‹ A.-P. de CandolleChapitre 41 sur 45 · CANTON DE S AINT-M AURICE · texte numérisé non relu

CANTON DE S AINT-M AURICE

Entrant dans cette gorge on trouve d’abord après avoir dépassé le village de la Batia, et après quelque trajet , la chapelle et le village de Verneia sur la gauche en descendant, et la verrerie sur sa droite, beau, bon , .et vaste domaine établi à grands frais et travaux par M.r Louis Pitticr> aujourd’hui Président du Tribunal de première instance du Département, un des grands génies du pays, grand Juriste, et excellent Avocat, auquel ses rares talens, ainsi que la confiance générale bien méritée ne laissèrent point le tems de s’y livrer à l’agriculture , mais l’en évoquèrent sans cesse ailleurs, ce qui fit, qu’il le vendit ou l'échangea. L’air dans toute cette gorge est extrêmement vif et froid, au printems, en automne, et surtout en hiver, et même souvent en été le soir et le malin; enfin continuant sa route sur une belle chaussée, on arrive à un village appelé Miévilla dans une position rien moins que belle, entouré de châtaigniers , et surtout au-dessus du village, et l’endroit lui-même n’a rien de beau, ni de remarquable; on le traverse ordinairement sans s’y arrêter, si ce n’est en tems de pluie pour se mettre à l’abri dans quelque maison.

Continuant ensuite «a ïoute depuis ce village à une distance non bien considérable, on arrive au iorrent du Triait , qui est un grand torrent, fort rapide, dont l’eau est claire , limpide et fort froide, sortant d’une gorge horrible, creuse, et fort profonde, dont l’aspect seul fait presque frémir, tellement elle paraît horrible, et formw

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dable clans le rocher. Ce torrent dans son conrs triste et monotone semble regretter l’obscurité de la montagne, et craindre d’attirer les regards ; il y a une grande différence pour la température entre les deux rives du Rhône dans celte gorge; on en peut juger dans les voyages, qu'on fait en Valais au commencement du printems , car sur la rive droite en venant de St.Maurice, Pon voit dans cette saison les sapins et les meièses, la végétation ne se ressent point encore de la présence des beaux jours; seulement quelques plantes alpines , les roses printanières fleurissent par touffe au milieu des rochers, tandis que sur la rive opposée croissent les chênes. L’herbe épaisse des prairies est émaillée de violettes et d’anémones; les arbres fruitiers y sont couverts de fleurs; l’on entend bourdonner les abeilles; tous les papillons du printems y voltigent autour du voyageur, et de gros et grands lézards verts s’étendent au soleil sur les rochers; telle est la différence de la température entre ces deux rives du Rhône.

Mais revenons au Trient : on y voit à quelques toises de hauteur le roc rongé par les eaux, et à quelques toise* d’élévation de plus, un beau bassin formé par la chute des eaux, ce qui fait présumer, que le Trient avait formé autrefois une cascade des plus considérables, et ce qui parait surtout fonder cette opinion , ce sont les vestiges d'un lac dans la vallée de Salvan , et son resserrement à son issue, comme l’observe le Docteur Délogés ; ce spectacle frappe d’étonnement, quand on songe combien il a fallu de siècles pour créer un pareil prodige. Les eaux ont creusé jusqu’au niveau de la terre cet.te partie de la montagne , qui a plus de 200 pieds d'élévation ; c’est -cependant par le bord gauche de celte horrible gorg*

i> U Valais. 5c>7

que monte le chemin qui conduit à la montagne située dessus, et aux deux villages principaux qui s’y trouvent , Sahan et Fignioux , ou Fins-hauts , comme qui dirait la haute fin; villages assez grands et beaux, et dont chacun aussi a son Pasteur; l’air dans ces villages est fort bon, la demeure conséquemment saine, mais fort isolée, et détachée du reste du pays; les habitans y sont néanmoins assez honnêtes, et affables, et rien moins que simples.

