‹ A mes séminaristes [microforme]Chapitre 29 sur 31 · FF · texte numérisé non relu

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Une double pensée à retenir : rapportez tout à Dieu; formez-vous la conviction que Dieu veut accomplir par vous de grandes choses pour sa gloire.

CONCLUSION

Nous nous arrêtons, mes chers Amis.

Cet enseignement relatif à l’origine surnaturelle de l'efficacité de vos pouvoirs marque la transition entre la première série de nos conférences, qui prend fin ici, et la série prochaine, qui sera plus spécialement consacrée à l'examen de votre avenir.

Retenez cette double pensée :

Puisque vous n’avez rien de vous-mêmes ; puisque ce que vous êtes, vous l’êtes par la grâce de Dieu, « Gratia Dei sum id quod sum (‘), » gardez-vous de vous attribuer à vous-mêmes vos talents, votre vertu, le mérite de vos œuvres. L’orgueil égoïste est un larcin. Aimez à reûire, et pour affirmer la vérité et pour vous habituer à vous détacher de vousmêmes : « Non nobis, Domine, non nobis, sed romini tuo da gloriam, super misericordia tua et et veritate tua. Nous ne voulons pas pour nous la gloire, Seigneur, non, nous ne la voulons pas pour nous : qu’elle soit toute pour toi, en reconnaissance de ta

(!) 1 Cor. XV, xo.

mr

miséricorde et de ta fidélité (1). » Puis au soir de voire journée de labeur, vous vous en retournetez vers ce Père et Lui direz, en toute justice, avec les apôtres : « Maître, je sais que vous n'avez pas besoin de mes services, Servi inutiles sumus (*). »

Cependant, vous concevrez de grandes ambitions. Car « le Seigneur vous établit sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et pour détruire, pour édifier et pour planter (°) »; « partout où Il vous enverra, Vous irez; tous les messages qu’Il vous confiera, vous les exécuterez (‘) ».

Ayez la conviction qu’Il veut accom plir par vous de grandes choses, pour l’exaltation de son saint Nom. « Fecit mihi magna qui Dotens est et sanctum nomen ejus. »

Loin de vous laisser abattre par les épreuves, vous vousappuierez joyeusement sur le bras tout-puissant du Seigneur et vous vous déciderez à gravir, chaque jour, un degré de la mont‘ de la perfection.

« Beatus vir cujus est auxi im abs te ; ascensiones in corde suo’ disposuit, in valle lacrymarum, in loco (locum) quem posuit (5). »

(1) Ps. CXIIL, 0.

() Luc. XVII, 10.

(3) Jer. I, 20.

(+) Ibid. 7.

(5) Ps. LXXXIIL, 6.

Mon fils bien-aimé, de l’humble vallée où se cache le sentiment de ton insuffisance et de ton indignité, « lève un regard confiant vers les hauteurs d’où te viendra le secours. Levavi oculos meos in montes, unde veniet auxilium mihi. »

Aie la ccafiance de redire avec la foi du psalmiste :

« Le secours me viendra du Seigneur, qui a créé les cieux et la terre. Auæilium meum a Domino, qui fecit coelum et terrgm. »

Tu ne seras paint déçu. « Le Seigneur ne permettra point que ton pied chancelle. Il tegardeet ne sommeillera point... 11 est avec toi, comme l’ombre de ta droite. Non det in commotionem pedem tuum, neque dormitet qui custodit te Dominus protectio tua, super manum dexteram aie. »

« Le Seigneur te gardera de tout mal, Il — ton âme. Le Seigneur te gardera à ton départ et à ton arrivée, dès maintenant et à jamais. Dominus custodiet te ab omni malo, custodiet animam tuam Dominus. Dominus custodiet introitum et exitum tuum : ex hoc nunc et in saeculum (). »

« O mon :! s’écrie Bossuet, vous seul m'’êtes nécessaire. C’est vous seul qu’il faut désirer, et à

(:) Ps. CXX.

qui il faut s'unir, Crains Dieu, observe ses commandements : car c’est là tout l’homme (!).

« Quoi que tu perdes, 6 homme, Pourv' ;juetune perdes pas Dieu, tu n’as rien perdu du bien. Laisse donc écouler le reste : ne te réserve que de craindre et d'aimer Dieu : c’est là tout l’homme.

» Mais alors, poursuit le grand écrivain, puisque Dieu est seul, et que l’homme se considère comme seul devant Lui, n’y aura-t-il pas moyen de trouver en l’homme un acte qui, d’un côté, renferme tout ce qui est dans l’homme, et, d'autre côté, réponde à tout ce qui est en Dieu ()?>»

Est-il une question capable, mes chers Amis, de piquer davantage votre intérêt ?

Vous aspirez à la perfection : où esi-elle ?

Elle réside dans ja charité, «iiest l'amour de Dieu pour Lui-même et l’amour de vos frères par amour pour Dieu. Cet amour bannit l’égoïsme. Vous voulez donc donner à votre vie, le plus possible, la forme d’un acte de charité et en exclure l’égoïsme.

(") Eccl. XIL, 13.

() Bossuet, Discours sur l'acte d'abandon à Dieu. 11 faut lire: en entier cet admirable discours, où se révèlent toute l’'humble piété et le génie du grand évêque.

La perfection suprême estla charité,

Prière de saint Augu:tin,

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Cet acte idéal, vers lequel vous vous efforcerez de monter, dans la mesure où vous aurez le souci de votre amendement et de votre progrès moral et religieux, des maîtres autorisés de la vie spirituelle l'ont appelé « acte d'indifférence », « acte de pur amour », «acte d'abandon », « acte de filial abandon ».

Ils en ont donné de multiples formules. Je doute qu’il y en ait une plus expressive que celle qui est contenue idans cet extrait des Soliloques de saint Augustin :

Constanter Deo rrede, eique te totum committe, quantum potes, Noli esse velle quasi proprius et in tua potestate, sed: ejus clementissimi et utilissimi

“Domini te servum esse profitere. Ita enim te ad se

sublerare non desinet, nihilque tibi evenire pernuttet, nisi quod tibi prosit, etiam si nesrias (!). »

Nous traduisons en forme de prière le conseil que se donne à lui-même, dans le recueillement de sa solitude, le saint Docteur :

Mon Dieu, j’ai en Toi une confiance fidèle, à Toi je me livre totalement, le plus que je le puis. Je ne veux pas vouloi être à moi, ni prétendre à l’indépendance, mais je déclare qu’envers Toi, Maître

(:) Soliloquia, L, cap. XV.

DIEU EST AVEC NOUS 265 nn munies

clément etgénéreux par excellence, je me considère comme un escla'e. Il faudra bien, alors, Seigneur, que tu me soulèves de terre et que tu m'attires à Toi sans cesse, et tu ne pourras pas permettre que rien m'arrive où ma foi ne soit assurée de trouver son bonheur. »

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