L'abandon de l'âme
au service de Dieu,
et D Rs anse gta à L2
Diversité des voies de Fes la Proviaa dence,
oo + A
Mes chers Amis, voilà en raccourci l'histoire de votre vocation.
Vraisemblablement, les trois étapes que je viens de décrire — éloignement des satisfactions frivoles; mouvement plus prononcé du cœur vers Dieu et vers les choses pieuses ; abandon consenti de l’âme entière au service de Dieu — n’ont pas été parcourues par tous uniforrniément. Beaucoup, je crois, les parcourent l’une après l’autre, d’un pas mesuré. Pour quelques-uns, un coup de lu grâce a tout décidé ; avant de se tourner vers Dieu, ils avaient suivi des chemins périlleux. où leur vertu avait plus d'une fois succombé; mais, un jour, le repentir les saisit, ils prirent subitement en dégoût ce qui les avait séduits, reconnurent la voix de Dieu qui les appelait à Lui et, pareils à saint Paul sur le chemin d2 Damas, se relevèrent dans la pleine lumière de la grâce pour devenir désormais des apôtres de salut. Il y a ainsi des modalités diverses dans l’action de Dieu sur les âmes qu’il se prépare pour ses autels, mais cette diversité ne change point, au fond, la psychologie d’une vocation sacerdotale.
Le Séminaire répond au besoin de retraite de l'âme appelée au sSacerdoce,
DMIRL£ la correspondance établie par Dieu
entre le besoin que vos âmes éprouvaient
Pour la retraite et l'institution des séminaires destinés à votre formation.
Sans doute, il est possible à l’homme, dans n'importe quels milieux, si Pernicieux scient-ils, de se cuirasser Contre les excitations extérieures, Il s'est rencontré des âmes angéliques parmi les séductions des COUrS ; saint Louis de Gonzague a vu le mal sans le regarder. Des fleurs d’héroïques vertus se sont épanouies jadis sur les fumiers de la Rome décadente. Nous avons connu des jeunes filles menées à contre-cœur à des fêtes Mondaines, et qui Offraient à Dieu leur Cœur virginal au milieu des entrainements dont s’enivraient leurs Compagnes.
Mais ce sont là des exceptions.
En général, deux faits, établis par la psychologie et par l’histoire, dictent aux éducateurs de l'enfance et de la jeunesse les lois fondamentales de leur art délicat :
L'enfant, à qui une sorte éducation morale n'a pas imposé le red ressement de ses inclinations premières
Les lois de l'éducation rendent nécessaire l’institution de séminaires pour la formation du clergé.
16 LA RETRAITE oo
ie penche ou penchera vers le vice. L'Émile de Jean- Jacques Rousseau est un type imaginaire.
pi Le jeune homme qui a cédé à des habitudes he vicieuses subira, plus ou moins, leur joug durant sa ds vie entière. Combien auront le courage de faire jus- ÉL qu’au bout les efforts nécessaires pour en triompher?
Les pres Et voilà pourquoi l'Église, soucieuse d’avoir au her re service de ses autels des prêtres chastes et forts, Trente. demande, par l’organe du Concile de Trente, de
soumettre à une discipline sévère, dès leur bas âge,
ceux qui aspirent à l'honneur périlleux du sacerdoce. 4 « Les adolescents qui ne reçoivent pas une bonne à éducation sont enclins aux voluptés mondaines, disent les Pères du Concile ; et si, dès leurs jeunes années, on ne les forme à la piété et à la religion, si l'on ne s'empare pas de leur cœur avant que des habitudes vicieuses aient envahi tout leur être, c'en i sera fait pour eux, d'ordinaire, de la discipline ji ecclésiastique; il ne faut plus compter que jamais, LE À moins d’un secours extraordinaire, exceptionnellement énergique, de la Toute-Puissance de Dieu, ils y seront parfaitement soumis. »
Le saint Concile enjoint donc aux évêques d’établir, à côté de leur église cathédrale, un séminaire destiné à la formation religieuse et à la discipline des enfants et des jeunes gens dont le caractère et
Spectacle de la dé
les dispositions heureuses fon Voueront pour toujours aux fon ecclésiastique. « Quum adotescen
instituatur, Prona sit ad ninndi
das ; et, ni
disciplina ecrles slatuit, L'ucCrorum. ..
hoc vero collegio
roluntas 8pem afferat,
st a leneris anni informetur, antequam :
Possideat, nunquam Lerfecte ac Julari propemodum Dei
t'espérer qu'ils se ctions du ministère fium artas, nisi rectr:
voluptates sequen- 8 4 pietatem +
€ religionem tliosus habitus to
los homines sine marimo ac gin- Omnipolentis auxilio, à iastica perseveret ; ut sinqulae cathedrales Onerun in collegio….
