‹ A mes séminaristes [microforme]Chapitre 14 sur 31 · LA DISCIPLINE DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

LA DISCIPLINE DE LA LANGUE

Mes chers Amis, qu’aurez-vous donc à faire, comment vous y prendrez-vous pour assurer à votre parole ces qualités que réclame saint Jacques, la délicatesse morale, la patiente réserve, le respect de l'autorité, la charité, la discrétion, la modestie, tout cet ensemble qui constitue, selon lui, une marque distinctive de la perfection ?

L'examen de conscience que nous vous avons fait subir dans la première partie de cette conférence, vous aura déjà dicté les résolutions que requiert de votre bonne volonté la pratique irréprochable, disons mieux, l’usage vertueux &e la parole. Je puis donc être bref dans cette partie positive denotre entretien et, pour lui donner plus d’intérèt en même temps

que plus de poids, je vous présenterai les conseis que je vous destine, sous la ‘forme d’une analyse, rapidement commentée, de ‘’épiître catholique de saint Jacques.

Il convient au plus haut point, dit l'apôtre, de mèsurer l'importance considérable du rôle que joue, dans notre vie morale, pour le m1l comme pour le bien, cet organe d’insignifiante apparence qu'est la langue de l’homme.

Un cheval fougueux expose celui qui le monte à de périlleuses aventures ; mais le cavalier prudent met à la bouche de sa monture un mors, la dompte et ainsi reste maître des mouvements qu'il lui fait accomplir.

Voyez ces grandes barques secouées par les vents impétueux : un engin de retites dimensions, le gouvernail, permet au pilote de les mener où il veut et comme il veut.

Telle est la langue : petite comme un mors, pareille à un gouvernail, elle est capable d'effets étonnamment puissants.

Ne suffit-il pas d’une étincelle pour allumer l’incendie d’une vaste forêt ? Ainsi en est-il de la langue : elle est, chez l’homme, comparable à une étincelle sortie de l'enfer, qui répand l'iniquité

La langue de l’homme d'après l'apôtre S. Jaeques,

dans nos membres et porte ses ravages jusque dans les recoins les plus profonds de notre nature.

Il n’y a point de nature animale, si rebelle soitelle, — animaux sauvages, oiseaux, serpents, n’importe, — qui ne soit susceptible d'être domptée etne l'ait été effectivement par la puissance de l’homme, tandis que, sa propre langue, l’homme ne parvient pas à se l’assujettir : elle reste toujours un principe de désordres, une source de venin malfaisant.

Cet homme religieux qui emploie sa langue à bénir Dieu et son Père céleste s’en sert aussi pour dire du mal des autres hommes, formés cependant à l’image de Dieu. Des mêmes lèvres sortent des paroles de béncdiction et des «roles de malédiction. Cela ne devrait pas être, mes Frères. l

Voyez-vous que, dans la nature, la même source donne de l’eau douce et de l’eau amère ? Le figuier produit-il du raisin ou la vigne des tigues ? De même, une source d’eau salée ne donne pas de l’eau douce.

Qui parmi vous veut être sage et discipliné? Qu'il donne alors par sa conduite des preuves effectives de douceur et de sagesse.

Si vous avez dans le cœur de l’amertume ou de l’animosité, ne faites pas état de votre vertu, car vous ne seriez pas sincères. Votre prétendue sagesse

ne vient point, dans ce cas, d’en haut, elle est toute terre-à-terre, naturelle, diabolique ; car l'esprit de jalousie et de dispute n’engendre que le trouble et des œuvres mauvaises de tous genres.

La sagesse qui procède d'en haut engendre la modestie, l'esprit de paix, elle est condescendante, souple, produit abondamment la charité et les bonnes œuvres, s’abstient de critiquer et de simuler.

Ceux qui favorisent la paix récolteront dans la paix les fruits de justice dont ils ont jeté les semences (!).

Est-il besoin d'ajouter que l'expérience confirme ces enseignements de l’apôtre saint Jacques sur les effets considérables qui résultent du bon ou du mauÿais usage de la parole, sur l’inattention générale des hommes, même des chrétiens, à cet égard et sur l'obligation grave qui, par suite, incombe à

ne CEE HE SE — 2. Si quis in verbo non offerdit, hic perfectus est vir, potest etiam freno circumducere totum corpus. 3. Si (gr. (92, ecce) autem equis frena in ora mittimus ad “onsentiendum nobis, et omne Corpus illorum circumferimus. 4. Ecce et naves, quum magnae sint et a ventis validis minentur, circumferuntur a modico gubernaculo, ubi impetus dirigentis voluerit.

5. Ita et lingua modicum q ‘dem membrum est et magna cxaltat, Ecce, quantus ignis (gr. Dry FY9, parvus ignis), Quam magnam silvam incendit !

l’homme, dans l'intérêt de son perfectionnement personnel et de la concorde sociale, d'exercer sur l’usage de sa langue un contrôle actif >t inces-

sant ?

6. Et lingua ignis est; universitas iniquitatis lingua constituitur in mernbris nostris, quae maculat totum corpus et inflammat rotam Lativitatis nostrae, inflammata a gehenna.

7. Omnis enim natura bestiarum et volucrum et serpentium et ceterorum domantur et domita sunt a natura humana ;

8. Linguam autem hullus hominum domare potest : inquietum malum, plena veneno mortifero.

9. In ipsa benedicimus Deum et Patrem, et in ipsa maledicimus homines, qui ad similitudinem Dei facti sunt.

10. Ex ipso ore procedit benedictio et malcdictio. Non oportet, fratres mei, haec ita fieri.

11. Numquid fons de codem foramine emanat dulcem ct amaram aquam ?

12. Numquid potest, fratres mei, ficus uvas facere aut vitis ficus ? Sic neque salsa dulcem potest facere aquam.

13. Ç ‘s sapiens et disciplinatus inter vos ? Ostendat ex bona conversatinne operationem suam in mansuetudine sapientiae.

14. Quod si zelum amarum habetis et contentiones sunt in cordibus vestris, nolite gloriari et mendaces esse adversus veritatem ; ;

15. Non cest enim ista sapientia desursum descendens, sed terrena, animalis, diabolica.

16. Ubi enim zelus et contentio, ibi inconstantia et omne opus pravum.

17. Quae autem desursum estsapientia primum quidem pudica est, deinde pacifica, modesta, suadibilis, bonis crasentiens, plena misericordia et fructibus bonis, non judicans, ..ne simula’ione.

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