A propos d'un prêtre marié :
La polémique suscitée par la brochure Un prêtre marié, Charles Perraud (2), est fertile en incidents. Il vient d'en surgir un qui jette une lumière curieuse sur la comédie de protestation organisée par l'Oratoire contre l'histoire de son ancien membre. M. Paul Hyacinthe- Loyson veut bien communiquer à VExode les documents suivants qui exposeront à nos lecteurs cette affaire de la manière la plus complète.
U Univers s'est enfin décidé à publier, dans son numéro du 2 juillet, une lettre que lui avait adressée M. Houtin le 5 juin. VUmvers a fait suivre cette lettre d'une réponse de M. Alfred Baudrillart, réponse qui constitue le troisième article du champion de l'Oratoire contre MM. Hyacinthe Loyson et Houtin. Ce dernier a répliqué immédiatement. Sa réplique a paru dans le numéro du 14 juillet, suivie de quelques mots de M. Baudrillart qui bat en retraite. De ce côté la polémique est close.
Le troisième article du recteur de l'Institut
(1) Journal « l'Exode », 10 Août 1909. — Suite à la brochure 16 de la Bibliothèque de Propagande.
(2) Chez l'auteur, Albert Houtin, 18, rue Cuvier, Paris, 2 édition, 1 fr. 2^.
catholique, a soulevé un incident piquant. Mgr Baudrillart y a énuméré un certain nombre de personnes qui n'ont pas cru « au caractère coupable » des relations de Charles Perraud avec M™e Duval ou qui n'en ont pas entendu parler. Parmi ces personnes il a été cité M. l'abbé Mugnier, premier vicaire à Sainte-Clotilde.
Or, il se trouve que M. Mugnier avait si bien entendu parler de ces relations qu'il en avait causé lui-même avec M. Hyacinthe I.oyson, et qu'il avait lu le manuscrit de M. Houtin dix-sept mois avant sa publication.
Aussitôt que M. Houtin eut pris connaissance de l'article de M. Baudrillart, il écrivit à M. Mugnier la lettre suivante :
Lettre de l'abbé Houtin
Paris, 18. rue Cuvier,
ce 2 juillet 190g.
Monsieur l'Abbé, J'ai lu ce matin dans V Univers avec une véritable stupéfaction que Mgr Baudrillart vous cite parmi les personnes qui ont approuvé la brochure des Oratoriens.
Je ne puis croire qu'il en soit ainsi parce que, i» Vous connaissez trop M. Hyacinthe Loyson pour croire et autoiiser leur thèse, à savoir qu'il m'aurait donné sciemment et volontairement une fause clef des lettres de Charles Perraud où il est question de X et de Z.
2" Vous avez lu mon manuscrit au mois de mai
19O7, c'est-à-dire dix-sept mois avant sa publica* tion. Jamais vous n'avez élevé la moindre objection contre l'authenticité des documents que je mettais en œuvre, ni contre la manière dont je les mettais en œuvre. Au contraire, vous avez bien voulu me donner plusieurs renseignements qui complétaient mon récit.
Vous n'avez présenté d'objections que sur l'opportunité de la publication. A plusieurs reprises vous m'avez exprimé le désir qu'elle ne fût pas faite promptement et même qu'elle ne fût pas faite du tout, de peur de nuire aux prêtres libéraux. Un peu plus tard, un jour que je vous ai dit qu'elle serait probablement diftérée, vous m'en avez remercié comme d'un a service personnel ».
3® Je suis bien sûr de ne pas avoir rêvé toute cette suite de nos rapports. J'ai des preuves écrites que vous avez reconnu la parfaite authenticité du cas Perraud. Je viens de retrouver dans mes papiers deux lettres de la comtesse de F.... Dans la première, datée du 5 mai 1907, elle m'écrit: « Le P. H. a dû vous dire que le jour où nous avons déjeûné ensemble chez l'abbé Mug... celui-ci nous a beaucoup parlé de l'abbé Perraud et de son mariage et du culte qu'il gardait à sa mémoire, b
Le déjeûner en question eut lieu au commencement du mois de février et ce fut précisément parce que vous n'aviez point hésité à parler beaucoup du mariage de l'abbé Perraud que je vous proposai de bien vouloir lire mon petit manuscrit.
