SCÈNE IV Les Précédents, M. VALPI^ÇON
M. YALPINÇON.
Mesdames, j'arrive comme la colombe messagère. L'arche, je veux dire la locomotive a fait un mouvement.
LOUISE
Mais mon mari?...
M. VALPINÇON.
M. Blanchet... Ah! madame, quel homme! Nous fumions tranquillement notre cigare, marchant au pas de course, pour tâcher de nous réchauffer (je ne suis pas sans inquiétude pour l'extrémité de mon pied gauche), lorsque tout à coup M. Blanchet prend son élan et part comme un éclair. Une minute après, je le découvre au milieu des travailleurs qui balaient la neige des rails et s'efîorcent de dégager la locomotive. Il avait mis habit
Las, et se dcnienait, se démenait... Quel homme! Ce n'est pas moi qui ferais cela.
Vous n'avez pas besoin de vous en défendre.
M. VALPINÇON, montrant une pancarte attachée au mur.
Mais dites-moi, vous n'avez pas lu ce papier?...
LOUISE
Quel papier?
M. VALPINÇON.
Ceci.
MATHILDE
Nous n'y avons pas fait attention.
M. VALPINÇON.
C'est très sérieux. Écoutez plutôt. — AVIS. « Dans le train numéro 4 allant de Coire à Saint-Gall, un voyageur demeuré inconnu a été frappé, par une main criminelle, le 25 octobre dernier, vers trois heures de l'après midi, entre la station de Herbrugg et celle d'AItstatten (peste! Tendi'oit où nous sommes). On soupçonne de l'attentat le nommé Borromeo Spinaccio, dit le Birbojie, qui a déjà commis plusieurs forfaits du même genre. Taille... front... nez... menton... » Le signalement ordinaire. « Signe distinctif : tatouage sur le bras gauche au-dessous du coude, représentant un navire en détresse battu par les flots. » Voilà qui est clair et facile à reconnaître. « Borromeo Spinaccio est vêtu habituellement avec une certaine recherche. Une récompense de cinq mille francs
BLOQUÉS PAR LES NEIGES 2i3
sera accordée à celui qui le livrera aux autorités; la personne qui mettra la police sur ses traces recevra douze cents francs. On le soupçonne de rôder dans les environs. »