OBSERVATION
(Inédite. — Due à l'obligeance de M. le professeur Forgue)
B... Alphonse, cultivateur, âgé de 19 ans, est adressé à M. le professeur Forgue pour coxalgie. Le diagnostic d'emblée est coxa vara droite.
Le sujet vient pour des douleurs rayonnant UE toute la cuisse, dont le début remonte à près de » ans..-Il ne semble pas que l'intensité et le mode des douleurs ait varié depuis ces derniers temps.
Une boiterie s’est dessinée peu à peu depuis un an
peu près ; le malade n’a jamais gardé le lit. Il est noter que ce jeune garçon est un grand garçon qui se fatigue, continue les travaux agricoles et se double d'un braconnier de chasse et de pêche. | Le repos ne paraît pas calmer les douleurs, et, quand les conditions atmosphériques sont défavorables, il souffre tout autant levé qu'au repos. | Antécédents personnels. — C'est un garçon maigre, mais musclé, vigoureux et de croissance normale, N'a jamais fait de maladies sérieuses. | En somme, notre malade souffre depuis près de 5 ans, boite légèrement depuis quelques mois et accuse des.
Mie douleurs dont le caractère, ne s'observant pas dans une coxalgie, est d’être influencé par les conditions atmosphériques (surtout par les temps humides) et de n'être pas apaisé par le repos ou le séjour au lit.
De plus, en considérant que, s’il s'agissait d'une coxalgie qui jamais n'aurait été immobilisée, il était à priori frappant qu'elle ne se fût point aggravée-depuis ces délais et en l’absence de tout traitement.
Examen.
Inspection. — Le sujet étant debout et regardé en face, on est frappé par les symptômes suivants :
1° Une atrophie de la cuisse droite (3 em. de différence comme mensuration périphérique) ;
2° Un abaissement du bassin du côté correspondant:
si l’on mène l'horizontale par l’épine iliaque antéro-
supérieure droite, on constate qu’elle est à 2 cm. audessous de l’épine iliaque du côté sain. | Sur le sujet debout et regardé de dos on observe que, derrière le grand trochanter, la fesse est déprimée ; pas d’abaissement du pli fessier. On remarque de même une légère scoliose de compensation, de siège lombaire, à concavité gauche, mais ayant à peine 7 à 8 em. de flèche. Sur le sujet couché nous constatons d’abord : 1° Un raccourcissement apparent du membre malade. Fait essentiel: alors que la mensuration menée de l’épine iliaque antéro-supérieure à la pointe de la malléole externe donne un raccourcissement de 2 em. 5, la mensuration conduite du sommet du grand trochanter à la même pointe donne une longueur égale à celle du
membre sain. Signe très important qui indique que la lésion est sus-jacente au grand trochanter. j
2 Une rotation externe très marquée.
3° Une situation du grand trochanter anormale: le trochanter étant plus saillant et surtout refoulé en arrière. Si l’on abaisse, en effet, une verticale de l’épine iliaque antérieure et supérieure sur la face antérieure de la cuisse et si l’on marque d’un trait le bord postérieur du grand trochanter, on mesure que la distance qui sépare ces deux lignes du côté malade est de 1 em. » plus grande que du côté sain, ce qui précise la rétroversion cervico-trochantérienne. ;
4 L’ascension du grand trochanter, qui est confirmée par les trois mensurations, à savoir:
a) L'élèvement au-dessus de la ligne de Nélaton (Hem
b) L'abaissement de la ligne spino-trochantérienne (signe de Shæmaker) qui passe à deux travers de doigt au-dessous de l’ombilic à droite : tandis qu'à gauche elle croise l’ombilic ;
c) Enfin la mensuration du triangle de Bryant, dont le petit côté est de 6 cm. à droite et de 7 cm. à gauche. Donc les trois mensurations s'accordent à démontrer le signe capital de l'ascension du grand trochanter.
»° Parallèlement à la rétroversion cervico-trochantérienne, c'est-à-dire à la formation d’un angle à sinus postérieur, nous constatons antérieurement, par la palpation de la base du triangle de Scarpa, en dehors de l’artère crurale et à un travers de doigt au-dessous de l’arcade crurale, une saillie osseuse qui soulève le plan musculaire et qui répond évidemment à l’angle antérieur d’inflexion cervico-trochantérienne.
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Examen des fonctions d’articulation.
Ce qui est dominant dans ce cas et ce qui reste classique, c’est la limitation considérable des mouvements d’abduction; si l’on fléchit les deux genoux et si l’on porte les deux talons au contact, le mouvement d’abduction se limite presque immédiatement avec une saillie nette des adducteurs.
L'extension maxima entraîne légèrement le bassin, avec un peu d’ensellure lombaire.
La flexion est très peu limitée et presque pas douloureuse.
La percussion sur le genou est absolument indolente ; la percussion sur le grand trochanter détermine une légère douleur.
Examen de ia marche.
Elle montre une légère claudication due au raccourcissement. Mais comme, dans ce cas, l’adduction de la cuisse n’est pas très marquée et n’est pas portée au point de croiser les condyles, on n’observe pas l’oscillation transversale du bassin que l’on note dans les types de coxa vara avec grande adduction.
De même, et pour la même raison, le malade peut s'asseoir sans trop écarter là cuisse droite et quand il s’agenouille n’est point forcé de croiser les jambes en arrière l’une sur lPautre.
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Examen radiographique.
L'examen radiographique fait constater une coxa vara
typique, avec têle en marteau: le col a été ramené complètement en angle droit et a subi un raccourcissement considérable de RE de 2 cm. Il semble bien que l’inflexion, autant qu’on en peut juger par une ligne oblique de haut en bas et de dehors en dedans, se soit surtout produite à la base du col dans une ligne juxta-trochantérienne; ce qui est d’ailleurs conforme à l'opinion de Frœlich suivant laquelle, dans les formes symptomatiques de la coxa vara, l’inflexion est plutôt juxta-trochantérienne, tandis que dans les formes essentielles elle est plutôt sous-capitale. $
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