La deuxième lettre de la Comtesse F... est relative à ma publication. Notre amie, vous l'annonçant, disait : « la souffrance des martyrs, va servir. » Vous lui avez répondu : « La souffrance des martyrs, comme vous dites, servira... contre eux. Vous verrez. Ceux-là seuls triompheront qu'on appelle les catholiques intransigeants. Ils crieront plus que jamais contre les libéraux. On enveloppera dans un même disciédit les- Montalembert, les Gratry et les Perraud. » •
Ces souvenirs et ces textes si précis me font croire qu'il est impossible que vous ayez réellement donné l'approbation dont se prévaut l'Oratoire.
Vous pensez bien que je ne laisserai point user ou abuser de votre nom pour laisser traiter M. Hyacinthe Loyson de faussaire. Mais avant de rien faire, je désire savoir, si vous jugez bon de me le communiquer, en quelle mesure vous avez encouragé ou remercié ces RR. PP.
Nous avons vu, l'un et l'autre, tant de volteface chez des ecclésiastiques que vous ne serez pas surpris de ma question et que vous l'excuserez. Respectueux hommages.
A. HOUTIN.
Deux jours après, le dimanche 4 juillet, au soir, M. Mugnier s'en alla porter des explications à M. Houtin. Celui-ci ne les a sans doute pas jugées suffisantes, puisque, huit jours plus tard, M. Paul Hyacinthe- Loyson écrivait lui aussi au premier vicaire de Sainte-Clotilde, en ces termes :
Lettre de Paul Hyacinthe-Loyson
Paris, 1 lo, rue du Bac,
1 1 juillet 1909 A monsieur l'Abbé Mugnier,
Premier vicaire à Sainte-Clotilde.
Monsieur, C'est la guerre. Je le regrette. Mais on nous la fait si déloyale que je la ferai, moi, sans merci.
Après avoir comblé mon père, jusqu'en ces tout derniers temps, des marques les plus vives et les plus touchantes de votre affection, vénération et approbation, je ne puis admettre que vous apportiez tout-à-coup votre témoignage public à ceux qui l'accusent d'être un imposteur et un faussaire professionnel.
Il me répugnerait de vous perdie, car à votre espoir d'ajouter un jour la conversion plus insigne de Hyacinthe Loyson à celle des deux dégénérés que furent Huysmans et Coppée, se mêlait sans doute une sympathie vraie pour mon père qui n'a pas cessé de vous la rendre. Je vous invite donc à sauver l'honneur etl'amitié en adressant à V Univers une lettre ouverte où laissant de côté la discussion de l'affaire Perraud sur laquelle votre opinion est libre, vous expliquerez votre adhésion à la liste de M. Baudrillart et déclarerez tenir mon ^ère pour incapable de tout menson(>e.
A défaut de quoi, et sans abuser du secret de vos lettres (i), je n'aurais pas de difficulté â fi) Lettres qui, d'ailleurs, n'ont rien desecre^.
démontrer publiquement quels sont vos sentiments intimes à l'égard de l'homme que vous venez d*aider à diffamer.
Recevez, monsieur, l'expression de mon extrême étonnement.
Paul Hyacinthe- LoYSON.
P. -S. — Je suis à Paris jusqu'à mardi soir. Il me serait tout à fait pénible d'avoir à vous refuser ma porte. Mais comme à la lettre de M. Houtin vous avez répondu par une visite et des explications verbales, je vous avertis que je n'accepterai votre réponse que par écrit, si vous jugez bon de m'en faire une,
Quelques jours plus tard, M. Paul Hyacinthe- Loyson recevait par carte pneumatique la réponse suivante :
Un (( petit bleu » conciliant
Paris 16, juillet igog.