€ ecclesiasticis dise
n “anctu Synodus certum religiose eduears iplinis instituere leneantur. ]1
recipiantur.…. quorum indoles +vt
Perpeluo inservituros (1). »
Les Pères du Concile de s l'Église. Ils ont appliq et à vos besoins l'idée chré jours les mes désireuses d
dan
gers exté
complètement à Dieu.
Dès les premiers sièc
vit-on pas
(*) Conc. Trid. Sess.
XXII, cap. XVI,
c08 ecclesias!
Trente n’ont pas innové ué à votre genre de vie tienne qui A guidé toustraire aux dansûrement et plus
e se sou rieurs pour se livrer plus
les du chr des légions de chrétie bauche p
istianisme, ne ns, écœurés par le aïenne, se réfugier dans
iris ministeriis
ie la solitude, s’enfoncer dans les désert: de la Thé-
baïde pour mieux y prier, pour yfaire plus aisé:rent pénitence ?
Est-il un fondateur d'Ordre qu n ait compris que la retraite, sinon le cloître, est la protection l nécessaire de la vie parfaite ?
Les ermites fuyaient le monde pour échapper à ses souillures. Les religieux qui s'enferment dans les cloîtres travaïllent au salut de la société, d’une façon souvent indirecte et cachée, par leurs privations et par leurs prières. Le prêtre séculier doit
se répandre dans Île monde et ne point subir ses ‘atteintes, être en contact permanent avec lui et ne se laisser entraîner jamais par Sa contagion. Nul plus que lui n’a besoin d’une forte discipline, d'habitudes profondes contractées dans un exer-
cice vigoureux et prolongé.
Origine incore, aux àges où l'unité de foi et de discipline historique régnait dans la société et où le pouvoir séculier luides Sémi- x , : re : ag ;
ii, même.sanctionnait les décisions de l'autorité ecclé-
siastique, l’existence d’une institution spéciale pour
la formation du clergé pouvait être moins néces-
saire ; et l'Église, dont les œuvres sont soumises
aussi, par leur côté humain, à la loi du temps,
ne jugea pas indispensable ou réalisable avant le
seizième siècle la création de séminaires.
Mais le protestantisme se leva, brisant l'unité de la foi et de la discipline, préparant la Révolution française et, après elle, un état social tel, que toutes les idées, fausses ou justes, blasphématoires ou saintes, toutes les productions, honnètes ou dévergondées, toutes les institutions, divines ou sataniques, peuvent également s'étaler au grand jour.
Que de dangers exceptionnels pour la Foi! Que d’écueils pour la morale et Pour la discipline! Le moyen, non pas de fuir ce milieu, mais d'y vivre, d'y travailler, sa vie durant, sans en contracter de Souillures ? Comment le jeune homme qui entendra résonner autour de lui des paroles d'indépendance, de révolte, parviendra:t-il] à demeurer humble et Soumis ? Comment entendra-t-il la voix de Dieu qui lui parle au cœur pour le conduire sur les hauteurs de la perfection que Sa vocation réclame ?
La Providence 4 pourvu : vous avez le bonheur: de recevoir votre formation dans ce saint asile qu'est le Séminaire.
Dans le passé, jusqu’à la date de l'invention de l'imprimerie et aux approches de notre vie contem-
poraine, l'existence de Chacun était inévitablement
isolée, comparable à ce qu'est encore, de-ci de-là, à l'heure présente, la vie de nos Campagnards enfér-
més dans le cercle de leurs relations fañiliales où
Opportunité de cette institution dansle temps présent.
Le séminariste doit se laisser con- |, duire par ses supérieurs.
ES
d’un étroit voisinage. Mais, tandis que la divine Providence prévoyait le mouvement intense, fiévreux, .;énéral, de notre siècle et des siècles qui suivront, elle veillait au moyen d'assurer aux lévites, au milieu de ce perpétuel tourbillon, le recueillement nécessaire à une vie de prière et à la maîtrise de l’âme sur elle-même.
Tôt ou tard, vous serez vous-mêmes jetés dans le courant ; pour ne pas vous laisser emporter à la dérive, vous aurez souvent à lui résister, parfois à le remonter. Le Séminaire est fait pour vous exercer et vous habituer à l'effort.
Mes chers Amis, en entrant ici, il y à deux ans, un an, cette année, vous êtes venus demander à cette maison l’affermissement de“ ‘"2 vocation, la formation de vos âmes pour les -+s futurs de votre vie sacerdotale.
