec amour, ils baisent avec respect les bords de son manteau et Jésus-Christ les touche, les bénit de sa main puissante et tous s'en retournent guéris. Or Jésus-Christ est aujourd'hui sous les voiles eucharistiques ce qu'il était il y a vingt siècles sous les voiles de son humanité et ce sont les infirmes, dit l'Evangile, les pauvres et les mendiants surtout qu'il invite à sa table ; " pavperes et débiles introdiw. "
Dans le plan de l'institution divine. l'Eucharistie est une nourriture et un breuvage offerts a tous les chrétiens : " bibite ex hoc omnes ". Et pour mériter de manger ce pain et de boire ce calice, il n'est pas nécessaire d'avoir péniblement amassé des trésors de vertus, il suffit, disent tous les docteurs, de posséder actuellement l'innocence de l'âme et de vouloir faire son possible pour ne pas la ternir.
Par conséquent un chrétien a-t-il une âme purifiée par l'amour ou par le repentir ? A-t-il le désir d'être à Dieu, d'accomplir sa volonté connue un serviteur fidèle et d'éviter ce qui blesse la sainteté de son regard ? C'est assez. Qu'il bannisse toute crainte, toute peur de Dieu, et l'âme dilatée par la confiance et l'amour, qu'il aille partager avec le prêtre le pain du sacrifice. Il ne doit pas craindre de s'approcher de Celui dont la douceur ineffable, aux jours de sa vie mortelle, ravissait tous les cœurs et les attirait à la vertu ; Celui dont la parole très suave consolait les esprits les plus affligés ; Celui dont le regard affectueux remplissait de componction les pécheurs les plus obstinés ; Celui dont les mains libérales répandaient les grâces avec tant de profusion sur tous ceux qui rapprochaient.
Que le chrétien s'approche donc souvent de la Sainte Table, qu'il communie souvent. Là, Jésus vient à ses frères, à ses enfants, pour les changer en lui-même ; il unit son corps et son sang, son âme et sa divinité à tout leur être pour le purifier. .. Là, cet aliment divin pénétrera leur âme, éclairera leur intelligence d'une vive clarté sur la grandeur des biens divins et sur le néant de choses de ce monde ; il y allumera un grand désir de Dieu ; il mettra en leur cœur, en leur volonté un grand besoin, une force puissante de pratiquer la vertu, d'imiter Jésus- Christ, de reproduire sa sainte vie.
Là, il expérimentera combien le Seigneur est doux. Son âme, ravie de la présence de son époux, sera comblée d'un contentement incroyable. Abimée dans son néant, inondée de lumière, pénétrée des sentiments de la plus suave dévotion, tranquille dans le plus ineffable repos, elle goûtera l'inénarrable satisfaction de cette union céleste avec son Bien-Aimé dans laquelle comme dit saint Thomas, elle ravit et elle sera ravie, elle prend
et elle est prise, elle embrasse et elle est embrassée : Indecibili modo rapi et rapitur, tenet et tenetur, strengit et strengitur.
Ne cessons donc pas de prier, de faire tous les sacrifices possibles pour obtenir de Dieu qu'il allume dans le cœur de tous ses enfants l'amour de l'Eucharistie, qu'il leur donne la nostalgie de l'autel, l 'enthousiasme de la communion. Qu'il serait heureux si tous, sans se tromper eux-mêmes et sans mentir à Dieu, pouvaient, avec saint Ignace d'Antioche, s'éciier : " Le feu qui me brûle ne peut souffrir aucun aliment terrestre ; aucune nourriture corruptible ; nulles délices et saveurs mondaines ne me peuvent satisfaire. Ce que je désire, ce que je veux, c'est le Pain de Dieu, le Pain céleste, le Pain de vie qui est la chair de Jésus-Christ ; ce que je désire, ce que je veux, c'est Le breuvage de Dieu, le Sang de Jésus qui est la charité indéfectible et la vie éternelle. "
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