Monsieur, Absent de Paris depuis quelques jours, c'est ce matin seulement que je reçois votre lettre datée
du II.
Je vais m'empresser de vous donner toutes les satisfactions que vous demandez.
Veuillez croire, monsieur, à mon humble dévoûment.
A. MUGNIER
M. Paul Hyacinthe-Loyson, au reçu de cette lettre, crut devoir envoyer à M. le premier vicaire
des explications qu'il jugeait encore nécessaires pour prévenir toute équivoque :
Deuxième lettre de P. H.-Loyson
15 juillet 1909 Monsieur,
Des circonstances imprévues m'ont retenu à Paris deux jours de plus : vous devez à cet heureux retard que votre petit bleu, daté par vous du 16 courant (i), me touche encore à Paris aujourd'hui i5, à une heure après midi.
Ma lettre recommandée du 11 vous a été remise par la poste dans la matinée du 12 : ce même jour vous donniez l'absoute, à Paris, à la dépouille du général de Galliffet.
Immédiatement, j'envoie l'ordre à mon imprimeur de surseoir à la composition de certains documents qui devaient paraître sans délai.
Comme je souhaite de ne pas avoir à les publier malgré tout, je vous rappelle que votre lettre à V Univers, doit être explicite sur deux points :
i^^ Dans vos nombreuses conversations avec mon père au sujet du cas de Charles Perraud, vous n'avez jamais élevé le moindre doute sur l'authenticité des faits ;
2^ Vous ne sauriez suspecter en aucune manière le témoignage oral de mon père, qui vaut partant historiquement.
(2) QjLiel était le dessein de M. Mugnier en antidatant ainsi sa missive '
Enfin, je laissé à votre amitié et à votre loyauté de déclarer que mon père, vous le savez, n'a pas pris l'initiative de la publication des lettres de Charles Perraud, ni par conséquent obéi à un vil calcul en l'autorisant ; mais qu'au contraire il ne s'est décidé à l'autoriser qu'apiès que je l'eusse convaincu des raisons supérieures de vérité qui la rendaient nécessaire.
Je ne tiendrai votre responsabilité pour dégagée de ce tâcheux incident qui si vous faites dans V Univers ces déclarations précises.
Recevez, monsieur, mes salutations distinguées. Paul Hyacinthe-Loyson.
Un faux-fuyant inadmissible
Deux jours après, dans son numéro du 17, VUntvers publiait la lettre suivante :
Paris, le 16, juillet igcg.
Monsieur le Directeur,
M. Paul Hyacinthe-Loyson désire savoir pourquoi mon nom figure dans une lettre de Mgr Baudrillart, relative à l'abbé Charles Perraud et publiée par l' Univers.
Sachant que j'avais connu et aimé l'abbé Charles Perraud, on m'a demandé si j'avais vu ou su quoi que ce soit qui put me faire croire à un « mariage » avec M^^^ Duval. J'ai répondu catégoriquement : Non.
Mais je n'ai jamais dit que IL Hyacinthe Loyson fut « un imposteur et un faussaire prof es-
sionnel » Je crois, avec le monde entier, qu'on peut se tromper, sans mentir.
Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de mes très distingués sentiments.
A. MUGMER.
Premier vicaire de Sainie-Cloiilde.
Lorsque parut dans l'Univers celte prétendue rectification, M. P. H.-Loyson avait déjà quitté Paris.
Aussitôt que le Courrier de la Presse la lui eût communiquée, il adressa à M. Mugnier une troisième lettre restée sans léponse :
Troisième lettre de P. H.-Loyson
Un premier vicaire en fâcheuse posture A M. l'abbé Mugnitr Pans.
Coppet, 19 juillet 190g.