Vous êtes venus demander, en même temps qu'un abri contre les séductions du mal, une retraite OÙ vous puissiez apprendre à connaître les attraits de Notre Seigneur Jésus-Christ et vous incliner à les suivre ; une discipline qui fortifie votre volonté, la détache des créatures et l’amène à se vouer totalement à Dieu.
La divine Providence nous a chargés de vous conduire dans cette voie. Notre devoir, notre hon-
heur, notre joie est de répondre à l'appel de vos âmes, de vous indiquer les sentiers par lesquels “ous avez à marcher ; votre devoir, votre honneur, votre joie la plus Pure est de vous laisser conduire,
‘de seconder vigoureusement notre impulsio., et notre direction.
Chers Séminaristes, l'éducation que vos supé- Comment . . n to E "eurs ont le souci de vous donner ne ve pas sans !! faut com
: prendre la sacrifices de votre Part. Acceptez-les généreusement discipline cu
‘lans l'esprit dans lequel l'Église vous les demande, séminaire. Vous devez vous interdire des tentent ; renoncer à des voyages qui vous attirent ; restreindre, écourter des Correspondances qui vous plairaient ; vous refuser des lectures frivoles qui peut-être feraient votre charme ; rester seuls dans votre cellule à des heures où l’envie vous démange d'aller vous répandre en Conversations inutiles ; durant vos Vacances, vous priver de telle ou telle satisfaction, légitime en elle-même, que vos camarades de jadis s'accordent librement. Oh ! je vous en prie, que ces privations ne prennent pas à vos yeux le caractère d’exiences tracassières auxquelles vous seriez heureux d'échapper ; ne vous COMparez pas à des détenus à qui il tarde de revoir ke grand soleil de la liberté.
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Les douceurs de la cellule du séminariste.
Dites-vous plutôt : « Dès mon enfance, j'ai soupiré après une retraite où, à l'abri du mal et de ses dangers, j’appartiendrais à Dieu plus com-. plètement, sans péril de déchoir. Et voici que la bonne et maternelle Providence de mon Dieu m'a donné l’asile que je cherchais. Dieu soit loué ! » « O beata solitudo, sola beatitudo ! »
Qui donc d'entre vous n’a goûté parfois les charmes de l'expérience que recommande si instamment aux âmes intérieures l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ : « Cella continnata dulcesrit... » In silentio et quiete proficit anima derota... Ibi » invenit fluenta lacrymarum quibus singulis nor- » tibus se lavet et mundet, ut Conditori sito tante » familiarior fiat, quanto longius ab omnèi saeeulari » tumultu degit (1). »
J'ai connu des jeunes gens à qui, dans le monde, tout avait souri : famille, plaisirs, voyages, espérances, rien ne leur avait fait défaut. Cependant, une voix leur disait intérieurement, à coups répétés, comme jadis à Abraham : «Exile-toi, quitte tes proches: et viens habiter la terre que je te ferai connaître, » &eri de terra tua et de cogi.atione tte. cé vent in terrain quan monsrarero tiba (?}. »
(1) De Imit. | Christi, lib. I, cap. XX, He {2} Act. Ap. VIL 3.
Fidèles à l'appel de Dieu, ils entrèrent dans la solitude, et là Dieu parla plus Suavement que jamais à leur cœur.
Et dès l'instant où il se tro: va seul entre les quatre murs blancs de sa modeste cellule, le séminariste tomba à SBeNOUX et, inondé de joie, pressant SOn Crucifix sur son Cœur, il redit le chant du psalmiste : « Melior est dies una in atriis Luis, super millia (!)». «Un jour dans vos Parvis vaut mieux que des milliers d'années loin de votre Sanctuaire. »
Il dépend de “ous, mes chers Amis, de renouveler à votre profit ces journées. À vous de vérifier, pour Votre compte, quand vous le voudrez, Ja parole de “Imitation : Ce/lu Confnuatu duleeseit. Aimez à vous retirer souvent, le plus souvent que Vous le pourrez, dans votre cellule Solitaire, et vous y goûterez les Suavités intérieures de l'âme qui se détache de tout Pour S'attacher à Dieu Seul. « Dimitte ana r'anis : lu autem intende illis quae hi praecepit Deus. Claude Super Le ostinm tum, et rora ad te Jesum dilectin fuum. Mane cum eo in cela: qui non inrenies alibi Jantam parej (2). »
Ra (!) Ps. LaXXIIT, 10.
(?) De Imit. Christi, lib, I, cap. XX, 0.
Octave de | ‘Éfiphanie x 907.