‹ A.-P. de CandolleChapitre 1 sur 45 · III · texte numérisé non relu

III

PREFACE

Je vous offre ici, chers Lecteurs, la description de tous les hameaux , villages , villes et châteaux de ce pays, leurs particularités respectives, les mœurs, la

nourriture, les habillemens, les coutumes, culte et

commerce de leurs habitans , avec les produits naturels et artificiels des différentes contrées } je me servirai de la langue française , non pour avoir l’idée de la bien posséder ; mais parce que ce pays venant d’étre réuni au grand Empire français, il me paraît convenir d’adopter son idiome.

J’ai cru devoir rompre l’obstiné silence des auteur* sur ce pays ; aucun du Valais , si j’en excepte Sebastien Briguet , qui n’a écrit que l’histoire ecclésiastique sous

le titre de Valesia Christiana , en un petit volume in- 8®,

l’an 1744, n’en ayant parlé, mais parmi les étrangers

qui en ont fait mention, je trouve d’abord Josias Simblcrus qui a composé deux livres sur le Valais , dont le premier contient une description sommaire , niais rien moins que topographique , et le second ne renferme uniquement que l’histoire des Evêques, Cet auteur est d’ailleurs fort ancien , puisque son ouvrage est de l’année 1574, et laisse par conséquent une lacune de plus de deux siècles. Je trouve encore le célèbre Stumphius , fameux chronologiste sur l’his-

PRÉFACE

toire des Suisses: mais 'comme ces auteurs n’étaient point valaisans , et qu’ils n’ont point parcouru le pays comme moi , il leur était impossible d’en donner une description topographique aussi exacte que sera la mienne.

On y trouvera donc outre la description topographique, une énumération détaillée de tout ce qu’il y a de plus remarquable , telle que la salubrité ou insalubrité de l’air, la fertilité ou stérilité des terrains, les fleuves , les torrsns , les lacs et les fontaines , les éboulemens des montagnes , les tremblemens de terre, les inondations , les incendies, les avalanches, les minéraux , végétaux et animaux, et tout ce qui a rapport à l’économie domestique et aux différens commerces de ce pays , avec une division exacte du Valais en ses diverses parties et gouvernemens successifs.

La lecture de toutes ces choses ne pourra être que fort curieuse et intéressante, mais pour la procurer il m’a coûté beaucoup de peines , de courses , de travail , et surtout de patience pour m’en instruire par moi même , et vérifier les faits sur les lieux.

J’observerai ici , que si mes relations ne se trouvent pas conformes à celles des étrangers qui ont parlé du Valais dans leurs ouvrages, c’est parce qu’ils n’en ont parlé que d’après leurs passions et d’après les renseignemens vrais ou faux , simples ou éclairés qu’on leur en a donné.

PRÉFACE

• Par cet ouvrage , je rends, hommage à nion pays natal en le faisant connaître tel qu’il est, tantôt en exposant avantageusement ce, qu’il a de bon et

d’utile,, et tantôt en manifestant les. privations qu’il

endure et les améliorations dont il aurait besoin et

serait susceptible et qu’il a lieu d’attendre delabienveillance de notre auguste Monarque. .. . :

J’ai cru devoir employer mes loisirs à insinuer les moyens efficaces de rendre le pays plus heureux en travaillant surtout à remédier , à prévenir même s’il est possible , ces dégradations si frappantes de l’espècehumaine , dont ce pays est fort atteint , je veux dire * les goëtres et le crétinisme ; en recherchant les causes , en les enlevant , ou tout an- moins mitigeant leuré

effets funestes : de ces deux fléaux je parlerai ailleurs.'

On ne verra pas dans mes' écrits , le brillant d’uni

peintre dont ils pourraient être ' susceptibles entré les mains d’un homme plus habile ; les expressions choisies surpassant ma connaissance et ma capacité; ne s’y trouveront point ; l’arrangement cependant; y sera passablement observé,.' et Tordre que j’y observe, pourra passer. , i;

La description du Valais n’avait, à la vérité , pas besoin de préface pour eu recommander la lecture, le seul titre fait voir , que la matière est intéressante ,

tant pour le ‘valaisan , que pour le français,..et

^ oo * r. ’.r.i: I . . - : ^

1 etranger.

Quoique les -descriptions particulières des. tnoeurs

Vt PRÉFACE.

que je donne dans cet ouvrage puissent paraître futiles à quelques-uns, d’après la peinture générale que j’en offre , elles n’en sont pas moins intéressantes , vu que la différente position des contrées produit partout une grande différence de caractère, preuve évidente , que le climat et le local influent beaucoup sur le phisique comme sur le moral; car on peut dire avec vérité avec Mr. Mûrit h Prieur de Martigny , qu’il n’est pas de pays au monde qui , dans un espace aussi borné offre tant de sites et de températures diverses que le Valais. Ce pays selon lui , n’a qu’environ deux cents lieues carrées de surface, et il compte deux chaînes de montagnes , dont les sommets les plus élevés , ne le cèdent en hauteur qu’au Montblanc. Ces deux chaînes, dont l’une nous sépare de la Suisse et l’autre de l’Italie , forment par leur rapprochement une vallée latérale, la plus longue peutêtre de l’ancien monde, puisqu’elle s’étend depuis la fourche jusqu’au lac de Genève , sur une ligne au moins de, 36 lieues; un fleuve coule au fond de cette vallée , et plus de quatre-vingt tofrens descendus des montagnes viennent lui apporter le tribut de leurs eaux. Du fond de la vallée du Rhône partent plus de vingt autres vallées de moindre étendue qui coupent transversalement les deux chaînes , et vont

