LA CONFIANCE EN DIEU
L'homme d'action a pour appui la certitude qu’il ne travaille pas seul : Dieu est avec lui. Le Seigneur, dit le prophète Isaïe, est -notre Emmanuel, Dieu avec nous.
Il renouvelle périodiquement sous nos yeux le spectacle des merveilles de la création, afin que nous y remarquions sa présence. |
Les événements de l’histoire nous entretiennent de ses desseins sur l’humanité : « À chaque peuple » Il a fixé le temps de sa durée et la portion d’espace » qu’il occuperait à la surface du globe, obligeant » toutes ces multitudes à Le chercher, à se porter » comme à tâtons vers Lui pour Le découvrir. Il » n'est, cependant, pas loin de chacun de nous. Car » nous vivons, et nous nous mouvons et nous » sommes en Lui (!). »
Sa paternelle sollicitude s’applique à chacune de nos existences. À chacun Il a marqué sa place dans l’ordre universel, fixé la date de son apparition sur la scène du monde; Il l’a pourvu des moyens propor-
{t) Act. Ap. XVI, 27, 38.
DIEU EST AVEC NOUS i
rs
tionnés à sa tâche et confie à sa coopération l’accomplissement de sa destinée.
Les créatures non intelligentes alles-mêmes sont l'objet de ses soins assidus. V oyez les petits oiseaux du ciel : ils n’ont ni à semer, ni à récolter, ni à engranger, votre Père céleste prend soin de les nourrir. Le lis des champs n’a besoin ni de travailler, ni de coudre ; sa parure dépasse en éclat le luxe dont s’entourait le roi Salomon (*).
Chaque vie est tissée de joies et de douleurs. Les premières nous disent la bonté de notre Père rai est dans les cieux, et nous invitent à la reconna:ssance.
Les secondes nous rappellent que nous ne sommes pas ici à toujours, que nous passons sur la terre pour y conquérir, en gravissant les âpres sentiers de la vertu, la félicité définitive que nous réserve le ciel.
Si nous écoutions la voix des événements, tous nous parleraient de Dieu et nous porteraient à bénir son saint Nom, car tous contribuent, directement ou indirectement, à notre bonheur. « Diligentibus Deum, omnia cooperantur in bonum SE
< Des cris de triomphe et de salut s'élèvent dans
(t) Matth. VI, 26, 29.
{*) Rom, VIIL, 28.
Lorsque nous ne ménageons pas à Dieu notre libre coopération, nous pouvons être certains que nos actions atteindront leur but providentiel.
les tentes des justes ; la force nous vient de la droite du Seigneur. Vox exullationis et salutis in tabernaculis justorum : Dertera Domini fecit (faciens) virtutem ('). » « Vous êtes proche, Seigneur, et votre Providence est fidèle à toutes ses promesses. Prope es tu, Domine, et omnes viae tuae veritas (°). » Où que nous soyons, quoi que nous fassions, avec la conscience que nous sommes à notre place et que nous y fournissons la tâche que nous impose le devoir, Dieu nous aide, Il nous tient dans sa main et rien ne peut nous causer un tort mortel. « Justorum animae in manu Dei sunt et non tanget illos tormentum mortis (*). »
La mission qui nous est confiée ne s’accomplira pas sans nous, mais pourvu que nous accordions à notre Maître souverain, tout-puissant, infiniment sage et infiniment saint, notre libre coopération, elle réussira infailliblement. Je ne dis pas qu’elle aura le succès que nous augurons pour elle ; il peut nous arriver de nous méprendre sur sa portée véritable et de substituer aux desseins providentiels nos vues étroites, malserviesparlescalculsd’uneimagination
(1) Ps. CXVIL, 15, 16.
(2) Ps. CXVIIL, 151.
{3} Sap. TU, 7.
