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LA MÉDITATION SOLITAIRE DE L'ESPRIT

La méditation quotidienne nous est souvent r

sentée comme un exercice qui occupe, en chacune de nos journées, une place à part et con ste en une concentration intense de la pensée sur un point de la vie chrétienne, dans le but de déterminer et de

proposer à la volonté une ou plusieurs résolutions d'amendement ou de progrès.

epré-

lire, mes chers rir de la parole » Parce que beaucoup aires de l'esprit, aliment d'une oraison avec vigueur et se livre ale aux entretiens de l'amitié avec t par Lui, avec Dieu.

d votre attention sur olitaire de l'esprit ; puis,

‘ordison roncte sous forme

Jésus, le

role divine,

Méditation intellectuelle et oraison :

deux choses à ne pas confondre.

L'art de goûter la pa-

Fhél oh ce be dise nes man purenne

Je n'aflirme pas que les maîtres contemporains de la vie spirituelle s’attachent à définir ainsi la méditation, mais je crois ne poirit me tromper en disant, appuyé sur une expérience déjà longue, que beaucoup d’âmes pieuses, religieuses, sacerdotales, se font de leur oraison journalière la conception qui vient d'être esquissée.

La méditation, pour elles, est un exercice solitaire où l'esprit s’absorbe dans un effort soutenu de réflexion. Sans doute, leur méditation ne se termine pas à un acte d'intelligence ; la pensée y est destinée àémouvoir la-volonté, à telle enseigne que la méditation passe généralement pour stérilesielle n’aboutit pas à formuler expressément, en guise de conclusion logique de prémisses nettement aperçues, un ou plusieurs fermes propos qui ont pour objet l'amélioration de la vie. Néanmoins, le travail de téte est regardé comme l'œuvre principale du méditatif : les facultés rognitives y entrent les premières en exercice pour mettre l'âme en présence de Dieu et pour lui donner, au moyen de préludes, une solide assiette intérieure ; puis, elles gardent dans la méditation entière, le rôle le plus actif.

Certaines comparaisons bien connues contribuent à ancrer dans l'opinion cette notion principalement. sinon exclusivement « intellectualiste » de la médi-

tation. À ceux quise plaignent de ne pouvoir méditer.

ne dit-on pas couramment : « Mais, tout le monde médite; l'architecte qui dresse ses plans,le négociant qui suppute ses dépenses et ses recettes, l'avocat qui forme son dossier, l'homme politique qui prépare un discours, tous méditent. Qu'est-ce qui peut nous empêcher d'appliquer à un sujet religieux l'attention que nous accordons si volontiers et avec succès à des objets profanes ? »

Etsanss'avouer que COMparaison n'est pas raison, l’on se forme aipsi de la méditation religieuse une Conception très défectueuse, sur le modèle d'une application prédominante de l'esprit de la vie morale,

Et, de même que l'examen d’un Plan, d'une affaire, d'une cause, d'une discussion politique occupe dans une vie profane un temps déterminé, passé lequel il cède la place à des préoccupations d’un autre ord re, de même, beaucoup de personnes veulent bien inscrire la méditation à leur ordre du jour, m se préoccupent peu ou point de la rattacher actions qui la suivent.

Or, la méditation n’est Pas un exercice intellectuel solitaire, mais un entretien de L Dieu vivant.

Deux personnes y sont essentiellement engagées.

aux intérêts

ais

aux

‘âme avec notre

L'oraison cst une méditation dans laquelle l'âme s’entretient avec Dieu.

L’'oraison doit être continuelle ; &\le consiste surtout à écouter Dieu ; son ob- Jet est notre Dieu vivant, N. S. Jésus- Christ.

Influence sanctificatrice de l’orai-

Et parce qu’il n’y a pas d’heure déterminée, qui: soit affectée, de façon exclusive, au service de Dieu, l’oraison est, en rigueur de termes, continuelle; si une heure de la journée lui est spécialement réservée, c’est pour mieux assurer son influence sur les actes qui la suivront et dont elle devra être le principe vivifiant.

Étant un entretien avec Dieu, l’oraison consistera à écouter Dien plus encore qu’à Lui parler. Quand le Dieu infini, qui n’a nul besoin de nous, daigne s’incliner vers les chétives créatures que nous sommes, et les invite à s’entretenir avec Lui, n'est-il pas, en effet, de la plus élémentaire convenance que nous nous tournions, avec avidité, vers Lui, guettant le moment où il Lui plaira de laisser tomber sur nous une de ses paroles bénies; résolus, d’ailleurs, à l’accueillir avec reconnaissance et respect et à la faire passer en nous pour en vivre ?

