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de défense, et de nous permettre de rester en contact avec les Autrichiens chargés de protéger le blockhaus.
Notre aile gauche est gardée par la barricade de la ruelle qui est également fortifiée. La surveillance de cette barricade, située en dehors de la légation, est confiée par moi à un volontaire actif, intelligent et dévoué, M. Véroudart ; ordre est donné aux hommes de lui obéir comme à moi.
A 8 heures, les Chinois venant de Hala-Men s'avancent sur la barricade américaine ; mais ils sont arrêtés et mis en fuite.
De 10 heures à 11 heures, de nombreux obus achèvent de détruire complètement la maison Morisse qui n'est bientôt plus qu'un amas informe de poutres, de briques et de pierres au milieu desquelles on retrouve encore des débris d'objets précieux : des laques, des broderies, des cloisonnés, des porcelaines.
Trois nouveaux volontaires nous viennent de l'Angleterre : un Français, M. Bureau ; un Italien, M. Benvenuti, et un Belge, M. Merghelinck, secrétaire de la légation de Belgique.
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La maison Saussine et la petite cour située au sud de cette maison sont occupées par 12 matelots ; MM. Picard-Destelan et Bartholin y ont aussi leur poste de combat, près de moi. Ail heures, un premier coup de canon est dirigé sur cette maison; letoit est effleuré, Le commandant Thomann vient au même moment me rejoindre dans la petite cour (1); nous nous réfug-ions à l'intérieur, près des hommes. Je donne l'ordre à sixd'entre eux d'aller se réfugier dans le Salon Bleu (aile est des appartements du ministre), et nous restons avec cinq marins et le quartiermaître Pesqueur devant les meurtrières.
Un deuxième obus enlève la partie supérieure du pignon sud et blesse légèrement Saliou ; un troisième, tiré par un autre canon, fait une brèche dans le pignon nord, et blesse le canonnier auxiliaire Légat. Je considère alors comme une imprudence de rester plus longtemps, d'autant plus que l'ennemi est parfaitement invisible, et que nous ne pouvons rien faire contre cette canonnade. Je fais partir tout le monde.
(1) Entre les maisons Morisse et Saussine.
En sortant, nous rencontrons le capitaine Labrousse, qui surveille la partie nord de notre ligne, et qui vient m'annoncer que les Chinois ont pénétré dans la cave de M. Piclion où ils élèvent une barricade. Le commandant s'avance d'un pas ou de deux pour regarder par-dessus le mur de la petite cour, quand un quatrième obus éclate sur le pignon du Hall et lui broie la poitrine ; il tombe dans nos bras en poussant deux cris sourds. Nous le remettons à deux matelots qui l'emportent dans le salon de M. Pichon où il meurt en arrivant. Un deuxième éclat lui avait cassé en même temps le bras droit.
Les Chinois, massés dans l'est, nous attaquent une fois de plus, mais en restant cachés, comme toujours. Il est à craindre, bien qu'ils ne visent pas, qu'un des innombrables projectiles qu'ils jettent sur nous blesse l'imprudent qui se découvrira. Je parcours la ligne en recommandant pour la millième fois d'observer, tout en restant bien abrité. Notre but n'est pas de vaincre les Chinois, la lutte serait trop inégale ; mais de ne pas nous faire tuer par eux ; il nous faut surtout, à tout prix, gagner du temps ; car nous ne vou-
Ions pas croire encore que l'Europe nous a définitivement abandonnés. Laissons donc nos adversaires jeter leurs munitions, et g'ardonsles nôtres pour d'excellentes occasions.
J'ai d'ailleurs, pour faire observer ces recommandations, des auxiliaires précieux dans quelques-uns des volontaires qui sont venus si courageusement nous offrir leurs services. Je ne saurais trop insister, en particulier, sur le remarquable sang-froid, le calme extraordinaire que savent conserver, en toutes circonstances, Picard-Destelan, Bartholin et Véroudart. Mais, que l'on me comprenne bien ! Je serais désolé que l'on donnât à la distinction que je fais en faveur de ces trois volontaires une portée que je n'ai point voulu lui donner ; les autres ne sont ni moins braves, ni moins utiles qu'eux ; mais plus entreprenants, plus emballés (ils me pardonneront le mot) ; je crains toujours de les voir aller trop a de l'avant ».
On nous demande de l'Angleterre quelques hommes pour le Fou ; il nous est impossible d'accueillir favorablement cette demande.
Jusqu'à présent, nous n'avions eu devant nous
([lie des troupes de Tong-Fou-Siang ; mais aujourd'hui nous avons reconnu parmi nos ennemis les casaques des soldats de Jong-Lou, de ceux que l'on voulait nous donner pour nous servir d'escorte jusqu'à Tien-Sin.
L'enterrement du commandant Thomann a lieu à 2 heures, à peu près dans les mêmes conditions que celui de notre pauvre arni Herber ; c'est-à-dire en profitant d'un calme qui ne laisse pas que de nous inquiéter. Nous sommes même tellement persuadés que les Chinois préparent une nouvelle attaque que nous avançons l'heure de la cérémonie primitivement fixée à 3 heures. Tous ceux qui ne sont pas absolument indispensables aux meurtrières ou aux barricades viennent dire un dernier adieu à celui qu'ils adoraient autant pour sa grande bonté, sa douceur, son amabilité, que pour son courage et son héroïque conduite. Lui qui parlait admirablement le français, il avait toujours un mot affectueux pour nos matelots ; aussi avait-il gagné de suite les sympathies de ces grands enfants.
Les officiers allemands et M. de Below apportent aux Autrichiens et à M™^ de Rosthorn
leurs compliments de condoléance ; ils ont la touchante pensée de déposer sur le cercueil une couronne de verdure. Le ministre de France, qui n'a malheureusement pas été prévenu du chang-ement d'heure, arrive quelques minutes trop tard, accompagné de M. Berteaux ; tous deux vont jusqu'à la tombe qu'ils couvrent de fleurs.
Comme le calme continue, et que nous nous attendons à une nouvelle attaque, nous faisons, d'accord avec M. Winterhalder, quelques nouveaux travaux de défense :
1° Une brèche faisant communiquer l'appartement du concierge avec l'écurie située à l'est du portique ; dans les murs de cette écurie nous perçons ensuite des meurtrières qui commandent les brèches sud du mur de la rue de la Douane.
2° Ouverture d'une porte dans le mur nord de la légation, porte qui avait été barricadée dès le début des hostilités et par laquelle on communiquera directement maintenant à la barricade de la ruelle Nord.
Le soir, à 6 heures, nous réoccupons la maison Saussine, et nous reprenons nos postes au mur
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de la petite cour. Vers 10 heures nous entendons une assez vive fusillade du côté de Fou où il paraît y avoir un engagement sérieux. A il heures, nous sommes, à notre tour, fortement attaqués, mais cette alerte dure peu.
9 juillet.
De 1 heure à 3 heures du matin, coups de fusil de tous les côtés, mais surtout dans la rue de la Douane et à l'ang-le nord-est. Dans quel but nos adversaires agissent- ils ainsi ? Ils tirent des milliers de cartouches sur un mur ! Si c'est avec l'intention de le démolir complètement avant d'entrer dans la légation, nous aurons peut-être le temps d'attendre les troupes.
La matinée est un peu plus calme : manque de munitions ou fatigue. — M. Winterhalder et moi nous allons visiter le Fou qui n'est pas attaqué non plus. Le colonel Shiba et ses officiers se reposent dans des chaises longues et boivent du thé. Des boys nous apportent aussitôt le même breuvage dans de minuscules tasses chi-
noises. Les Japonais comptent que leurs troupes arriveront du 12 au 15 ; voici sur quel calcul ils se basent :
Le courrier portant la nouvelle de l'assassinat du chancelier est arrivé à Tien-
Sin le 15 juin 15
Cette nouvelle a été connue à Tokio le 16 16 Le gouvernement donne l'ordre de mobiliser une division le 17 17
9 jours pour la mobilisation et l'embarquement 26
4 jourspour le voyag-e 30
3 jours pour le débarquement .... 3
2 jours pour remonter à Tien-Sin. . . 5
8 jours de Tien-Sin à Pékin .... 13
Le raisonnement nous paraît très logique, inattaquable même, et, tout en dégustant une deuxième tasse de thé, nous concluons comme eux que, dans 4 ou 5 jours au plus, nous verrons fuir comme une volée de moineaux tous les Chinois qui nous entourent.