Depuis le pont du Trient, poursuivant son chemin , ort arrive, après avoir parcouru une seconde chaussée plus belle et plus grande encore , qui coupe les marais voisins en deux dans toute leur longueur, et les met à la droite, et à la gauche du chemin, de là on arrive , dis-je, à cette merveille de la nature , qu’on appelle la Pissc-vachc , et qui en elle-même n’est cependant autre chose que la chute rapide d’un torrent considérable d’une hauteur immense qui descend d’un rocher escarpé, dont l’eau se brisé dans sa chute , en autant de particules aqueuses , qu’il y en a de gouttes brisées avant d’arriver à terre, ou dans le? bassin destiné par la nature à les recevoir, et dont l’aspect , lorsque le soleil y donne, forme ou représente les couleurs prismatiques en arrosant le voyageur d'une rosée invisible presque , mais pas moins sensible, même à une distance assez notable de l’endroit de sa chute; lesquelles* choses réunies ne manquent de surprendre agréablement l’œil du curieux , et cela d’autant plus , que d’ailleurs sur cette route on ne voit que des rochers d’une hauteur prodigieuse à droite et à gauche, et des marais immenses dans la plaine ; il est certain, que la cascade de la Pissevache est un objet tout à la fois sauvage et gracieux, que Ion trouve à environ six mille pas de SL Maurice, qui

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distrait et dédommage des tristes sites qu’on Tient de parcourir; elle est formée par les glaciers supérieurs et les neiges , à qui la mythologie riante des anciens eut donné un plus beau nom, et qu’elle eut probablement fait sortir de l’Urne de quelque Naïade ^ ou de quelque Dieu des eaux. De tous les accidens divers que la nature offre dans le Valais, la Pisse-vacheest réellement l’un des plus agréables à la vue ; elle mérite seule, au dire d’un grand cont naisseur, jJ/.e d’Eschassériaux, qu’on fasse un voyage pour la contempler; elle descend d’une des plus belles montagnes du Valais, nommée Salûnf ; il faut voir cette grande cascade un beau jour d’été précipitante ses eaux abondantes de plus de quatre cents pieds de haut, et déroulant avec grâce aux rayons du soleil, qui les varie de toutes ses couleurs , ses nappes ondulantes, ses gazes légères, sa pluie argentée , et le spectacle d’une rivière tombant du sommet d’une montagne , est une chose que l’on ne voit que rarement dans les autres contrées de la terre; de petites fontaines, des sources médiocres finissent par cquérir un cours superbe, un nom fameux, et portent fièrement à la mer le tribut de leurs ondes : cette belle cascade de Pisse-vache, si digne de donner naissance à un grand fleuve, va mourir et perdre son nom dans le Rhône , qui passe orgueilleusement à ses pieds. Les voyageurs s’empressent de voir celte chute surtout au lever du • soleil, parce qu’elle offre alors un double rayon d’iris. Belle cascade! tu réveilles dansmon espritles images sacrées de l'antiquité, et mon intérieur s’affecte au souvenir du passé, car vingt siècles se sont écoulés lorsque le bruit de ta chute affectait les oreilles romaines, comme aujourd'hui il affecte les oreilles françaises, puisqu’alors luappar-

tennis aux Romains , comme aujourd'hui tu appartiens aux Français-

Avant de quitter ce phénomène de la nature, j’ai cru devoir apposer ici une description italienne, qu’en a donné Fondras, la Voici: ce A due leghe distante da san '» Maurizio molti official i ciel stato Maggiore andarono » visitare la famosa cascata di Piscia-vacca : questo è un * superbo baccino d’acqua, ed un torrente considcrabip lissimo , che cade da una roccia perpendicolare alla V quasi seicento piedi. Quello che eccito sovra lulto la » Loro admirazione fu, che godellero di questo superbo «> spectacolo nello spunta de sole.

» Di fatti nulla vi è di piu sorprendenle ; l’ac.qua » ridotta in vapori formando una specie d’arcobaleno , i v zeffiri del malino , il fragore cagionato d’al altezza » délia caduta, il locale selvaggio che concédé la Cascata , tutto conlribuisce a rendere deliciozo questo » luogo solilario». * »

On voit que cette description est parfait cment coivforme à celle que nous avons donnée de celte même Pisse-vache, dont nous venons déparier ; enfin celte belle, cascade embellit ces lieux sauvages; le torrent de la Salanche qui la forme, sort d’un profond sillon qu‘elle a creusé dans la montagne, et tombe perpendiculairement d’une hauteur prodigieuse ; l’onde en se brisant dans sa chute, se transforme en une gaze brillante qui voile le rocher. On ne peut trop admirer les beaux effets que l’eau produit dans le paysage, et la diversité des aspects, sous lesquels elle se présente, car réduite en poussière, elle se revêtit de cent formes différentes, se confond avec l’air, brille de l’éclat de la nacre , et réfléchit les nuances de l’arc-en-tMcl.

