‹ À oté de la rampe, comédies & saynètesChapitre 15 sur 100 · SCÈNE VII L'INCONNUE, LE CHEVALIER, L'ABBÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE VII L'INCONNUE, LE CHEVALIER, L'ABBÉ

Au moment où la porte se referme derrière le marquis, l'inconnue fait tomber le masque qui lui couvre le haut du visage.

LE CHEVALIER et l'abBÉ, jetant un cri de surprise.

La marquise!...

LA MARQUISE

Oui, moi-même, messieurs. Cela vous paraît étrange, je le conçois, de me trouver en pareil lieu... et en pareille compagnie.

LE CHEVALIER

Sous ce déguisement!...

LA MARQUISE

Le moindre stratagème nous serait défendu, et vous auriez tellement le privilège de la ruse et des artifices, qu'il devrait nous être interdit d'en user, même dans des intentions louables?... Parler avec la dernière légèreté d'une femme que rien n'a pu détacher de son devoir» autoriser les suppositions les plus extravagantes, n'épargner ni la séduction de rexomple, ni l'enivrement d'une fausse renommée pour affermir dans ses égarements un époux infidèle, cela est permis, n'est-ce pas, monsieur le chevalier, et fort à la mode parmi les gens du bel air?...

Mais que, lasses d'un veuvage anticipé et résolues à savoir si nos moyens de plaire ne peuvent, après tout, entrer en rivalité avec les manèg-es de femmes pour qui l'amour est un calcul, nous tentions de leur reprendre le cœur d'un époux, autrement que par le spectacle de notre douleur et de nos larmes, il n'est rien de plus abominable, en vérité, et l'on ne saurait trop se batcr de crier au scandale!... Ce sont là de vos maximes.

LE CHEVALIER

Madame la marquise, je puis vous jurer...

Lk MARQUISE.

Monsieur le chevalier, j'aurais peine à vous croire. Le temps presse, d'ailleurs, et votre justification, fût-elle possible, serait trop longue pour que j'eusse le loisir de m'y arrêter. Je verrai plus tard si je dois vous pardonner. — Écoutez-moi... Lorsque, après bien des hésitations, je suis entrée dans cette aventure étrange, dont l'i-sue peut encore déjouer toutes mes espérances, j'avais arrangé mon plan sans vous, et votre présence pouvait tout compromettre. Grâce au ciel, il n'en a point ainsi été. Mais à présent que je vous tiens à ma discrétion, je veux vous faire prendre l'engagement de ne point contrarier mes desseins.

l'abbé.

Madame la marquise, disposez de nous en toute sûreté ; nous sommes les plus dévoués de vos serviteurs.

LA MARQUISE

Messieurs, vous avez partagé jusqu'à ce moment toutes

les folies de mon mari ; je trouve plaisant de vous faire entrer dans un complot contre lui. Qui sait?... Au lieu d'une conversion j'en obtiendrai peut-être trois. Le marquis va revenir. Vous ne lui direz rien qui puisse faire supposer que je vous ai parlé et que vous êtes maîtres de mon secret. Vous me promettez le silence?...

LE CHEVALIER et l'aBBÉ,

Nous le jurons.

LA MARQUISE

A merveille, et songez-y, je serai sans grâce pour la

plus légère indiscrétion. (Dubois ouvre la porte du fond; la

marquise remet vivement le loup.) Messieurs, laissez-moi seule avec cet homme ; je veux lui parler.

Le chevalier et l'abbé sortent.

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