‹ A mes séminaristes [microforme]Chapitre 13 sur 31 · NU · texte numérisé non relu

NU

» C'est une chose monstrueuse que le goût et la » facilité qui est en nous de railler, d’improuver et » de mépriser les autres; et tout ensemble colère » que nous ressentons contre ceux qui nous raillent, » nous improuvent et nous méprisent (!). »

Oh ! je le sais, vous n’avez pas mauvais cœur, vous n'êtes ni rancunier, ni implacable. Aussi l’on ne vous reproche pas d’être cruel, on vous demande, d’abord, si vous ne faites pas inconsidérément à autrui ce que vous ne voudriez pas que l’on fit à vous-même; on vous demande, ensuite, si, lorsque vous voyez des brigands dépouiller votre prochain de sa honne réputation, vous n'êtes pas pareil au prêtre et au lévite qui passaient insouciants à côté du blessé de Jéricho, laissant à un pieux Samaritain le soin de verser sur ses plaies le baume de la charité (?).

Sachez Il y a d’autres cas encore d’irréflexion dans les garder invio- e ‘ ; : lablementun laroles. Par exemple, une circonstance fortuite

secret. vous à mis au courant d’une chose confidentielle. Vous vous rendez compte que vous êtes tenu au secret. Le lendemain, une occasion s’offre de paraître mieux informé que vos confrères. Le secret vous brûle les lèvres. Vous le trahissez.

(t) La BruYÈRE, Caractères, ch. XI, De l’homme. () Luc. X, 30.

A peine l'inôiscretion est-elle commise que vous voudriez la ressaisir, Il est trop tard, le mal est fait. Ses conséquences naturelles iront leur train. Vous-même serez peut-être disqualifié chez piusieurs, si votre intempérance de langage est mise à découvert.

Ne vous arrive-t-il pas, enfin, de vous griser de paroles, de parler pour parler, comme l'enfant babille par besoin naturel, pour exercer et développer ses organes de la parole ? Ne cédez-vous pas complaisamment au désir de parler sans reliche de vous-même, de narrer diffusément les menus détails qui vous intéressent et peut-être n’intéressent que vous, au risque de devenir pour les gens sérieux un épouvantail ? :

Encore une fois, je vous entends, vous n’avez pas mauvaise intention ; chaque fois qu'une imprudence est commise, que le mal est fait. vous en déclinez la responsabilité en disant : « ”. n y avais pas songé ! » Mais précisément votre toru est de n’y avoir pas songé. Pourquoi la raison vous a-t-elle été donnée, sinon pour vous éclairer sur les conséquences naturelles de vos actes et pour diriger votre vie d’après les règles de l'expérience ? Que faites-vous de votre liberté, si vous ne travaillez pas à maïtriser vos impulsions ?

Bavard ct faächeux.c'est tout un.

Le bilan des conversations d’une journée.

La gravité du caractère et du langage doit être l’apanage du prêtre.

Voulez-vous faire sur vous-même une expérience instructive ?

Un soir, dans la tranquillité de votre cellule, passez minutieusement en revue chacune des conversations de votre journée; essayez de vous rappeler de qui vous avez parlé et ce que vous avez dit ; puis, dressez le bilan : De qui avez-vous parlé en bien ? De combien, au contraire, avez-vous parlé en mal? Renouvelez chaque soir, durant une semaine, le même examen de conscience. Vous serez effrayé, peut-être, du nombre de vos critiques désobligeantes à l'adresse de l’autorité, de vos médisances, de vos épigrammes peu charitables, de vos paroles indiscrètes ou frivoles, mais vraisemblablement vous serez stupéfait du petit nombre de personnes dont vous aurez dit du bien, j'entends du bien tout de bon, et non pas du bien qui sert de palliatif ou de préface à une critique que vous sentez trop acerbe pour être acceptée sans précaution oratoire. Vous apprendrez ainsi à mesurer la perfection que suppose l’usage impeccable de la parole : « Si quis in verbo non offen”* hic perfectus est vir. »

Cher Ami, vous de, être, vous devez devenir ce perfectus vir : songez donc, je vous prie, à vos responsabilités futures. Au prêtre, si jeune soit-il, la confiance des fidèles a attaché le nom vénérable

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nn de preshyter « homme d'âge », marquant ainsi la gravité que votre caractère et votre mission vous -Commandent. Les intérêts les plus graves seront engagés en vos mains ; attirés par la robe que vous portez et par le caractère sacré de votre sacerdace, les fidèles se livreront à Vous avec une confiance filiale ; et vous n'apporteriez pas au ministère de ce qu'il y a de plus précieux au monde, les âmes et leuravenir éternel, l'application, le discernement, la prudence, en un mot, la sagesse que l’homme de loi apporte à la juste appréciation d’une cause civile. le médecin au soin de ses malades, le commerçant à l'administration d'intérêts purement matériels ! «Ah! que la jeunesse Sacerdotale surtout :;sache » bien, écrit Dupanloup, que ceux qui sont chargés » de son éducation ne le lui laissent pas ignorer, les » légèretés du jeune âge suivent l’homme dans toute » la vie, et on les porte partout avec soi. Le prêtre. » s’il est né avec cette faiblesse morale, et si un: » forte éducation cléricale ne l'en a pas délivré, la » portera dans les fonctions de son Sacerdoce, dans » ses rapports les plus délicats avec les hommes, et » dans de redoutable ministère même dont il est » dit : Ars artium regimen animarum. Quel pasteur,

» hélas ! et quel directeur des âmes il sera (1) !» nn (!) De l'éducation, t, II, ch. XI.

Pour savoir user vertueusement de la parole, il faut discipliner la languc.

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Et il sera d'autant plus dangereux, ajoute le grand éducateur, que sa témérité inconsciente le poussera à s'ingérer inconsidérément dans les affaires les plus graves et à les trancher avec d'autant plus d'assurance qu’il sera moins attentif à leur gravité et en mesurera moins les difficultés.

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