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nade; et il avait bois du Monastère de grands bâlirfiens pour recevoir les hôtes , et des infirmeries pour les malades.
Venant à présent au changement du nom de Tarnade en celui d’ A g auine , nous dirons , qu’encore ici les savantes remarques de M.r de Riçaz nous éclairciront ce fait: nous avons observé déjà plus haut, que ce changement se fit entre les années 38o‘* et 390 ; c’est à peu près en 385 , c’est-à-dire , au tems du passage de Si. Ambroise , Evêque Métropolitain , lorsqu’il allât en ambassade auprès de l’Empereur Maxime à Trêves; M.r de Rirez croit, que fut ce Père de l’Eglise qui insinua de faire ce changement, en donnant au lieu, où les Thébéens avaient été mis à mort , un nom relatif à leur martyre. Ce St. Prélat nous dit dans une de ses lettres, que de son tems le lieu où Samson couronna sa mort par un glorieux combat , portait le nom d ’Agaune , en grec , Agon . Restes nous apprend aussi dans son Vocabulaire, qu 3 Agon signifiait eri latin la victime que les Empereurs immolaient avant que d’entreprendre , quelque expédition. Si. Jérôme dit toujours A go nés Martyrum , pour signifier les combats des Martyrs. On nommait aussi Agaunistici , certains Donatistes fanatiques qui cherchaient à se faire donner îa mort. Ou YOi L , que toutes ces significations conviennent païf alternent au lieu, ou tant de milliers diiomroes ont \eist; leur sang pour Jésus-Christ. C’est donc en vain , que le Moine d’Agaune veut dériver ce nom du mot Gaulois Acciunus , qui signifie une pierre : on ne parlait point celte langue en Valais; Ti/e Lire nous dit, que les Véragriens, qui avaient Octodurc pour capitale, parlaient un langage moitié germain , que les Gaulois, dit-il,
ri TT V A I. A J 9*
n’entendaient pas. Or dès q \i Auguste leur eut accordé le droit des Latins, ils furent obligés d’étudier , et d« plaider en cette langue: de sorte, qu’en 44$ 5 on ne parlait plus que latin en Valais, car Silvius composa son Calendrier en cette langue, cl il en éloigna, dit-il , les mots grecs, afin d’être entendu de tout le monde; Si • Açit y prêcha en latin en 5 17. C’est donc dans la langue latine qu il faut chercher l’étymologie de ce mot , quoique d’autres Auteurs veuillent la dériver du mot Celtique 'Agaun , qui veut dire un endroit pierreux, ou rempli de rocher, parmi lesquels sont Simbler et Grirn , dans sa petite Chronique sur la Suisse, et que les Allemands apellent encore aujourd’hui pour cela Am gandt , comme qui dirait au rocher , ou au Cex. Mais à présent cette vill* s’appelle St. Maurice en l’honneur du glorieux et bienheureux Martyr St. Maurice, Chef et primicier de la légiort rJThébéenne martyrisée sous ses yeux , non loin . de là comme nous l’avons déjà insinué plus haut.
Cette ville située , comme nous l’avons dît, entre le rocher perpendiculaire à son midi, et le Rhône à soit septentrion , est assez jolie, bien bâtie, et sans contredit la plus régulièrement construite de toutes celles du Valais , ce qui à la vérité ne veut pas dire beaucoup y aucune autre ne 1 étant; elle a de belles maisons bâties en pierres, et les fenêtres des maisons de la grande rue sont toutes en pierres de marbre noir de St. Trrphon; elles sont à deux ou trois étapes de hauteur outre le rezde-chaussée , et les principales portes des dites maisons sont aussi du même marbre , ce qui tout réuni présente un aspect imposant à la vue des passagers, surtout pour ce qui est de la dite grande rue, qui est tirée en droiture^
bien pavée , bien propre , «1 assez longue , et que pareoùrt une eau courante toute l’année, contenue dans un canal découvert , ce qui parle vraiment en faveur du bon goût des particuliers de l’endroit.
11 y a de plus à St. Maurice, outre une grande quantité de beaux et grands bàtimens, la Maison-de-ville , qui se présente fort avantageusement aux regards ou à l’aspect des voyageurs, car outre sa bâtisse , qui offre à la vue un édifice régulier , et digne de sa destination, dont l'embellissement intérieur l’emporte encore sur son extérieur; elle a une jolie place à son couchant, joliment garnie d’arbres de tilleul nain ; il y a de même dans cette ville quantité d’autres beaux bàtimens dignes d'être vus, tant à cause de leur construction extérieure , qu’à raison de leur répartition intérieure , et ameublemens aussi riches que de bon goût ; mais le bâtiment le plus grand, comme aussi le plus célèbre, et le plus digne d’être vu est sans contredit l’Abbaye Royale de Si. Maurice ; nous allons donc nous en occuper un moment : elle est un bâtiment fort vaste, assez régulier avec deux grands corridors, l’un à l'entrée, et l’autre directement dessus l’autre; il y a de même un grand et beau réfectoire, ou salle à manger, où M.rs les Chanoines réguliers prennent leurs repas, sous la présidence du Révérendissime Abbé , leur supérieur; les chambres des M.rs les Chanoines n’ont à la véiité rien de particulier, mais sont néanmoins assez grandes et régulièrement construites, formant des carrés, plus ou moins parfaits, et sont au premier étage , tout le rez-dechaussée se trouvant occupé par le portier; le réfectoire, la cuisine, les dispenses, et les logemens des domesti-* ques; mais celle de M.r l’Abbé est uneassez belle et. grand*
m v Valais. Sait
