TRAITEMENT
Quelle était la conduite à tenir vis-à-vis de ce malade ? Etait-il susceptible de bénéficier d’un traitement ? Pouvaiton faire œuvre utile en lui conseillant une intervention chirurgicale ?
C’est ce que nous nous proposons de déterminer dans ce chapitre. Dans ce but, après avoir passé en revue les divers traitements de la luxation congénitale du radius, nous nous efforcerons de déterminer leur opportunité dans le cas présent.
Chez l'enfant, la seule intervention admise par Ollier est la réduction non sanglante. Princeteau en donne la technique dans une de ses observations (1). « Nous embrassons de la main droite le poignet du membre lésé, tandis que notre main gauche embrasse la face postérieure du coude, le pouce appuyant sur la face antérieure du coude malade au niveau de la saillie de la cupule radiale. Nous provoquons alors, en employant une certaine force avec la main droite agissant sur le poignet lésé comme bras de levier, un mouvement combiné et simultané d'extension,
(1) Journal de médecine de Bordeaux, 1907. Page 474.
de supination et de traction suivant l'axe du membre, tandis que la main gauche résistant à ce mouvement complexe appuie par la pulpe du pouce sur la cupule radiale. »
Si la récidive se produit, ce qui est fréquent, ou si la réduction est impossible, le meilleur traitement d’après Ollier serait de ne rien faire.
On a tout lieu, jusqu’à l’âge de 12 à 13 ans, d'espérer la formation d’une néarthrose suffisante pour éviter au sujet toute gêne fonctionnelle.
Le peu de gêne chez l'enfant dans l’accomplissement des divers mouvements et l’amélioration susceptible de se produire au cours de la croissance seraient, d’après Ollier, une contre-indication formelle à l'intervention sanglante. « Ce sont là des opérations que l’antisepsie permet sans doute de faire sans danger pour la vie mais qu’elle n’autorise pas, selon nous, sur des enfants qui ont encore à faire la plus grande partie de leur croissance. » (1).
Chez l'adulte, 1l faut avant tout tenter la réduction:
Dans le cas où cette tentative échouerait, il faudrait savoir distinguer la lésion avec impotence absolue et la luxation sans troubles fonctionnels importants.
Impotence absolue, il faut opérer.
Troubles fonctionnels peu marqués, opération contreindiquée. :
En cas d'intervention, quelle sera l'intervention de choix ? Ténotomie, arthrotomie ou réscetion ?
Ténotomie. — Klle se trouvera indiquée lorsque l’avantbras est fléchi sur le bras et que le tendon bicipital forte-
(1) Ollier. Traité des résections.
ment tendu apparaît, formant arête au niveau du coude. La rétraction du biceps maintient la flexion de l’avant-bras sur le bras et semble, au moins dans les variétés antérieures, maintenir la luxation. La ténotomie portera donc sur le tendon du biceps. Les résultats en sont généralement une extension possible du bras après l'opération, mais avec persistance de la luxation.
Arthrotomie. — Elle a été souvent tentée. Rien de plus naturel, en effet, que d’ouvrir l'articulation, la vider de tout ce qui fait obstacle à la rentrée de la tête radiale et d'opérer la fermeture de la capsule après réduction. Mass, très souvent, la réduction sanglante ne se fait pas mieux que la réduction ordinaire, entravée qu’elle est par la longueur du radius.
Résection de la tête radiale. — C’est l'opération indiquée dans le cas de longueur excessive du radius. Cette opération semble aisée étant donnée labsence de ligaments sur la cupule ri ciale. Toutefois, dans les luxations anciennes, elle se trouve compliquée par des épaississements et des adhérences ligamenteuses.
Nous empruntons à Olker lui-même la technique de l’intervention (1) : « La résection isolée de la tête du radius se fera par une incision en E— à branche horizontale répondant à l’interligne articulaire, et à branche verticale postérieure suivant l’axe du bras, mais ne dépassant pas 4 centimètres. Pour ne pas léser des branches musculaires du nerf radial on passera entre l’ancone et le cubital pos- . térieur, et si l’on dait retrancher une grande hauteur de los,
(1) Ollier. Traité des résections. Tome II, page 206.
on incisera le périoste le plus possible en arrière pour ne pas rencontrer la branche du nerf radial. »
Chez notre malade, il était inutile de tenter la réduction simple. La grosse déformation du membre et l’incurvation considérable des deux os de l’avant-bras (voir radio, page 15 bis) s’y opposaient complètement.
Restait à déterminer l'opportunité d’une intervention sanglante.
Remarquons d’abord que des contre-indications importantes se présentaient à la ténotomie. Elles se résument dans
1° L’intégrité des mouvements d’extension qui, selon notre observation, s’accomplissent normalement ;
2° Le rôle absolument nul exercé par le biceps sur le maintien d’une luxation radiale en variété postérieure.
Quant à l’arthrotomie, étant données la longueur du radius et l’incurvation anormale des deux os de l’avantbras, elle n'eut probablement pas abouti à de meilleurs résultats que la réduction simple.
L'opération à tenter eut donc été la dernière qui se présente : la résection de la tête radiale accompagnée d’ostéotomie.
Mais avait-elle réellement dans le cas présent des indications sérieuses ?
Nous ne le pensons pas. Le malade lui-même réclamait seulement les soins que nécessitait sa récente fracture du radius, mais ne demandait aucun traitement à son infirmité. Il accomplissait tous les mouvements, s’aidant au besoin à cet effet des articulations voisines, et pouvait
vaquer à ses occupations. Il semblait donc inutile de chercher un remède et de tenter une opération chirurgicale.
Celle-ci, d’ailleurs, non seulement était inutile, mais pouvait même être nuisible.
En effet, la déformation osseuse de l’avant-bras était accompagnée de modifications importantes de la statique et de la dynamique musculaires du membre. Un redressement osseux détruisait cette adaptation et, par conséquent, était de nature à créer des troubles fonctionnels graves ou à exagérer ceux déjà existants.
En raison de ces diverses contre-indications, la conduite à tenir à l’égard de ce malade était donc l’abstention de
toute intervention.