Nous visitons le Fou ; les travaux de défense exécutés sous la direction du colonel Shiba sont vraiment remarquables ; mais l'ennemi a, comme
à la légation de France, des pièces en batterie à une très petite distance. En battant en retraite de mur en mur, le colonel espère pouvoir tenir encore une semaine dans le Fou. « C'est plus qu'il n'en faut, ajoute-t-il, pour permettre aux renforts d'arriver. »
De retour à la légation, nous répétons à tous les bonnes paroles du colonel Shiba ; elles sont recueillies avidement, comme tous les bruits qui peuvent amener l'ombre d'une espérance. On refait les calculs, on retranche, on ajoute, mais toujours pour arriver à ce résultat que, le 13 au plus tard, une division japonaise doit être ici.
En notre absence, un volontaire a eu l'heureuse idée de dresser une échelle à l'intérieur de la chapelle, contre le pignon qui a été troué par un obus. Par la petite ouverture ainsi créée, on peut voir à 30 mètres de nous, au delà des premières ruines, des soldats chinois causant, fumant, buvant du thé et nettoyant leurs armes. Le fusil se met en joue tout seul : mais nous résistons à la tentation pour pouvoir conserver ce précieux poste d'observation.
A 9 heures, M. Véroudart m'amène trois pri-
sonniers faits dans les maisons chinoises situées aux environs de la barricade de la ruelle nord. Les chrétiens qui les conduisent les attachent par la natte à des arbustes, devant le pavillon des Etrangers. Il nous faut d'abord empêcher le cuisinier de Chamot de leur ouvrir le ventre avec le couteau qui vient de lui servir à abattre un cheval. Je prie ensuite Véroudart de les interroger séparément. Ils avouent être envoyés par les soldats de Tong-Fou-Siang pour espionner et incendier ; en échange des services rendus, il leur est permis de piller les maisons avant d'y mettre le feu, et le butin leur reste. Les renseignements, vrais ou faux, qu'ils nous donnent, sont à peu près les mêmes :
i° L'impératrice est toujours à Pékin.
2" Il y a 8.500 Chinois environ autour du Fou et de la légation de France.
3° Des disputes se sont élevées entre boxeurs et soldats, ces derniers reprochant aux hivulnérables de ne jamais oser s'avancer et de n'être bons, finalement, qu'à piller.
4° Les troupes internationales, arrêtées par les Chinois, ne peuvent sortir de Tien-Sin.
A 10 heures et demie, l'attaque reprend ; deux canons ouvrent le feu sur le Hall, sur la maison de M. Pichon et sur celle de M. Morisse. Le mur de la rue de la Douane prend, de plus en plus l'aspect d'une scie ébréchée. Les Chinois essaient encore d'incendier, mais sans résultat. Le quartier-maître fourrier Lohézic est atteint à la poitrine par un éclat d'obus qui, sans force, n'amène heureusement qu'une contusion insignitiante.
A midi, le canon se tait ; mais le coin nordest est plus particulièrement attaqué à coups de fusil.
A 5 mètres à peine, du poste de la maison Saussine, les Chinois travaillent à une galerie souterraine qui a dû être commencée dans la rue de la Douane ; ils sont maintenant dans l'écurie qui se trouve en face de ce poste. Cette galerie doit avoir plus de 2 mètres de profondeur, étant donné que nous n'apercevons que l'extrémité de la pelle de celui qui rejette la terre. Sur quel bâtiment est-elle dirigée ? Est-ce sur la maison Saussine? est-ce sur le Salon-Bleu ? Ce dernier bâtiment, moins ébranlé, moins détruit par le
canon, résistera mieux à une explosion ; cette considération m'amène à retirer de la maison Saussine les hommes qui s'y trouvent, et à en mettre les deux tiers dans le Salon Bleu. — Je laisse sous le Hall des Abeilles deux postes de deux hommes, commandés l'un par Pesqueur, l'autre par Saliou. Ces deux postes ont pour mission de surveiller les passag-es compris entre le Hall, la maison Morisse au sud, et le Salon Bleu au nord. — Pesqueur et Saliou ont en outre l'ordre de faire toutes les heures, jour et nuit, une ronde dans la maison Saussine ; enfin il est entendu que, pendant les attaques, les 4 hommes réoccuperont cette maison qu'il importe de ne pas abandonner.
Dans le Salon Bleu où sont placés les autres marins, les dispositions suivantes sont prises :
1° Percement de meurtrières dans le mur parallèle à celui de la Douane ;
2° Démolition des murs de la cuisine Saussine pourdég-ag-erle champ de tir de ces meurtrières.
Ces travaux sont exécutés sous la direction de M. Bartholin qui org-anise ainsi ce qui sera son nouveau poste de combat. M. Picard-Destelan
conserve le sien, près de moi, dans la maison Saussine. — D'autre part, la ligne de défense reste la même : l'aile gauche gardée par le reste du détachement français sous les ordres de Labrousse, de Pelliot, de Gholet et de Gruintgens ; l'aile droite, le blockhaus, défendue par les Autrichiens.
Le soir, M. Winterhalder me demande si je vois quelque inconvénient à faire venir le canon italien pour essayer d'abattre les pans de mur derrière lesquels s'abritent les Chinois, en face du blockhaus, au sud de la rue des Légations. Nous demandons le canon, en même temps que nous perçons une ouverture dans le mur de notre légation, entre le portique et la chapelle. Par cette ouverture, 7 coups de canon sont tirés ; mais les projectiles passent sans produire grand effet à travers ces ruines trop peu résistantes, et n'amènent pas d'autre résultat apparent que celui d'exciter nos ennemis qui, furieux, commencent une fusillade qui dure jusqu'à minuit. Peu à peu leur colère tombe, et le calme renaît ; nous renvoyons à la légation d'Angleterre le canon italien.
10 juillet.
5 heures du matin, coups de canon et coups de fusil sur toute la ligne ; nous nous abritons et surveillons les brèches.
M. Véroudart fait, dans les mêmes conditions que la veille, trois nouveaux prisonniers qui sont exécutés comme les premiers, après nous avoir affirmé qu'il n'était pas question de troupes européennes, en ville, et que, d'autre part, le Pét'ang était toujours attaqué. Nous nous réjouissons du moins d'apprendre que nos malheureux camarades tiennent bon, eux aussi.
Toute la journée, le Fou est très attaqué ; plusieurs des projectiles qui lui sont destinés passent par-dessus le mur nord de notre légation et éclatent au-dessus de nos têtes.
Dans l'écurie, en face de la maison Saussine, les Chinois continuent leur travail ; la terre est toujours extraite du même puits, et nous ne pouvons savoir quelle direction ils donnent à leur galerie. Comme je l'ai recommandé, la maison n'est pas abandonnée, et à chaque alerte.
ou toutes les fois que les cris, augmentant d'intensité, font croire à un assaut ou à une invasion par les brèches du mur, les 4 hommes désignés se portent dans cette maison avec M. Picard- Destelan et moi.
A 4 heures, un soldat de Jong-Lou, un de ceux que le gouvernement chinois devait nous donner pour nous escorter jusqu'à Tien-Sin, est capturé à la barricade de la ruelle nord. Il est décapité et sa tête est jetée dans le camp chinois. Je ne donne ce détail que pour indiquer dans quel état d'esprit nous sommes et à quel point d'énervementetde surexcitation un mois de cette affreuse lutte nous a conduits. Ceux qui n'auront assisté au siège de Pékin que de leur cabinet, et en lisant ces pages, pourront à leur aise crier à la barbarie et lancer les grands mots de civilisation et d'humanité.
Le soir, l'ennemi nous laisse un peu de repos, et nous recevons la visite de quelques hôtes de la légation d'Angleterre. — Et ces renforts? Ces signaux électriques? Cette canonnade lointaine? Nous en reparlons une fois de plus, et la conversation est assez animée. On essaie d'expliquer
de mille manières ces désillusions, ces espérances déçues. Tout le monde est à peu près d'accord pour convenir que, s'il n'y avait pas eu quelque part faute ou négligence, les troupes seraient ici. Depuis 30 jours, le monde entier est sans nouvelle de nous ; il faut que la diplomatie ait des dessous bien mystérieux pour que les Russes ou les Japonais ne trouvent pas en 30 jours assez de temps pour amener 10.000 hommes sous les murs de Pékin ! Si les puissances, avant de nous secourir, doivent convenir d'envoyer le même nombre de bataillons, le même nombre d'escadrons, le même nombre de batteries, etc., nous attendrons longtemps encore notre délivrance.