ahambre, ayant aussi son anti-chambre; il y a de même dans ce même étage une grande et belle salle à manger pour l’été , avec une belle cheminée à la française , à ce que je crois; cette maison contient aussi une grandissime cave fort bien garnie de bons et difierens vins, mais moins aujourd’hui, que jadis, où l’on y buvait de bons coups , invité pour cela par M.rg le Procureur et le Prieur du tems, ce que les aventures des particuliers, qui en ont fait les preuves, pourraient attester , car il y en avaient, qui ne se trouvaient pas toujours bien , tant est-il vrai , que l’excès, même dans les bonnes choses , peut devenir nuisible , et préjudiciable à la santé ; en effet, cette cave dans un tems était pourvue de tout ce qui pouvait satisfaire à une armée d’ivrognes. Si dans l’ancien tems un voyageur était venu à St. Maurice, et que sa curiosité l’eut porté à voir ce monastère, et ce magasin de Bacchus de la cave Abbatiale , on aurait dû lui conseiller de commencer par le premier , surtout s’il avait été accompagné par quelques Religieux de ce Couvent; car ces M.rg à force de politesses paraissaient être dans la persuasion , que tout étranger , ou autre amis , leur devait au moins dans cette cave la perte de sa raison, je parle par expérience, car il y a vingt-cinq à vingt-six ans , et peut-être même plus, que du tems de feu mon oncle l’Abbé Scbiner je m’avisai de lui dire, que je désirais aller voir la cave , alors ce digne Prélat ordonna à un de ses Religieux de m’y conduire ; cet homme religieux, craignant apparemment, qu’un tête à tête ne m’ennuyât, rendit la partie carrée ; il choissait deux buveurs , que Bacchus même n’aurait pas désavoués pour ses enfans. Je ne connaissais pas les éminentes qualités de ces MJ* ; ils me conduisis
Descri^ti*»
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rent à la cave; le vin y fut versé en abondance, au point que je me trouvai enfin submergé de vin, et qu'à force d'avoir aidé à porter des santés , je fis le sacrifice de la mienne , du moins pour cette fois là, et quoique je leur eusse protesté, que j’étais le- très-humble serviteur de leur Prélat, comme d’eux tous ensemble ,et que je sentais en moi beaucoup de vénération pour leur très-louable Chapitre et maison; ce furent des paroles perdues , il fallait boire, ou passer pour leur vouloir du mal; le choix fut vite fait, je buvais jusqu’à ce que je n’en pouvais plus. Il n’y avait guères de l'ancien tems dans cette illustre maimaison de tète à tète, la bouteille y était toujours admise pour tiers, et tel était aussi généralement parlant l’usage du dernier siècle presque par tous les endroits du pays , du moins dans les bonnes maisons, où l’on recevait des visites, ce qui fait , que je suis réellement tenté de croire, que les habitansde ce pays sont des descendans de Bacchus, et que cet ancien ivrogne leur a laissé pour héritage le don de boire; en attendant , bien éloigné de vouloir censurer ces M.r* pour leurs bontés et générosités, je les remercie au contraire infiniment pour toutes les honnêtetés dont ils m’ont comblé ; mais pour revenir, où fai quitté , à l'Abbaye de St. Maurice elle-mèuie, je dirai encore , qu’on y faisait fort bonne chère, et que ces M.r* donnaient à table •d’excellens vins à leurs hôtes; el lorsqu’on était invité d’aller avec eux à Crics , ou à Lavajf , où ils avaient de belles et bonnes vignes, qui leur appartenaient, on était assuré d'en revenir bien conditionné, telle était la générosité de ces Mr\ Le service ordinaire de ce Prélat mitre se faisait selon qu'il convenait à sa dignité ; sa lauLe était servie avec suffisance , quoique sans
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profusion, lorsqu’ils n’étaient qu’entr’eux ; mais lorsque M.r l’Abbé traitait, ou qu'il invitait des étrangers, qui lui faisaient visite, et venaient voir les choses mémorables du Monastère , comme les reliques , et autres , alors sa table était servie avec abondance, et qui allait presque jusqu’à la profusion ; ce n’était pourtant pas , que les Révérends Abbés aimaient le faste , mais ils savaient vivre , faire les honneurs quand il convenait, et se conformer aux anciens usages de leur maison, et notamment aussi le Révérendissime Abbé actuel M-r Picrra , qui à une piété rare joint encore les vertus qui distinguent les grands Prélats, une humilité et civilité achevées ; il s’applique à s’occuper des affaires de son état, et surtout à s'acquitter des devoirs, que sa charge lui impose, et mène d’ailleurs une vie fort retirée, étant dans le monde, comme s’il n’y était pas.
Celle maison de l’Abbaye fait de même de grandes et journalières aumônes aux pauvre* de la ville de St. Maurice, qu’elle entretient en partie ; elle a de même un hospice assez beau, et assez grand, l'hôpital, qui est fondé pour les pauvres passans et malades, mais en ville', et presqu’en entrant venant de Sion, laquelle maison est administrée, et gouvernée par un Chanoine régulier de J’Abbaye, qu’on nomme pour cela, l'hôpitalier ; la dite maison de l’hôpital a ses rentes annuelles annexées, ou établies pieusement pour l’entretient et le soulagement des pauvres passans ou malades: quant à l’Abbaye ellemême, elle possède encore de jolis alentours, et notamment un joli verger bien arborisé, situé au levant du monastère, avec une petite piscine, et un joli jardin, jadis Lien cultivé; aussi cette maison avait-elle son propre jardinier, dont cette culture faisait toute l’occupation.
DlS€KI7TI«I
Cette Abbaye a essuyé de fréquens incendies arrivés en i32fj, i347, *384} i55i et i6q3. Ce dernier fut le plus terrible de tous , car la ville de St. Maurice fut totalement réduite en cendres avec le château, que son grand éloignement ne put garantir des flammes, un vent violent, qui y est assez ordinaire, ayant porté les étincelles jusqu’à demi lieue de distance.
Il y a dans cette maison religieuse sous’ la règle de St. Augustin, tant de ceux qui se trouvent dans les différentes paroisses ou bénéfices ecclésiastiques comme Cures^ que de ceux qui résident dans l’Abbaye jusqu’au nombre de vingt-sept Chanoines réguliers ; quant aux paroisses qu’ils administrent en qualité de Curés, ce sont le Prieuré de Vetroz, la paroisse d’Outre-Rhônc , de Salvan, de Fignioux, de Bagnes, Vollège, Chouex, et la paroisse de St. Maurice; Enfin cette Abbaye outre une multitude de reliques *des Martyrs Thébéens doit aussi posséder l’épée de St. Maurice, Chef et primicicr de cette Légion, mais c’est à tort d’après l’acte et le fait de l’an 1590, qui prouve clairement, que celte épée a été transportée avec d’autres reliques de cette Légion par le pays d’Aoste à Turin, acte dont il sera parlé ailleurs.
