‹ A. P. de Candolle: sa vie et ses travauxChapitre 2 sur 12 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La Notice que je publie aujourd'hui a déjà paru en 1844 dans un recueil périodique^ la BibliotKèqiie universelle de Genève j auquel elle avait été primitivement destinée. Quelques centaines d'exemplaires^ qui en furent tirés à part^ la répandirent en dehors du cercle des lecteurs habituels de ce journal, et lui donnèrent ainsi une publicité plus étendue. Cette espèce de première édition étant épuisée , j'ai été sollicité d'en faire une nouvelle; si j'ai cédé à cette demande, c'est que j'ai compris

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que lorsqu'il s'agit de l'un de ces hommes supérieurs dont l'histoire est liée intimement à celle d'un grand progrès dans la marche de l'esprit humain 9 l'intérêt qu'inspire une notice biographique est hors de proportion avec celui qu'excitent d'ordinaire les publications de ce genre; œuvres le plus souvent de circonstance, et par conséquent bientôt oubliées.

Plusieurs notices avaient été déjà écrites sur de CandoUe avant celle que je fis paraître en 1 844 ' ; mais aucune n'avait réellement em-

^ Voici la liste des notices écrites sur de Candolle auxquelles je fais allusion; je ne parle pas de plusieurs autres qui ne sont guère que la répétition de cellas-là , avec moins de détails :

M. de Martius, Eloge prononcé devant la Société royale de botanique de Bavière» à Ratisbonne, le 28 novembre 1841. Imprimé d'abord dans VAllgemeine Zeitung, puis d'une manière plus complète dans le Flora^ journal botanique de Ratisbonne, n<> 1, de 4842. Traduit en anglais dans SiUiman's American Journal^ vol. XLIV, n® 2.

Flourens, Eloge historique d'Âug.-Pyr. de Candolle, !a à la séance publique de l'Institut de France, le 19 déceo^ bre 1842. Imprimé k Paris, par l'Institut.

Morren, Notioe sur la vie et les travaux d'Aug.-Pjrr. de

brasse dans son ensemble cette vie si remplie et composée d'éléments si variés. Ce motif, joint au pressant désir que j'éprouvais de rendre à la mémoire d'un homme, pour lequel j'avais autant d'afPection que de respect , le seul témoignage de reconnaissance que je pusse désormais lui oflBrir, me détermina à persister dans le projet que j'avais conçu de publier l'histoire de sa vie et de ses travaux.

On se demandera peut-être si l'étude de la

Candolle, lue k la séance publique de rAcadémie royale de Bruxelles, le 14 décembre 1842. Imprimée à Bruxelles , bfodi. in-12.

Daubeny, Sketch of the wriglings and philosophical cbaracter of A.-P. de Gandolle , read at the Ashmolean Society of Oxford, Febr. 13^ 1843. Imprimé dans Edinburgh new Philos. Journ.y avril 1843.

Dunal, Eloge historique prononcé à la séance de rentrée des Faoultéft de Montpellier, le 8 novembre 1842. Imprimé à Montpellier, broch. in'4<>.

Discours de M. le premier syndic Rigaud au Conseil Représentatif de Genève» le 27 septembre 1841. Imprimé dans le Mémorial de ce Conseil.

Discours prononcé, le 8 août 1842, par M. le professeur Cdlérier» recteur de rAcadémie de Genève, K la cérémonie des Promotions.

physique m*autorise à venir parler des travaux d'un naturaliste. Je me suis moi-même adressé cette question plus d'une fois, et j'ai reconnu en efiFet que s'il se fût agi d'un botaniste ordinaire, la valeur de ses ouvrages et sa carrière scientifiques n'auraient pu être appréciées convenablement que par un bota-r niste. Mais de Candolle est un de ces natura listes dont les investigations ont été dirigées sur tout l'ensemble aussi bien que sur les détails djB la science qu'il cultivait, et dont le mérite consiste principalement dans le point de vue général et philosophique sous lequel il a traité la botanique, dans le choix des méthodes qu'il a imaginées et mises en pratique pour lui imprimer les grands progrès qu'elle a faits sous sa direction. Dès lors, il n'est pas nécessaire d'être soi-même un botaniste pour saisir la portée des travaux de cet ordre; il suffit pour cela d'avoir été initié à l'une quelconque des branches des

sciences physiques; d'avoir, en un mot, été appelé à étudier la nature dans l'une des formes nombreuses sous lesquelles elle se présente à notre examen.

