‹ A mes séminaristes [microforme]Chapitre 16 sur 31 · LE RECUEILLEMENT ET LE SILENCE RS OR SE RE TR RES SRE · texte numérisé non relu

LE RECUEILLEMENT ET LE SILENCE RS OR SE RE TR RES SRE

Au surplus, est-il téméraire de dire que l'inattention aux écarts du langage est une des causes les plus ordinaires du discrédit qui frappe nombre de personnes pieuses et atteint, dans une certaine mesure, par ricochet, le prestige de la piété ellemême ?

Mais j'ai hâte de revenir à la pensée dorninante de cet entretien. Mon but n’était pastant insister, pour l’heure, sur lès torts qu'un langage inconsidéré peut causer à autrui; j'avais surtout en vue votre perfection personnelle et voulais vous inculquer, à cet effet, le souci de contrôler avec application l’exp.'ession de votre pensée.

Saint Charles Borromée se plaçait aussi à ce point de vue lorsque, dans ses Znstitutirnes «dd universum seminarii regimen pertinentes, il écrivait : « Cum silentium permultum ad paris pietatisque conservationem, ad .studia, et ad mullas perturbationes evitandas conferat, numquam colloquantur, nisi de rebus necessariis ; idque praccipue ante et post orationem, Missam, examen conscientiae, sanctissimorum Poenitentiae ac Eucharistiae Sacramentorum

perceptionem ; praelerquam relaxationis tempore, quo

de rebus utilibus sermones habcre, sine tumullu tamen licebit.

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» Vitent antem minus ? mesta rollocutiones : atios inter loquen nn ne carpant, aut quovis modo laedant : neque ver) se ipsi laudent.

nisi cum al proximi fructum id est necessario faciendum (1). »

verla inanesque

Je me souv: 18 avoir entendu l’un de vous, au cours d’un c si, (ce littéraire récent,rappelerlesavis si sages, de si naute portée, que donnait Bossuet au Dauphin pour lui faire apprécier la valeur éducative de la correction grammaticale. « Priace, disait le » précepteur, ne croyez pas qu'on vous reprenne si » sévèrement pendant vos études, pour avoir sim- » plement violé les règles de la grammaire dans les » mots et les phrases de vos devoirs. Il est, sans » doute, honteux à un prince, à un enfant intelli- » gent, qui doit avoir de l’ordre en toutes choses, » de tomber en des fautes si grossières ; mais nous » ne blâmons pas tant Ja faute elle-même, que le » défaut d'application qui en est la cause. Ce défaut » d'application vous fait maintenant confondre

» l’ordre des mots, mais si nous laissons vieillir et

»se fortifier en vous cette mauvaise habitude, » quand vous viendrez à manier, non plus les mots, » mais les choses mêmes, vous en troublerez tout

() Op. cit., p. III, cap, III.

« L'applicaiion, dit Bossuet, est toute Ja force de l'âme. »

ere

» l'ordre. Vous parlez maintenant contre les lois de » la grammaire, alors vous mépriserez les préceptes » de la raison. Maintenant, vous placez mal les » paroles; alors, vous placerez mal les choses, vous > ferez tout en désordre (‘). »

Mes chers Séminaristes, quand à combattre ce qu’il y a d’inconsidéré dans votre conduite, nous apportons une insistance qui, à vos yeux aujourd’hui, peut paraître exagérée, croyez bien que « nous ne blâmons pas tant les fautes elles-mêmes, que le défaut d'application qui en est la cause ».

C’est que, avec Bossuet, nous croyons que « l’application est toute la force de l'âme ».

Sachezdonc En ce mot du grand penseur de Meaux se trouve

t e LA .

avant tout Ondensée la conclusion de nos trois premières vous recueil- :

liretêtreat- Conférences.

tentifs. Le recueillement est indispensable à l'essor religieux de l’âme.

La concentration de la pensée, que, d’un autre mot, Bossuet appelle l'application, est le moyen d'assurer le recueillement.

D'autre part, la liaison de la pensée et de la parole est si étroite, que la réflexion intérieure engendre

(:) Bossuer, De l'instruction de Monseigneur le Dauphin. Œuvres, tome XXXIV, éd. Lebel.

naturellement la modération et la gravité du langage, et que, inversement, le contrôle attentif de la parole réagit, naturellement, sur l'application des facultés supérieures aux réalités invisibles qui sont l'objet principal de notre vie morale et religieuse et le terme de notre cheminement terrestre.

Accueillez donc pieusement, chers Élèves, méditez et faites pénétrer dans votre vie journalière le conseil de saint Bernard : « Affectionnez le silence, » aimez à le garder et à écouter, face prius et audi : » ne péchez point par la langue, ne delinquas in » lingua ; de cette façon, vous protégerez l’homme » intérieur qui réside en VOUS, custodi quantum » potes interiorem hominem tuum, vous serez et vous » Vous tiendrez dans les dispositions les meilleures > pour écouter Dieu ».

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