L’abus que quelques moines vagabonds firent des reliques de ces Saints martyrs, dont-ils avaient entrepris un trafic scandaleux, obligea F Empereur Théoclose de défendre, sous des peines très-rigoureuses , d’ouvrir les tombeaux des Martyrs. Cependant, comme on prit alors la «outume de ne faire aucune dédicace d’église sans mettre quelques reliques des Saints sous les Autels, ceux d’entre les Evêques des Gaules, qui n’avaient aucun martyr dans leur Diocèse, eurent recours aux reliques des Thébéens*
»u Valais.
Les Evêques du Valais en firent une grande distribution sans violer la loi de l’Empeur. Nous avons un exemple d« la vérité de cette assertion dans le fait qui est arrivé sous le Bailli/ Mathieu S chiner en 1590. Outre que Hugo /, envoya le bras de St. Maurice à Udalric , Evêque d’Augsbourg; c’est ainsi encore , que l 'Empereur Olhon premier de ce nom, surnommé le Grand, à son retour de Rome en visitant à St. Maurice les reliques des Martyrs de la Légion Thébéenne , doit avoir reçu le corps du Martyr Exupére , Archi-enseigne de cette même Légion, comme le disent les Chroniques de la Majorie de Sion, et d* l’Abbaye.
C'est de là encore, qu’un si grand nombre d’églises portent le nom de St. Maurice ; St. Théodore , que plusieurs manuscrits nomment Théoduley envoya du sang et des ossemens des Martyrs d Agaune à St. Victrice , Evêque de Rouen, qui lui en fit des remercîmens publics dans un discours fait en l’honneur de ces Saints, qu’il publia vers, l’an 390. M.r l’Abbé le BœuJ a mis cet ouvrage au jour d’après un manuscrit du septième siècle, qui est à l’Abbaye de St. Gall. Ce St. Evêque nous raconte par quellt occasion il remit ces reliques. St. Ambroise ayant fait en 387 le voyage de Trêves, pour demander à Maxime le corps de X Empereur Gratien , il vit dans cette cour St. Martin y et St. Victrice ; à son retour à Milan il députa le Prêtre Cario , pour porter à ces deux illustres Prélats des reliques de St . Gervais , et de St. Protais y qu’il avait découvertes l’année précédente. Ce messager étant arrivé à la Cité d’Aoste, 1 Evêque Eustachius lui remit des reliques de Si. Jean , qui fut martyrisé chez les Salasses , pour ces mêmes Evêques; Cario poursuivant sa route par
53o Deschi-ï’ tion
le Monl-Jou, vit à Octodure Si. Théodulc , qui lui remit aussi deux fioles du sang des martyrs, dont une fut rendue h S t. Vicirice , comme on vient de le dire , et l’autre fut destinée pour St. Martin.
La fiole d’agate gravée, que Pon voit au trésor de PAb* baye de St. Maurice, est un présent que fit Charlemagne pour y mettre le sang des Martyrs que Pon y conservait : cet Empereur donna encore à cette église, une table d’or, pesant soixante marcs, et enrichie de diamans destinée pour la communion, et qui servit à faire fes frais d ’Amédéc III , Comte de Savoye, dans la terre sainte.
Il y avait une église et un monastère à Agaune avant les ouvrages que le Roi Sigismond y fit faire , puisque St . Avit , dans son homélie prononcée dans la Basilique des .martyrs d’Agaune, au renouvellement du monastère, et le jour de la fête de ces Saints les nomme des réparations.
Venancc-Forlunat , Evêqne de Poitiers , fit vers Pan 5qo, un poème en Phonneur des Martyrs d’Agaune, où il nous dit avec Si. Rucher , que Maximien les fit massacrer au commencement de la persécution générale, comme on sait; il ne nomme que quatre martyrs, tandis que la légende du Moine d’Agaune fixe ce Martyre au commencement du règne de Maximien , et fait mention de cinq Martyrs.
Voici les vers relatifs au Martyre d’Agaune , ou à la mort de 8t. Maurice ci de la légion Thébéenne :
Turbine sub mundi càm persequebanturiniqui 9 christicolasque daret sœva procclla neci.
Frigorc depulso succendens corda , peregit rupibus in g cl i dis Je/vida belta fide.
i>u Valais, 53 i
Quà pie M au rie i y Ductor Legionis Opfmœ , iraxisti fortes suidera colla viras y
'Quos positis gladiis armarent dogmata Pauli nomine pro Christi dulcius esse mori.
Pectore Belligero po levant qui vincere ferro , invitant jugulis vulnera rara suis .
Ho riantes se clade sua , sic ire sub astra : aller in alterius cœdc nafavit herus .
Adjuvit rapidas Rhodani Jons sanguinis undas , tinxit et alpinas ira cruenta nives.
Tali fine polos fœlix exercitus inlrcins
junctus Apostolicis plaudit honore choris.
Cingilur Angelico super astra beala sénat u, mors fuit unde prius , lux fovet inde viros.
Qui faciunt Sacrum paradis i crescere censum hœredes Domini Luce perenne dati.
Sidereo chorus iste Throno cum carne Locandus, càrn veniet judex , arbiter orbis erit.
Sic pia iurba simul , f es/inans cernere Christurn
ut Cœlos peler et y de nece fecit iler .
L’Auteur du livre de gestis Francorum , qui a fini son ouvrage l’an 752, fixe le nombre des Thébécns à 6600, d’après la légende de St . Eucher > tandis que celle du Moine d’Agaune met 6666. Mx de Rivazy dit à celte occasion, que c’est par un changement, qu'une main étrangère a fait dans le Martyrologe , où Adon y Archevêque de Vienne donne en abrégé la vie de nos Saints d’après leur legende, qu’on lit 6666 Martyrs dans plusieurs manuscrits; que dans celui de la Bibliothèque du Roi, qui fit écrit peu de tems après la mort d’Adoigon lisait 6600:
et que No/iery moine de St. Gall , qui fit un Martyrologe vers l’an 1000, avait puisé dans les actes anciens lès circonstances du martyre des Thébéens , et faisait aussi monter leur nombre à 6600.