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Mais quittant la cascade de la Pisse-vachc , on gravit line colline, située au bout occidental de celte même chaussée, et on arrive au village appelle Eeionnaz, après avoir dépassé le village de la Barma , dont nous aurions dû parler précédemment, mais comme il n’a rien de particulier, je dirai seulement, qu'il peut passer pour une porte du pays, puisqu’il n'y a que le seul chemin pour y pouvoir passer entre le rocher et le Rhône, et encore ce dernier en été devient-il tellement grand, que souvent tout ce chemin se trouve inondé, aussi trouve-t-on dans les anciens actes l’expression usque ad por/am Balmœ.

Le village àEvionnaz est un village assez grand , situé sur la hauteur, au bout de cette grande chaussée , qui y conduit depuis Martigny; ce village est coupé en deux, ainsi que la ville de St. Maurice, par la route qui les parcourt dans toute leur longueur, et ne forme ainsi qu’une seule et principale rue: il y a quelques maisons dans ce village qui sont passables ; les biens qui l’environnent sont des vergers assez garnis d’arbres fruitiers, mais l’étendue n’en est pas grande, et, à le voir, on pourrait croire le monde , qui l’habite , assez pauvre, quoique je veuille bien croire , qu'il y en a des uns et des autres.

Le dernier grand village avant d’arriverà St. Maurice , s’appelle donc Evionnaz, puis un hameau, nommé Epaune , autrefois célèbre par un Concile , qui s’y est tenu; il était situé, un peu en delà d’Evionnaz vers le couchant , et non à Epinassey, qui est un petit hameau écarté de la grande route; Epaune était à deux mille pas de Tarnate. Il fut enseveli au sixième siècle par l’éboulement du Mont- Taurus, comme nous le verrons plus bas.

Enfin après trois lieues de route ou de voyage, et après

i) u Valais.

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avoir parcouru le Bois noir, qui est une forêt avant d’arriver à St. Maurice , à travers laquelle la route est fort pierreuse, ce qui cause ce grand cahotement des voitures, qui y passent, auquel inconvénient il serait facile de remédier, si on avait la volonté , en sortant ces pierres, et remplissant de gravier le creux qu’elles laisseraient à leursortie, dut-on même, si elles étaient grosses, les sortir avec le levier de fer, ou les Taire sauter par la mine, mais l’insouciance , ou plutôt la paresse nationale préférait de souffrir toujours cet inconvénient , que d’y porter une fois remède; avant d’arriver à St. Maurice, on observe encore deux autres localités mémorables , savoir , l’endroit de la chute d’une partie du Mont , dont nous avons plus haut indiqué le nom, dont on observe la vaste prostration , la chute de laquelle montagne écrasa la ville d 'Epaunc , et fit reculer le lit du llhône jusqu’au pied de la chaîne septentrionale des montagnes de cette contrée; l’histoire et la tradition sont pleines de cet affreux évènement,dont les lieux offrent encore visiblement les traces, mais nous y reviendrons, y soit donc rapport. Le second endroit fort mémorable avant d’arriver à St. Maurice est celui, où la légion Thébéenne a subi le martyre sous les yeux de St. Maurice, son chef, et Martyr lui-même; mais encore de ceci il sera parlé, j’y renvoie mes lecteurs.

\ criant donc à St. Maurice , la ville , j’en donnerai une courte description tant de sa construction ou bâtisse, que de son site particulier, et qui a fait dire à M.r d ’ Es chasseriaux dans sa lettre sur le Valais, qu’il n’oublierait jamais l’impression qu’il avait ressentie sur le pont de. St. Maurice, petite ville qui ouvre ce pays lorsqu’il entrait dans le Valais; qu’il était sur ce pont, que s’il *