La physique prédispose plus particulièrement l'esprit à ce genre d'appréciation, parce que, embrassant l'étude des lois qui régissent le monde matériel et des forces qui le gouvernent, elle impose d'une manière toute spéciale à ceux qui la cultivent l'obligation d'envisager les sciences dans leurs principes; ce qu'exprime si bien le nom de philosophie naturelle que les Anglais lui ont donné. Lien entre les sciences de raisonnement pur telles que les mathématiques, la philosophie, et les sciences d'observation et d'expérience, elle développe chez celui qui s'y voue cette disposition de l'intelligence qui permet de saisir les rapports et de remonter aux lois générales sans cependant jamais quitter le domaine de la réalité.

Il est sans doute des hommes émînents qui ,

sans avoir fait de la physique l'objet de leurs études, ont^ par la seule portée de leur esprit^ possédé ce genre de mérite; il suffît en effist de nommer Cuvier et de Candolle lui-màne.

Maisi tout en demeurant dans sa science spédalç bien loin de cette supériorité à laqueUe Bcmt parvenus dans la leur un Cuvier ou un de Candolle^ un physicien peut aspirer à suivre et à comprendre ces grands naturalistes dans l'exposition de leurs systèmes et de leurs vues générales^ grâce à l'habitude qu'il a contractée de s'occuper des questions de cet ordre.

Et d'ailleurs comment le physicien^ appelé d'une manière toute particulière à scruter jusque dans ses replis les plus profonds cette nature à l'étude de laquelle il s'est voué, pourrait-il demeurer insensible à ce qui en forme la brillante décoration? De même qu'en levant les yeux vers le ciel, il ne peut voir ce magnifique cortège de mondes qui brillent au firma-

ment sans être pressé du désir de connaître les lois de leurs mouvements et d'approfondir le mystère de leur formation, de même il lui est impossible de fouler aux pieds le parterre âoiiaillé que le printemps lui rend chaque att« née, sans être amené à réfléchir sur la magnifique puissance de vie qui s'étale de toute part autour de lui dans la nature. La création dans tout son ensemble, tel est le grand objet de l'étude du physicien comme elle est celui de son admiration; et de même que le philosophe peut dire : Nihil humani à me alienum puto^ de même le physicien doit se considérer comme ne pouvant demeurer étranger à rien de ce qui concerne le monde physique au milieu duquel la Providence l'a placé.

C'est donc sous l'égide de la j^ysique que je m'abrite pour me justifier d'avoir osé entreprendre une exposition des travaux de de Can-* dolle. C'est en même temps sous l'égide de l'amitié que je me place pour m'excuser des

imperfections que présente cette exposition; j'étais profondânent attaché à de CandoUe et son souvenir est aujourd'hui^ après dix ans^ aussi vivant pour moi qu'il l'était quand la mort l'enleva. En écrivant sa vie, il m'était doux de me retrouver encore une fois avec lui.

n me reste à signaler quelques différences qui existent entre cette seconde édition et la première. Indépendamment de divers changements dans la distribution des différentes parties dont se compose la notice, j'ai enrichi l'histoire de la vie de de CandoUe à Paris de quelques détails intéressants tirés de ses mémoires inédits que son fils a bien voulu me confier; j'ai ajouté quelques mots, dans le tableau que je trace de Genève à l'époque où de CandoUe y vécut, sur les hommes distingués que cette viUe a encore perdus depuis la publication de la première édition; enfin, j'ai rectifié et complété une partie de mes jugements

sur les travaux scientifiques "de Tillustre botaniste, en faisant droit à quelques observations qui m'ont été adressées et en m'aidant surtout des progrès que la botanique a faits depuis dix ans«

Je ne puis terminer cette préface sans me permettre une dernière réflexion. Je ne sais, mais il me semble que l'époque où nous vivons est favorable aux études biographiques. Est-ce dégoût du présent, est-ce regret des temps qui ne sont plus ? le fait est que, découragée et abattue, la génération actuelle a une tendance marquée à reporter ses regards vers le passé. A ce titre, Thistoire des hommes qui ont honoré ce passé possède un droit tout particulier à sa prédilection ; en se transportant parla pensée au milieu des événements qui ont signalé leur vie , elle peut croire qu'ils sont encore avec elle, qu'elle les voi* agir, qu'elle les entend parler. Et ces doux moments d'illusion sont un baume adoucissant

dont la vertu bienfaisante ^ quoique temporaire^ apporte un véritable soulagement aux tristesses du présent et aux inquiétudes de l'avenir.

Geoève^ mai 4851.

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