se terminer aux énormes glaciers qui couronnent

celles-ci. Chacune de ces vallées transversales a quelque chose qui la caractérise , l’une s’étend dans une assez grande longueur au même niveau que la partie

de la vallée du Rhône où elle débouche. L’autre s’élève subitement dès son origine , et prend tout de suite le caractère d’une vallée alpine, celle-ci est couverte d’épaisses forêts, et n’offre que d’espace en espace des plaines découvertes et des habitations. Celle-là est .une vaste prairie coupée çà et là de quelque rochers parmi lesquels l’œil aime à s’égarer. Telle ne présente que des escarpemens presqu’à pic et des gorges profondes et serrées , au fond desquelles un torrent fougueux précipite avec fracas sa course j là tout est grand , terrible , imposant. Telle autre offre de toutes parts la fertilité et la culture,- des pelouses fleuries , de grasses prairies , des villages et des habitations élégamment groupés, là tout est riant , enchanteur , tout occupe agréablement les yeux, souvent une même vallée réunit ces différens aspects çt le riant se trouve à côté du terrible.. !

rar t » fc y

.Qui , d’après cette variété de sites , pourra douter de la différence des températures du pays du Valais?

Personne certainement. 'En effet la température . n y est pas la même sur les hautes alpes que sur les montagnes moins élevées, dans les vallées alpines que dans les vallées plus basses , elle diffère encore à des hauteurs égales, suivant les expositions f et les acci# dens du local. Mais le plus grand contraste se trouve dans la grande vallée du Rhône. Non-seulement sa température ne ressemble pas à celle des autres vallées , mais elle n’est pas même uniforme partout. Au

VIII FR Ê F’i A CE;

pied de la fourche -l'air est froid et l’hiver aussi long que. l’été, sinon plus long' encore; aux environs de Brigue Fhiver est déjà moins long, et les neiges disparaissent ordinairement avaht le milieu de mars ; le reste de l’année- jüsqu?au mois d’octobre est un printems sujet à peu de variations, à Rarogne la température fait un sautî c’est là qu’on trouve les premières vignes p'dit ^s\t. - Murith , mais ici il sc trompe , puisqu’il, y^-en a aussi à Naters, à Weingarten am- dessus, de. Natprs ^ et dans la vallée de

Yiège ,hoïï itry ;ep -a beaucoup, notamment aux. environs de -SMden ,i dont la! cure- jde.Yiège -tire la dîme. Enfin poursuivant la- différence de la température du Yalais y mpus dirons , qu’à Siefre commence la partie déddëmept.chaude de là , vallée, du Rhône ; les .vins mmscàti y-.mûrissent comme dans le midi de la France, et. lés: coteaux de VetroZi-de la Mar-que produisent des vins délicieux auxquels il ne manque gué le Jiom j’én'éte la chaleur y est excessive , ét il n*ést pas rare dè voir^ Sion , a FulTy.'et a Martigny, le' thermomètre monter a vingt-sept ‘degrés’ d’éléyàtiori ■et'mëme'dàvàilfagé',' dans toujt ïë bas Valais,

et nfênie ‘ depuis ' Sierre , l’hiver est très.- court,' et quoique, le printems y soit suiet au iretour.du froid , cependant il ne se fait pas attendre,, du, moins pour

I ordinaire au-dela de feyrief ou. de mars. Des le

ce 1v3inrju, -.tv-.V .ïmm -1 ay"i ■ ;

mois de février les revers de Branson sont pares de

fleurs, et au commencement d avril toute. la vegefàtioh cêt' eh activité. Ôn r'eniarque cependant 'que

préface;

’la rive gauche du Rhône, en descendant le pays, jouit d’une température beaucoup moins chaude que la rive droite , à cause des hautes montagnes qui la dominent à l’orient et au midi et qui 'interceptent pendant une partie du jour les rayons du soleil , aussi n’y voit-on généralement parlant que peu ou point de vignes , et le sol y est-il en général moins fertile , à l’exception des prairies arrosées par les eaux marneuses comme on le fera voir en son tems.

Un pays aussi extraordinaire par la grande variété de ses sites , un pays où le nord et le midi se donnent pour ainsi dire la main , semblait • aussi destiné à recevoir les végétaux des climats les plus opposés; et tout promettait d’avance à ceux qui feraient des recherches, les résultats les plus satisfaisans , aussi Linné , Haller , le Docteur Claret , Abraham Thomas de Bex , et Mr. Murith lui-même ont fait la douce expérience de la vérité de notre assertion dans leurs découvertes botaniques, témoin l’ouvrage érudit de Air. Murith , intitulé le Guide du Botaniste qui voyage dans le Valais.

Enfin la dernière raison , quoique purement occasionnelle , de l’édition de cet ouvrage , est la connaissance que j’ai faite l’an 1 302, avec Mr. Blanchard Ingénieur français, homme d’une société charmante et envoyé par son Gouvernement dans ce pays pour en tirer le plan , il m’invita de vouloir satisfaire à ses demandes aussi intéressantes que nombreuses , deman-

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des qu’il me fit passer par écrit , et que je tiens encore dans mes archives , comme un gage précieux de son amitié; elles étaient relatives à toutes les branches de l’intérêt public. J’ai cru ne pouvoir mieux satisfaire à ses invitations que par l’impression de cet ouvrage.

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