Si la ville de St. Maurice est célèbre à cause du martyre de la légion Thébéenne, et à cause de l'Abbaye de S/. Maurice elle-même, qui en possède les précieuses reli- t ques, elle Test bien aussi par la vie pénitente , qu’y amené St. Sigismond , Iloi de Bourgogne, mais dont la description serait trop longue pour trouver sa place ici, n’étant d'ailleurs non plus de mon plan; seulement dirai-je, que ce Roi fit massacrer inhumainement son fils Sigeric sur les fau sses insinuations de sa' marâtre en 522. Cette reine, étant d'une naissance assez obscure, craignait avec raison, que ses fils n’eussent aucune part au gouvernement pendant la vie de Sigeric y qui avait eu pour mère Ostrogote,
. fille de Th coda rie , Roi des Lombards. Elle prit donc le parti de faire périr ce jeune prince. Sigismond , après ce parricide, se rendit à Agaune pour y faire une pénitence . publique. Ses sujets/ aigris par la mort violente de son fils, et voyant, que Sigismond'dè tait rendu incapable de commander les armées en acceptant l'habit de pénitent, se donnèrent a Clouomirc , Roi d’Orléans. Sigismond essaya de les ramener en sortant de sa retraite ; mais le peu de monde, qui le suivit, fut aisément défait : il se sauva en habit de moine au Monastère d’Agaune. On prévit «bien, qu’on aurait de la peine de l’enlever de ce lieu à force ouverte, n’y ayant qu’une seule avenue iailléa dans le roc, et facile à défendre, on eut donc recours à la ruse; plusieurs de ses anciens sujets feignirent de vouloir se ranger sous ses étendards; lorsqu’ils se crurent en nom-
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Lfc suffisant, ils l’enlevèrent, après avoir pris la précaution de mettre le feu au monastère , afin d’occuper les moines à arrêter l’incendie, et de leur laisser ignorer par là l’enlèvement de leur fondateur. Clodomire lui fit trancher la tête, de même qu’à sa femme, et à ses deux fils : on jeta/leurs corps dans un puits près d'Orléans, d'où l’Abbé Vénerand obtint quelques années après la liberté de les retirer, pour leur donner une sépulture honorable à Agaune. Ce récit est un peu différent de ce que Grégoire de Tours raconte de la mort de ce Roi de Bourgogne :
mais les Annales de l’Abbaye de St. Maurice paraissent à Ms Derivaz avoir mieux donné les circonstances de ce tragique événement, qui arriva l‘an 523, lorsque Clodomire lui fit trancher la tête. Ce fut ce même St. Sigismond qui dota extraordinairement l'Abbaye , et fut pour cela regardé pour le fondateur de cette meme Abbaye ; St. Maurice la ville est donc extrêmement ancienne , et mémorable, bien entendu, que, quand je parle de son ancienneté, je n’entends pas parler de la ville de St. Maurice «ctuellement existante , qui ne date que de l’an 1694? ayant été entièrement brûlée l’année 1693, comme les Annales du pays le prouveront. Mais revenant pour la dernière fois à sa célébrité, nous dirons, que la tradition et 1 histoire de ce pays ont rempli ce lieu et ses environs ou voisinages d’événemens terribles, mémorables, et en partie d’un souvenir glorieux, qui pour cela aussi feront éternellement honneur à ce s lieux, et même à tout le pays; puisque c’était près de là , que fut massacrée par les ordres de Maximien cette fameuse légion Thébéenne , dont nous avons parlé, et qui se sacrifia et répandit tout son sang pour sa croyance en Jésus-Christ, et dont U
digne Chef a ensuite laissé son nom à cette ville ; c’était encore là, que St. Sigismond , ce Roi de Bourgogne, dont nous avons parlé, fit pénitence; c’était près de là aussi, que se tint le Concile d’Epaune; c’était enfin à St. Maurice lui-même, que se tint le Concile d'Agaune en ai 6, et dans lequel Théodore est nommé Evêque de S ion, et cependant le siège épiscopal fut constamment à Octodure jusqu’en 584, qu’il fût transféré à Sion.
Proche de St. Maurice la ville , à son levant, il y a un endroit , qu’on nomme Verolliet; c'est là, où St. Maurice a été décapité, et dont la tète doit être tombée dans le Rhône, ce dernier y passant tout à côté dans ce tems-là; c’est aussi là, qu’encore aujourd'hui il existe une Chapelle dédiée à ce Saint; elle doit être dans l'endroit même , oit on lui a tranché la tète.
On lit pour devise de laMaison-de-villede St. Maurice , je suis Chrétienne depuis fan 58, en latin : Chris tiana sum ah anno 58. C’est la Bourgeoisie, qui y parle, preuve aussi de l’ancienneté de sa catholicité comme de son ancienne existence, qui l’aura de beaucoup emporté sur celle-là.
Il ne sera pas indifférent au lecteur d’entendre encore dire deux mots sur la chute du Mont-Jorat , que d’autres appellent T auras , ou Tauredunum, qui par sa chute en 562 a écrasé la ville d’Epaune, comme l’écrit Marius d' Avenches , un Saint Evêque, savoir, qu’il est connu, notoire, et à tenir pour un fait certain, que cette chute de cette montagne dans le bas Valais proche d’Epaune a eu lieu ; que ce mont s’est détaché d’un autre, qu’il est to.mbe sur ce château et ville , et l’a couvert avec ses pierres: ce Château ou Bourg se trouvait au pied de ce mont; cet Evêque a donné un témoignage oculaire dans sa Chronique
nique in-folio, et a écrit sur ce fait comme suit : « Tannée n 562, chiffre et indiction Romaine IL Le terrible'niont- » Jorat, situé en Valais, est si subitement tombé, qu’il ar yy écrasé sous lui le Château, qui était dans son voisinage, » ainsi que la ville et villages adjacens et voisins , et i& » monde qui s’y trouvait, qu’il a. tous couverts sous ses » débris, et a fait gonfler Te lac de Genève à soixante » milles en longueur, et vingt-un milles en largeur, et de manière, que son débordement des deux côtés du lac »* a submergé et détruit les plus anciens villages, et le » inonde qui s’y trouvait, ainsi que le bétail, et qu’il a » enlevé le pontde la ville de Genève, ainsi que les mou- » lins, et inondé la même ville de Genève, et y a fait 7) périr plusieurs personnes, qui y ont été noyées ».
