ACTION DE LA NEPHRITE SUR LA GROSSESSE
La plupart des auteurs constatent la rareté de la grossesse chez les malades atteintes de mal de Bright et, quand elle se produit, la gravité du pronostic tœtal qui accompagne la gravité du pronostic maternel. « C’est dans les cas de ce genre, dit Vinay, qu’on observe l'interruption de la grossesse et la mort prématurée de l'enfant. » Et il ajoute plus loin: « La mort de l'enfant a d'autant plus de chances de se produire que les phénomènes d'intoxication sont plus prononcés chez la mère ; elle est plus fréquente lorsque les femmes sont atteintes depuis plus longtemps de néphrite chronique. »
M” Grand, dans les 42 observations dont nous parlons plus haut, trouve 27 mort-nés ou macérés pour 16 enfants vivants. Et encore, sur ces 16 enfants vivants, || sont nés de mères ne présentant que des formes manosymptomatiques et, pour la plupart, primipares.
Là encore c’est le syndrome hypertensif qui est prédominant, puisqu'il est justiciable de près des 2/3 des cas de mortalité fœtale.
Il est remarquable de constater que, quelquefois, la mort du fœtus n’est pas la conséquence de lésions
PE, Ve
placentaires, alors qu’une hypertension considérable, s’accompagnant de défaillance cardiaque, met la vie
de la mère en danger.
L'azotémie élevée est responsable elle aussi d’une mortalité fœtale très élevée.
Il est même des cas où l’albuminurie tient le devant de la scène et paraît être le fait de troubles discrets du fonctionnement rénal. Les accidents sont précoces, ils sont toujours modérés (1 à 3 gr.), ne s'accompagnant pas de tension élevée (max. 15) ni d’œdèmes importants, ni d'azotémie élevée, et, en tout cas, évoluent sans complications. Il est remarquable d'observer que dans ces cas la mort du fœtus, survenant à une date assez précoce, paraît avoir stoppé l’évolution et réalisé ainsi la condition optima pour éviter l’apparition d’une symptomatologie complète.
Ï faut y chercher, comme le demande Vinay, la légitimité de l'interruption de la grossesse à une époque quelconque, dès que la vie des gestantes est en danger, puisqu’aussi bien le pronostic fœtal est si compromis, et « veiller seulement à ne pas laisser passer le moment favorable et à ne pas intervenir trop tardivement ».
On peut même se demander si, dans certains cas, une interruption plus précoce, avant que la vie des gestantes ne soit en danger, ne serait de mise. Nous tâcherons de voir dans la seconde partie de notre travail les symptômes qui pourraient permettre une telle interruption, en nous basant sur l'étude clinique de nos deux observations et des quelques observations de mort par néphrite chronique, compliquée de gestation,
que nous avons pu retrouver dans la littérature française.
En effet, nous verrons que, dans l’une au moins des deux observations que nous publions ci-après, les troubles apparus au cours des grossesses antérieures avec mort des enfants et l’évolution des signes au cours de la dernière grossesse auraient pu permettre de répondre affirmativement.
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