‹ À oté de la rampe, comédies & saynètesChapitre 35 sur 100 · SCÈNE II LE PODESTAT, JACOMO · texte numérisé non relu

SCÈNE II LE PODESTAT, JACOMO

Le podestat entre vivement. Ses vêtements sont en désordre. Sur

son épaule pend un grand manteau couvert de boue,

des plis duquel s'échappent quelques pierres.

LE PODESTAT, parlant à des gens au dehors.

Mécréants... pendards... traîtres, Je voudrais vous voir pris dans un cercle de reîtres. Les plus noirs, les plus durs que Ton puisse trouver. Les fallût-il exprès dans ce dessein lever, Faisant, à tour de bras, pleuvoir sur vos épaules Les coups drus et serrés d'un triple rang de gaules!...

A Jaoomo, en lui montrant son chapeau déformé.

Tiens, regarde le poing qui vint s'abattre là;

Lui indiquant les pierres.

Et l'aimable dessert dont on me régala.

Quant aux propos qu'on fit siffler à mes oreilles,

Satan seul dans sa Cour en ouït de pareilles.

Bruit confus au dehors.

Tu les entends... «: A bas le tyran de Forli! »

Tyran!... Bien, à ce nom je n'aurai pas failli.

Mande par un exprès au légat de Ravenne

Qu'il m'envoie, à l'instant, de quoi donner la gêne,

Avec un homme propre à l'opération :

Je veux que tout Forli passe à la question.

Hé bien, tu n'écris point?

JACOMO

Saint Jacques m'en préserve ; Qu'un autre, s'il lui plaît, à votre perte serve, Moi, non.

LE PODESTAT

Tu montreras en ce cas le chemin, Et mon homme sur toi va se faire la main. Monsieur le bon apôtre, il faut qu'on vous soumette?...

JACOMO

Quels que soient les écarts où votre humeur vous jette, Vous ne pousserez point jusqu'à la pendaison; Mais que j'aille avec vous me mettre à l'unisson, Nous aurons beau tous deux crier miséricorde. Et j'aurai, vous pendu, le reste de la corde.

LE PODESTAT

Le discours impudent!...

JACOMO

Plein de sincérité.

Et surtout, j'en ai peur, près de la vérité. Voulez-vous que je parle avec franchise entière, Et dise mon avis tout cru sur la matière?... Vous n'êtes pas plus tait pour jouer au tyran Que moi pour me donner des airs de capitan. On n'est pas un Néron lorsqu'on a cette face : Au seul mot de prison votre bouche grimace,

LE TYRAN DE FORLI \2i

Et si vous deviez voir mettre k la question, La victime elle-même aurait compassion.

Le podestat veut parler.

Ne vous récriez pas... Je n'en veux point démordre, Vous n'avez pas les dents comme il les faut pour mordre. Certain loup en berger se déguisa, dit-on; Vous de la peau du loup affublez un mouton.

LE PODESTAT

Peste soit du bavard!...

JACOMO

C'est la vérité nue ; Vous n'avez pas de fiel.

LE PODESTAT

Encor...

JACOMO

Je continue.

Si vous êtes au fond un excellent humain, Avant que le démon ne mit ici la main Les vertus j poussaient sans elFort ni culture ; C'était du paradis une miniature :

Même en temps de vendange au plus quelques excès ; Les brouilles d'amoureux étaient les seuls procès ; Un vieux sergent manchot, traînant sa hallebarde, A lui seul suffisait pour tenir bonne garde. Au lieu de cet Eden quel enfer aujourd'hui ! Je verbalise avant que le soleil ait lui Et consume mes jours à des réquisitoires.

Ce ne sont que débats, discordes, trames noires. Vous étiez adoré; l'on vous siffle à présent; De bénin, il est vrai, le joug s'est fait pesant.

Ou bénin ou pesant, il est ce qu'il doit être.

Ce que je veux, enfin. Suis-je ou non pas le maître?

JACOMO

Vous?... Le vrai podestat est lille et non barbon, Gente dame Cynthie...

LE PODESTAT

Insolent !

JACOMO

Dites non.

LE PODESTAT

Après tout, s'il me plaît de me régler sur elle?... Son petit doigt en sait plus long que ta cervelle.

JACOMO

Pourquoi donc se laisser elle-même mener, Puisqu'elle est si fort propre à l'art de gouverner?...

LE PODESTAT

Hé, plaît-il ?

JACOMO

Je m'entends.

LE PODESTAT

En ce cas qu'on s'explique.

LE TYRAX DE FORLl 123

JACOMO

Ce que vous avez dit n'est-il pas sans réplique? Son doigt en sait plus long...

LE PODESTAT

Par le diable, il s'agit D'expliquer ton propos, non de ce que j'ai dit. Voyons, parle...

JACOMO

A quoi bon? Vous croirez que j'invente, Et noircis par dépit la vertu de l'infante.

LE rODESTAT.

Malpeste, tu me fais à petit feu mourir.

JACOMO

Voilà tout le profit qu'on recueille à nourrir

Ces muguets bien frisés^ aux façons langoureuses,

Dont l'œil humide rend les filles amoureuses,

Qui s'accrochent sans honte aux galons de valet.

Pour dormir, manger, boire, aimer comme il leur plaît.

LE PODESTAT

Mais c'est nommer Sylvie.

JACOMO

Je veux bien.

Elle l'aime?...

Réponds...

JAf.OMO.

Euh... euh...

LE PODESTAT

Oui-dà...

JACOMO, à part.

Comme le voilà blême!...

LE PODESTAT

Ah! mon mignon... Je vais net le congédier, Et sans plus de retard le lui signifier. Et quant à vous, ingrate, adieu le temps de fête, Où tout dans la maison allait à votre tôte.

Appelant.

Holà, holà, Sylvie !... N'entends-tu pas, maraud. Et pour être obéi faut-il crier plus haut?... Sylvio!... Je crois qu'il veut m'époumoner, le traître. Ah! le sire à la fin se résout à paraître.

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