L'objet principal de l’oraison ne sera donc pas une vérité abstraite à mûrir dans un intérêt moral ; son objet principal sera notre Jieu vivant, Notre Seigneur Jésus-Christ, sa personne, ses enseignements, ses exemples, ses états, ses œuvres.

N'’eussions-nous pas conscience de vouloir nous amender oun - »erfectionner, l’oraison nous purifiera, nous sanctifiera, car les attraits du Cœur de

Dieu sont le plus fort stimulant de l'effort chrétien et le motif le plus efficace des déterminations viriles d’une âme généreuse.

A coup sûr, elle mettra en jeu nos facultés cognitives, car Dieu ne voudrait pas de nous un culte aveugle ou inconsidéré, mais les avances bienfaisantes de l'amitié de Dieu attireront notre premier regard, amorcerant l'entretien, et ce même sentiment de l’amour que Dieu nous porte et de celui que nous Lui devons sera le soutien constant de notre attention docile et généreuse à sa parole.

L'âme sortira de son entretien avec son Dieu, animée d’un désir toujours plus vif de L’'aimer davantage et d'aimer, avec Lui et pour Lui, les créatures qu'il aime. Elle n’y formulera peut-être pas chaque fois une résolution expresse de se corriger de tel défaut qui fait en elle obstacle à son avancement spirituel, ni mème de pratiquer plus exactement telle ou telle vertu particulière, mais elle n’en sortira pas moins de l'oraison avec une volonté rlus décidée d’avancer dans la charité et celle-ci, à son tour, n’en sera PAS moins, par une

conséquence indirecte nécessaire,un principe fécond d'activité forte et de progrès moral.

Assurément, nous ne songeons pas à mettre en question la nécessite

Oraison et

de surveiller sa con- examen de conscience.

pre ré nrtes re Ceres | arr

Le méditatif et l’homme d'oraison.

science et l'utilité d'exercer aussi, quand il y a lieu, . au cours de l’oraison, ce contrôle sur soi-même ; mais vous ferez bien d'observer que, si l'examen de conscience a son rôle obligé dans le développement de notre vie morale, — nous nous réservons de traiter ce sujet dans notre prochaine conférence, — il ne faut cependant ni l'identifier avec l’oraison, ni même y voir un élément essentiel pratiquement indispensable de toute oraison.

L’examen de conscience porte directement sur le moi et ne mène à Dieu que par un choc en retour, tandis que la raison d’être de l’oraison et son effet immédiat est de soulever l’âme au-dessus d’ellemême, de lui faire oublier ses préoccupations intéressées, même morales, en l'attachant fixement à Dieu, à Notre Seigneur Jésus-Christ, qui seul est bon, qui seul est saint, qui seul est le Maitre, qui seul, enfin, est le T'rès-Haut et habite avec le Saint- Esprit dans la gloire de Dieu le Père, « Tu solus sanctus, tu solus Dominus, tu solus altissimus, Jesu Christe, cum sanrto Spiritu, in gloria Dei Patris. » Entre la méditation, dans le sens péjoratif du mot, telle que nous venons de la décrire, et l’oraison proprement dite, la différence est considérable. Que l’on en juge par la comparaison de leurs effets respectifs.

Le méditatif tâche d’abord et surtout às'’amender,

à extirper les racines de ses défauts, en vue de se rendre plus habile et plus fort pour l’action.

L'homme d'oraison n'ignore ni ne méconnaît le

prix de l’action, mais au-dessus d’elle il place habi-

tuel.. sent les intérêts supérieurs de la gloire de

Dieu, de l'extension de son règne, de l’accom-

plissement le plus parfait possible de sa volonté sainte, ‘

Celui qui rabaisse la méditation au niveau d’un

exercice moral « pratique » ressemble à Marthe, qui s’empressait autour Lui rendre mille services.

L'homme d'oraison ressemble à Marie : il se tient docilement aux pieds de Jésus, interru attend sa parole et ] son intérieur. A l’exe

de Notre Seigneur pour

ge son regard, a recueille jalousement dans mple de la Très Sainte Vierge, il enveloppe pieusement dans le secret de son cœur les moindres paroles de Jésus, pour en faire ensuite l’objet de ses réflexions pieuses

: & Et mater cjus cOnservabat omnia verba he

«in corde suo (1). »

Dans une certaine mesure, toute doit pratiquer l'oraison ; car dit qu’il doit chere

âme chrétienne , à tout homme il a été her en première ligne le royaume

(*) Luc. IL, 5r.

lue +

Auxprêètres surtout, il importe de se faire une * juste idée de la conversation intérieure. avec Dieu.