11 juillet.
Dix-huit pillards viennent encore se faire prendre à la barricade de la ruelle ; on les fusille. Deux seulement sont interrogés et ne font que confirmer les renseignements fournis par les premiers prisonniers. — Ils ne peuvent ou ne
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veulent nous donner aucune indication précise sur les troupes européennes ou japonaises.
Un obus a fait un trou dans le toit du Salon Bleu ; en perçant le plafond de ce salon, je parviens sur le faux grenier, d'où ?je peux voir les Chinois et observer leurs mouvements. Ils sont très fortement retranchés dans les ruines, et «ntourés comme nous de barricades garnies de meurtrières. Il semble qu'ils craignent d'être attaqués ; à voir et à étudier les précautions qu'ils ont prises, on croirait que ce sont eux les assiégés ! Je me rends compte, mieux que jamais, que vouloir les chasser de leurs positions serait folie pure, et je m'explique les insuccès de tous ceux qui, jusqu'à ce jour, ont tenté de sortir et de les attaquer. MAI. Merghelinck et Pelliot montent pour regarder; ils sont très nombreux ; on ne voit guère que les têtes ; les plus éloignés sont à 150 ou 200 mètres. Bientôt, sans signal, tous s'agitent, déposent leur pipe ou leur tasse de thé, prennent les armes et les chargent. Il n'est pas douteux qu'une attaque se prépare. Nous descendons en toute hâte pour prévenirpartout, et recommander aux matelots d'être prêts.
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Je me rends avec Pesqueur et les factionnaires^ du Hall dans la maison Saussine. L'attaque a lieu en effet, mais toujours dans les mêmes conditions, c'est-à-dire sans tentative d'assaut. De notre côté, les meilleurs tireurs abattent les têtes des imprudents qui regardent par les brèches ou par-dessus les barricades.
De nombreux coups de fusil également sur le blockaus où le matelot autrichien Paul Triscoli est assez grièv^ement blessé.
Un canon envoie de Tsien-Men plusieurs obus sur la légation d'Allemagne et sur le Fou. Le secrétaire de la légation du Japon est blessé au pied par un éclat.
Dans l'après-midi, les Chinois ralentissent assez leur feu pour nous permettre de diminuer les postes. Nous ne manquons pas de supposer, une fois de plus, que ce calme relatif est du à la présence de nos amis dans les environs de Pékin . Nous désirons tellement le croire ! Pas de nouvelle de la colonne Seymour depuis son arrivée à Lang-Fang, c'est-à-dire depuis un mois ! Cette poignée de braves qui s'était si courageusement lancée à notre secours, serait-elle tombée sur des
forces trop supérieures, et aurait-elle été détruite? Hélas ! tout nous le fait supposer. Mais c'est une raison de plus pour croire à l'exactitude des calculs du colonel Shiba. Nous nous accrochons follement à cet espoir, et la gaîté revient quand même.
M™® de Rosthorn promène toujours au milieu de nous sa figure si fine, si douce et si rieuse. Si elle se rend compte du danger, elle dissimule tellement bien ses impressions, qu'il est impossible de lire sur son .visage la moindre trace d'ennui ou d'inquiétude, excepté quand son mari s'expose plus qu'il ne devrait le faire, ce qui luiarrive trop souvent. Elle a un mot aimable, une attention, une prévenance pour tous, volontaires, officiers et matelots; on est toujours sûr de la trouver partout où l'on a besoin d'elle. Mais M°'« de Rosthorn veille surtout sur nos malades ; elle sait trouver du lait condensé pour préparer elle-même les bouillies ou les boissons ordonnées par leD' Matignon aux dysentériques. — Merveilleuse maîtresse de maison, elle empêche le gaspillage de nos dernières boîtes de conserves réservées aux blessés. — Enfin elle
semble être la fée qui nous protég^era jusqu'à la fin de la lutte.
Nous trouvons aussi chez nos camarades allemands des compagnons pleins d'entrain, toujours prêts à rire, à s'amuser et à nous persuader que tout cela finira bientôt par notre délivrance et par la ruine de la Chine. Pleins de tact et de délicatesse, aimables autant qu'il est possible de l'être, c'est une joie pour nous de les posséder quelques instants quand les circonstances le permettent.
M. Pichon vient voir sa maison qu'il a peine à reconnaître. La salle à manger surtout a été très éprouvée ; le toit est tombé, brisant dans sa chute des meubles admirables ; sur les murs, ouverts en plusieurs endroits, on peut voir encore des fragments de porcelaines rares suspendus à des fils de fer. Dans le Salon Bleu, notre ministre me montre une armoire remplie de merveilleuses broderies de soie; il y en a là pour plusieurs milliers de francs. Ces richesses seront-elles bientôt entre les mains des pillards? Un nouveau volontaire nous arrive de l'Angleterre, M. Feit.
12 juillet.
Quelques coups de fusil ; mais peu d'ensemble dans l'attaque. Nous empêchons encore les Chinois démettre le feu aux cuisines menacées une fois de plus par ce que nous appellerons les torches portées. Nos matelots ont imaginé de se servir d'une gaffe pour arracher les bottes de paille enflammées que cessauvag-es introduisent au moyen de longues hampes. Le procédé réussit; mais il faut être prudent et ne pas s'exposer, car ces tentatives des Chinois sont toujours accompagnées de vives fusillades.
Un soldat est encore arrêté. Sir Claude Macdonald m'ayant écrit qu'il désirait faire questionner nos prisonniers par une personne qui connaît admirablement la langue et le caractère chinois et qui a été pendant de longues années le secrétaire de Li-Hung-Tchang, je fais conduire ce soldat à la légation d'Angleterre.
Cependant, à la longue, ces coups de canon et de fusil ont haché les maisons que nous occupons ; il n'est pas douteux que notre ligne de
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défense s'affaiblit de plus en plus, et nous entrevoyons le moment où nous serons oblig^és de nous retirer derrière l'hôtel Chamot. Ce mur est épais et occupe toute la larg-eur de la légation; sa hauteur a permis de percer deux rangées de meurtrières et d'y appuyer un échafaudage pour les tireurs de la rangée supérieure. Là, fortement appuyés à gauche sur le Fou, et à droite sur l'Allemagne, notre position sera évidemment meilleure que celle que nous occupons en ce moment.
Un ingénieur, M.Bartholin, vient meproposer de faire exécuter par des coolies une tranchée à peu près parallèle à ce mur, et qui serait située à mi-chemin environ entre lui et notre ligne de défense actuelle. Si cette tranchée doit avoir l'avantage de nous faire rester dans la légation même, un peu plus longtemps, elle aura, d'autre part, l'inconvénient de laisser entre nos adversaires et nous une moins grande distance. Etant admis en principe que nous tirons beaucoup mieux que les Chinois, n'avons-nous pas avantage à conserver entre eux et nous, surtout en cas d'assaut (à craindre au dernier moment), un
grand espace pour tirer de nos armes le meilleur parti possible ? D'un autre côté, si, pressés par les troupes que nous espérons toujours voir venir, nos adversaires se décident à s'avancer en masse et à l'arme blanche, ne serons-nous pas beaucoup mieux derrière un mur haut et épais percé de nombreuses ouvertures?
Le désir de rester quand même dans la légation de France l'emporte, et je réponds à Bartholin de commencer la tranchée. Nous fixons ensemble l'emplacement qu'elle devra occuper et la direction qu'elle aara ; les coolies sont réunis de suite.
Dans la cave de M. Pichon, les Chinois construisent une barricade en bois. M. Pelliot, aidé de deux matelots, met le feu à cette barricade ; en même temps, ils font basculer avec une gaffe la hampe d'un étendard que nos ennemis ont appuyé sur le mur de la rue de la Douane ; l'étendard tombe dans notre légation, et tous trois reviennent, le portant triomphalement. Ils ont l'air tellement heureux, que je n'ai pas le courage de leur dire que ce pavillon pourrait nous coûter cher ; mais je fais part de mes craintes à
M. Winterhalder. Nous devons, à mon avis, nous g'arder d'irriter nos adversaires, et surtout de troubler le repos qu'ils veulent bien nous accorder; repos pendant lequel nos troupes avancent, tandis que les existences que nous avons mission de protég-er ne courent aucun danger ; repos enfin dont nos hommes ont tant besoin.