Mais avant de finir ce que j’ai à dire sur la ville de Stv Maurice, je dirai , que son entrée a de grands rapports avec celle de la porte du Ccx , dont je parferai sous peu. La dent de la Morcla , et la dent du midi rétrécissent ce* passage , et semblent vouloir fermer le pays la seconde , comme à la porte du Cex, la première fois. Le beau pont de St. Maurice, qui est jeté sur les bases de ces deux montagnes, appartient au Valais, et non au Canton de Vaud conjointement, comme le dit erronément la petite brochure intitulée : Lettres sur la route de Genève à Milan, ni ne réunit ces deux Etats, mais leur fournit simplement une communication commerciale, ces deux mêmes Etats ayant toujours été séparés l’un de l’autre, souvent antagonistes , comme les Annales du pays rétabliront un jour ; une preuve, que ce pont n’appartient pas au Valais et au Canton de Vaud conjointement, est que TEvèque Jodocus £ illinon , Ta fait construire en 1 482 , comme les Ab$chcids
536 Description
du Valais le prouvent, et établissent , qu'il releva ce même pont , ainsi que les monumens qui avaient été détruit» dans la guerre précédente de Pan 1473, et fit rebâtir les Châteaux de St. Maurice et de Martigny. Cet Evêque Sillinon est au reste connu par l’alliance qu’il contracta avec Sigismond , Archiduc d’Autriche contre Charles de Bourgogne ; mais il est encore erroné, comme le dit la même brochure , qu’il eût pour successeur le célèbre Schiner , à moins qu’il entende Nicolas Schiner , et non Mathieu S chiner , le Cardinal, duquel dernier le précédent était l’oncle, et le successeur immédiat de l’Evêque Sillinon.
Je dois encore observer ici , qu’à cette Bannière générale de St. Maurice se réunissait aussi en lems de guerre et en tems de revue des troupes du bas Valais, les précédentes deux Bannières de Martigny et de Saillon.
Il me reste encore à dire deux mots sur le village et Outre- Rhône , qui est une paroisse de l’autre côté du Rhône, et presque vis-à-vis de St. Maurice; elle est assez grande, et comprend plusieurs petits villages ou hameaux, dont je me dispense de faire l’énumération pour n’avoir rien de particulier. Le sol est fort fertile dans cette paroisse ; il y a d’excellens biens fonds, comme vergers et prairies bien arborisées;on passe le Rhône en bateau pour s’y rendre, et on s’y rend aussi depuis Branzon et Fully ; l’air y est doux, quoique par fois encore assez vif. Enfin nous finissons par dire, que le pays depuis Martigny à St. Maurice, en général est stérile; des ronces et des épines couvrent presque toute la plaine, si on y ajoute, les marais dans certains endroits.
Mais il est tems de quitter St. Maurice, et de poursui-
du Valais. 33ÿ
Vre la description du reste du pays , car nous nous sommes assez long-tems arrêté à cet endroit qui nous a paru exiger cette disgres^ion plus diffuse, vue l'importance des événemens mémorables qui y ont eu lieu ou dans son voisinage; continuant donc notre voyage depuis St. Maurice jusqu’au fond du pays , et entrant au
CANTON DE MONTHAY.
e dirai , que Monlhay formait la septième Bannière du bas Valais, autrement dite la Grande , ou Bannière générale de Monthay. C;est à une lieue plus bas que St. Maurice, à la gauche du Rhône en descendant le pays depuis Sion, que se trouve le Chef-lieu de la dite Bannière, et de ce Canton, appelé Monthay , avec son château. Monthay est une Bourgeoisie; ce Canton contient neuf paroisses , savoir, Monthay , Trois-Torrents , Fa/dilier, Champéry , Colombay , Mura , Vionnaz , F ouvry , et Port - Valais , dont les trois dernières se trouvent dans la cidevant Chàtelainie de Bouveret, ainsi nommée, parce qu’il y avait un Châtelain élu par l’ancien Souverain du Valais, mais les autres paroisses étaient sous les Gouverneurs de Monthay;
Les trois paroisses de la montagne , et voisines de Monthay sont T rois-Torrents , Valdilier , et Champery. Ces trois paroisses ont des hameaux voisins, qui leur appartiennent. Trois-Torrents est à une lieue deMonthay dans la montagne; c'est un assez beau et grand village; à une lieue encore plus loin, et plus enavant, se trouve lesecond village ou paroisse, assez grande aussi , savoir Fê!dilier$
non loin de là, il y a des sources d’eaux médecinales forf salutaires , à ce que prétendent quelques voisins , mais
dont j’ignore le§ qualités, et n’en parlerai conséquemment
non plus; on les nomme les eaux de Morgin\ ce dernier endroit est vraiment pittoresque par sa position et par ses environs; on ne peut même que s'y plaire, car il est dans une plaine, à la vérité, tant soit peu marécageuse, dans un assez grand bassin , avec quelques jolis chàlets d’été, entourés d’une forêt épaisse d’arbres de haute futaie, de sapins et de melèse, ce qui rend ce local 'vraiment imposant à celui qui s’y trouve pour la première fois, mais une fois vu , ce local n’a plus rien de surprenant,
outre qu’il parait plutôt fait pour être fe séjour de quelque druyade que celui de la société, à moins que ce ne soit pour le peu de personnes et de propriétaires qui y ont. leurs possessions , qui peu éloignées de là peuvent s’y plaire, pour y passer l’été pendant les plus grandes chaileurs de la saison; cependant pour dire ce que je pense , y ayant été , en été ce séjour et ce local est digne d’être vu , fréquenté même avec bonne compagnie , ne serait-ce que pour y faire une course ou une promenade à pied, ou à cheval, au bon plaisir des curieux, et pour y faire une halte champêtre, en prenant quelques provisions de bouche avec soi, car il n’y demeure personne habituelle* ment. Enfin la dernière paroisse dans cette vallée contre la Savoye , est Champéry ; celle-ci n’eat pas bien grande , mais par contre elle est dans un site assez intéressant par sa localité.
