INTRODUCTION
Notre intention, au cours de cette étude, n’est pas de mettre au point le traitement idéal des ruptures de la rate. D'autres travaux, autrement complets que le nôtre, ont, pourrait-on dire, presque épuisé la question et nous ne saurions que répéter inutilement, et sans grand profit pour personne, ce qui est acquis à l’heure:actuelle, à savoir que la splénectomie est le seul traitement que réclament les ruptures de la rate. Nous nous sommes placé à un point de vue tout différent.
Nous avons eù l’occasion de voir et de suivre, dans le
service de M. le Fees Fiolle, un malade atteint de
rupture de la rate et qu'une splénectomie faite à Prebns
a rendu rapidement à la santé.
Comme on pourra s’en rendre compte par la lecture
de l'observation que nous donnerons plus loin avec quel-
10e ques détails, rien dans l'état de ce malade n'attirait l'attention d’une manière particulière sur l'atteinte de ce viseère. Ce n'est qu'au cours de la laparotomie exploratrice, que fut découverte la rupture splénique.
Si donc, dans ce cas envisagé, on avait attendu pour intervenir quelque signe, sinon de certitude, au moins de probabilité, il'est à peu près certain que l'heureuse issue que nous aurons à décrire n'aurait pas pu être enregistrée. Nous avons, après avoir observé ce cas, été tenté de rechercher les cas similaires que pouvait mettre à notre disposition la littérature médicale.
Pour le dire de suite, nous en avons trouvé plus que nous n'en cilerons en temps et lieu. Sans vouloir grouper en faisceau compact toutes les observations publiées qui peuvent être utilement rapprochées de la nôtre, nous nous proposons d'insister d’une manière particulière sur certains cas de rupture de la’ rate à symptomatologie réduite et qui n’ont eu une heureuse issue que grâce à une intervention chirurgicale radicale.
Sans être tenté de faire de l'exception la règle, il ne sera pas, croyons-nous, sans utilité d'attirer latten-. tion sur les cas que nous voulons étudier où une rupture de la rate ne s’est pas produite sur le blessé par les signes habituels qui caractérisent l'atteinte de ce viscère. C’est dans de pareils cas qu'il vaut mieux pécher par excès que par défaut, l'excès d’ailleurs n'étant pas à craindre, étant donné Pinnocuité de l'intervention, le défaut au contraire pouvant causer d'irrémédiables catastrophes.
Le premier point que, partant de notre observation, nous lâcherons dé mettre en évidence sera donc que, pour ineriminer la rate, il n'est pas ‘loujours besoin
d'une symptomalologie complète traduisant l'atteinte de cet organe. i
Un second point, et non moins intéressant, peut être présenté de la manière suivante. Des discussions approfondies que nous aurons d'ailleurs l’occasion de citer au cours de cette étude, ont à l'heure actuelle abouti à cette conclusion nette que la rate peut être exlirpée en totalité sur l’homme vivant, sans suites fâcheuses pour sa santé, C'est un fait, et un fait d'obsertion que, à envisager d’une façon générale, la rate n'est pas un organe indispensable à la vie.
Nous ne voudrions pas que les mois dépassent ici notre pensée, el endosser à notre compte el au sujet de la rate les légendaires plaisanteries qui ont valu au professeur Metchnikoff ses idées très personnelles sur le rôle et l'utilité du gros intestin. Des conclusions qu'on lira à la fin de cette thèse, nous ne voudrions pas qu'on pût tirer que nous tenons la rate pour un organe tellement négligeable qu'on doit, à la première alerte, l’extirper sans autre forme de procès.
Mais des travaux histologiques s’est dégagée cette conception que le rôle de la rate, chez l'adulte, n’est pas si réduit qu'on l'avait imaginé autrefois, et que sa fonction. hématopoïétique est à envisager sérieusement à côlé et en corrélation des autres organes sangui-formateurs. De là quelques scrupules pour quelques opérateurs à respecter un organe important, de à une tendance fàcheuse à notre avis à pratiquer cerlaines opérations incomplètes qui pour être plus conservatrices que l’extirpation risquent parfois d'en être plus dangereuses.
La majorité des chirurgiens ont leur opinion faite et pensent que l'extirpation d’un organe qui saigne si facilement est d'effets nuls. Pour ceux que pourratent encore
tenter les interventions conservatrices, ou l’extirpation dans les cas en apparence peu graves, pour les médecins plus enelins à subir l'influence des données théoriques, nous avons tenu à mettre en évidence un point particulier de notre observation, c'est Pexistence d'une ou plusieurs rates surnuméraires.
L'intervention dont nous donnerons bientôt le détail a été particulièrement heureuse à ce point de vue ; elle a permis de constater par la vue et par le toucher lexistence d’une rate surnuméraire, ce qui devrait ôler toute hésitation à l'opérateur. Il n'en est pas souvent de même, el nous devons avouer qu’au cours d'une splénectomie, intervention toujours d'urgence quand il s’agit de malades gravement traumatisés, quand l'abdomen est plein de sang, on aura rarement le loisir de chercher à vérifier l'existence d’une rate supplémentaire.