Bientôt un feu extrêmement violent commence dans l'angle nord-est, à l'endroit même où le drapeau a été enlevé. Je quitte la maison Saussine qui n'est pas attaquée, pour aller voir ce qui se passe au nord. La maison des boys et le parc à cochons sont criblés de balles dont quelques-unes malheureusement passent parles meurtrières, g-uidées par le hasard, beaucoup plus que par l'habileté des tireurs. En moins d'une heure o hommes sont blessés, dont deux g-rièvement. — Le quartier-maître L'Anthoën a l'épaule traversée ; c'est la deuxième fois qu'il est atteint depuis le commencement du sièg-e ; — Pocheunec est blessé à la cuisse ; — M. de Cholet a l'index de la main g-auche fracassé ; M. Gruintg'ens reçoit une balle dans le cou ; M. Benvenuti,
en allant conduire Griiintg-ens à l'Anijleterre, reçoit une balle morte sous le bras.
Les Chinois essaient, comme toujours, d'incendier les bâtiments en jetant, pardessus les murs, des paquets enflammés. Leur fureur se calme enfin ; il est vrai qu'il ne doit plus leur rester beaucoup de munitions.
Le calme règne à peine depuis une demiheure qu'un canon ouvre le feu sur le portique et sur le blockhaus qui reçoivent 13 obus assez bien pointés. Ce canon est placé derrière le mur ouest de la léj^ation d'Italie. Les Autrichiens, abrités dans les écuries, près du portique, ne sont pas atteints. Immédiatement après chaque coup, nous nous précipitons, M. Winterhalder et moi, pour essayer d'atteindre les servants ; nous nous retirons dès que nous voyons pointer la pièce. M. Winterhalder, excellent tireur, vise même l'intérieur de l'âme dans l'intention de produire une avarie et d'immobiliser la pièce. Je fais, sans aucun succès, la même tentative.
En même temps que nous, le Fou est très fortement attaqué.
Sur la muraille, les Chinois, venant de Hâta-
Men, se sont avancés jusqu'à la hauteur de l'Allemagne, et se disposent à mettre leurs canons en batterie pour bombarder cette légation.
Soirée et nuit à peu près calmes. Les Autrichiens réparent les dégâts causés par le canon.
La même fusillade que la veille recommence dans le coin nord-est ; le matelot français Lenne y est tué d'une balle au front.
A la barricade de la ruelle nord, on tue trois soldats chinois qui marchaient sur cette barricade.
L'après-midi, calme parfait. A 3 heures, nous enterrons Lenne. Pesqueur a découvert un long bambou, et fabriqué deux petites poulies ; il s'occupe maintenant à passer les drisses ; il veut arborer, demain, 14 juillet, notre grand pavillon à côté du pavillon autrichien, la seule chose que M""" de Rosthorn ait songé à sauver de l'incendie de sa légation.
A 6 heures, une très grosse fusllade éclate
brusquement rue de la Douane. Nous n'avons plus besoin d'autre sig-nal pour courir à nos postes. M. Picard-Destelan et M. de Rosthorn viennent aussitôt me rejoindre dans la maison Saussine. Jamais les balles ne sont tombées si nombreuses sur les murs et les fenêtres de cette pauvre maison. A peine sommes-nous là depuis 5 ou 6 minutes qu'une explosion se produit, soulevant toute la maison. Mon fusil est arraché de mes mains; le sol se dérobe sous moi. Instinctivement je place les bras au-dessus de ma tête pour me protéger des débris de toutes sortes qui retombent. Enseveli jusqu'à la ceinture, je fais tous mes efforts pour me dég-ag-er, quand une deuxième explosion se produit, me soulève de nouveau et me délivre. La poussière et la fumée sont tellement épaisses qu'il m'estimpossible de distinguer les objets à un pas devant moi. Je ne m'oriente queg-râce aux cris poussés par les Chinois qui, cette fois, semblent s'avancer ; je sais que, pour sortir de la maison, il faut leur tourner le dos, et je le fais sans la moindre hésitation. Pendant quelques secondes qui me paraissent un siècle, je recherche à ta-
tons des ouvertures cependant bien connues, mais sensiblement déformées et déplacées. Je ne vois, ne rencontre et n'entends aucun de mes camarades ; des paroles ou des plaintes seraient d'ailleurs étouffées par les hurlements de joie de ces sauvages qui poussent plus que jamais leurs impressionnants « châ-châ-châ » à une distance de nous qui n'est certainement pas supérieure à 10 mètres. Je sors enfin de ces décombres et retrouve, sous le Hall des Abeilles, M. de Rosthorn sain et sauf, mais couvert de poussière ; puis Picard-Destelan qui, enseveli jusqu'aux épaules, a été dégagé par le matelot Saliou. Une plaie légère que j'ai à la tête et qui saigne abondamment fait croire que je suis grièvement blessé ; j'ai surtout les bras et les épaules fortement contusionnés. — Saliou n'a rien ; il me raconte que le matelot Auffret, blessé au pied, est allé voir le docteur. Quant à Pesqueur et Bougeard, personne ne les a vus, et je les cherche en vain. Un homme en passant nous dit qu'une explosion a eu lieu également sous le blockhaus ; nous y courons, mais c'était une erreur. Les (Chinois ont seulement tiré quatre
coups de canon qui ont écrèté la barricade du portique et blessé l'Autrichien Antoine Stiglic. Cependant, les Chinois qui s'avançaient bien effectivement, ont mis le feu aux ruines de la maison Saussine aussitôt après l'explosion. Le poste du Salon Bleu s'est replié en arrière dans le bureau de M. Pichon. L'incendie se propage avec une rapidité incroyable, à la maison Morisse et aux cuisines, qui ne sont bientôt qu'une gerbe de flammes. Je parcours les différents postes, recherchant toujours Pesqueur et Bougeard, et interrogeant tout le monde. Les hommes qui occupent les meurtrières du nord (maison des boys et parc à cochons), viennent se mettre à l'abri, derrière l'angle nord -ouest des appartements du Ministre.
Mais le feu se communique au Salon Bleu, puis aux cuisines, à la salie à manger et au salon de M. Pichon. La chaleur rend bientôt toutes nos positions intenables. J'éprouve en outre une grande gène à ne plus savoir où est exactement mon personnel, et surtout à le savoir réparti en tant de points différents. Enfin, d'où nous sommes, aveuglés par l'incendie, nous ne
pouvons absolument rien faire et il nous est impossible de tirer un coup de fusil. Je donne en conséquence à tous les hommes l'ordre d'aller se réfug^ier dans la tranchée « Bartholin » qui a été terminée le matin même. Là seulement, je peux faire un appel et acquérir la douloureuse certitude que Pesqueur et Boug-eard sont restés sous les décombres.
Le docteur Matig-non panse mes plaies qui n'ont rien d'inquiétant, dans la tranchée même. De l'autre côté de l'immense brasier, les Chinois hurlent toujours et tirent à travers les flammes ; leurs balles sillonnent le parc. M. Feit reçoit sur le sommet de la tête une balle qui ne fait qu'enlever un peu de peau ; il se met comme moi entre les mains du docteur.
Je décide de faire mettre nous-mêmes le feu à la maison Filipini qui, debout et intacte, serait plus nuisible qu'utile.
La nouvelle lig'ne de défense comprendra donc désormais : la tranchée occupée par les Français au nord, la chapelle et le pavillon des Étrangers occupés par les Autrichiens au sud. Notre droite est toujours g'ardée par l'Allemagne, et notre
gauche par la barricade de la ruelle nord.
Tous ces événements se sont déroulés en moins de deux heures. Pendant ce temps, les Allemands ont été assez vigoureusement attaqués aussi, mais n'ont perdu personne.
Peu à peu le silence retombe sur nos ruines fumantes et, à 9 heures, je peux aller à la légation d'Allemagne m'excuser auprès de M. de Below et de ses amis qui m'avaient précisément prié de dîner avec eux ce soir. — Je retrouve là le milieu gai qu'il me fallait, pour chasser de ma pensée les images de mes pauvres matelots tués par l'explosion. On me plaisante sur la vilaine farce qu'ont voulu me jouer les Chinois un vendredi 13, et le jour de ma fête.
Nous avons dû abandonner les appartements de M. d'Anthouard aux matelots français qui y prendront leurs repas et qui y dormiront. Les officiers et les volontaires iront manger à l'hôtel Chamot et se reposeront soit dans la maison de M. Berteaux, soit dans celle du docteur Matignon, qui offre l'hospitalité à tous ceux que peut abriter son petit appartement.