DIEU EST AVEC NOUS 239 mr Es empressée; mais, tôt ou tard, le plus souvent même en ce monde, la lumière se fera sur le chemin parcouru par nous et il nous apparaitra alors que la Providence ne se trompe pas et ne nous a jamais trompés. « O mon Dieu, chante l'Église, parce que nous Savons que tous vos desseins providentiels sont heureux, nous vous supplions de nous épargner en toutes choses ce qui est mauvais et de ne nous accorder que ce qui doit contribuer à notre bien. » « Deus cujus Providentia in sui dispositione non fallitur : te supplires exoramus, ul noxia cuncta submoveas, et omnia nobis profutura conredas (!). »
Est-il rien <e plus réconfortant et de mieux fait pour asseoir l’âme dans la tranquillité, quoi qu’il lui advienne apparemment de contraire, que cette pensée : « Je ne suis pas seul; à la condition que je fasse mon devoir, j'ai le droit de compter sur la collaboration constante et efficace de mon Dieu. Entre sa Toute-Puissance, son infinie sagesse, son paternel amour, et ma faiblesse, mon ignorance, non indignité, il y a une sorte de contrat ; à moi de faire ce que je puis; à Lui de « me soutenir selon sa promesse, afin que je vive et ne sois déçu dans mon espérance ». « Suscipe me serundum eloquium
{*} Oraiso1 du 7e dimanche après la Pentecôte.
Le sentiment de la collaboration divine engendre et conforte la tranquillité de l’âme.
240 EMMANUEL RÉ AR RE pe tuum ct vivam et non confundas me ab expectatione mea (*). » « En règle générale, écrit saint Bernardin de Sienne, Dieu n’appelle personne à un état, si sublime soit-il. sans lui départir avec abondance les ressources que réclament et la personne élue par Lui et l'honneur des fonctions qu’elle a à remplir. » Generalis regula est, quod quandocumque divina gratia eligit aliquem ad aliquem sublimem statum. omnia charismata ei donet, quæ illi personae sir electae et cjus officio neressaria sunt, atque illam copiose decorant (*). »
Il plaît d'ordinaire à la divine Providence de ne réaliser ses plans qu'avec lenteur, moyennant la cocpération régulière des causes secondes ; Elle veut les semailles avant la récolte ; et le semeur qui, aussi bien que le moissonneur, collabore à l’œuvre générale, aura comme lui sa récompense. Lorsque lestravaux de la moisson prendront fin, l’on verra desgerbesabondantes chargéessur les épaules de ceux qui auront accepté la tâche la plus ardue et la plus obscure, et portées joyeusement par eux dans les greniers du Père éternel. « Euntes ibant et flebant mittentes semina sua ; venientes autem
(t) Ps. CXVIIL, z16.
(#) Sermo 1 de S. Joseph.
venient cum exultatione Dortantes manipulos suos (!). »
Yat-il un père assez dénaturé «pour donner une pierre à son enfant qui lui demande du pain, un serpent à qui lui demande un poisson, un scorpion à qui lui demande un œuf ? Si nous, qui sommes Mauvais, nous faisons déjà du bien à nos enfants, à combien plus forte raison notre Père céleste répandra-t-il ses biens dans le cœur de ceux qui Le prient (*) ! »
Nous sommes Coupables, sans doute, nous offensons beaucoup le bon Dieu ; Mais ne sommes-nous pas toujours, grâce à sa miséricorde, aux sources du pardon ?
La réception d’un sacrement; un acte sincère de repentir tel que l’expriment le Confiteor ou la partie de l’oraison dominicale où il est dit : « pardonnez- NOUS nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés »; Unacte de religion, qui enveloppe un désir de pénitence, par exemple l’usage de l’eau bénite, le signe de la croix, fait avec piété, surtout lorsqu'il répond à la bénédiction de l'évêque ou du prêtre; une humr:> énuflexion, chacun des rites religieux que la t’éoloc ie appelle «sacramen-
(*) Ps. CXXV, 6.
() Luc. XI, xx, 13.