Toutes ces trois paroisses sont habitées par un peuple, grand , fort et assez déterminé, qui sent sa force corporelle, ( V où les femmes valent les hommes des autres ton-
» u Valais* 5 3g
trées , quant au courage et aux forces , aussi les voit-on assez hardies.
Il y a beaucoup de beaux et bons biens, prairies et champs clans ces mêmes paroisses , et le foin y est d une qualité supérieure pour l’entretien du bétail , aussi y est-il des plus beaux comme des plus gras; il y a encore dans ces montagnes, surtout à Trois -Torrents d’çxcellens champs d’un rapport extraordinaire , et surtout en froment, au point même, qu’il n’est pas rare de leur voir porter trente à quarante fois la semence mise en terre , ce qui paraîtrait presqu’incroyable, si je n’en étais convaincu de la vérité du fait par science propre et certaine, mais aussi se donnent-ils pour cet effet une peine considérable , au point même , qu’hommes, garçons , femmes et filles au prlntems couchent et marcottent leur froment hiverné par bandes et par lignées, comme on le ferait pour les œillets , et dans les jardins potagers avec les légumes; ce qui recommande surtout cette manière de culture, c’est que le froment ou orge qu’on en tire # est d’une rare beauté et grosseur , de sorte, que cette façon de cultiver la terre mériterait d’être détaillée ici , mais les bornes, que je me suis prescrites dans cet ouvrage , ne me permettant pas de la transcrire ici, {'envoie mes lecteurs, qui en seront curieux, pour s’adresser à cet effet à M.rle Curé de Trois- Torrents, qui sera assez complaisant pour en donner un
échantillon de celte culture aux amateurs; seulement
puis-je dire à cet égard, que leurs champs en général sont exposés au soleil du midi, placés sur des côteaux plus au moins élevés, plus ou moins plats, et enfin plus ©u moins larges et longs , allant du levant au couchant.
Quanf aux qualités propres du terrain de ces champs r
54o Description
il m'a paru gras, pesant, noir, sans cependant être trop glebeux, d une consistance ou friabilité médiocre, cependant plutôt compacte que sabloneux , ce qu’il n’est pas, mais plutôt un peu pierreux. Pour ce qui est de l’engrais, ou fumier, dont ils se servent, il est de vache bien consumé, et on ne l’épargne pas.
Mais si à Trois-Torrents il y a les meilleurs champs du pays, et que pour cela aussi leur façon de les cultiver mérite d’être suivie; il y a par contre aussi de meilleures montagnes à la Vadilier, où, sans contredit, on fait les meilleurs fromages de tout le bas Valais ; aussi ces mêmes montagnes du bas Valais, et surtout de Valdilier , qui sont pour la plupart des propriétés particulières, s’amodienl-elles extrêmement cher, parce que l’herbe y est abondante et excellente, et que le fruitage de montagne qu’on y fait, est fort riche et fort bon, tant en fromage qu’en beurre , mais ce qui est de mieux dans cette espèce de fruitage, c’est qu’il ne coûte presque rien, ou peu au propriétaire du bétail.
Il descend un grand torrent par la vallée d’Uier et par iTrois-T orrenls à Monthay, qui ensuite plus bas se jette dans le Rhône ; on l’appelle la l use, qui aussi souvent a bien causé de dommages et de dégâts à ce dernier endroit, et Chef-lieu du Canton du même nom; mais depuis qu’on a donné à ce torrent une nouvelle direction, ce lieu en est à l'abri. *
Monthay lui-même, possède en bas du bourg de beaux et bons vergers, et des grandes forêts de châtaigniers. Le Bourg de Monthay est assez grand, bien bâti , et a beaucoup de belles maisons, ainsi qu’une belle place publique; çet endroit date aussi depuis bien des siècles , comme les
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du Valais.
franchises de Monthay le démontrent abondamment, qui font en outre voir, que cet endroit jouissait anciennement de très-grandes prérogatives dans toute la Banlieue de cette ancienne Châtclainie, mais qui ensuite du procès du partage des Communes a infiniment perdu de sa fortune, comme de son ancienne splendeur et gloire.
A une petite demi lieue plus bas que Monthay, il y a deux villages dont l’un s’appelle Colomboy d' enhaut , où il y avait un grand Couvent de Religieuses Bernardines, avec un bel enclos, fermé par des hauts murs. Il y a dans ce couvent une assez belle église, ayant un beau portail sur son devant; le nombre des Religieuses était assez considérable; elles étaient gouvernées par une mère supérieure, et un aumônier ou Directeur, comme celles de • Brigue; on y recevait aussi des novices, et même des pensionnaires; l’air y est assez bon et tempéré. II y a encore dans ce meme Colombay d’en haut, de beaux biens ruraux tout à l’entour; mais de tous les biens qui s’y trouvent, le plus beau est sans contredit celui de M.r Pierre Marie Delavallaz , ancien grand Châtelain, et Juge de paix actuel de ce Canton, qui est un grand enclos et domaine, avec un grand bâtiment à l’antique , et laisse entrevoir la richesse de cette maison. Il y a de meme aux environs de Colombay d’en haut des beaux champs à grains, et fort vastes ; tous ces beaux biens dominés par des forêts de châtaigniers se continuent ainsi , jusqu’à Colombay d'en bas , qui est à une demi lieue de distance de celui d’en haut, et occupent l’un et l’autre toute la plaine depuis le pied du mont septentrional jusqu’au Rhône situé à son midi, et dès là jusqu’à Ilarze , qui est encore une vaste campagne, et village médiocre, mais au milieu des marais « et par cette raison humide et mal sain.
£4* Description
Suivant toujours la grande route , à une lieue plus bas tpiele chef-lieu susdit, on arrive au village de Murat; c’est encore un assez grand village, et qui a des beaux biens à l’entour, et de belles râpes ou petites forêts dejeunes arbres de fayard. Ce village est dans un endroit un peu enfoncé, fct pour cette raison pas trop sain , du moins pour l’enfance.