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n’avait pas pensé , qu’il allait chez un peuple ben, hospitalier, il se serait cru transporté dans l’ancienne Patrie des Drui des, ou dans ces lieux où l’imagination fabuleuse des ancien* lavait placé tout ce qu'il y a de plug redoutable aux mortels; on peut juger par là, qu’il n’en fut pas agréablement affecté, mais plutôt effrayé, et ce qui achève de le prouver , est encore ce qu’il poursuit de dire à cet égard, le voici : le ciel, dit-il, était pluvieux , extrêmement nébuleux : l’ensemble informe de ces rochers à perte de vue , le Rhône à leurs pieds, précipitant dans cet endroit resserré, ses eaux avec plus d’impétuosité et de fracas, que dans tout autre lieu de la vallée ; la pro-

fondeur du lit du fleuve et de la vallée, les nuages qui semblaient se confondre avec les monts , et s’entrouvrir quelquefois pour offrir des points de vue affreux; tout ce mouvement de la nature gigantesque , sauvage , cet amas confus d’objets , de formes changeantes, dit-il , présente l'image du Chaos qui se débrouille, et laisse apercevoir les premiers élémens du monde; enfin il finit son tableau sur ce lieu, en disant, qu’on peut voir dans les Alpes des spectacles plus vastes, mais qu’il n’y en a point de plus pittoresques que celui du pont de St. Maurice , où les deux chaînes de montagnes qui forment le Valais, semblent se serrer, s’escarper, se noircir , pour rendre plus imposante l’entrée de ce pays extraordinaire.

St. Maurice est une petite ville assez jolie, quoique pas assez cependant à mon avis, pour devoir mériter la préférence sur toutes les autres villes du Valais , comme le prétend Mr Délogés , surtout , si on considère le climat et tous les autres points de vue, sous lesquels certainement Sion mérite la préférence , comme aussi poui\ ses

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■vastes et beaux enviions, qui ne peuvent manquer de lui faire adjuger la préférence, qu’on pourrait vouloir lui contester, quoiqu'à tort; mais allant plus loin, je dis, que la sixième Bannière était celle de St. Maurice, contenant six paroisses, savoir, la ville de St. Maurice proprement dite, anciennement appelée Agaune , et plus anciennement encore Tornade ; lesquelles différentes dénominations ont aussi eu leurs causes particulières , comme on le verra sous peu ; la seconde paroisse , qui composait cette bannière , était celle d Ouire-Rhône , la troisième Massonger , la quatrième Chouex , la cinquième Salvan , et enfin la sixième Fignioux , ou Fins-hauts ; mais de toutes ces six paroisses, il n'y avait que celles de St. Maurice et d'Outre-Rhône, qui étaient du ressort , ou de la dépendance du Gouvernement de St. Maurice , puisque celle de Massonger , à l'exception du vice-dominat aux mois de mai et d'octobre de chaque année, appartenant à l’ancienne et noble famille de Quartery de St. Maurice, dépendait totalement , quant à la jurisdiction de l’Evêché de Sion , tout comme les trois autres , Chouex , Salçan et Fignioux , étaient pour le temporel ressortissantes du vice-dominat de l’Abbaye de St. Maurice; mais pour ce qui était du spirituel dans ces trois paroisses, il était du ressort de la même Abbaye, qui y avait cette jurisdiction , et quoique d'un ordre exempt d’ailleurs , l’Abbé était néanmoins tenu à l obéissaucc à l’Evêque de Sion, comme à son Diocésain.

A celle même Bannière de St. Maurice, appartiennent encore , outre les six paroisses prédites , différens villages, qui en dépendent, savoir M icvilla , la Barma , lirionaz , et f 'drossa t avec beaucoup d’autres petits villa-

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ges «u hameaux jusqu’au lorrent du Trient, lequel, après être descendu , après avoir parcouru une gorge aussi longue que profonde, et horrible à l’aspect , après avoir pour ainsi dire fendu les montagnes jusqu’à leurs bases, du moins à sa sortiê, et sortant très-impétueusement avec un bruit épouvantable des cavernes affreuses , qu’il laisse entrevoir, et de laquelle montagne on peut dire avec Guntherus Libro 4°* Sui Ligurini.

a H inc se nubifero super œthera vertice rupes » Tuilii , et ingenli Laie Luca prolegit umbrd ».

En effet , il y a une ombre, presque perpétuelle auprès , de ce pont de Trient, lequel dernier torrent semblait former la séparation de la Bannière de St. Maurice d’avec celle de Martigny, et ne cessait de teins à autre de ravager la plaine voisine à sa sortie, lors du débordement de ses eaux.