Si nous ve nons à pécher, réparons aussitôt notreoffense:
la collabora.
tion divine ne scra pas interrompue,
VERRE RER une» 52 ERA ar LITE,
242 EMMANU'L
taux », — sans doute parce que, dans la pensée de l'Église qui les a institués, ils ne sont pas dépourvus d'analogie avec les sacrements proprement dits, d'institution divine — nous obtiennent la remise de nos fautes vénielles journalières (")-
Nous péchons tous les jours, il est vrai, mais il dépend de nous que n08 faiblesses n'altèrent pas
nd
(1) Saint Thomas d'Aquin distingue, en ces termes, trois sortes de moyens d'obtenir de la miséricorde divine le pardon des péchés vénie!: :1
« Ad remissionem venialis peccati non requiritur novae gratiae infusio, sed sufficit aliquis actus procedens ex gratia, quo aliquis detestetur peccatum veniale vel explicite vel saltem implicite, sicut cum aliquis ferventer movetur in Deum.
» Etideo, tripliciratione, aliqua causant remissionem venialium peccatorum; uno modo, inquantum in eis infunditur gratia : quia per infusioner gratiae tolluntur venialia peccata… Et hoc modo per Eucharistiam et extremam unctionem, et universaliter per omnia sacramenta novae legis, in quibus confertur gratia, peccata venialia remittuntur. Secundo, inquantum sunt cum aliquo motu detestationis peccatorum; et hoc modo confessio generalis, tunsio pectoris et oratio dominica operantur ad remissionem venialium peccatorum ; nam in oratione dominica petimus : Dimitte nobis debita nostra. Tertio modo, inquantum sunt cum aliquo 'motu reverentiae in Deum, et ad res divinas ; et hoc modo benedictio cpiscopalis, aspersio aquae benedictae, quaelibet sacramentalis unctio, oratio in Ecclesia dedicata, et si aliqua alia sunt hujusmodi, operantur ad remissionem venialium peccatorum.
» Ad nrimum ergo dicendum, quod omnia ista causant remissionem peccatorum venialium, inquantum inclinant animam ad motum poenitentiae, qui est detestatio peccaiorum vel implicite vel explicite. » S. Thomas, 3a, q. 87, in C. et ad 1.
nos dispositions morales. Dès que nous remarquons en nous une défaillance, relevons-nous, disons, de bon cœur, un « mea culpa » et notre volonté demeurera fidèle à Dieu.
Prêtre du Seigneur, qui montez à l’autel tous les L'otfrande
jours; vous aussi, âme Chrétienne, qui l'y suivez en Fu > Le esprit, offrez, chaque matin, votre bonne volonté à Saint Sacri- Dieu, en union avec la divine Victime du Sacrifice, fice de la et dites-Lui : « Père saint, Dieu tout-puissant et Messe. éternel, daignez agréer cette hostie i mmaculée, que j'ose, si indigne que je sois d’être à votre service, vous offrir à vous, mon Dieu vivant, mon vrai Dieu, en compensation de mes innombrables fautes, offenses et négligences ; sauvez-moi, sauvez mon âme pour la vie éternelle. Suscipe, sanrte Pater, Omnipotens aeterne Deus, hanr immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus luus, offero tibi Deo meo, vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis, rt pro omnibus Circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus chrislianis vivis atque defunctis : ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam acternam. Amen. »
Il n’en faut pas davantage pour nous maintenir dans la plus étroite amitié avec Dieu.
Dût-il vous arriver, âme pieuse, de tomber dans une faute grave, ne perdez pas courage.
Comment on peut tirer profit même des fautes graves, pour le progrès spirituel.
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Ce n'est pas une chute qui nous perd, mais le refus de nous en relever. « Peccantem me quotidie et non me poenitentem, tormentum mortis cecidit super me. La frayeur de la mort m'accable parce que, tandis que je pèche tous les jours, je ne me repens pas d’avoir péché. »
L'Église n'a-t-elle pas la hardiesse de chanter, au grand jour qu'elle intercale entre le souvenir de la Passion et de la Mort du divin Rédempteur et celui de la résurrection triomphale des Pâques : O mira circa nos tuae pietatis dignatio ! O inaestimabilis dilectio charitatis : ut servum redimeres, Filium tradidisti! O certe neressarium Adae peccatum, quod Christi morte deletum est ! O felix culpa, quae tale ac tantum meruit habere redemptorem (1) ! O Dieu, combien est admirable la condescendance de votre bonté pour nous ! Quelle inestimable effusion de charité! Pour racheter un esclave, vous livrez à la mort votre Fils! Oh! oui, il fallait le péché d’Adam, car sans lui nous eussions été privés de la mort.du Christ, qui l’a expié. Faute bénie qui nous a valu cet incomparable Rédempteur ! »
Et n'est-ce pas dans cet esprit que le grand évêque d'Hippone, commentant la parole de l’Apôtre : «Tout
(:) Officium Sabbati Sancti, in Benedictione cerei.
