SCÈNE PREMIÈRE
JACOMO, seul.
Il est assis devant une table chargée de papiers, et tient devant lui un registre dans lequel il lit.
« TrivLilce Venosti... dix écus d'or d'amende
» Pour excès de boisson, » Là, je vous le demande,
N'est-ce pas un peu cher payer le vin cuvé?
Pour un écu, jadis, on se fût achevé
Sous la treille, et l'on eût en éclats mis les vitres
Par-dessus le marché. Poursuivons mes regîtres :
<> RaTael de Crémone, un double ducaton
« Pour adultère et rapt. » On n'est pas un Caton,
Et, comme un autre, au temps de ma mine fleurie
J'eus entre chien et loup quelque galanterie;
Mais j'estime que c'est vilipender l'honneur,
De taxer deux ducats l'acte d'un suborneur.
Un juge amoureux est un flé;m détestable.
Et justice chez nous est menée à la diable :
Selon que la Cynthie a gaie ou sombre humeur,
Le tribunal est tendre ou sévère au plaideur,
Et quand la belle éprouve un semblant de migraine
Le juge est implacable et double chaque peine.
Le même désordre est aux affaires d'État
Depuis que ce démon est le vrai podestat :
Une fille on ne sait d'où ni pourquoi venue,
Qui, l'an dernier, tomba, comme on dit, de la nue,
Poursuivant des desseins, je crois, plus raffinés,
Que simplement conduire un barbon par le nez.
En même temps parut ici cet escogriffe
Qui porte également de Lucifer la griffe,
Et qui, malgré qu'il soit à l'office installé,
Au jeu de la Cjnthie est clairement mêlé.
L'instant est bien choisi pour cette mascarade
Lorsque l'État romain s'en va, seul et malade,
Et que le Mantouan, notre vieil ennemi,
N'est, d'après quelques-uns, que d'un œil endormi !
Bruit au dehors.
Mais quel est ce fraca ...
LE TYRAN DE FORLI ii9