A une lieue plus bas encore, on rencontre sur la grande route un autre grand \iliage et paroisse, qu'on appelle Vionnaz ; ce village est beau , mais qui par un malheureux incendie, il y a quelques années, a été réduit en cendres, à l’exception de quelques maisons et de l’église; depuis ce tems-la on l’a rebâti , de manière, qu’à présent il est encore plus beau qu’il ne l’a été auparavant; ce même village a encore quelques belles et bonnes vignes, mais *jui sont d’une cherté extrême , à raison du peu de leur
étendue, puisqu’on paye la toise j'usqu’à six éeus neufs, et
même plus. Ce viilage est dans une position un peu élevée, et pour cola aussi plus beau, plus sain et plus gai; aussi le monde y est-il bien éveillé, mais en basiontre le Rhône, au midi du village il y a beaucoup de marais, et entre ces marais et le village se trouvent des biens plus riants contre le village, comme prairies. Il a aussi des belles forêts et bonnes montagnes pour les vaches, ainsi que d’excellentes râpes ou petites forêts, de bois de fayard, qu’on «oupe régulièrement au bout d’un certain nombre d’années pour en faire ensuite le partage entre îes communiers y domiciliés, comme dans tous les autres Villages de cette plaine, où cet usage avait lieu.
Vouvry est encore une autre paroisse plus bas que Vionnaz, environ une demi lieue. Ce village est encore
d v Valais* 5^3
passablement grand , mais aussi situé un peu plus profondément, et la partie supérieure, ou celle au-dessu» du chemin est plus gaie que celle qui est au - dessous. Quant aux biens, il y a à l’entour de ce village quelque» beaux et bons biens, mais la partie basse contre le Rhône ' est toute marécageuse, ainsi que le hameau de Barges , qui était ci-devant une propriété de l’Abbaye royale d* St. Maurice.
Les montagnes de Vouvry sont excellentes , et présentent, quand on y est y un superbe prospect fort au loin, comme on peut s’en convaincre lorsqu’on s’y rend ; mais depuis Vouvry descendant toujours le long du grand chemin, on arrive enfin à la porte du Ccx , comme qui . dirait à la porte du rocher, et en effet, il y a une porte au fort qui y est bâti contre le roc ; c’est là , que la vallée se trouve extrêmement retirée entre le Rhône et la montagne. Un Oiàteau nommé, comme je viens de le dire, la porte du Cex , au travers et au-dessous duquel la route passe sur un pont-levis, y ferme pour la première fois le pays, comme à St. Maurice pour la seconde, et à la Rarma pour la troisième fois.
Celte situation est remarquable, on met ordinairement pied à terre en y passant la première fois, pour en mieux juger; la voiture du voyageur côtoyé ces immenses rochers, qui s’élèvent à pic, après s’ètre enfoncée sous la voûte en sortant ou venant du Valais , laquelle voûte elle fait retentir du bruit des chaînes qui soutiennent le porit. On s y. 'croit dans ces tems du moyen âge, lorsque les Valai-* sans posaient les premiers fondemens de leur liberté; mais la dégradation, le silence qui y règne, ainsi que l’abandon de ce bâtiment rappellent bientôt au voyageur tout le teins qui a dû s’écouler dès lors.
544 Description
Pris de ce fort est un bac pour traverser le Rhône; des jeunes gens qui vont chercher du travail hors de leur pays se présentent sur la rive opposée , deux bateliers s’efforcent de couper le courant du fleuve, en se laissant dériver; on aborde et la troupe continue tranquillement sa route. On entretient pour toute garnison un soldat, et un concierge dans le Fort du Cex.
En deçà de ce Fort, du côté du Valais, la vallée s’élargit aussi; l’on voit s’étendre de grandes prairies couvertes d’arbres fruitiers parsemées d’habitations et de jardins bien cultivés, que séparent de légères claies de sapin; des paysans, des femmes, des enfans répandus dans ces prairies, et comme à l’ombre de ces fortifications, que leurs ancêtres avaient élevées pour les défendre, s’occupent dans la belle saison de la première ou seconde récolte des foins; dans le fond du paysage, des bateaux qui remontent le fleuve, dont on ne peut découvrir le cours, font apercevoir leurs voiles blanches, et semblent pénétrer au milieu des forêts de la rive opposée. Tout y annonce un pays nouveau à celui qui vient de St. Gingoulph , et qui a passé ce fort de la porte du Cex ; les habitations qu’on rencontre , sont entourées d’une galerie de bois; le toit, qui se prolonge extérieurement, est construit de planches minces , ou gros tavillons chargés de grosses pierres; probablement pour que les vents forts ne les emportent pas; sous la saillie, qu’il forme , l’habitant de la maison range sa provision de bois, en ménageant des , ouvertures pour les petites fenêtres de son logement , et il se procure ainsi un nouveau rempart contre le froid, mais aussi quel danger de plus pour lui, si le feu y prenait? Ses granges, que les gens du pays
du Valais. 545
appellent des Racards , sont élevëes sur des pieux termines par des pierres dessous, et saillantes dessus, afin •d'empêcher les rats et les souris d’y pénétrer, et de manger le grain; ces cabanes , construites en bois de melèse, d’une couleur rougeâtre, sont parsemées çà et là dans les prairies, et s’élèvent même à une assez grande hauteur sur la pente des montagnes, et donnent ainsi au voyageur *un avant-goût de la bâtisse valaisane, qu’il va rencontrer tout le long du pays du Valais, s’il le parcourt; mais revenant au Fort de la porte du Cex , j’observerai encore , qu’il est muni contre St. Gingoulph, ou à son levant^ d’un long et large fossé qu’on peut inonder au besoin , pour empêcher l’entrée de ce côté-là : c’était encore dans ce même Fort ou Château du Cex , que M.r le Châtelain du Bouveret du tems faisait sa résidence, et cela jusqu’à l’année 175)8, et y faisait en quelque façon la fonction de garde du Fort et du pays; ce Fort, et celte Châtelainie du Bouveret a été long-tems affermie par le Souverain Etat du Valais au nom des sept dixains , à l’ancienne et respectable famille^ Tomery , savoir depuis l’an i56$ jusqu’à l’an 1607, en manière de fief, qu’ensuite le même Etat du Valais a remis à Martin Kunsschen de Sion, mais seulement pour deux ans, ce dernier deux ans après, savoir en 1609, l’a ensuite reçu avec le titre de Châtelain du Bouveret, d’autres veulent de Vionnaz, mais probablement par erreur, puisqu’encore aujourd’hui cette Châtelainie porte le nom de Châtelainie du Bouveret, et non de Vionnaz, et que Vionnaz avait son Châtelain parii- Çulier. ^ ' .