Monsieur, L'explication que vous adressez à VUnivirs ainsi que les deux lettres que vous venez d'écrire, l'une à mon père, l'autre à moi (i), ne fait qu'aggraver l'équivoque. Mon pè.e, dites-vous, « peut se tromper sans mentir ». Non, monsieur. L'homme qui appoite sur des circonstances aussi mémorables.
(i) A la date du 16, en effet, M Mugnier écrivait deux lettres distinctes à MiM. Hyacinthe Loyson père et fils, lettres évidemment calculées pour affronter la publicité. Leurs destinataires, toutefois, ne seraient disposés à leur donner ce caractère qu'en les faisant précéder de plusieurs autres de M . Mugnier.
des témoignages aussi formels et détaillés ; l'homme qui a écrit à Charles Perraud la lettre reproduite à la page 32 du livre de l'abbé Houtin ; l'homme qui a écrit à Adolphe Perraud la lettre reproduite à la page 128 du même livre ; l'homme enfin qui, au jour le jour et quinze ans durant, a transcrit de sa plume ses entretiens avec son ami ; qui a été le propre témoin du voyage de noces à Bruxelles ; qui a rapporté, d'après Charles et la scène mystique de la bénédiction nuptiale et la scène sublime de la mort de l'épouse, cet homme-là, monsieur, et sur de tels faits, ne peut point se tromper sans mentir, je dis sans mentir avec la dernière impudence, ou sans avoir, depuis quarante ans, perdu l'usage de ses facultés, je dis l'usage de toute sa raison. Ou bien il ment, ou bien il est fol, ou bien il dit la vérité.
En dehors de ces trois hypothèses il n'y a place pour aucune autre, et, néanmoins, ne vous résignant à aucune des trois, vous empruntez à l'ex-pasteur Paul Sabatier sa fameuse trouvaille : Hyacinthe Loyson est un menteur de bonne foi (i). Cet emprunt, monsieur, vous sera funeste. Je vous accorde que le moine girovague qu'est l'ex-pasteur Paul Sabatier, toujours à cheval sur les frontières de toutes les croyances, vient d'obtenir de très bonnes notes en cour de Rome. Mais si vous saviez de quel prix je les lui ai fait payer, le malheureux! Vos notes, monsieur l'abbé, seront moins
(0 Solution proposée par M. Sabatier dans une lettre au SiècU.
brillantes, et je déplore d'être mis en demeure de vous faire payer, à votre tour, le même procédé du même prix.
Car voyez un peu ce que vous venez de faire. Pour la première fois que vous nommez mon père publiquement, c'est pour lui donner un démenti. Or si le subterfuge dont vous jouez est en lui-mêfne chose pitoyable, employé par vous, monsieur, il devient quelque chose de pire. Qu'exigeais-je de vous, en effet? De déclarer dans V Univers que dans vos nombreuses conversations avec mon père au sujet du cas Perraud, vous n'aviez jamais élevé le moindre doute sur l'authenticité des faits. Que dis-je?Ces faits, plus que jamais, vous les attestez! Dans votre lettre du i6 courant, il y a trois jours, a la même date où vous imprimiez dans V Univers que mon père se « trompe », vous m'écrivez à moi, monsieur : « Je n'ai pas suspecté sa parole, et nié les faits qu'il racontait, mais je n'en ai pas tiré la conclusion qu'il en tirait. » Parbleu! monsieur, « l'obscurité de votre grand temple où tâtonnent les âmes » (i) vous offusque la vue à vous aussi, vous trébuchez comme vos pauvres ouailles, et vous voilà dans une chausse-trape. Ce n'est pas seulement cette « conclusion », tirée par mon père, dites-vous, alias le mariage de Charles Perraud, que récusait M. Baudrillart. C'était les faits y les faits eux-mêmes et tous les faits que vous reconnaissez, y compris celui qui est la clé de voûte de tout
(i) Allusion aux documents qui suivent.
le récit, savoir que les lettres de Charles Perraud désignent par X Charles Penaud! Voilà le fait qu'a tenacement nié M. Baudrillart jusqu'à sa culbute finale, et voilà le fait que dès d'abord et jusqu'aujourd'hui, vous avez, vous, reconnu pour vrai ! Ce qui ne vous empêche pas de fournir, sans broncher, à M. Baudrillart votre témoignage du contraire ! Allons, monsieur, il n'y a pas en français deux épithètes pour ces agissements...