DIEU EST AVEC NOUS ms <st profitable aux âmes qui aiment Dieu, diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum, » n'hésite pas à ajouter : « Oui, tout, même les péchés, Omnia, eliam pecrata ? »
C'est que, mes chers Amis, le péché creuse en nous le sentiment de notre faiblesse, rend plus sincère notre humilité, plus aigu notre besoin de Dieu, il nous prosterne, accroît notre reconnaissance et allume dans les âmes généreuses la soif de l’immolation réparatrice,
Au paradis, Pierre, le renégat pénitent, Paul, le persécuteur converti, Madeleine. la séductrice humiliée, prendront place, sans confusion, à côté de Jean- Baptiste, le précurseur fidèle, de Jean, le disciple bien-aimé, de Marie, la Contemplative, et le concert de leurs âmes nous aidera à comprendre comment les multiples aspects que nous appelons aujourd'hui les perfections de l’Être divin se confondent, en réalité, dans l'unité de son substantiel amour. « Deus charitas est (!). »
Le divin pardon n'est pas une fiction pieuse. La clémence du divin Juge n’est pas un manteau qui enveloppe dans l'oubli les fautes du coupable ou qui <nrecouvre prudemment la laideur. L'absolution fait
(*) I Joan. IV, 8.
Un mot de Saint Augustin.
L'absolution fait réellement disparaître le péché.
ES
disparaître le péché ; elle remet l’âme dans l’état où elle serait sielle ne l'avait point commis. Le pécheur converti n’est pas le forçat dont un Vincent de Paul porte les liens, mais qui garde devant Dieu et devant sa conscience une âme de forcat. Sous l’action de la grâce rédemptrice, le péché fond. comme la neige boueuse au dégel ; après que le soleil a passé, le sol raffermi ne porte plus de trace de l’eau fétide qui le salissait. L'âme pardonnée a la candeur de l'âme innocente, et la Bonté divine se mire en l’une et en l’autre avec une même complaisance.
« Non, dit le prophète Jérémie, les miséricordes du Seigneur ne sont point épuisées, ses rites ni sont point taries.
» Elles se renouvellent tous les matins, et votre fidélité, Seigneur, est sans bornes.
» Le Seigneur est mon partage, a dit mon âme ; c’est pourquoi j’espérerai en Lui.
» Le Seigneur est bon pour ceux qui l’attendent, pour l'âme qui le cherche.
» Il est bon d'attendre avec résignation le salut du Seigneur. »
« [lest bon, dit encore le prophète, de coller ses lèvres à la poussière, en disant : Il ne faut point désespérer, car le Seigneur ne rejette pas pour toujours ; s’Il afflige, Il se laisse toucher ensuite en
raison de la multitude de ses miséricordes. Car c'est à contre-cœur qu'Il punit et qu’il frappe les enfants des hommes (!), »
Si bas que vous ayez pu tomber, ne désespérez pas. Criez vers Dieu du fond de l’abîme : « Seigneur, Seigneur, exaucez ma prière : De profundis clamari ad te, Domine, Domine, exaudi vorem meam. Prêtez à mes supplicationsune oreilleattentive, F'iant aures luac intendentes in vocem deprecationis meue “AE
Méditez cette belle prière de l'Église : « Dieu, les manifestations de votre clémence envers les coupables et de votre pitié pour les malheureux sont les chefs-d'œuvre de votre toute-puissance : répandez done de plus en plus sur nous les trésors de votre is iricorde, afin que, attirés par l'appât de vos pro- Fier, nOUS arrivions à Partager avec Vous le bon-
eur it ciel, Deus qui Omnipotentiam tuam parcendo tie ci miserando manifestas : multiplica super nos OM luam, ut ad tua promissa currentes, “less bcnorum farias esse consortes (*), » iiculterions-nous à demander à Dieu ce que, pardessus tout, Il a plaisir à nous donner ?