Les rates multiples sont-elles cependant rares en pratique? Il nous a suffi de feuilleter les registres d’autopsie de notre maître M. le professeur Alezais pour en décou-. vrir de nombreux cas.
Il n'entre pas dans notre sujet et ce serait l’'encombrer inutilement que de rapporter loùs les cas que nous avons pu relever dans les registres d’autopsie du laboratoire d'anatomie pathologique de l'École de Marseille. Nous n'en parlerons qu’en passant et d'une manière pu-
rement incidente.
Nous atlirerons donc l'attention sur l'existence dans notre cas d’une rate supplémentaire en montrant la fréquence de ces organes aberrants ; nous nous proposons d'insister d'une manière particulière sur la formule leucocylaire de notre malade, formule qui nous fournit quelques renseignements sur le rétablissement de la fonction hématopoïélique après extirpation de la rate
principale si l'on peut ainsi s'exprimer. Sans entrer d'ores et déjà dans les détails à ce sujet, nous pouvons dire que les organes hémoformateurs de la série médullaire ont manifesté leur réaction comme dans les cas où une rate supplémentaire n'avait pas été constatée.
La présence dans le sang d’un splénectomisé de globules de la série médullaire ne sera donc pas pour nous faire admettre une tentative vicariante absolue de la part de la moelle, puisque dans notre cas nous avons pu les observer malgré la présence d’une rate intacte bien que réduite. Cette apparition ne devra donc être interprétée que comme une réaction temporaire et purement passagère, un nouvel équilibre ne tardant pas à s'établir. Re
Ces constatations considérées en elles-mêmes n'offrent rien de nouveau, il est vrai ; mais, à notre connaissance, l'hématologie de la splénectomie n’a jamais été faite avec la notion de l'existence d’une rate supplémentaire. Ce léger point de détail pourra, croyons-nous, donner quelque intérêt à nos constatations.
On voudra bien excuser la longueur de ce préambule. ‘Il était nécessaire de dire nettement l'objet de ce travail. En somme, le but poursuivi dans cette thèse est non pas de traiter d'une manière complète de la splénectomie en tant que traitement des ruplures de la rate, mais à propos d'une observation personnelle intéressante, à plusieurs points de vue, de mettre en évidence les points suivants : |
je Les ruptures de la rate ne sont pas suivies, bien que réclamant une intervention complète et rapide, ‘d'une symptomatologie qui impose le diagnostic. On aurait lieu de se repentir, par voie de conséquence, si
l'on ‘attendait pour diriger ses investigations de ce côté, de voir réunis des signes même de probabilité.
2° La rate étant en cause aucun traitement he vaut l’extirpation.
= L'extirpation est d'autant plus le traitement de choïx que nulle suite fâcheuse n’est à redouter de son fait quand la rate est conglomérée ; les rates supplémenlaires étant fréquentes on craindra encore moins l’intervention radicale; d'autant que, d'après les investigations histologiques, les malades qui ne conservent plus de tissu splénique se comportent à peu près de la même façon que ceux qui gardent dans leur abdomen une rate supplémentaire. |
Il est maintenant utile de dire un mot de la manière dont notre travail est présenté. Il ne sera pas une dissertation sur les propositions que nous venons d’énoncer et qui n’en sont que les caractéristiques. Encore moins écrivons-nous l'histoire complète des traumatismes spléniques considérés dans leur étiologie. anatomie pathologique, complications, traitement, etc. D'excellents travaux que nous citerons d’ailleurs, en cours de route, ne demandent pas à être refondus. Comme nous l'avons dit, à propos d'une observation dont quelques points méritaient d’être mis en relief, nous avons réuni quel- . ques casquinous ont paru pouvoir renforcer notre manière de voir. Si peu qu'on soit au courant de la question, il sera facile de s’apercevoir que nous en avons omis de nombreux autres. C'est volontairement que nous avons agi ainsi, estimant que nous devions nous arrêter quand le nombre de nos exemples était suffisant et chacun d'eux suffisamment démonstratif.
Il eût été facile d’allonger indéfiniment ce travail. Nous nous sommes contenté dans un premier<hapitre de rap-
— 15 — | porter l'observation du professeur Fiolle et celle dont nous avions l'intention de nous servir avec quelques détails. Quand une observation n'était intéressante que par un seul point, nous n'avons fait que citer ce détail avec indication de la source à laquelle on pourra se reporter.
Un second chapitre reprend en détail et met en valeur les signes cliniques sur lesquels nous avons voulu attirer l'attention.
Dans un autre chapitre, nous étudierons l'hématologie
‘des splénectomisés et cette étude nous fournira quelques
réflexions sur le rôle de la rate supplémentaire dans la régénération leucocytaire.
Nous terminerons par quelques inots sur les indica-
tions et la supériorité de la splénectomie sur les autres I à traitements conservateurs.
ae Re DE CHE CU