M. Labrousse et moi nous n'avons pas cessé,
depuis le commencement des hostilités, de coucher soit derrière les barricades, soit à côté des meurtrières, près des hommes de veille.
Ce soir, je fais suspendre une toile de hamac entre deux arbres du parc, derrière la tranchée. M. de Rosthorn s'installe une couchette semblable à la mienne et près de moi.
Ail heures, la fusillade recommence et dure toute la nuit.
14 juillet.
A 1 heure du matin, M. Gruintgens, blessé le 12 à la gorge, meurt des suites de cette blessure.
Les Chinois occupent les maisons brûlées la veille, et s'y fortifient ; ils percent des meurtrières dans les murs restés debout, et bouchent avec des pierres les ouvertures des portes et des fenêtres. Cependant, ils n'osent pas s'avancer dans les ruines de la maison Filipini. Nous suivons leurs travaux, et les meilleurs tireurs tirent, quand l'occasion se présente, sur les bras et les têtes qu'ils peuvent apercevoir.
La journée est relativement calme ; j'entends par là que nous ne recevons que des coups de fusil isolés, auxquels nous ne prêtons aucune attention.
De notre côté, nous abattons le pig-non ouest de la maison Filipini, de façon à dég-ag^er la vue, et, le soir, nous envoyons des coolieS couperles arbustes qui nous empêchent de tirer. Les Chinois les entendent et tirent dans leur direction, sans blesser personne. Nous creusons un peu plus la tranchée ; nous g-arnissons le remblai de sacs de terre ; M. Feit fait venir des briques et fait une véritable barricade en avant de cette tranchée.
M. deBelowet les officiers allemands viennent, à l'occasion de notre fête nationale, nous voir et nous porter leurs compliments.
Le soir, je dîne à la légation d'Allemag-ne, qui, plus heureuse que la nôtre, n'a pas encore été détruite par les explosions et les coups de canon. Je peux au moins me croire, pendant quelques instants, dans un des meilleurs restaurants des boulevards de Paris. La gaîté est d'autant plus grande que les événements ont l'air de
vouloir prendre une autre tournure. Voici, en effet, la nouvelle intéressante du jour :
Un chrétien chinois du Nan-t'ang-, envoyé à Tien-Sin, il y a une huitaine de jours, n'a pas pu franchir les lignes ennemies, et a été arrêté par les Chinois. Ceux-ci l'ont d'abord battu, puis torturé, puis l'ont enfin envoyé à leur général. Bref, ce chrétien nous est revenu porteur d'une lettre signée : Prince King et autres (1). Dans cette lettre, le prince King constate que ce n'est qu'à la suite de malentendus que des coups de fusil ont été tirés de part et d'autre. Il est heureux d'apprendre que les ministres sont sains et saufs et il les invite à se rendre au Tsong-Li- Yamen où ils seront sûrs d'être protégés, en attendant que des mesures soient prises pour assurer leur départ définitif de Pékin, et celui de leur famille. Il ajoute que, si demain à midi, les ministres n'ont pas répondu, « l'affection même des membres du Yamen ne leur permettra pas de venir en aide aux Européens ». Enfin, il croit devoir porter à notre connaissance que les
(1)... et autres membres du Tsong-Li-Yamen.
troupes internationales ont dû reculer devant les Boxeurs.
Jamais les « princes King- et autres » ne se douteront de l'hilarité qu'a soulevée cette dernière information à la lég-ation d'Allemagne, dans la soirée du 14 juillet 1900! Les troupes internationales reculant devant les Boxeurs ! Comme si nous ne savions pas aujourd'hui ce qu'ils valent, ces Boxeurs ; ce que valent les réguliers chinois eux-mêmes.
Si tous ces discours nous laissent assez sceptiques, nous nous réjouissons du moins desavoir que des pourparlers sont enfin commencés entre le corps diplomatique et les membres du gouvernement chinois. Ces pourparlers peuvent être longs, et si, comme cela est probable, ils n'amènent aucun résultai, ils auront l'avantage de nous faire gagner du temps, et de permettre à nos troupes, — une première fois refoulées par les Boxeurs, — de revenir à la charge.
M'ne (Je Rosthorn, que l'exiguïté de nos logements a contrainte à chercher asile ailleurs, est maintenant l'hôtesse des Allemands; c'est elle qui préside ce soir cette charmante réunion.
Cette nuit, M. Labrousse est de service sur la muraille ; il est très aimé des Russes et des Américains ; il fait d'ailleurs, par son courag-e, l'admiration de tous. Français et étrangers.
15 juillet.
Journée presque calme ; çà et là quelques coups de fusil, mais aucune attaque bien nette, bien décidée.
Au nom des ministres étrangers. Sir Claude Macdonald répond au prince King- que les Chinois ont fait feu les premiers; mais que, s'ils veulent cesser de tirer, nous ne demandons pas mieux que d'en faire autant. Il ajoute que si les Chinois veulent réellement entamer des négocialions en vue de la paix, ils doivent envoyer un délégué choisi parmi les membres du Tsong- Ï,i-Yamen ou parmi les princes de la cour, lequel se présentera en parlementaire. — Le corps diplomatique refuse, — avec raison, — d'accepter l'offre du prince King- et de quitter les troupes qui les protègent.
Un chrétien a pu aller se promener dans Pékin ; il rapporte que la ville est calme, mais qu'il n'est nullement question des troupes étrangères. Il a pu trouver quelques numéros de la Gazette de P^/cm ; dans l'un d'eux nous cueillons cette perle.
« Décret impérial du 2i juin.
9. Depuis la création de la dynastie, les Européens venus en Chine ont toujours été traités avec bonté. Sous les règ-nes de Tao-Koang et de Sien-Foung", il leur fut permis de faire du commerce ; ils demandèrent même de propager leur religion, requête que le Trône leur accorda « volontiers ». Tout d'abord, ils se soumettaient facilement au « contrôle » chinois ; mais, pendant ces 20 dernières années, ils ont profité de notre tolérance pour empiéter sur notre territoire, pour oppresser le peuple chinois et exploiter les richesses de la Chine.
« Chaque concession, faite par nous, a augmenté la violence de leur cupidité ; ils ont oppressé les citoyens paisibles, ils ont insulté les
dieux et les saints, excitant parmi le peuple la plus brûlante indignation ; de là, les incendies des chapelles et le massacre des chrétiens par les braves patriotes.
« Le Trône, soucieux d'éviter la guerre, ordonna de protéger les Légations et d'avoir pitié des chrétiens. Il déclara que les chrétiens et les Boxeurs étaient égalementenfants de l'Etat, dans l'espoir de faire disparaître les anciennes antipathies entre le peuple et les convertis, et une extrême bonté leur a toujours été montrée de notre part. Mais ces peuples n'ont fait preuve d'aucune gratitude. Une dépêche nous fut envoyée hier par M.duChajlard nous demandant de remettre les forts deTakou entre leurs mains, ou qu'autrement ils les prendraient de force. Ceci ne montre-t-il pas leurs intentions oppressives? Dans toutes les matières relatives aux rapports internationaux, nous n'avons jamais manqué de courtoisie envers eux, et, tout en se donnant le titre d'Etats civilisés, sans égard au droit, ils s'appuient entièrement sur leurs forces militaires. Aussi, avec larmes, nous avons annoncé la guerre sur l'autel des ancêtres ; mieux
vaut faire notre possible et entrer dans la lutte que de chercher des moyensdenous en préserver en attirant sur nous une éternelle disgrâce. Tous nos officiers sont animés du même esprit, et tous ont assemblé, sans même en avoir été avertis, des centaines de milliers de soldats patriotes (Yi. Ping-) (Boxeurs), et même des enfants portant des lances pour le service du pays. Les étrangers s'appuient sur des moyens perfides ; notre espoir à nous est dans la justice céleste. Ils usent de violence et nous d'humanité. »
Le décret conclut en promettant de fortes récompenses à ceux qui se distingueront dans les combats. Nous sommes forcés de reconnaître que dans ce document dont je me suis efforcé de respecter la traduction donnée par un missionnaire, il y a beaucoup de grandes vérités à côté de quelques exagérations.
Il est bon de citer en même temps un Edit Impérial publié dans la même Ga::ielte, 4 jours avant, c'est-à-dire le 17 juin.
« Dernièrement le peuple et les chrétiens ont trouvé moyen de se quereller, et, des deux côtés, ont eu lieu des échanges de mauvaises paroles.
