‹ à propos d'éducation [microforme]Chapitre 17 sur 17 · D. KO · texte numérisé non relu

D. KO

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les vieux seuls ont conservé un vague souvenir. Mais o1 ne peut pas vout

faire à la fois.

Dans cinquante ans d'ici, quand les décadents, qui prétendent que les mots ont une odeur, seront à la tête du mouvement littéraire, peut-être s'apercevra-t-on que cet adverbe, inoffensif quand il est complet, prend, ainsi écourté, une tournure suggestive de choses dont les essences de Lubin ne donnent que des idées imparfaites.

Enfin, ne désespérons pas du progrès : il a beau aller lentement, il file son petit bonhomme de chemin ma'gré tout.

on trébuche nous fait faire quelquefois un bon saut en avant.

Ainsi, voyez, monsieur l’abbé, vous avez pesté contre moi bien des fois, depuis trois mois, n'est-ce pas? Et cependant, j8 vous rendais un

fier service,

La pierr: même sur laquelle

Je vous poussais rudement de l'avant, pendant ce temps-là.

Je vous apprenais, en quelques semaines, une chose que vous auriez peut-être mis trente ans à découvrir tout seul : c'est que vous êtes ignorant au point d’être le dernier à vous en apercevoir.

Peut-être même vous ai-je donné le désir d'étudier, de feuil!eter quelques livres, surtout la grammaire et le dictionnaire — deux ouvrages fort utiles, monsieur l’abbé, pour qui se mêle d'écrire .des livres et de faire de la critique ou de la pédagogie,

Néanmoins, si vous suivez mon conseil, vons n’écrirez plus ; ce sera pour vous un fameux ridicule de moins.

En somme, réfléchissez bien à tout cela, monsieur l'abbé, et vous finirez par m'avoir de la reconnaissance.

Maintenant il me reste à vous faire mes adieux.

J'aurais voulu, avant de me séparer de vous, ajouter à ma lettre quelques lignes de sympathie, pour ainsi dire tendre la main à l’adversaire plumé autant qu'humilié — c’est un sentiment naturel — mais la chose m’est impossible ; car, non seulement votre dernier article dans le Zon Combat contenait une assertion que vous saviez et savez n'être pas vraie, mais en outre je viens de découvrir par hasard dans votre Littérature au Canada en 1590, page SS, deux phrases qui donnent toute la mesure de l'honnêteté qu'un saint homme comme vous, qui monte à l'autel tous les jours, peut mettre dans ses rapports avec le public, quand ce qu’il croit être ses intérêts lui paraît concerné.

Ces deux phrases, les voici :

‘* Les défectuosités du langage trop souvent ne sont corrigées ni à l’école nt au collège. Le journaliste qui esf passé par là (une belle faute de syntaxe pour terminer !) ne saurait donner une marchandise autre que celle de ses féurnisseurs.”

Voilà ! or, quand on se rappelle, monsieur l'abbé, que c’est pour avoir dit exactement la même chose en d’autres termes, que je me suis vu l’objet de vos dénonciations indignées, on reste abasourdi devant cette manière, pour un oint du Seigneur, de comprendre la franchise et la droiture d’in-

tentions.

De plus, cela révèle chez vous, un penchant assez caractérisé pour la diplomatie à la chauve-souris.

Quand Lusignan et moi, nous nous donnions bien garde — de crainte

de voir ie clergé entraver notre action — d'attribuer la corruption du lan-

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A PROPOS D'ÉLJCATION 9Y

gage à nos études collégiales, et qu'au contraire nous en tenions nos confrères de la presse seuls responsables, vous vous sentiez atteint dans votre suscetpibilité de journaliste, et vous protestiez comme ci-haut, en alléguant avec raison que si les journalistes écrivent mal le français, c’est qu’on leur à mal er seigné le français. :

Mais, quand plus tard j'ose dire, moi un vii laïque, que nos collèges n’enseignent pas le français le plus pur à leurs élèves, c’est autre chose. Tout de suite le professeur dépouille le pourpoint du journaliste, endosse la soutane infaillible, et... en avant les foudres de fer-blanc !

Souris au besoin ; mais aussi, oiseau quand il le faut !

Mes compliments sur votre souplesse, saint homme !

Il y a, comme cela, dans la mythologie, un individu à deux faces ; on l’appeile Janus ; et je crois qu’au fond, c’est cela, monsieur l'abbé, qui est véritablement indigne et ridicule.

Adieu, monsieur ; j'ai rempli ma promesse : les vacances sont ouvertes. allez vous soigner.

"PS On m'apprend que l’université Laval envoie deux de ses: hommes les plus éminents étudier le fonctionnement des collèges européens. J'aimerais mieux qu’on étudiât le fonctionnement des collèges américains ; on y trouverait matière à observations plus pratiques pour nous ; mais c’est toujours un progrès, et j'applaudis.

Je viens de recevoir l’annuaire du collège de Sainte-Anne-de-la- Pocatière, Il contient d'excellentes choses, et l’on y découvre une tendance bien prononcée à briser avec les vieilles routines. J’applaudis encore. Tout effort vers le progrès constitue un progrès par lui-même. Essayons d’avancer : Dieu n’aide que ceux qui n’attendent pas après lui pour se mettre à la besogne. ù

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