SCÈNE X
LE MARQUIS, seul. - ii lit.
« Monsieur le marquis, il est des situations » qui, en se prolongeant, finissent par devenir ridicules » ou odieuses, quand ce n'est pas l'un et l'autre à la » fois. Depuis quatre ans je porte votre nom, et je n'ai » encore de votre femme que le titre. Je crois le mo- » ment venu de mettre un terme à des liens qui sont » pour vous sans but, pour moi sans dig^nité. Reprenez » votre liberté tout entière, et disposez comme vous » le voudrez d'une fortune à lacfuelle j'ai eu quelques » droits. Quand vous recevrez cette lettre, je serai sur )) la route d'Orléans, où je compte me retirer au cou- » vent des sœurs de la Visitation. Si votre conscience » pouvait être troublée, qu'elle se rassure ! Votre indif- » férence n'était pas sans excuse : elle s'adressait à la » pensionnaire timide et gauche que vous aviez entrevue )) à la dérobée ; peut-être vos sentiments fussent-ils )> devenus autres, si vous aviez pu apprécier la femme, » telle que l'avaient faite sa confiance en elle-même et » le contact du. monde. Mais à quoi bon un retour sur '^ le passé, dans cet instant où une barrière éternelle
» va se placer entre nous ?... Avant que je la franchisse, » un dernier mot, toutefois. J'ai fait peindre, il y a peu de » jours, mon portrait ; acceptez-le comme un souvenir » des liens qui auraient pu exister entre nous. Vous ne le » refuserez pas : c'est le premier et le dernier vœu que » je vous aurai prié d'exaucer. Adieu, monsieur le mar- » quis, vivez heureux! — Laure de Verneuil. » Tudieu! quels procédés !.. La marquise a des sentiments, et elle les exprime avec une délicatesse... Ouhlier mes torts, car enfin, quoi qu'elle dise, à son point de vue je dois avoir eu des torts, et, pour tout châtiment, me laisser sa fortune !... Cela est d'une belle âme, sur ma foi. Voyons le portrait. Ah ! voilà un peintre qui sait son métier de courtisan. Quelle grâce !... que de vivacité I... quel charmant ensemble !... Je m'étonnais de ne pas apercevoir l'ombre d'une vengeance, mais la femme se retrouve. La vengeance est dans ce portrait, et une vengeance raffinée, si jamais il en fut.