Des vag^abonds ont pris, de là, occasion de piller et d'incendier les maisons. Tous les ministres étrangers doivent être efficacement protég-és. Nous ordonnons à Jong--Lou d'envoyer ses propres soldats une fois pour toutes, et d'user énergiquement de son autorité et de son pouvoir pour protég^er ces ministres. Qu'en cela on ne manque nullement d'attention. Si les ministres étrangers et leur famille désirent aller pour quelque temps à Tien-Sin, il faut leur assurer protection; mais actuellement le chemin de fer ne marche plus, et, s'ils sont en voiture, le voyag^e sera pénible et il est à craindre qu'on ne soit pas à même de leur assurer une protection parfaite. Ils feraient mieux donc de rester encore ici quelque temps en paix et d'attendre que la voie soit réparée, alors ils agiraient selon qu'ils trouveraient expédient.
« Respect à ceci. »
16 juillet.
A peine quelques coups de feu dans la Légation.
Le capitaine anglais Strouts est tué au Fou ; le docteur Morrisson, correspondant du Times, qui se promenait avec lui, est blessé à la cuisse.
Deuxième lettre du prince King : « c'était, dit-il, dans l'intérêt des ministres, qu'il leur avait conseillé de se réfugier au Tsong-Li-Yamen. »
Un chrétien envoyé en ville revient annonçant qu'une grande bataille a été livrée près deTien- Sen, entre nos troupes et celles des Chinois ; le général Nieh, vaincu, se serait coupé la gorge. On prétend aussi queLi-Yong-Tchangest nommé gouverneur du Petchili.
Il fait extrêmement chaud ; dans la tranchée, nous sommes presque tous en bras de chemise. L'ennemi nous laisse à peu près tranquilles ; quelques balles viennent nous rappeler qu'il est inutile de regarder par-dessus nos sacs de terre. Malgré mes ordres, Saliou passe entre la maison d'Anthouard et l'extrémité de droite de la tranchée dans un angle où plusieurs projectiles sont venus s'écraser ; je lui fais donner une heure de peloton. C'est la première punition que je donne : je ne sais si Saliou exigera qu'elle soit inscrite sur son livret.
Je reçois une lettre de Sir Claude Macdonald qui me met au courant des travaux exécutés dans l'ouest du quartier des Légations. Les Américains ont construit la nuit une deuxième barricade dans l'est du canal. Une autre barricade a été élevée également près du pont, mais sur la rive ouest. Sir Claude Macdonald recommande de garderie plus longtemps possible, en cas de retraite des légations de France et d'Allemagne, la ligne qui part de la deuxième barricade de la muraille, passe par le pont, et vient aboutir au Fou. Avant de battre en retraite sur cette ligne, il serait bon de brûler la légation d'Espagne, car du toit de cette légation, l'ennemi dominerait toute la rue jusqu'à la Russie.
Nous souffrons beaucoup de ne pas avoir de légumes ; plusieurs matelots sont atteints de maladies d'intestins ; j'ai nioi-même un peu de dysenterie. Le riz est extrêmement rare, on l'achèterait au poids de l'or. Nos truffes ellesmêmes n'ont pas eu la patience d'attendre les troupes ! Chamot a bien encore quelque part une ou deux boîtes de petits pois, ou, rara
avis, une boîte d'asperg-es, mais il tient à les garder pour les malades.
Cependant, il vient parfois me chercher dans la tranchée, quand les Chinois sont assez sages, et me prie d'aller m'entendre avec lui au sujet de nos règlements de comptes (nourriture des matelots) ; je sais maintenant ce que cela veut dire ; je suis sûr de trouver trois ou quatre couverts mis sur une table de lune des chambres de l'hôtel, et, sur cette table, une surprise toujours agréable. Pendant ce lunch il est question de tout, sauf de nos comptes. J'ai eu ainsi, pendant que j'étais souffrant, du riz au lait ! Ouel brave cœur !
17 juillet.
L'ordre de cesser le feu est donné aux troupes chinoises I J
Immédiatement, nous donnons le même ordre aux marins et aux volontaires.
Calme.
Les ennemis quittent leurs retranchements,
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et viennent causer aux barricades avec nos interprètes. Nous recommandons de ne laisser approcher les Chinois que par petits groupes, et de s'assurer qu'ils ne portent aucune arme. Ils tendent la main à ceux qui veulent bien la prendre, et nous racontent qu'ils ne savent pas du tout pourquoi ils nous font la guerre, et que cela ne les amuse pas du tout, de tirer sur nous. Ils avouent qu'on leur a donné o taëls le 12 juin pour un mois de solde ; mais que depuis, ils n'ont rien reçu. Cette absence du nerf de la guerre explique suffisamment leurs intentions pacifiques.
Winterhalder, Pelliot et moi, nous nous avançons dans le parc, jusqu'auprès des appartements de M. Pichon, ou plutôt des ruines de ces appartements transformées en barricades. — Tous les Chinois se montrent au-dessus de leurs retranchements et nous font des signes d'amitié. Pelliot engage avec eux une conversation et prend les mains qui lui sont tendues. — Finalement il saule par-dessus la barricade et disparaît dans le camp chinois. — Winterhalder et moi nous le rappelons en vain.
Pelliot nous a affirmé depuis qu'il n'avait rien entendu, ce qui n'a rien d'étonnant, étant donné le bruit que devaient faire autour de lui les Chinois se pressant pour le voir. On l'emmène.
Après un quart d'heure d'attente, nous rentrons au pavillon des Etrangers assez inquiets ; un Chinois du même camp vient bientôt nous rejoindre, et sans plus de cérémonie, s'installe dans un de nos fauteuils. M. de Rosthorn, furieux, lui arrache le siège en lui demandant depuis quand des coo//esosaient s'asseoir devant des mandarins debout. En même temps sa main levée est plus que menaçante; mais Winterhalder et moi lui faisons remarquer, avec empressement, que tant que Pelliot ne sera pas revenu parmi nous, il sera peut-être prudent de traiter ce coolie en mandarin de première classe. Je prie poliment le Chinois d'être assez bon pour vouloir bien porter à l'Européen qui est parti, un morceau de papier sur lequel j'ai écrit ces simples mots : « Vous donne l'ordre de revenir immédiatement. » C'est bien la première fois que j'emploie de pareils termes avec un volontaire.
voire même avec un matelot ; mais en réalité, nous sommes mortellement inquiets.
Deux heures après, un autre soldat revient porteur d'une lettre de Pelliot, écrite en chinois. Il est auprès de Jong^-Lou ; — il boit du thé et mang-e des fruits; — on est bienveillant pour lui ; il ne court aucun danger, et fera tout son possible pour être de retour dans une heure.
Cependant les Chinois commencent une tranchée en avant de leurs barricades. Nous assistons à l'exécution de ce travail, rien moins que rassurant pour l'avenir ; il nous serait facile de l'empêcher, mais nous craignons de tuer Pelliot en tuant le terrassier.
Je renvoie ce deuxième soldat avec un autre ordre écrit à peu près semblable au premier. Enfin quatre heures après son départ, c'est-àdire au moment où nous le considérions comme perdu, Pelliot revient par la rue des Légations. Du blockhaus que Chamot a élevé devant la porte de son hôtel, on l'aperçoit, debout sur notre vieille barricade abandonnée, serrant les mains de tous ses nouveaux amis.
Avec quelle joie nous recevons la nouvelle de
son retour! Pelliot, le plus jeune des volontaires, est adoré de tous, et nous lui pardonnons ses emballements en raison de sa jeunesse et de sa bravoure. Mais c'est égal, je l'aurais volontiers privé de dessert ce soir, si nous en avions eu nous-mêmes. Il ne nous est même pas possible d'immoler autre chose qu'une vieille mule, pour fêter le retour de cet enfant prodigue, prodigue de courage et d'insouciance.
Il a été, un peu malgré lui, dit-il, conduit près du général Jong-Lou, qui l'a longuement interrogé sur nos moyens de défense, nos ressources, nos vivres, nos munitions, etc. ; après quoi, on lui a donné une escorte chargée de le ramener au camp français, et de le... protéger contre tes Boxeurs.
A la suite de cet incident, je recommande aux hommes de ne pas se fier aux amabilités des Chinois, et de me prévenir de tous leurs mouvements afind'éviter les surprises ou les trahisons.
