RUE BONAPARTE
PLANCHES I-ÏI
Le temps est déjà loin où, pour défendre la sculpture égyptienne contre la théorie de l'invariabilité du canon hiératique, Emm. de
Rougé esquissait, avec sa sûreté de vue ordinaire, les grandes lignes d'un classement des monuments figurés de l'Egypte antique en vastes périodes correspondant aux quatre grandes divisions historiques, classement qui parut si exactement approprié qu'on s'en est contenté pendant plus de trente ans et (pion l'a érigé en un dogme encore aujourd'hui très vivace, puisque la connaissance de Fart égyptien répandue dans le grand public ne va pas beaucoup au delà. Cependant, Mariette chez qui le sens archéologique et l'esprit du détail étaient sans cesse tenus en éveil par les découvertes d'alors, si fertiles en points de comparaisons, se plaisait à constater dès ce moment, notamment pour l'Ancien Empire, des particularités qui permirent d'envisager ces grandes périodes sous un aspect un peu plus complexe ; et cette manière de voir devait être le point de départ d'une conception nouvelle et féconde, eu ce quelle reconnaissait implicitement à l'art égyptien celte vitalité persistante qui, observée pas à pas dans sa
MONUMENTS ET MEMOIRES
marche évolutive, donnait l'explication des transformations essentielles au tournant des grandes périodes 1 , Mais, dans la détermination de ces caractères, une confusion a été commise : on a classé et comparé des entités sans tenir suffisamment compte de leur' nature, il en est résulté certaines invraisemblances et la plus grave était celle qui faisait dériver plus ou moins directement l'imagerie hiératique des temples ihébains de l'art naturaliste des mastabas memphites. On crovait à une véritable dégénérescence académique de cet art vivant et jeune sous l'influence déprimante d'un respect trop servile des conventions. Ce jugement conforme, semblait-il, à lune de ces lois fatales qui président au développement artistique de toutes les civilisations, avait l'inconvénient de négliger la coexistence en pleine période sacerdotale d'un stvle qui l'était au plus au haut degré et d'un style qui l'était aussi peu que possible, et ce contraste ne constituait pas, dans l'art égyptien, un phénomène passager et isolé, mais paraissait durer aussi longtemps que le premier et le second empire thébain , et, qui plus est, que l'époque saïte ; on savait déjà qu'à côté des représentations canoniques des dieux et des rois, d'un type si peu variable qu'on le retrouve sans le moindre changement dans les plus formidables colosses que la main de l'homme ait sculptés et dans les plus infimes figurines des trousseaux d'amulettes, ainsi que dans les bas-reliefs reproduisant à. satiété sur les murs des temples les mêmes scènes mystiques ou liturgiques, les tombes des grands officiers de la cour théhaine présentaient des scènes de la vie réelle, exécutées avec une liberté et une fantaisie qui ne le cédaient guère à celles de Saqcjârah. L'art industriel du même temps, on ne l'ignorait pas davantage,
1 . On trouvera peut-être superflu que je rappelle ici combien fut important le progrès réalisé en France par la publication du tome I er de l'Histoire de l'Art de G. Perrot et Ch. Chipie/, qui systématisait les données les plus éparses et introduisait l'explication du rôle des monuments par les croyances et de leurs conditions matérielles par les conditions de race et de climat. Moins systématique, V Archéologie égyptienne de Maspcro est l'exposé le mieux documenté sur la question: tout ce qui a trait à la technique des arts y est formulé d'une manière qui restera longtemps le modèle du genre. Une nouvelle édition, complétée et, revisée sur certains points que les dernières découvertes ont éclairés d'une lumière nouvelle, conservera à cet ouvrage, dans l'état actuel delà science, la classique, autorité qui lui appartient.