C'est là, je vous le répète, ce que je ne saurais tolérer. Je ne sollicitais ni vos « égards » ni vos « déférences » dont vous protestez à l'endroit de mon père, encore que ces termes soient plutôt bien tièdes auprès de vos anciennes effusions. J'attendais de vous un peu de bonne foi. Vous aviez licence de faire à propos de Charles Perraud les déclarations que bon vous semblait, pourvu, que ce témoignfige public ne fût pas le contre-pied de vos dires privés? pourvu, surtout, que cette déposition ne fût pas dirigée contre mon père et remise* par vous entre les mains de ses diffamateurs les plus abjects, alors que vos letties à ce même père, que vous nommiez vous aussi le vôtre, ne sont que cantiques d'actions de grâce, psaumes de tendresse et litanies de vénération...
Enfin, monsieur, je relève dans votre lettre à « notre » père, deux étranges inexactitudes :
10 Vous devez, dites-vous, sa connaisance à Mme la Comtesse de Fallois, qui eut Tinspiration de vous réunir. Non, monsieur. C'est vous qui pressâtes M. Ledrain, autre hérétique, de vous
présenter au graiid apostat.' Et c'est à la taJDle de M. Ledrain que vos relations ont commencé. Deux lettres de vous en font foi : je les ai (i3 janvier 1907, 10 février 1907), lettres où vous nous écrivez que, toute votre vie, cette date resterait bénie pour vous.
2^ Vous rappelez les encouragements que vous prodigâtes à mon père pour sa belle défense du spiritualisme en cette époque de matérialisme. Et, en eftet, vous lui prodigâtes ces encouragements. Et, en effet, il n'a pas failli à cette mission. Mais ses articles parus dans le Siècle au sujet desquels vous le félicitiez, n'avaient pas trait à cette campagne-là. C'étaient, monsieur l'abbé, de virulents réquisitoires contre la papauté de Pie X. Voilà l'éloquence qui vous transportait (i)
Ah! monsieur l'abbé, combien votre cas est douloureux l Votre main est prise entre l'arbre et l'écorce, l'arbre de vos sympathies intimes, l'écorce de votre orthodoxie de surface. Pour se tirer de là, voyez-vous, il n'y a encore que l'héroïque parti, celui de Lamennais, du Père Hyacinthe, d'Alfred Loisy, de Marcel Hébert : laisser dans la tenaille un lambeau de sa chair pour sauver intacte sa conscience! Vous n'êtes pas, hélas! près de l'adopter. Au contraire, dans nos récentes lettres, écrites comme en surcharge des précédentes afin d'effacer vos hardiesses d'antan, quels vertueux efforts pour la blanchir, votre orthodoxie bigar-
(1) Voir plus loin les extraits de ces articles du SiccU.
