‹ A.-P. de CandolleChapitre 26 sur 45 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Description de la plaine du Valais vue du bourg de Loué ch e.

L e Rhône roule fièrement ses eaux argentées, et parcourt . ainsi son territoire circonscrit en mouillant les parois des rochers latéraux. A peine échappé du sein cristallin de sa froide mère, il parcourt rapidement la plaine qu’il rend! toute luisante; toute orgueilleuse, cette princesse du Valais , domine aussi toute la plaine dans son enceinte circonscrite, et isolées seulement se présentent avec une majesté vénérable les ruines grisâtres de l’antiquité , en

te»

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Description

sortant des ondes du Rhône : l’homme mortel échappant à ses ondes triomphantes , a bâti sa demeure sur des rochers élevés; plein d’espérance , il jette sa semence dans de légers sillons , et le fruit doré lui mûrit dans le sein des rochers même. Mais il orne d’un tapis vert les pentes rapides qui arrosent les ruisseaux d’une eau fertilisante qui descend avec précipitation : sous la feuille vaporeuse s’anime déjà le grain purpurin du raisin. Heureux donc le peuple du Valais, auquel Bacchus et Cérès sourient tous deux à la fois. C’est dans ce pays , que l’homme sous le . » toit reluisant de sa petite et jadis paisible cabane se réjouissait des faveurs célestes. Joliment s'y élève le mont septentrional tout orné par la main industrieuse de l’homme ; mais la chaîne orientale de ces montagnes est couverte de l'ombre des forêts noires de sapins; rarement on aperçoit à travers cette obscurité un rayon de lumière isolée, et une place parsemée d’herbes humides des alpes verdoyantes. Avec ravissement on aperçoit dans le fond du vallon entouré de montagnes , les anciennes forteresses de Tourbillon et de V alère , devant Sion ; déjà l’hespérus approchant , conduit le troupeau des étoiles dorées; une sainte obscurité environne cet aspect évanouissant, et sur la voûte azurée de l’année céleste, marche avec une lumière douce et étincellente cette infinité d 'étoiles.

Quand on parcourt l’intervalle existant entre Louëcheet Martigny, et qu’on pénètre les vallées latérales de ce pays mémorable, qui par des gorges étroites du côté du septentrion , s’unissent et se communiquent avec la vallée principale du pays , dont ces vallons représentent l’image Tajeûnie; chaque vallée a sa rivière qui se jette au Rhône. On y contemple les antres obseurs des rochers ; on monte

bu Valais. 217

sur des parcours altiers, on contemple depuis les positions les plus élevées ces colosses grisâtres de l’éternité ; on cherche le rapport entre ces contrastes de la nature, et leurs habitans. Le Valais renferme des vallées qui, quoique moins connues que celles du Rhône , n’en sont pas moins intéressantes; les hautes montagnes qui les forment, renferment des minéraux précieux ; les fleurs rares qui les tapissent , y attirent des papillons de toute espèce ; le spectacle d’une nature sauvage y vient contraster avec celui de l’industrie et du travail; l’on voit des pentes de rochers escarpés couvertes de champs et de prairies ; des villages sont placés dans des lieux qui de loin paraissent inaccessibles; de petits oratoires , des églises s’élèvent à côté des glaciers, et l’on entend à la fois le son des cloches et le bruit effrayant des avalanches. L’air vif et pur de ces lieux élevés rend aux habitans toute leur énergie, et fait disparaître ces maladies ; cette langueur , cettë inertie répandues dans les vallées basses; enfin le tableau des mœurs simples ajoute à l’intérêt qu’inspirent ces montagnes. Les étrangers sont trop rares dans ces villages pour qu’il y ait des auberges; mais chaque habitant s’empresse de leur offrir sa demeure. Le voyageur s’assied à une table frugale entre le maître et le domestique , et il a souvent peine à faire recevoir le prix de cette hospitalité. J. /. Rousseau a tracé un tableau trop intéressant de ces contrées et de leurs habitans , pour qu’il soit permis d’en

traiter désormais en détail. Mais voici comme un Poêle

allemand dépeint ce pays , et fait son éloge.

w Connais-tu ce pays tout entouré de rochers , où des „ colosses de neige comme des tours s’élèvent l Où le „ fleuve de Y Aar doré est assis sur des glaciers bleuâtres

3l8 Bescriïtioi*

„ ënvîronlTé des rayons du soleil du soir dans les braises „ ardentes d’une couleur de rose. Ne le connais-tu pas ce „ pays? Où par des ondes argentéessortent des sources invi- „ sibles les fières cataractes ; une rosée humide et fraîche „ tourbillonne en fumant dans l’air agité; où tu monte et „ t’élève par des cavernes silencieuses, par des rocailles „ arides, à travers la nuit obscure d’une forêt , où te sourit „ soudain un champ doré de moisson ; où à l’embouchure „ noirâtre d’un antre profond repose en tranquillité un» j, maison sur un sol verdoyant , que la courbure du sep „ entoure avec force, et sur le toit de laquelle chante le „ merle des rochers.

„ Sur la colline matutinale, agités par l’aîle flatteuse „ des zéphyrs , paraissent les enfans de Flore , qu'elle fait

naître de son sein voluptueux.

„ Au midi, où les rayons du soleil agissent , les forces „ de la terre se développent ; là règne la puissance de „ l’automne dans l’éclat purperin de ses fruits , et où du „ mont du nord le sommet gigantesque s’arrondit, l’hiver „ s’est établi un règne permanent, l'enceinte qui ressemble „ à une forteresse éternelle , est couverte d’un brillant „ cristal.

„ Sur les zones voisines d’un mont , tu vois souvent se „ trôner les Dieux de l’année et des saisons.