-perpétuels recommencements d'efforts solitaires.

de Dieu et sa justice, et notre divin Sauveur ne s’adressait pas à une élite, mais à l'humanité chrétienne, sans distinction d'état, quand, à la demande de ses apôtres : « Maître, comment devons-nous prier? » Il répondait : « Voici comment vous prierez. Vous direz, d’abord : « Notre Père qui êtes aux » cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre » règne arrive, que votre volonté s'accomplisse sur » la terre comme elle s’accomplit au ciel » ; après seulement; vous ajouterez : « Donnez-nous, aujour- » d’hui, notre pain quotidien, pardonnez-nous nos » offenses, ne nous laissez point succomber à la » tentation, mais délivrez-nous de tout mal. » L'idée étroite que beaucoup de prêtres se font de leur conversation intérieure avec Dieu, a pour eux et pour leurs ouailles, de déplorables conséquences. Elles sont déplorables pour eux-infmes. Il est si fastidieux et, la plupart du temps, si stérile, parfois si déprimant de se retrouver tous les jours, et plusieurs fois le jour, tantôt à propos de méditi: tantôt dans des examens de conscience proprement dits, face à face avec ses misères morales, témoin aitristé ou découragé de l’impuissance radicale où l’on est, et dont l’expérience nous a bientôt irrémédiablement convaincus, de nous en délivrer par de

Aussi, quelle est la triste histoire d’un nombre assez considérable de prêtres ? Au Séminaire, l’on méditait par esprit de discipline, entrainé d'ailleurs par l'exemple mutuel et soutenu par le contrôle des supérieurs. A la sortie du Séminaire, sous l'empire d’une habitude incessamment entreten ue,on marche de vitesse acquise et, pendant un temps plus ou moins prolongé, l'on reste fidèle à sa méditation quotidienne, à l’heure fixe, au début de la journée.

La méditation n’a peut-être pas une influence très considérable sur les actions qui la suivent et l’on aurait peine, parfois, à midi, à se rappeler ce qui a fait l’objet dé la méditation du matin. Mais enfin,

l'on ne s’en inquiète Pas autrement : l'ordre du jour à été fidèlement gardé, la Conscience est en paix et l'on ira, le soir, se reposer sans regret.

Mais, insensiblement, cet exercice quelque peu mécanique pèse, La méditation se fait sans goût, sans fruit apparent. D'autre part, les œuvres.se multiplient, lesoceupations du ministère se pressent, absorbent de plus en plus et l'attention de l'esprit et toutes les heures de la journée; le moment n’est pas éloigné où la méditation, après avoir été successivement écourtée, omise Par intervalles, sera peutêtre presque totalement abandonnée.

Si l’on est dans la carrière de l’enseignement ou

ne

Abandon graduel de la méditation.

livré à une vie d’études, l’accaparement de l'esprit par des pensées étrangères aux choses divines est plus aisé encore et, d'ordinaire, plus rapide et plus complet.

Ilest vrai quelaretraite annuelle viendra réveiller, avec le sentiment de la nécessité d’un retour à la piété, le désir de reprendre l’ancienne habitude d’une méditation journalière. Mais si la longue éducation du Séminaire n’a pas été assez forte pour maintenir l’âme pieuse dans la voie de l’oraison, comment la poussée intermittente d’une semaine d'exercices intérieurs y réussirait-elle ?

Au fait, la retraite sera suivie d’ifn nouvel effort, mais qui sera plus généreux qu'’etlicace. à J'ai connu beaucoup de prêtres pieux, pleins d’élan à leur sortie du Séminaire et qui, après avoir, à diverses reprises, recommencé, de façon intermittente, leur méditation quotidienne, en sont venus pratiquement à l’abandonner ou à peu près. Ils ouvrent bien encore, de temps en temps, fréquemment peut-être, Bronchain, Chaignon, Hamon, Vercruyse ou un autre auteur de Wéditations pour tous les jours de l’unnée, mais leur exercice pieux est plutôt une lecture spirituelle de la pensée d’autrui qu’un effort sérieux de méditation personnelle. Sans doute, de même que l'examen de conscience

est indispensable, à son heure, de même la lecture spirituelle a sa place indiquée dans une journée pieuse ; mais, pas plus que l'examen de conscience, la lecture spirituelle n’est l’oraison.

Or, qui dira, mes chers Amis, le tort que fait à une vie de prêtre le défaut d’oraison ?