rée 1 . . . Maiâ aussi quelle gageure, je vous demandé un peu, quel somptueux paradoxe de décadence, qui eût émerveillé Huysmans lui-même, quelle page pour l'histoire de la foi catholique au XX® siècle, qu'un prêtre agnostique comme vous, monsieur, qui a admettez tous les dogmes, mais qui ne pensez à aucun », entreprenant de convertir à l'obédience du bon Pie X un saint homme de Dieu comme mon père, mille et mille fois plus croyant que vous!... (i) Et encore le plus joli de la chose, c'est qu'à ce jeu-là vous vous étiez pris, s'non lui. Déjà vous considériez mon père comme votre pénitent docile, et « il n'eut pas dû si^ns vous avertir, donner à Houtin l'autorisation de rien publier! » En vérité!... Hélas, monsieur l'abbé, le Champagne coupé d'eau bénite par les soins de l'archevêché, qu'on sablait à l'ombre de vSainte-Clotilde à la santé de M"^^ Loyson (2), femme d'hérésiarque, n'aura été qu'une libation vaine versée au pied du figuier stérile : mon père ne porte plus de bons fruits. Et il faudra donj vous contenter, pour tous trophées de votre élégant prosélytisme, de suspendre en breloques à la ceinture de votre soutane les âmes falotes de Des Esseinles et du Petit Epicter de Montrouge. J'avais cru sur la foi de tous les journaux que vous y aviez asso'ti celle d'un marquis, lequel en son
(1) Cette tentative de conversion est établie par la. correspondance de M. l'abbé Mugnier avec madame la comtesse de Fallois.
{■2) V^oir plus loin les documents.
temps fut un vert- galant, Dieu lui pardonne, et à vous aussi, car à quelle compagnie, Seigneur! vous alliez mêler l'âme de mon père !
Tant pis, mon erreur n'est pas compte, vous n'avez donc pas béni la dépouille du général de Galliffet, et je conçois fort bien que vous n'avez eu cure de démentir une information si flatteuse, qui vous maintenait dans la petite histoire. Ah ! si, un jour, vous eussiez pu donner l'absoute aux funérailles du Père Hyacinthe, vous passiez du coup à la postérité !
V^ous devez le sentir au ton de cette lettre, monsieur l'abbé, je suis l'homme du monde le plus pacifique.- Ce qui, sans doute, dans les précédantes, vous fit une impression de « fureur », ce sont les arguments que j'y employai. C'est l'énergie de la logique et l'allégresse de la vérité. Voilà mes armes qui ont déjà fait des victimes illustres. Vous plaignez les « ennuis » que cette polémique crée à mon père? Détrompez- vous. Regardez plutôt nos adversaires : Gauthey, Chapon, Baudrillart, sans oublier le moine girovague, plus girovague que jamais depuis qu'il n'ose plus se montrer à Genève... Ils sont tous en fuite ou dans le fossé. Je vous certifie que sur leurs dépouilles Floutin élèvera le plus étonnant des mausolées, dédié à la gloire du « pieux mensonge ». Et je suis navré, croyez-le bien, de devoir vous joindre à cette hécatombe. . Dieu m'est témoin que je ne suis pas allé vous chercher. Il ne tenait qu'à vous de faire le mort, pour ne pas l'être.
Vous avez manqué à notre pacte, vous avez aggravé vos torts. Je réitère donc l'ordre à mon imprimeur de mettre sous presse sans délai la première partie de mes documents. Et je vous adresse mes condoléances.
Paul Hyacinthe-Loyson..
DO€UMIENTS
ï. — Articles de M. Hyacinthe Loyson parus dans le journal le u Siècle ».