Le même village d ’Evionnaz , tout proche ÜEpinasse , qu’on appelait anciennement Epaunum en latin , comme le prétendent la plupart des personnes instruites, était aussi le lieu, où s'était tenu le Concile d’Epuune , dont parie Derieaz , dans ses savans éclaircissomcns sur le Martyre de la légion Thébéenne. Cet Epinassc n’était pas bien éloigné de l’endroit , qu’on nomme Evionnaz , comme je viens de l’insinuer, et était le même que la chute de Mont-Taurus ou Tauredunum en 562 avait enseveli sous ses ruines.

Non loin encore de la ville de St. Maurice est l’endroit nommé le Verollal , que d’autres nomment Verolliafy où la légion Thébéenne pour l’amour de Jésus- Christ, et

bu Valais.

la foi catholique a gagnée la couronne du Martyre; ce lieu est gardé par une Chapelle pour conserver la mémoire de ce glorieux Martyre; enfin j’observerai , (\uEpaune était à deux mille pas de Tarnate , et [qu’ensuite il fut tnseveli par les ruines du Mont-Taurus.

Mais comme nous n’avons encore rien dit de la ville de St. Maurice , nous allons en parler, et insérerons ici la notice de sa situation. Ce lieu est à environ 60000 de la ville deGcnève,et à 14 mille de la tète du lac Léman, que le Rhône traverse, il est silué et adossé à une grande chaîne de rochers d’une hauteur immense , et presque taillés à pic depuis leur sommet jusqu’à leur base; ce rocher est à la gauche descendant depuis Marligny , ou à la droite de la ville ep venant de Si. Gingoulph , de Monthay , ou de Bex; dans ce même rocher il y a un

ermitage, à peu près à mi-hauteur, taillé dans le roc,

«vec une Chapelle dédiée à Notre-Dame, dite du Ctx s ou du rocher; on y monie par des degrés taillés dans le roc, du moins pour la plupart ; ce Saint lieu est vraiment digne d’ètre visité principalement pour la sainteté du lieu , comme aussi pour la particularité de sa situation , du chemin qui y conduit , et enfin pour la témérité de l’entreprise, et où des ermites ont établi leur demeure ; on dit meme , que cet endroit est miraculeux; St. Maurice la ville est donc bâtie au pied de ce rocher , dont la vue atteint à peine le sommet , et a le Rhône pour confins; aussi les hautes montagnes à sa droite et à sa gauche paraissent - elles aux arrivans dans ce lieu presque se réunir, et n’en former quasi qu’une seule; c'est pour cela aussi que 8t. Maurice peut à juste titre être appelé la porte du Valais , parce qu'il n'existe de passage pour entrer en

5i(5 Description

Valais Je ce coté là en plaine que par là; enfin St. Maurice pourra être appelé la porte du Valais, parce qu'il y a effectivement en deçà du pont une forte porte qui ouvre et ferme le Valais aux passans , selon qu'elle est ouverte ou fermée par la garde qui demeure à côté; cette même porte a de plus un grand Fort ou Château qui la domine, et la défend au besoin, de manière, que réellement cet endroit peut à juste titre être appelé la porte du Valais; si on ne préfère le nommer la clôture du pays , n'ayant point d'autres entrées et sorties en plaine dans le Valais que par là , tous les autres passages n'ayant lieu qu'à travers les hautes montagnes, et qu'en été seulement , si on en excepte celui du Simplon , et lequel encore quelquefois se trouve momentanément impraticable dans la mauvaise saison à raison des grandes neiges qui y tombent quelquefois jusqu'à la hauteur de plusieurs toises, et à cause des avalanches dont ces grandes quantités de neiges sont quelquefois suivies , surtout lors d'une grande pluie, qui les suit, ou d'un vent chaud , subitement survenant; aussi était-ce pour cela, que Jules-César fortifia tellement Agaune, et l'entoura de murailles, du moins du côté du Château, afin d'avoir toujours le passage des Alpes à sa disposition pour rentrer en Italie en revenant des Gaules, quoique d'autres avec. Simbler veuillent, que c'est St. Sigismond , qui avait fait bâtir les murailles de la ville de St. Maurice.

On ne saurait au reste quant à la situation générale de St. Maurice donner aucune description plus naturelle que celle de Biaise Vigenaire , elle est conforme à ce qu’en a dit l’Auteur des délices de la Suisse. « Agaunum, » maintenant St. Maurice , dit-il, est au-dessous de Mar-

dv Valais.

