LA FRÉQUENTATION
D’après les statistiques fournies par les inspecteurs d' écoles, il y avait dans la province de Québec en 1916-17, 348,323 enfants de 7 à 14 ans; sur ce nombre, pour la même année, on en retrouve 330,381 d'inscrits aux écoles, soit 95%. Et les enfants de 7 à 14 ans représentent le véritable âge scolaire.
Nous ne croyons pas à l'efficacité de l'obligation scolaire: 1° parce que dans les pays où elle existe elle est peu ou mal appliquée ; 2° parce qu’ellerépugne à la liberté bien comprise : liberté du citoyen, liberté du père de famille et liberté municipale; 3° parce qu’elle créerait dans notre population des divisions et des animosités dont nous n’avons que faire après les années pénibles de la guerre que notre pays vient de traverser.
A mes yeux, l’argumert qu’en presque tous les pays existent des lois d' obligation scolaire, et que la province de Québec serait la seule dans la Confédération à n’en pas avoir, ne vaut rien.
La province de Québec est-elle autonome, oui ou non, dans le domaine de l’éducation? Et alors. est-elle obligée d’adopter telle loi parce que cette loi est en yigueur chez sa voisine. Répondre oui. serait insensé.
La province de Québer: doit-elle violenter sa paisible population, si anxieuse de faire instruire l'enfance et la jeunesse, en
lui imposant une loi d'obligation scolaire parce que Frédéric- Guillaume II de Prusse ordonna en 1713 l’école obligatoire ? Alloris donc ! N'est-ce pas la centralisation scolaire à outrance en Prusse d’abord, puis en Allemagne, et n'est-ce pas aussi l'obligation scolaire d’une sévérité farouche en ces pays, qui ont permis à l’État allemand de préparer la guerre barbare et sanglante en fondant dans un même moule une population avide d’orgueil et de domination ?
L'ExEMPLE DE LA FRANCE
En France, depuis 1882, malgré l'instruction obligatoire établie surtout pour contrarier et persécuter ies catholiques, le bon sens français et le sentiment de la justice parlant plus haut que la haine religieuse, on a laissé dormir la loi d’obligation: ni les commissions scolaires, ni les instituteur ni les inspecteurs primaires n'ont jamais voulu jouer le rôle de gendarmes vis-à-vis des pères de famille, citoyens libres d'un grand pays libre. (1)
En France, pour compenser la faillite de l'instruction obligatoire, s'inspirant de la saine logique si naturelle au tempéramment français, on a créé l’école INTÉRESSANTE, UTILE, AGRÉABLE, et l’on a prôné Har tout le pays que c’est le bon maître qui fait la bonne école ”, et que “ c’est la bonne école qui attire l’enfant en classe”.