Le 7 janvier 1908, M. l'abbé Mugnier félicitait M. Hyacinthe Loyson de ses « éloquents » articles du Siècle^ qui, disait-il, dans les temps actuels, sont un sujet de « consolation ». Voici les titres et quelques passages de ces articles : Siècle du 27 décembre igop', sur V interdiction faite par les évêques du sud-ouest à leurs fidèles de lire la Dépêche de Toulouse : « L'habileté de ces évêques tien^ du jésuitisme... Je ne leur appliquerai pas le mot de Luther : « Quand un homme est fait évêque, le diable entre en lui ». Je me contente de dire qu'il cesse d'être homme en devenant évêque... Il n'y a plus d 'évêques dans la France républicaine, mais uniquement des préfets violets, délégués révocables du pape PieX et son secrétaire d'Etat, le cardinal Merry del Val... Un sel affadi, ce sera sur notre épiscopat français le dernier mot de l'histoire. »
Siècle du i6 Décembre 1907, sur V Excomnunicàtioji du roi de Naples : « Elle est bien morte, cette
I église. C'est elle qui s'est suicidée, où si l'on préfère, c'est le pape qui l'a tuée... Un catholique fervent, mais clairvoyant, m'écrivait ces jours derniers : Pie X est un fou fanatique auquel l'Eglise a été livrée... L'excommunication porte bonheur, et la boutade de M. Thiers est historiquement fausse : « Celui qui mange du pape en crève ! »
II suffit d'un estomac robuste pour le bien digérer. »
Siècle du 2 novembre 1907, lettre à M. le Docteur Kuyper : « #" attitude des catholiques français est aussi contraire à l'esprit de l'Eglise qu'aux devoirs du citoyen... Pendant qu'un député clérical vous citait avec éloge à la tribune du parlement français, un député républicain lui répondait d'un mot : Oest V Eglise qui s' est suicidée ! Ce mot sera celui de l'histoire... Deux hommes, au xvi^ et au xvii^ siècle, ont sauvé l'Europe et la Chrétienté par l'héroïsme de leur pensée et de leur action : un français, Calvm, et Guillaume III devenu roi d'Angleterre... L'hommage à rendre à de tels hommes n'est pas dans les pierres, il est dans les âmes qui doivent imiter leur clairvoyance et leur courage et continuer leur œuvre d'émancipation chrétienne, plus nécessaire aujourd'hui que jamais. »
Siècle du 17 octobre 1907, sur l'Encyclique de Pie X et la rupture avec la Papauté : « Il y a deux langages dans l'épiscopat... Ce sont là les grands
coupables. L'histoire de l'Eglise a des dessous que ses fidèles ne soupçonnent pas. Moi, je parle et j'agis au grand jour et au grand air, et je dis comme le prophète Elie : Le Seigneur est vivant et je me tiens en sa présence... Pie X, par son encyclique et son syllàbus, aura prononcé sa propre déchéance... Le Grand Lama du Vatican n'est au courant de rien et décide de tout..; Les formes de l'Eglise romaine sont de vieilles outres, et les papes même les plus sincères et les plus pieux — il faudrait peut-être dire surtout les plus sincères et les plus pieux — sont en tant que papes des pécheurs endurcis dans leur infaillibi^té. »
Enfin, dans le Siècle du i5 septembre 1907, M. Mugnier ne niera pas avoir lu un article intitulé : Encore le Syllàbus de Pie X, car deux phrases s'y trouvent citées d'un ecclésiastique qui est le plus intime de ses amis :
« Une Eglise dont l'autorité repose sur des faux en histoire et sur des compromis en morale... Rome a parlé, et sa parole a été d'une nullité telle que ses amis, pas plus que ses ennemis, n'en peuvent plus rien attendre... Chiens muets qui ne savent plus aboyer, dit le prophète... // ne faut pas tomber en papisme, écrivait Rabelais, car Papisme est purement idolâtrie... « Votre parole, m'écrivait récemment un des membres les plus distingués du clergé de France, votre parole peut encore, croyez-moi, prévenir bien des ruines ou les réparer. Bien, l'âme, Jesus-Christ, que de causes à défendre! >) Et il ajoutait : « Pauvres théologiens, ceux qui prétendent jaire tenir V infini ^ dans
les vingt-quatre lettres de V alphabet ! Leurs formules ont tué l'enthousiasme dans les âmes sans y mettre r obéissance et la paix... » Il faut que le vieil édifice soit entièrement à bas... On assure que le cardinal Sarto, qui ne voulait pas être pape, a dit au cardinal Lecot, son voisin de conclave : aElectio mea esset ruina Ecclesiœ ! » — « Mon élection serait la ruine de l'Eglise! » — Il a prophétisé. »
Tels sont les articles de M. Hyacinthe Loyson dans le Siècle au sujet desquels M. l'abbé Mugnier le félicitait de son éloquence consolatrice.