„ Ici se trouvent ramassés en un petit espace les fruits „ des quatre saisons; comme sur les hauteurs du mont „ Etna pleines de feu , tu peux voir l’appanage de l’hiver „ neigeux; et au brillant astre du vieillard , s’attache le „ printems avec sa couronne de fleurs. Autour de celui-ci „ en épis riches en grains, l’été tire ses palmes de victoire,

„ et tout à l'entour brille la corne d’abondance de l’au-a

b tj Valais»

„tomne, et proche de celui-ci se montre le raisin de „ couleur vermeille.

„ Maintenant lu roules sur des prairies garnies d’her- * „ Les , et les ombres gigantesques des monts reposent ,, avec une tranquillité sérieuse sur ces plaines fleuries >

,, enceinte de la nature éternelle.

„ Tu respires plus librement dans l’air pur, et aromatisé „ par des millions de vapeurs balsamiques et habiles ou „ vogues dans la poitrine exempte des chaînes de l’exism tence agréable où est le désir chéri même des Dieux.

„ Dans la lueur magique de l’alentour se trompe le „ regard curieux du contemplateur, et ne retourne jamais „ rassasié.

„ Car de même que les chevaux du soleil conduits par <5r leur directeur s’avancent de plus en plus , de même „ aussi varie le jeu des scènes des couleurs, et l’aimable ,, recherche des contrastes.

„ A présent tu entends saisi d’une sainte frayeur mur- „ murer le tonnerre obtus de l’avalanche, et se précipiter y ) chargée de ses masses horribles dans un gouffre obscur.

„ Tu vois courir de la plaine étroite du vallon tran- „ quille les nuages chargés d’orages, leurs colonnes s’en- „ tasser comme des tours, et enfin former un océan de 9, nuages à tes pieds.

„ Le tonnerre se roule dans des organes 4urieux , et „ l’éclair étincelle à travers les longues barres de feu r „ mais pardessus cette nuit pleine de frayeur , tu planes „ ô Dieu , dans une pompe majestueuse de lumière.

„ O beau pays des scènes les plus admirables, tu con- „ tentes le désir ardent et confus du cœur. Les objets „ fort riches que présentent ta création, contentent aussi

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„ l’esprit d’ailleurs jamais content, m$is toujours désireux.

» Cependant qui habite les hautes montagnes et prai- » ries? qui encore se baigne dans les vapeurs végétales? 33 Le vestige fabuleux de l’âge d’or se présente ici dans le » fils de l’innocence et de la nature.

)) C’est un peuple de pasteurs qui soigne paisiblement 33 son troupeau , et dans une alliance fidèle avec son ter- 3) rain maternel , il ne connaît pas le tumulte ennemi des >3 désirs , et la simplicité seule fait tout son devoir.

33 De l’Europe luxurieuse le poison voluptueux n’empoi- 33 sonne pas encore les airs impurs qui souillent douce- * 33 ment dans ce temple de l’innocence, et sont des colon- 33 nés éternelles à l’entour de Saturne.

33 Ici ne pâlit pas ensuite d’une gloire d’abord passée ,

33 la (délicatesse de la fleur divine de la belle vie, mêmesous 33 la main terrible des siècles elle paraît encore fraîche dans 33 ce pays pastoral.

33 A l’entôur de l’autel de l’innocence est à genoux la 33 jeunesse, aucun or ne vend au vice la vertu, et dans le 33 sein des montagnes jamais fouillé ce métal méprisé est 33 couvert de la nuit éternelle.

3> Les habits de soie fins et délicats, de la vaine volupté 33 déplorables gages , n’entourent pas le corps frêle de la 33 fille, mais fort simplement au contraire la femiae s’y 33 habille.

33 Lorsque la nature avec une commisération divine 33 tient l’univers tout doucement dans les bras chauds de 33 la Divinité ; comme une mère tendre et ravie d’extase ,

» elle comprime contre son sein les enfans chéris.

3> Ici aucune opinion n’a mis de bornes au rajig , et les

regards anxieux des étiquettes ne paraissent dans aucun

du Valais. 221

» appartement avec pompe , et avec le même droit sont » assis à la même table le maître et le domestique.

». Ici on observe encore de l'hospitalité les saints de- » voirs dont ils s’acquittent avec une intention filiale ; à » une cabane frappe l’étranger, et sans retard an lui ouvre » la porte. . ^

» Avec activité le repas joyeux s’apprête , et la nappe » mise sur la table de melèse, ( ou plutôt de noyer) , corn- » me c’est l’usage dans le pays, déjà la table gémit sous » le pôids des mets, et tranquillement on sert l’étranger » bien venu.

„ O peuple dévot , qui pratiques encore cette vertu, et „ avec un esprit fraternel aimes l’humanité, même aprèsque „ dans ton pays béni et montagneux la horde ou flamme „ meurtrière a trouvé une entrée.

„ Cependant les Dieux ne récompensent pas toujours „ dans le tems présent, mais à la vertu est souvent réunie „ la dure pauvreté.

„ Tu vois tomber en ruines tes cabanes, et monter en „ tourbillon vers le ciel les flammes de tes temples , et „ néanmoins dans le danger menaçant tout à l’entour était „ encore debout l’autel sacré de l’innocence

Cette poésie toute sublime qu’elle paraisse, n’est pas pour cela intelligible en bien de passages , je lui laisse cependant son mérite avec reconnaissance envers l’auteur Hoclder , pour l’éloge qu’il a bien voulu faire des moeurs , des habitans de ce pays, et particulièrement des habilans des montagnes; mais nous allons passer à un autre sujet, et pour le former, nous choisirons les alliances que le Valais a fait avec les nations étrangères , et particulièrement avec les Suisses.

Description

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