RE (1) Lam. Jer. I, 29-32.
{*) Ps. CXXIX, r.
(5) Oraison du Xe dimanche après la Pentecôte,
Ne désespérezjamais,
S'abandonner entièrement à Dieu.
L'acte d’espérance est un acte de certitude.
Puisez le motif fondamental de l'espérance chrétienne dans les mé-
Il ne suffirait point, d’ailleurs, mes chers Amis, de ne pas vous défier du Père céleste : il faut positivement, absolument, filialement compter sur Lui.
L'acte d'espérance, qui est d'obligation stricte pour le chrétien, n'est point — comme beaucoup se le figurent, trompés sansdoute par la signification courante des mots espoir, espérance, dans nos langues usuelles — une conjecture appuyée sur des motifs plus ou moins probables, mais une attente assurée, une certitude.
Dieu a promis lé ciel aux hommes de bonne volonté : ce serait Lui faire injure que de mettre en doute soit la sincérité de sa promesse, soit sa fidélité à vouloir la tenir, soit enfin son pouvoir à l’exécuter.
« Comment douterais-je de mon Dieu ? avait coutume de dire sainte Térèse, lorsque ses compagnes, la voyant à bout de ressources, en venaient à suspecter la Providence. Il sait tout, Il est infiniment sage ; Il peut tout; Il est infiniment puissant, et. Il m'aime. »
Ceux qui espèrent en Dieu, avec des hésitations au cœur, n’ont pas assez réfléchi sur le motif fondamental de i’espérance chrétienne.
Vous avez à votre actif, je le veux, un contingent important de bonnes œuvres, et il ne vous est pas
interdit de vous en réjouir, Mais qui d’entre nous est absolument sûr s'il est digne d'amour ou de haine ? Seuls l’infinitude de 1n miséricorde divine, et le droit que nous y donnent, à la seule condition que nous y cCroyions, les mérites de Jésus-Christ, assurent à la confiance un inébranlable appui.
Notre divin Thaumaturge ne posait-il pas invariablement a ceux quisollicitaient de Lui un miracle cette même condition : « Avez-vous foi en moi, c’està-dire avez-vous la ferme assurance intérieure que je puis vous guérir, vous rendre la vue, donner le mouvement à vos membres paralysés, ressusciter votre frère à la vie ? »
Et l'Église, la confidente des intentions de son divin Époux, netermine-t-elle pas toutes ses oraiscns par un appel à l’intercession de Notre Seisneur Jésus-Christ, dont elle atteste la divinité en union avec le Père et le Saint-Esrit dans la très sainte Trinité, per Dominum nostrum Jesum Christum filium tuum, qui terum vivit ct regnat, in unitate Spiritus sanrti, Deus... 2
Revenons donc aux prières de notre catéchisme, mes chers Amis, et disons à Dieu : « J'espère, mon Dieu, avec une ferme confiance, que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, la vie éternelle.
rites de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Les témoignages de la Bonté divine et les gages de l'accomplissement de ses }promesses.
» Et, parce que vous ne pouvez, dans votre infinie sagesse, vouloir une fin sens vouloir les moyens qui y conduisent, j'ai le f:rme espoir qne vous me: donnerez, avec le vie éternelle, tout ce qui peut m'aider à l’obtenir.
» Il en sera ainsi, parce que vous êtes infiniment bon, tout puissant, fidèle à vos promesses.
» Ma volonté est de vivre et de mourir dans cette inébranlable espérance. »
D’ailleurs, n’ai-je pas déjà reçu, par un inexplicableprivilège de la Bonté divine, cette vie éternelle dont je demande à Dieu l'épanouissement ?
A peine étais-je au monde, la divine miséricorde m'a appelé à l'Evangile. Elle m’a élu, dès mon er .rée dans la vie, de préférence à la grande masse au genre humain, pour me sanctifier par les eaux du baptême.
> Comme l'argile est dans les mains du potier, ainsi je suis dans la vôtre, 6 mon Dieu (‘)! Vous pouviez faire de moi un vase grossier, bon à jeter au rebut, et il a plu à votre miséricorde de faire de mon néant un vase d’houneur destiné à orner vos parvis éternels.