» tigny, à trois ou quatre lieues, (trois) où le Rhône » vient à se restreindre de telle sorte entre les montagnes, » qu’il n’y a espace que pour son cours, lequel n’est pas » fort large : il y a un pont avec une forteresse au bout, pour la garde d’icelui; par .quoi il serait fort mal aisé j> de forcer ce pas, et il n’y a autre entrée que celle-là » (s’entend, en plaine) car les montagnes sont inaccessi- * blés, et encore qu’il se trouvât quelque petit sentier et » passage, cela se peut garder avec peu de gens qui acca- 5) bleraient aisément . à coups de pierres ceux qui s’y » seraient enfourrés; de sorte que tout le Valais ressem- » ble proprement à une forteresse, où les montagnes qui » l’environnent, servent de murailles et de remparts, et » la bouche d’Agaunum ou de/Tarnade, de porte, ou » d’entrée. On estime, que César fit fortifier ce lieu, » comme étant de très-grande importance pour avoir le » passage des Alpes à sa disposition». On pourra y ajouter avec M.r de Rivaz. , que les Romains, qui étaient si jaloux de la sépulture , et qui croyaient, que leur mémoire était flétrie, lorsqu’on la violait, avaient fait de Tarnade , ou d’Agaune , le cimetière des illustres përsonnages qui mouraient dans les Gaules, persuadés qu’à cause de la situation du lieu, leurs cendres y seraient hors de l’insulte des ennemis ; ce qui est avancé ici, sc prouve par un nombre prodigieux d’inscriptions sépulcrales , dont on avait fait le pavé de l’ancienne église. Voici une de ces inscriptions qui revient au fait; elle fut découverte en creusant les tondemens de l'Abbaye eu

Description

Antoni II Sevcri II Narbonœ II De* Func/i qui vixit annos XXV.

Menses III. Dicbus XXIV. Anionius Severus Paler injœlix corpus Deportcitum lùc condedif.

,0n voit par là, qu 'Antoine Sevcre avait fait transporter de Narbonne à Tamade le corps de son fils Antoine.

Deux autres inscriptions placées au clocher de l’Abbaye, prouvent, qu’il y avait là des Prêtres et des Prêtresses, qui faisaient les obsèques des défunts à la manière des Romains. L’on faisait à la lin de février l'anniversaire des morts en général; il y avait certains jours fixés pour faire celui des personnes de considération. Voici deux autres inscriptions, qui appuient celte opinion :

M. P ans i o Cor.

M. Filio Sevcro.

IL Vir. FLAMINL Julia Dccumina Marito.

D. Pansio. MFl.

Sevcro Ann. XXXVI.

Julia Dccumina Maicr Fil Picntissimo .

Si on fait attention ici, que toutes ces inscriptions ne sont propres qu’à la famille des Sévères y il semble, qu’on

peut

üü Valais. S 19

peut croire, qu’elle avait plis pour asile 5t. Mauriac, et qu’elle avait une vénération particulière pour ce lieu.

Mais voilà bien assez d’inscriptions Romaines qu’ont trouve à St.. Maurice, pour prouver l’antiquité de cette ville, et pour pouvoir conséquemment passer sous silence* toutes les autres f qu’on trouve au pavé de l’église , ainsi qu’aux parois, et au mur du cimetière, qui par la vieillesse et les injures des tems ont été ieliement.rongees et usées, qu’on n’en peut connaître que peu de lettres.

Il y a encore dans la chapelle de la même église trois colonnes de marbre d’un ouvrage antique, et proche uu grand autel un pavé marbré de diverses couleurs.

Venant maintenant aux divers noms, qu’on donna suceessivement à la ville de St. Maurice, ou plutôt, au couvent , ou à la célèbre Abbaye de St. Maurice , le plus éclatant de tous les monumens érigés en l'honneur des Martyrs d’Agaune; elle a porté différons noms : elle fut connue d'abord sous celui de Tarnade , qu'elle prit , au dire de M.r de Rwaz , d’un Château voisin , que Manu* d’Avenches a nommé Castrum Tauredunense , visiblement dérivé de Tarnatense , et qui fut enseveli sous les ruines du Mont Tauredunum en 56*2 , comme cet Evêque de Lausanne nous l'apprend dans, sa Chronique. La réglé de Tarnade nous a été conservée par S t. Beaoii d’ Agniane , dans sa Concordance des règles. Ce Monastère prit le nom d'Agaune vers l'an 385, comme M.r de Itiraz l a prouvé , et enfin celui de St. Maurice et Agaune dans le neuvième siècle.