La chaleur est insupportable ; mais nous sommes surtout incommodés par les mouches, les moustiques et les puces; le parc encore vert est un paradis pour toutes ces petites bêtes que
les flammes ont chassées de partout. La nuit, quand nous pouvons nous reposer, nous étouffons si nous dormons la figure couverte, nous sommes dévorés si nous nous découvrons. L'odeur des cadavres en putréfaction est bien gênante aussi ; heureusement les chiens, fort nombreux, se chargent de la voirie. Nous sommes obligés d'empêcher les chrétiens de les tuer, car les Chinois sont très friands de la viande du chien. J'ai vu, sinon je ne l'écrirais pas, nos coolies abattre un de ces animaux pendant qu'il était en train de déjeuner d'un morceau de Chinois pourri, le dépecer, et le manger à leur tour.
Calme. — Un secrétaire duTsong-Li- Yamen vient apporter à la légation d'Angleterre la carte de Jong-Lou. Il affirme que son gouvernement est animé des meilleures intentions et nous apprend que les restes du baron Ketteler ont été renfermés dans un cercueil. Les ministres essaient
d'envoyer des dépêches. M. Conger, ministre d'Amérique, parvient à en faire passer une qui réveillera peut-être le vieux monde en même temps que le nouveau. Ufi prompt secours peut seul empêcher un massacre général, telle est la dernière phrase de ce télégramme que nos ennemis ont la complaisance d'envoyer à Washington. Peut-on être plus aimable ?
Les Japonais reçoivent un courrier de Tien- Sin. (( 33.500 hommes, dont 24.000 Japonais, 4.000 Russes, 2.000 Anglais, 1.500 Français, 1.500 Américains et 500 Allemands quitteront Tien-Sin vers le 18, et marcheront sur Pékin. » Ainsi, donc, il a fallu 35 jours pour amener ces 24.000 Japonais du Japon, et ces 4.000 Russes de Port-Arthur! Décidément il se passe là-bas quelque chose d'étrange ! Enfin, voilà un renseignement précis, mais qui n'amène, somme toute, aucune joie; nous étions certes plus heureux le jour où nous avons appris que la colonne Seymour était à 60 kilomètres de nous.
Des soldats réguliers, sans armes, viennent aux barricades nous offrir des œufs, des fruits, des melons, en petite quantité, il est vrai. —
L'un d'eux nous dit que les corps de Pesqueur et de Boug-eard ont été retrouvés.
Je vais à la lég-ation d'Angleterre voir quelques blessés. M. Pichon vient de recevoir un téléw-ramme de Paris que les Chinois ont bien voulu lui remettre. On lui annonce qu'il est nommé commandeur delaLégiond'honneuretque 13.000 hommes vont partir pour la Chine; 7.500 seraient déjà en route. Evidemment il est question de nous en France ; mais nous aimons à croire que les 24.000 Japonais n'attendront pas, pour se mettre en route, l'arrivée de nos 13.000 Français.
Autre lettre du prince King, qui eng-ag-e les Européens à partir pour Tien-Sin, et qui demande le retrait des troupes occupant la muraille. Enfin sa lettre contient la copie d'une dépêche que le gouvernement chinois envoie aux puissances, et par laquelle il demande l'appui de ces puissances pour l'aider à sortir d'une situation difficile. — Il me semble que c'était plutôt aux assiégés à envoyer cette dépêche !
Le matin, nous avons envoyé un clirétien chinois réclamer les corps de Pesqueur et de Bougeard au général Ma dont les troupes sont devant nous ; mais le malheureux n'est pas encore revenue 8 heures du soir! Sa femme vient demander si on a de ses nouvelles.
Dans l'après-midi, je vais avec Picard-Destelan et M. et M"'" Saussine, qui sont venus voir notre légation, jusqu'aux barricades chinoises. Les soldats nous laissent approcher, et brusquement l'un d'eux tire dans notre direction un coup de fusil qui, heureusement, n'atteint personne. Nous revenons nous placer à l'abri de nos murs.
20 juillet. f
Le calme continue. Cependant nous entendons dans la direction du Pé-t'ang, le bruit d'une canonnade. Nos camarades se défendent encore ; d'ailleurs tous les soldats que nous avons interrogés nous ont affirmé que l'évêché n'était pas détruit. Aucun d'eux n'a voulu se charger de porter une lettre à M. Henry ou à M^'Favier; ils répondent que le Pé-t'ang est entouré de troupes et qu'on ne peut pas y aller.
Le Chinois envoyé hier auprès de Ma pour demander les corps de nos matelots n'est pas encore revenu; sa femme, en larmes, ne nous quitte plus.
L'impératrice envoie aux Ministres deux charrettes de melons, de concombres et d'aubergines, qui sont heureusement forcées de passer devant l'hôtel Ghamot ; c'est dire qu'elles n'arrivent pas à la légation d'Angleterre avec leur chargement complet.
Le ministre de France envoie une dépêche chiffrée ; le gouvernement chinois la transmettrat-il ?
Notre existence n'est plus la même, et nous pouvons maintenant dormir et nous reposer un peu. On s'impatienterait bien encore de ne pas voir arriver les troupes, si l'habitude de les attendre n'était pas prise ; mais nous sommes tellement heureux de n'avoir plus à nous tenir constamment sur la défensive, qu'une détente se produit. On ne croit plus à une nouvelle attaque ; dans tous les cas, nous voyons dans ces offres des Chinois les résultats des représentations de nos gouvernements, et nous sommes
persuadés que des forces imposantes s'avancent sur Pékin et appuient ces représentations. Nous devons toujours craindre, néanmoins, la dernière tentative que feront nos ennemis le jour où ces forces seront aux portes de la ville.
Un nouveau volontaire vient à la légation, M. Debrus,
Ce soir, vers 9 heures, je venais dem'étendre dans mon hamac, et je commençais à sommeiller, quand j'entends M. de Rosthorn qui m'appelle. Assez anxieux, et sans être retardé par ma toilette, je cours à la brèche du mur de l'hôtel d'où était partie la voix, me demandant quelle fâcheuse nouvelle m'attend encore. « C'est, me dit « le ministre d'Autriche, une nouvelle boisson « que nous venons d'inventer, il faut que vous « veniez la goûter 1 » Effectivement, je retrouve, réunis dans la grande salle de l'hôtel, tous les officiers et tous les membres de la légation d'Allemagne. M'"^ de Rosthorn, aidée de M. de Soden, remplit des flûtes à Champagne d'un liquide qu'ils puisent dans un des melons de l'Impératrice. Ce melon a été ouvert à l'une de ses extrémités ; les pépins ont été retirés avec soin.
et on a ajouté au jus du fruit, du sucre, du vin blanc, du Champagne et du rhum. Le mélange est parfait ; nous le buvons à la santé de l'aimable souveraine, de Jong-Lou et de Tong-Foii- Siang, et surtout à l'arrivée de nos troupes attendues avec plus d'impatience que jamais, quelle que soit notre gaîté.
Quand le melon est vide, M. de Soden a l'idée de découper, dans l'écorce, un nez, une bouche et des yeux ; il place ensuite une bougie dans cette lanterne, et la joyeuse bande va la mettre sur la barricade de Chamot, dans la rue des Légations. L'effet se produit bientôt ; plusieurs coups de fusil sont tirés du camp chinois sur le melon de l'Impératrice. L'erreur reconnue, nos ennemis se taisent, se calment et se rendorment.
21 juillet.
Çà et là quelques coups de fusil ; les soldats ne viennent plus à nos barricades. Que se passet-il ?
Le Yamen renvoie la dépêche du ministre de France et refuse de l'expédier.
Sir Robert Hart, inspecteur général des douanes chinoises, reçoit deux lettres du prince Kin^ : l'une est pour lai demander de ses nouvelles ; la seconde, le moyen que doit employer la Chine pour faire parvenir aux commissaires des douanes les instructions de leur inspecteur.
De Giéter, complètement guéri, revient prendre un fusil à la légation de France.
Le Chinois envoyé à la recherche des corps a été tué ; ce n'est pas douteux.
22 juillet.
Sir Claude Macdonald ayant demandé de la glace au Yamen, celui-ci répond que les Boxeurs ont refusé de la laisser passer.
Dans la légation de France, les Chinois travaillent à une galerie souterraine. M, Veroudart, élève interprète, s'avance, en agitant un drapeau blanc, pour les prévenir qu'ils ne doivent pas faire de travaux de ce genre pendant l'armistice. On tire sur lui deux coups de fusil, mais sans l'atteindre. Quand il est rentré, je tue
de la chapelle le Chinois qui travaille à la tranchée .