(:) Jer. XVIII
» Ma volonté n'est Pour rien, mes efforts ne sont pour rien dans l'octroi de ce rrivilège, seule votre miséricorde en est le principe : Non rolentis, neque currentis, sed miserentis est Dei (*). »
« O richesses de la sagesse et de la science de Dieu, que vous êtes profondes ! Comme vos juge-
ments sont incompréhensibles ! Combien vos voies sont insondables !
» Est-il quelqu'un qui vous ait rien donné et à qui vous deviez quelque chose en retour ?
» Non, Dieu est le Principe, le Médiateur, la Fin de tout : à Lui soit la gloire à jamais (*)! »
Mais, parce que je vous dois tout, Ô mon Dieu, parce que je ne puis, sans injustice, rien m'attribuer, la certitude de mon attente n'en est que plus solidement établie.
Car, si j'ai toutes les raisons ‘le me méfier de mon instabilité, je n’en ai aucune Ge ne point me fier absolument à votre fidélité.
« Vous m'avez appelé à Ja sainteté,
Vous m'avez
(1) Rom. IX, 16.
(?) O altitudo divitiarum sa incomprehensibilia sun judicia biles) viac ejus ! « Quis enim c
picntiae et scientiae Dei ! Quam ejus, etinvestigabiles (ininvestiga- Ognovit sensum Domini ? aut quis consiliarius ejus fuit ? » Aut « quis prior dedit illi, et retribuetur 3 ci ? » Quoniam ex ipso et per ipsum et in ipso sunt Omnia : ipsi È gloria in saecula. Amen. (Rom, XI, 33-36.) à
EEE
prédestiné à reproduire dans ma vie notre modèle,. votre divin Fils. Comme conséquence de cet acte deprédestination, vous m'avez appelé à la foi. My ayant appelé, vous m'avez justifié. Justifié par votre yrâce, comment pourrais-je n'être point un jour glorifié ? |
» Qui pourrait s'opposer à la réalisation de vos desseins ? Si Dieu est pour nous, quelle puissance nous résistera ?
»y Comment Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, qui pour nous tous l’a livré à la mort, comment pourra-t-il ne pas tout nous donner (!) ? »
Puissions-nous, mes chers Amis, ne jamais lâcher cet appui de notre espérance chrétienne ! La foi reçue au baptême est notre première grâce. Mais, autant il est sûr que le germe contient la plante et son fruit, autant nous pouvons compter que, si nous répondons fidèlement aux premières avances dela miséricorde divine, notregräcese développera,
(t) « Nam quos praescivit, et pracdestinavit conformes fieri imaginis Filii sui, ut sit ipse primogenitus in multis fratribus. Quos autem praedestinavit, hos et vocavit; et quos vocavit, hoset justificavit; quos autem justificavit, illos et glorificavit. Quid ergo dicemus ad haec ? Si Deus pro nobis, quis contra nos ? Qui etiam proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum, quomodo non etam cum illo omnia nobis donavit ? » Rom. VIIL 24-32.)
croîtra, et nous obtiendra de la bonté divine lagrâce insigne, couronnement de toutes les autres, de la persévérance finale, qui nous donnera de mourir dans l’état, sinon dans l’acte même de la charité.
« Maître, vers toi j'élève mon âme.
» Mon Dieu, en toi je me confie : que je n’aie pas à en rougir !
» Que mes ennemis ne me raillent point ! Aucun
de ceux qui placent en Dieu leur confiance ne sera déçu. »
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€ Adte, Domine, levurr animam meam.
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» Deus meus, in te confido, non erubescam.
» Neque irrideant me inimici mei : etenim universi qui sustinent te non ronfundentur De D.
Les largesses de la bonté divine se répandront sur vous, dans la mesure où vous les espérerez. « Fiat misericordia tua, Domine, super nos. quemadmodune Sperarinns tn te (?), »
Au surplus, mes chers Séminaristes, vous avez un motif spécial de vous confier à Dieu.