Descendant ensuite à une bonne demi lieue contre St. (Jingoulph, on arrive au village du Bouveret , qui, pour
546 DiscntrTiOK
n’avoir rien Je particulier n’arrétera non plus ma plume, mais passant outre, je dirai, que le premier village après celui-ci est celui des Evetles, qui est plutôt un hameau qu’un village; il y a quelques maisons dispersées ci et là, mais qui, pour n’avoir rien de singulier, ne méritent pas qu ’on en fasse une mention particulière; il en est de même du village du Bouvere /, qu’on nomme aussi Porl-Valais , pour être en quelque façon le port du Valais de ce côté là.
On arrive au Château du Bouveret, toujours descendant du Valais; ce Château est au bord septentrional du lac de Genève; c’était proprement ce Château, qui était la vraie résidence des Châtelains du Bouveret anciennement, appartenant alors à l’Etat du Valais; c’était un grand bâtiment construit à l’antique, carré, assez haut avec des murs d’une épaisseur prodigieuse, comme tous les anciens châteaux du pays , mais qui n’avait qu’un seul appartement logeable, dont le dessous servait de dépôt ou de magasin de sel; il est au bord du lac de Genève, sur lequel dernier sa vue donne joliment.
A une lieue de’cc Château en traversant une forêt on arrive enfin à St. Ging-oulph , dont la Seigneurie en deçà du pont appartenait jadis à la noble famille de Bicdmattcn de Sion, qu’on appelait aussi pour cette raison Seigneur de St. Glngoulph , dont l’ainé en prenait et portait le titre. C’était le milieu du pont de St. Gingoulph qui terminait ou finissait le Valais de ce côté là; aussi tous les accidens qui arrivaient sur la moitié de ce pont contre le Valais, étaient de la judicature, et compétence du Valais, tout comme ce qui se passait sur l’autre moitié contre St. Gingoulphj était de celle de ce dernier, ou de sen Seigneuc,
Il nous reste encore à observer, que le Gouvernement de Monlhay contenait dans son enceinte deux autres paroisses, qui sont situées entre St. Maurice etMonthay, savoir celle de Massongex , et celle de Chouex ; Masson -
gex est à un© forte demi lieue plus bas que St. Maurice 9
et est une petite paroisse, qui était de la juridiction de l'Evêque de Sion, et à l’exception des mois de mai et d’octobre de chaque année, dans lesquels deux mois la noble et ancienne famille de Quartery avait le vice-dominafc sur cette paroisse: ce village se trouve au commencement ou à l'entrée de la grande chaussée qui conduit à Monthay dont il est distant d’un bon quart de lieue, à peu près à la moitié de cette même chaussée, au-dessus du chemin, dans une espèce de forêt, on voit la petite paroisse de Chouex ; il y a tant à Massongex, qu’à Chouex ainsi qu’à Ou/re-Vièse , petit village à côté de Chouex, beaucoup d’excellens biens, mais quant aux trois derniers villages, il n'y a rien de particulier.
TABLE
TABLE
DES MATIÈRES
Contenues dans cet Ouvrage .
Abbaye de St. Maurice, Ayer, village d’Anniviers.
sa description, pag. 624 pag*3i9
Abscheids , ouRecès , ce que B.
c’est. 71
Agaren, village. 297 Baar, hameau. 4^9
Agaune, la ville de St. Mau- Bagne. 499
lice, pourquoi ainsi ap- Bains de Louëche. 282 pelée. 522 Baltschieder , village. 272
Agetes, village. 434 Barges, hameau. 543
Albinen, village. 292 Barma , village. 5io
Alpes Pœnines, ou mont de Bas, et haut Valaisans. 468 St. Bernard. 145 Bas Valais, ses confins. 484
Anchet, village. 292 Batia (la) , village. 465
Aqueducs des montagnes. 48 Bauvernier, ou Bouvernier, Arba, village. 096 village. 119
Arbrisseaux, ou arbustes du Bellwald, village. 244 pays. 204 Betten , village. 246
Ardon, village. 486 Biel, village. 23^
Audeires, village. 417 Binna, torrent. 243
Avalanches, ou chutes des Binn (la vallée de). . 243 neiges. 178 Birchenj village. 277
Ayent , village et paroisse. Birgisch, village. 254
395 Bister, village. 246
Bitscb, village. pag. 246 Bise, vent du pays. 4+3 Blatten, village. 204
Blaven-Eggen. 247
Blizigen, village. 239
Bodmen, hameau. ' 240
Bois noir , forêt. 5ii
Bornia, rivière. 4°3
Bourg de St. Pierre. i34 Bouveret, village. 545 Braatsch, village. 293 Bramois, village. 403
Brançon , village de Fully.
Brignon, village. 439
Brigue, petite ville. 254 " Brocard , ou Bourcart, hameau. 121
Butiry, village d'Ayent. 3g6
Cendres gravelées , ou potasse. 57
Cerisier, village. 438
Chalay, village. 3i6
Chamoson, village. 488 Champéry-, village. 538 Champs-Dolins, village. 3g8 Champs-Plans, village. 3g 1 Champs-Secs. 337
Champsobé, village. pag.3ri Charbons de terre. 53 Châtaignier, village. 496 \ Château du Bouveret. 546 Château de la Majorie. 329 Châteaux du pays. 220 Chermignion, d'en bas , village. 3i2
Chermignion d’en haut, vil-
luge.
Chouex, village.
Chypis, hameau.
Clebe , village.
Colombey, les deux
villages.
Comba (la) de Marligny. 167 Combiola, source salée. io3 Comté (le) enChonches. 209 Conches, Canton. 2 3o Condemines (les), village.
Conthay, paroisse et villages.
Corîn, village. 3io
Corin de laCréta, village. id.
Crétins et Cretinisme. 78 Cretolet , Ermitage. 3og Cretta ( la), village. 431 Crevola (le pont de). 117 Cristaux, leurs formations et espèces. 5o
O'-:** Creusa