* Les choses les plus sublimes de Ja religion, les fonctions du ministère, les sacrements, le très saint sacrifice de la Messe lui-même, vus du dehors, que sont-ils, sinon des signes sensibles qui ne diffèrent pas des choses profanes, banales, qui remplissent la vie la plus vulgaire ? Si vous ne prenez pas soin ‘alimenter votrefoie, votreamour, pour vonsmettre €n mesure d'atteindre, à travers l'écorce dusymbole, la réalité surnaturelle qu'il signifie ou qu'il réalise, Vous ne tarderez pas à traiter les choses les plus saintes avec le sans-gêne que ne condamne pas l'emploi des choses de la vie courante. Vous apporterez encore, je le veux bien, à vos fonctions la dignité extérieure avec laquelle le praticien a le Souci de remplir ses devoirs professionnels, vous resterez un honnête homme ; vous ne serez plus devant Dieu l’homme Surnaturel qu'est, par vocation, le prêtre de Jésus-Christ. « Visus, tactus, gustus in Le fallitur, sed auditu soto tuto creditur. »

L'oraison est l’aliment de l’amour ; or, Sans amour, pas d'action.

Même l’action, à laquelle vous avez sacrifié votre oraison, subira tôt ‘u tard chez vous un fléchissement inévitable. Comment pourrait-il en être autrement ? L'homme n’agit pas sans un mobile d'action. La volonté est la puissance d’aimer. On n'aime que le bien. Sans bien, point d'amour; sans amour, poin de vonloir.

Or, le prêtre en consacrant son existence au service de Dieu et des âmes, a rayé de la liste de ses mobiles d’action tousles biens terrestres dont l'espérance détermine l’activité des personnes du monde, les soins du père et de la mère, par exemple, pour leurs enfants, les efforts de l’ouvrier, du négociant, del’hommed'affaires, pour leursintérêts, l'ambition des hommes politiques pour le triomphe de leurs idées ou du parti auquel ils se sont publiquement inféodés.

Des sources de la vie surnaturelle coule en abondanceuneeau vive, infinimentplusricheenprincipes nutritifs et plus fécondante que les aliments de rencontre de l’activité naturelle; maïs encore faut-il y puiser. Faute de quoi, l'âme s’alanguira, si même elle ne succombe d'’inanition.

Aussi la situation du prètre qui n’entretient pas

en soi la vie surnaturelle est-elle pitoyable. Dénué, .

d'une part, des mobiles naturels d'action qu'il a

volontairement retranchés de sessollicitudes, privé, d'autre part, des motifs Surnaturels dont sa négligence l'empéche de recueillir l'impression, il est comme une barque engagée dans un banc de sable et que nul courant ne vient plus ressaisir ; il se désintéressera, à la longue, des âmes confiées à sa garde et leur réservera Je triste sort d’un troupeau sans pasteur.

La société chrétienne souffre, à l’heure présente, d’une plaie dont les âmes les plus élevées gémissent : il y a, disent-elles, des confesseurs pour nous absoudre de nos fautes, il nous est bien difficile de trouver un directeur qui nous oriente vers Dieu, nous stimule, nous sanctifie.

La chose est-elle bien surprenante ? On ne donne pas ce que l'on n’a pas. Comment le confesseur aurait-il le souci habituel de rapprocher les âmes de Dieu, de les faire vivre dans des rapports de plus en plus intimi : d'union avec Lui, tandis que luimême est devenu étranger aux secrets de la vie intérieure ? Son ministère est Lout entier à l'action ; il ne lui conçoit pas d'autre but : comment aurait-il

à cœur de développer chez autrui le besoin de l’oraison ?

Aussi, les vraies notions de la religion se faussentelles.

La société chrétienne d'aujourd'hui et la vie intérieure; le devoir des confesseurs et des chefs de paroisse,

CES Minnie méaiéionmanemnte. CS

bain +5 Star

Tel prêtre zélé est presque tenté de regretter le temps qu’il doit consacrer à la récitation de son bréviaire : c’est autant de soustrait, se dit-il, à des “uvres qui absorberaient utilement tous mes loisirs. Il récite son bréviaire, oui, mais il n’oserait dire, la main sur la conscience, que de cette récitation il fait une prière.

Tel curé qui s'emploie sans relâche au soin des malades, aux écoles, à l’organisation d’æœuvres ouvrières, songe à peine à avertir ses paroissiens que, le dimanche, ils doivent s'unir à lui, à la grand’ messe, afin que la paroisse entière élève un instant sa pensée au-dessus de toutes les choses qui passent et, dans un commun élan de piété, chante les louanges de Dieu : « Laudamus tr, benedicimus te, adoramus te, gratias agimus tibi, propter magnam aloriam tuam. »

Est-il besoin d'ajouter que, en des milieux ainsi disposés, l’étai de vie que notre divin Sauveur a le plus exalté, celui de Marie, sœur de Lazare, semble à peine justifiabl” et est-il étonnant quel’on entende des chrétiens, parfois même des prêtres, regretter l'entrée de certaines âmesd'élite dans les monastères de la contemplation ?

À quel niveau ne descendrait pas, cependant, le monde, grand Dieu, si ces nobles âmes ne rappe-

ENTRETIENS Av!

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