Vous êtes appelés à gérer en ce monde ses intérèts. Vous serez ses délégués auprès des peuples. Vous n’êtes entrés dans cet asile du Séminaire
(1) Ps. XXIV, 1-3.
() Ps. XXXII, 22.
Le privilège des prêtres dans la réalisation de la Promesse.
qu'après avoir entendu intérieurement la parole que Jéhovah adressait à Jérémie : « Avant que vous fussiez formé dans le sein de votre mère, je pensai à vous ; avant votre entrée en ce monde, j'avais des intentions sur vous et j'avais décidé que vous me représenteriez parmi les nations (!). »
Vous n’y songiez pas, peut-être : comme Nathanael, vous vous reposiez distraitement sous le figuier, mais j'avais arrêté sur vous mon regard et chargé Philippe de vous appeler à mon ministère. « Priusquam te Philippus vocaret, quum esses sub ficu, vidi te (?). »
Ne dites donc pas, en tremblant : « Seigneur, je ne suis qu’un enfant, et je ne sais que bégayer : comment serais-je le ministre de votre parole ? »
Non, ne dites pas cela, car ce n’est ni aux accents humains de votre parole, ni à l'éclat de votre intelligence, ni à la puissance de votre personnalité que j'attache l'efficacité de votre zèle, mais à votre docilité à remplir la mission que je vous délègue. « Nolite dicere : puer sum... quoniam ad omnia quace miltam te, ibis, et universa quaecumque man-
(*) « Priusquam te formarem in utero novi te, et antequam exires de vulva sanctificavi te, et prophetam in gentibus dedi te. » Jerem. I.
(*) Joan. I, 48.
davero tibi loqueris. Ne dites pas : je ne suis qu'un enfant, comme si vous attendiez de votre puissance personnelle l'efficacité de votre action. Car je vous rendrai capable de remplir tous mes mandats et d'exécuter tous mes ordres. » Ne redoutez aucune opposition, « car, moi, le Seigneur, je suis avec vous, Ve fimeas a facie eorum, quia tecum ego sum. dicit Dominus (!). »
Écoutez donc en quels termes pressants l’Église exalte votre privilège. Lorsque, dans la cérémonie de la consécration d’un sanctuaire, elle s'extasie devant le pouvoir concédé par Dieu au consécrateur, elle S exprime ainsi : « Deus qui sarerdotibus tuis tantam prae caeteris contulisti gratiam, ut quidquid ab eis digne ac perfecte agitur a teipso fieri credatur, praesta supplicibus tuis… Dieu qui avez accordé à vos prêtres une prérogative telle que tout ce qu'ils accomplissent avec dignitéet sans marquement de lenr part, soit considéré comme si vous l'accomplissiez vous-même, écoutez nos sunplications. »
Sondez, mes chers Amis, le principe de vos espérances.Est-ce sur vous-mêmes,roseaux fragiles,est.ce
sur le bras du Tout-Puissant que vous vous appuyez?
(t) Joan. I, 8.
Vous êtes les representants du Christ, fils de Dieu, sur la terre.
Vous êtes
des
ambas-
Malheur à vous si vous vous repaissez orgueilleusement ou vaniteusement du sentiment de votre propre valeur ! La protection de Dieu vous est promise, mais à la condition que vous agissiez en son nom.
Écoutez le psalmiste : « Éternel, Dieu des armées! Qui est comme toi puissant, 6 Éternel ? Ta fidélité t’environne.… Et dans une vision à ton bien-aimé, tu
Jui dis : J'ai élevé un élu du milieu du peuple... ma
main le soutiendra et mon brasle fortifiera.L'ennemi ne le surprendra pas et le méchant ne l’opprimera . point. J'écraserai devant lui ses adversaires et je frapperai ceux qui le haïssent. Ma fidélité et ma miséricorde seront avec lui et sa puissance se manifestera par mon nom. Veritas mea et misericordia mea cum ipso et in nomine meo ecxaltabitur cornu ejus (!). »
Notre mission est toute d'emprunt; nos prérogatives nous sont communiquées pour l’exercice d'un mandat et ne peuvent effectivement servir qu’à son accomplissement. « Pro Christo legatione fungimur (?) », nous sommes les représentants du Christ.
