VI. LE CAS DE L'ÉQUATEUR
On a insisté sur le cas spécial de ! Equateur. Cependant chacun sait qu’à l’avènement de Garcia Moreno, ce pays était, grâce à la révolution qui y régnait depuis des années, une contrée à demi sauvage. Le P. Berthe, que M. l’abbé Dubois a cité, dit, page 339, en parlant de ceux qui avaient précédé Garcia Moreno au pouvoir ; “ Les hommes de la Révolution le savaient si bien que leur premier soin, en s’emparant du pouvoir, avait été de laïciser les écoles, ce qui veut dire de les isoler de la morale et de la religion! Et plus loin, page 599: L' instruction publique n' existait avant Garcia Moreno qu’à l’état rudimentaire. Quelques rares collèges, accessibles aux seuls privilégiés de la fortune ; pour la masse du peuple des embryons d'écoles primaires, justement méprisées ; pour les Indiens, le simple enseignement de la doctrine chrétienne donné chaque dimanche par les pasteurs. La Révolution détruisit même ces pauvres germes : au milieu des conflits, des guerres, des insurrections, on sentait moins le besoin de collèges que de casernes ; de professeurs, que de capitaines. Durant un quart de siècle les salles de l’université, les collèges, les séminaires, les couvents se remplirent non d'étudiants, mais de soldats. Les murailles noircies de fumée, couvertes d' ignobles dictons ou de dessins obscènes; les œuvres d'art mutilées, montrent clairement le niveau de l'instruction à cette époque. ” ;
Et Garcia Moreno lui-même, dans un mémoire présenté au congrès de 1863, expose le triste et lamentable état de l'instruction publique depuis qu’Urbina avait édicté la loi des études, et converti en caserne l’unique collège de la capitale. C’est la décadence complète de l’enseignement
28 A PROPOS D'’INSTRUCTION CBLIGATOIRE
scientifique et littéraire. On dirait que les législateurs de 1853 ont eu à cœur de conduire la république dans un abtme de malheurs par le chemin de la barbarie ”.
Voilà dans quel triste état les francs-maçons avaient réduit l’Équateur, suivant l'expression du P. Berthe ! On comprend que Garcia Moreno, en arrivant au pouvoir et voulant remettre en honneur la religion et la morale par le moyen de l’école, décrétat l’école obligatoire, après avoir décrété la religion catholique, religion d’État.
En vérité, peut-on sérieusement comparer l’Équateur de 1869, où régnait l'ignorance religieuse, la révolution, l’anarchie, avec la province de Québec, que les statistiques fédérales placent à la tête de la Confédération, au point de vue de l'ordre et de la morale, qui est couverte d’écoles primaires, de couvents, d’académies, de collèges, d’écoles spéciales et d’universités ?