Un soldat chinois vient dire au colonel Shiba que les troupes ont quitté Tien-Sin le 18, et il offre de venir tous les jours dire ce qu'il saura des mouvements de ces troupes.
Le ministre de France écrit à Jong'-Lou pour réclamer les corps de Pesqueuret de Bougeard, et pour protester contre la détention du Chinois envoyé pour demander que ces corps nous fussent rendus.
On arrête deux boys chrétiens qui ont volé des vivres à l'hôtel de Pékin. Ils ont la vie sauve sur la prière de M""-^ Chamot ; mais je leur fais couper la natte, et je les fais bâtonner. Leur faute est d'autant plus grave, que les vivres deviennent rares. Dans le Fou, les chrétiens cueillent les feuilles des arbres et s'en nourrissent.
A 9 heures, pluie torrentielle, fâcheux contretemps qui pourrait bien retarder la marche des troupes.
23 juillet.
Toujours des coups de fusil isolés. Nos adversaires élèvent une barricade entre la maison
Filipini et le portique. De la chapelle des Autrichiens essaient en vain de les empêcher d'exécuter ce travail.
Jong-Lou répond à M. Pichon que les corps de nos marins n'ont pas été retrouvés, et qu'il ne sait rien du chrétien en question.
D'après l'espion du colonel japonais, les renforts seraient à Yang-Tsoun, c'est-à-dire à 30 kilomètres de Tien-Sin.
L'espion (nous l'appellerons ainsi désormais) informe le colonel Shiba que nos ennemis ont reçu de g-rands renforts qui sont entrés en ville aujourd'hui à la première heure ; il précise : 4.800 hommes du Chan-Si, et 9 pièces d'artillerie. Sir Claude Macdonald écrit aux chefs de détachement pour leur recommander de bien veiller, une attaque étant à craindre pour cette nuit.
M. Narabara, secrétaire de la légation du Japon, meurt dans la journée.
M. Wihlfahrt, sujet autrichien, quitte la lé-
gation d'Aiig'leterre et vient nous offrir ses services. Il est tout naturellement adjoint aux officiers autrichiens près desquels se trouvent déjà M. Benvenuti, M. Bouillard et M. Mathieu qui parle admirablement l'italien et peut ainsi diriger les matelots autrichiens. M. Mathieu est, en outre, un auxiliaire précieux pour Chamot, qui, seul, n'arriverait pas à accomplir la lourde lâche qui lui incombe. On ne voit guère Chamot sans Mathieu, ni Mathieu sans Chamot, et aux premiers coups de fusil, tous deux sont là.
Vers minuit, coups de fusil un peu partout ; nous croyons à l'attaque annoncée ; mais le calme se rétablit bientôt. Quelques fusées sont lancées dans le palais impérial ; il nous a semblé que la cessation du feu coïncidait avec l'apparition de ces fusées.
25 juillet.
A peu près calme. LeTsong-Li-Yamen envoie à Sir Claude Macdonald trois lettres : dans la première le gouvernement chinois demande au ministre d'Angleterre des nouvelles de sa santé ;
dans la deuxième il l'informe que l'empereur consent à laisser passer les dépêches, mais à la condition que les ministres télégraphieront en termes modérés et pacifiques ; enfin dans la troisième les Chinois insistent pour nous décider à quitter Pékin.
Dans la légation de France, nos ennemis travaillent toujours; ils font une mine, ce n'est pas douteux ; mais auront-ils le temps d'arriver jusqu'à nous avant l'arrivée des troupes ?
L'espion fait avancer encore ces troupes d'une vingtaine de kilomètres.
26 juillet.
Nuit tranquille ; nous avons pu dormir un peu malgré les puces et les moustiques ; mais aussi dans quel état nous réveillons-nous ?
Les ministres se réunissent à 10 heures pour discuter les propositions faites la veille par le Tsong-Li-Yamen. Il est décidé que, pour gagner du temps, Sir Claude Macdonald, à qui sont adressées les lettres, répondra quil va réunir le corps diplomatique pour lui communiquer les lettres du gouvernement chinois.
L'espion annonce que les troupes se sont battues à Ho-Si-Wou contre o.OOO Boxeurs et 3.000 soldats de Ton--Fou-Siang. — 1,200 Chinois sont hors de combat.
Si nos ennemis ont cessé de tirer sur nous, ils n'en continuent pas moins leurs travaux inquiétants et, depuis le 13 juillet, je me défie tout particulièrement de ceux qui font des trous dans la terre. Convaincus que leur but est de faire sauter le pavillon des Etrangers comme ils ont fait sauter la maison Saussine, nous décidons, avec le commandant autrichien, d'entourer ce pavillon d'une tranchée suffisamment profonde pour couper toutes les g-aleries qu'ils pourraient diriger de ce côté. Les travaux sont commencés de suite par des coolies, sous la direction de MM. Chamot et Mathieu.
En outre, sur les indications précises fournies par Chamot qui connaît Pékin, comme s'il l'avait bâti, nous entreprenons un autre travail dont le but est d'empêcher de faire sauter la chapelle et les maisons voisines, en se servant de l'ég-out collecteur qui suit la rue des Légations à 3 ou 4 mètres du mur de notre légation,
et qui, passant à côté des caves de l'hôtel, va rejoindre la rivière de Jade. A cet effet, une autre équipe de coolies commence une tranchée qui, partant de la chapelle, passera sous notre mur, et ira couper l'égout ; de là nous pourrons entendre venir les (Ihinois. Ces travaux seront dirigés par M. Bouillard, ingénieur des chemins de fer.
Il est convenu en outre que Chamot fera un travail semblable en partant de sa cave ; il propose d'ailleurs de curer l'égout jusqu'à la rivière et de nous en servir pour battre en retraite en cas de besoin.
27 juillet.
La nuit a été bien moins calme que les précédentes : les Chinois ont tiré de tous les côtés et ont surtout fait grand bruit avec des gongs, des trompettes et des tam-tam.
Si les renseignements fournis par l'espion sont exacts, la cour fait ses préparatifs de départ. Nous accueillons cette nouvelle avec joie ; la bravoure bien connue maintenant de nos adver-
saires nous permet, en effet, de conclure de cette information que nos troupes ne doivent pas être bien loin. Comme ce soldat ajoute que cinq cents voitures ont été réquisitionnées pour assurer ce départ, et que les officiers de service sur la muraille ont, d'autre part, remarqué un mouvement inaccoutumé de charrettes dans la ville chinoise, nous sommes tentés de croire l'espion. Celui-ci ajoute que les Chinois ont envoyé toutes les troupes disponibles au-devant des Européens, et qu'ils fortifient Tong^-Tcheou et Tchang'-Kia- Wan.
Le soir. Sir Claude Macdonald reçoit deux lettres : une par laquelle l'Impératrice annonce l'envoi de vivres (melons, aubergines, farine et glace); l'autre par laquelle on nous invite, la paix étant faite, à laisser sortir les chrétiens chinois.
Le Pé-t'ang est toujours attaqué. La cour, en donnant l'ordre de ne plus tirer sur les légations, aurait-elle laissé cette proie en pâture aux Boxeurs. Nous sommes cependant bien heureux d'entendre le bruit de cette canonnade qui nous rassure sur le sort de nos pauvres camarades.
itineraire de la colonne de secours d'après l'espion.
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j, Tong-Tcheou mol \Tdiang- Kia-Wan (901
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Nous préférons, à un doute affreux, cette certitude d'un danger. J'ai dit que les Chinois avaient refusé de porter des lettres à Ms^ Favier ou à Henry ; plusieurs tentatives ont été faites encore,
I j résultat ; ils veulent bien
15!^ "t" i§c^ j qui est à 120 kilomètres,
SS ^S ^ 'ann- qui est à une lieue,
^ -^ -^ ^8 juillet.
nmence sur nous peu après
3n trois quarts d'heure. Un
^^ lille à la tranchée contre-mine
• ^^«^ parvenu à franchir les lig-nes >^^ te de Tien-Sin une dépèche du ^^Sre ; malheureusement, il nous ^^ssible de tirer un renseignera^ de cette dépêche. La voici, d'elle fut affichée à la légation le pavillon où sont placardées
ç>M/t»-i Tien-Siri, âS"» July.
« Your Letter of the i^^. 24.000 troops landed ; 19. 000 are hère. The russians are al Peitsang. Plenty of troops on the way. If you can