Avez-vous profondément réfléchi, mes chers
mieux que Amis, sur la signification de cette formule qu’un
(1) Ps. LXXX VII, 9, 20-25.
(2) 2 Cor. V, 20.
usage banal a peut-être déformée, « agir au nom de sadeurs du Dieu ». Christ : le , FT ; Christ même L'ambassadeur, qui agit au nom de son prince, sit réellen'a pas le droit, tant qu’il remplit son mandat, de ment par suivre ni une idée, ni un sentiment personnels. Son sr bo 2 devoir est de s’effacer, pour laisser librement transparaître, àtravers sa personne, les volontés de celui qu’il accepte de représenter. V4 Des honneurs Jui seront rendus, il occupera dané . les assemblées publiques le premier rang; mais, ‘ à moins d’être un fat, il saura que tous ces hommages sont destinés à un absent et qu'il doit, en esprit, les faire remonter vers lui.
Ainsi en est-il du prêtre dans l’accomplissement de ses fonctions.
Les grâces du sacerdoce passent par son âme, mais sont destinées au peuple chrétien.
Les fidèles l’honorent, mais l’encèns de leur culte doit être dirigé par lui vers Dieu seul.
Encore les délégations humaines ne sont-elles que conventionnelles. Il est admis que l’ambassadeur sera iraiié comme s’il était Prince, que ses jugements seront interprétés comme s'ils étaient l'expression directe üs Ja pensée royale. En réalité, le Prince i:3 jouit +, sinon peut-être en esprit et après coup, des honneurs ‘ue reçoit son délégué; la
Saint Pierre et le boiteux.
parole de l’ambassa.leur ne devient celle du Prince qu'en vertu d'une ratification postérieure à son émission.
La délégation sacerdotale, au contraire, est eflective et immédiate.
Je n'ai de pouvoir dans mon ministère qu'en union avec le Grand-Prêtre unique, Jésus-Christ, et par la vertu de son action, qui reste la principale. Et, d'autre part, sous l'action sacerdotale du Christ, mon pouvoir est réel au moment où je l’exerce et ne pourrait, s'il m'avait fait défaut, être suppléé après coup.
Un trait de l’apostolat de saint Pierre rend bien ce double caractère de l’insuflisance radicale de l'homme et de la toute-pnissance du délégué qui agit au nom de l’Homme-Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ.
Il y avait, à la porte du temple de Jérusalem, racontent les Actes des Apôtres, un mendiant, boiteux depuis sa naissance, que l’on voyait tous les jours demander l’aumône aux tidèles.
Pierre, qui était venu au temple en com pagnie de Jean et s'était entendu interpeller par le mendiant, Jui dit : « Regarde-nous, Respire in nos.»
Le boiteux les regarde, escomptant une aumône. « Non, lui dit Pierre, je n'ai sur moi ni or ni argent;
mais ce que j'ai, je te le donne : Au nom de Jésus- Christ de Nazareth, lève-toi et marche. Zn nomine Jesu Christi Nazareni : surye et ambula, »
Aussitôt, la foule enthousiaste se presse autour du thaumaturge, qui lui tient ce langage :
« Ne portez pas sur nous votre admiration ; n'arrêtez pas sur nous vos regards, comme si nous, par notre propre pouvoir, par la vertu de notre piété personnelle, nous avions pu faire marcher ce pauvre boiteux.
» Vous n'ignorez pas que vous avez mis à mort l'Auteur de la vie, mais que Dieu l’a ressuscité, Nous
sommes, nous, témoins de sa résurrection. Or, c'est en nous appuyant sur notre foi à son noin, que nous aVOnS pu rendre à ce malheureux une santé parfaite. Vüri Israclitae, quid miramini in hoc, aut nos quid inlucmini, quasi nostra virtute aut poleslate (pictute) fecerimus une ambulare 2. Vos autem Auctorem rilae interfecistis, quem Deus suscitavit a morluis, ujus non testes sumus. Lt in lide nominis cjus… rt fides, quae per eum est, dedit integram sanitatem istam in conspectu omnium vestrum: (1). »
(*) Act. Ap. IL, 1-16.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
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