‹ A propos de BergsonChapitre 15 sur 21 · Chapitre VI, P · texte numérisé non relu

Chapitre VI, P

Pénétrante analyse de l'effort intellectuel. Noter seule- pensée6 san^ ment que l'image même, pour peu qu'elle soit connue, com- imase mence d'être vécue, ne reste donc pas vide de mouvement. Pour cette raison, le schème, dont parle l'auteur, et l'image, pas plus que l'immatériel et le matériel, ne s'opposent absolument. Les limites s'opposeraient, qui sont pures abstractions: encore, dans la mesure où ces abstractions sont pensées, cessent-elles d'être mortes et se rapprochent-elles, dans une participation (mi-diversement dirigée, inégalement impétueuse, autrement rythmée) à l'élan de vie sans quoi rien ne reste qui soit même possible, concevable, même fantômal, même ombre, si ténue veuille-t-on.

Les pages 206 — 208 exposent bien l'équivoque résul- réquivoque tant d'une notation double et entremêlée, -pareille, au vrai, à a] ternées ( celle qui rend parfois un peu pénibles certaines pages mêmes de Bergson, surtout dans ^Matière et Mémoire". 2).

P. 206. Pour l'idéaliste, il n'y a rien de plus dans . la réalité que ce qui apparaît à ma conscience ou à la conscience en général.

Oui, mais l'idéaliste peut très bien sentir que ce qui lui rwéaiisme apparaît ne lui apparaît pas, (au moins à la réflexion), déter. souple miné, instantané, mais en développement, au cours d'un devenir.

') Voir dans ces notes P. 119 sur „Evol. 244" et P. 63 sur „ Matière et Mémoire 47".

>) Voir dans ces notes P. 54 — 56, 58—62.

car la représentation d'un idéaliste n'est pas nécessairement toute visuelle; elle ne doit donc pas s'interpréter toute en style d'étalé ou étalable (P. 206) purement visuel — (il n'y a «Tailleurs pas de style ni d'expression partielle exclusivement visuelle, éliminatrice de sensations plus vivantes et plus intimes), — mais inclut l'imagination motrice. C'est là, en effet, une des formes les plus profondes de la représentation, à quoi la représentation visuelle elle-même se rapporte comme à son origine. Elle n'en est même qu'un prolongement, pour ainsi dire, moins pur. une certaine prise partielle, plus légère, maniable, sociale, -telle une monnaie de billets ou de chèques, indispensable pour les transactions de gros, mais signe avant tout fiduciaire d'une richesse en moissons qui lèvent, ou en troupeaux. Dans la mesure où les idéalistes conçoivent cela, ils s'assimilent du réalisme ce que celui-ci a de justifié, à savoir le sens du virtuel, (son complément ou plutôt son approfondissement inévitable), qui est le sens même du mouvement ou du devenir.

P. 207. (Pour le réalisme) derrière la perception qu i est de l'actuel, il y a des pouvoirs et des virtualités cachées, réalisme et Sans doute, et nous venons de voir nue l'idéalisme ne les

idéalisme cou- i -, > *> • • i? * , i j

ciiiabies excluait pas, pourvu qu on remarquât ceci : 1 actuel est une

notion statique: dans la mesure où ce statique est réalisé, ou revigoré en dynamique, on l'appréhende comme un devenir: c'est rejoindre la conception idéaliste approfondie pour laquelle la représentation n'est pas, non plus, un l'ait instantané, ramassé comme en un point, mais une continuité de mouvement.

Voilà pourquoi le langage réaliste et l'idéaliste s'op- . posent, à savoir quand ils ne sont pas compris tout à fait1), mais employés avec une certaine dose de psittacisme : alors, en effet, le matérialisme court reste absurde. Si, au contraire, l'une ou l'autre langue est assez intimement entendue par qui s'en sert, elle ne nie pas la pensée exprimée par la langue en apparence diverse, et l'antagonisme, cru foncier, entre le réel et l'idée comme entre le statique et le dynamique, est résolu dans l'intelligence de ce que le statique n'est qu'un mode quasi-honteux de dynamisme presque épuisé, tandis que, d'autre part, le dynamisme ne se passe pas de la monnaie du statique pour s'exprimer en valeurs sociales, en termes aisés A communiquer.

Bref, en tout ce dernier chapitre de l'„ Energie spirituelle ", nous reconnaissons, une fois de plus, le sens berg-

sonien de la vie, et, en dépit des réserves que sa prudence

l) L'auteur n'a garde de ne pas souligner qu'il oppose un idéalisme et un réalisme types (Énergie, p. 207), et par là, — ajouterons-nous, sans doute au fond d'accord avec lui, — objectifs plus que pensés, mécaniques plus que vécus, un peu «charges" l'objectivité étant toujours, de par la mécanisation des automatismes scéniques, l'interprète plutôt lourde de cette poésie délicate, de cette fée secrète de la vie, que- le théâtre (forcément un peu guignol) des tréteaux d'objectivation, d'expression, d'exécution, caricature.

lui fait insérer cà et là, les limites qui l'empêchent de retrouver toute cette vie, laquelle est, sous les espèces statiques, moins apparente seulement, moins vigoureusement rythmée, mais non d'essence ou même de direction rigoureusement contraire.

Y a-t-il, en effet, un genre au-dessus ou en dehors de ce mode: la vie consciente? Peut-être en apparence, pour qui croit la vie et la conscience éliminée des abstraits. Non. pour qui sent que ce n'est pas rendre justice à l'abstrait, même le plus tel, que de nier la flamme de vie sans quoi cette pâleur même tomberait au-dessous de toute pâleur et •devrait être sans réserve assimilée par nous à l'absurde néant. Car l'être purement statique, comme tout absolu, ne s'élèverait pas au-dessus de cette creuse chimère, qu'il voile seulement, comme un piège, aux inattentiïs esprits.

On en dirait autant de l'être purement dynamique, du pur devenir, de cette ^hétérogénéité pure" par quoi Bergson a, jadis, caractérisé la durée V? — Sans nul doute, et c'est ce que nous avons noté un si grand nombre de fois que nous en demandons pardon à nos plus patients lecteurs.

D'un point de vue, pour résumer, plus schématique, assez formel, l'idéalisme et le réalisme en reviendraient l'un et l'autre, à affirmer que la partie est le tout {P. 217, voir P. 213) et c'est ce qui, selon Bergson, les condamne. Mais cela n'atteint que ces systèmes pris d'un biais exclusif, sans cette conscience de la continuité et du virtuel qui rendent la partie et le tout moins incapables qu'il ne semblerait d'abord d'une coïncidence relative.

Pour s'exprimer avec plus de clarté superficielle, parce qu'en termes plus abstraits: l'idéalisme et le réalisme, approfondis, redeviennnent conciliables, si, au terme d'équivalent, (qui joue un si grand rôle en tout le chapitre que l'auteur ici leur consacre et en toute cette question), on substitue celui, plus exact parce que plus modeste, d'équivalence grossièrement approximative, (celle d'instruments analogues pour des tâches analogues), — comme au terme d'identique, celui de semblable relativement à un certain point de vue, — à la notion d'essence, celle de symbole. et à l'idée, en somme fort équivoque, d'être, celle de valeur, pouvoir actif pour une certaine fonction.

i) .Données P. 78'

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