Nous n’avons rien de bien certain sur les commencemens du Monastère d’Agaune. L’ancienne tradition ppile, que 4e pieux personnages , s’élant dévoues au service des

520 D*scrij*tipk

Thébéens , vinrent fixer leur demeure dans des cabanes au pied d'un roc presque perpendiculaire , qui borde la campagne, où les Thébéens furent martyrisés; St. Théodore ayant retiré les ossemens de ces Saints dans l’église de Tarnade ou d’Agaune en 35ï, invita ces pieux solitaires à se rassembler pour en faire l’office solemnel ; les Evêques du Valais se chargèrent d’abord du soin de cette communauté ; car St. Eucher dit à Silvius, qu’il était sans cesse occupé à faire le service solemnel des Martyrs d’Agaune : c’était donc là, qu’il résidait; l’ancienne règle du Monastère portait , comme nous l’avons déjà dit , le nom de règle de Tarnade ; par conséquent efle fut faite avant qu’on le nommât le Monastère d’Agaune ; ce ne sont cepcndaht point deux lieux différens, parce que la légende des Martyrs publiée en 524, nous dit, qu 'Agaune est distant de douze milles d'Octodure,et St. Eucher le place à quatorze milles du lac du Léman; or la carte Théodosienne met Tarnade aussi à douze milles d’Octodure, et à quatorze milles du Pence Locos , c’est-à-dire , de 1» tête du dit lac.

II faut au reste, que le Monastère ait porté assez longtems le nom de Tarnade , pour avoir pu le donner à sa règle, qui ne l’a point perdu , parce qu’elle se trouva déjà répandue de tous côtés sous ce nom là, et lorsque le Monastère prit le nom d ’ Agaune, le nom de Tarnade subsistait encore , quand la carte Théodosienne parut vers l’an 38o. Mais l'on disait déjà d' Agaune en 3go, puisque St. Martin étiqueta le reliquaire , où étaient les ossemens des Thébéens , reliques des Martyrs et' Agamie ; c'est donc vers l'an 385, qae l'on fit ce changement de nom : or, dit Mx de Rivât, il faut au moins supposer,

uv Valais. Su

que le Monastère a porté 20 ou a5 ans le nom de Tornade , pour que la règle des Moines l'ait constamment conservé, car s'il n'eût été que passager , on n'aurait pa* daigné, parler sous ce nom là d’une règle, dont on aurait à peine connu le Monastère; par conséquent les commeneemens de cette maison religieuse remontent vers l'an 3Co ; c'était donc aussi entre les années 36o et 385, qu* le Monastère portait le nom de Tarnade.

La règle de Tarnade fait d'ailleurs mention de sa grande célébrité : elle ordonne aux novices d'aider les Laïques à recevoir les Pèlerins ; cela ne peut certainement pas s’entendre d’un autre lieu que d’Agaune , qui était alors le plus célèbre pèlerinage d’Occident; et, pour faire voir, que la règle de Tarnade avait été faite pour le Monastère d’Agaune, il suffira d’observer, avec M.r de Ri \'az , que les Moines avaient une règle avant les réparations que St. Sigismond fit au Monastère , car le Moine anonyme de Condat en parle dans la vie de St. Oyan , qu’il écrivît vers l’an 5o8 , et à laquelle il fit une préface par ordre de St. Marin , Abbé de Lérins ; ce même Moine nous apprend encore dans la. vie de Si. Hinnemond , qu’il y avait dans le Monastère des Laïques des deux sexes, et que St. Maxime conseilla à Sigismond de les éloigner pour leur substituer des Moines. Ces Laïques destinés à recevoir les Pélrrins devaient être aidés par les Moines suivant la règle de Tarnade : aussi cette circonstance convient au seul Monastère d’Agaune, qui était monté à l’instar de ceux d’Orient, comme onf peut le voir dans la vie de St. Pierre de Sebaste, et dans ceU« dé St. Théodore; ce dernier faisait exercer les Arts mécaniques dans son Monastère, cetmue l’on faisait à Tar-

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