‹ À propos de l'augmentation du nombre des aliénésChapitre 12 sur 18 · COMMENTAIRES TIRES DE L'ETUDE DE LA STATISTIQUE · texte numérisé non relu

COMMENTAIRES TIRES DE L'ETUDE DE LA STATISTIQUE

La lecture attentive de la statistique et du graphique nous conduit aux constatations suivantes : s’il est indéniable que le nombre d’admissions global des aliénés à l’hôpital psychiatrique du Vinatier a augmenté ces cinq dernières années, il est non moins certain que toutes les maladies mentales n’ont pas subi le même accroissement.

Le plus grand nombre des psychoses sont restées stationnaires ou ont subi des fluctuations sans importance.

Ainsi, la démence sénile, les affections maniacodépressives ont légèrement augmenté, mais la proportion reste la même que par le passé. Les psychoses hallucinatoires, l’oligophrénie, l’épilepsie, les perversions, les toxi-infections sont sensiblement aussi nombreuses; la schizophrénie, elle, a une tendance plus nette à se développer.

La Paralysie générale qui avait diminué progressivement jusqu’en 1937, comme l'avait soutenu notre camarade, le Docteur Jean Turin, s’est accrue ces

deux dernières années, pour aboutir à un taux cependant moindre qu’en 1935.

Par contre, une psychose a subi une progression bien supérieure à celle des autres : nous avons nommé l’alcoolisme, en tant que manifestation mentale pathologique. Qu’entendons-nous par alcoolisme ?

Cette expression générale assez vague englobe toute une gamme de troubles; l'ivresse pathologique, signe précurseur de l’imprégnation éthylique des centres cérébraux, en est la manifestation la plus bénigne. Tantôt c’est un délire de persécution ou de jalousie basé souvent sur des hallucinations, principalement auditives, qui nous amène le malade; tantôt c’est un delirium tremens qui motive l’internement. Parfois, mais plus rarement, et le malade a alors atteint le dernier échelon de la déchéance, tant organique que morale, c’est la pseudo-paralysie générale dont on relève cinq ou six Cas par an. Enfin, dans d’autres cas, et ceux-là, à peu près sans espoir, c’est la démence alcoolique chronique qui conduit ces épaves humaines à l’asile où nous les verrons, véritables loques, finir leur vie.

Nos résultats nous révèlent ceci :

En 1935, sur 300 entrants, 55 étaient des alcooli-

ques, soit une proportion de 18,3 %;

En 1936, sur 374 entrants, 72 alcooliques, soit une

proportion de 19,3 %;

En 1937, sur 413 entrants, 80 alcooliques, soit une

proportion de 19,3 %;

En 1938, sur 490 entrants, 113 alcooliques, soit une

proportion de 23 %;

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En 1939, sur 516 entrants, 136 alcooliques, soit une

proportion de 26,3 %.

Ces résultats ne sont pas pour nous surprendre. Nous relevons dans le compte-rendu de la séance du 2 mars 1940 de la Société Médico-Chirurgicale de la 14° Région les pourcentages suivants :

En 1933-1934, au Val-de-Grâce, le taux des alcooliques s’élevait à 12,81 %; actuellement, le capitaine Henrion note 25 % des hospitalisations pour alcoolisme, et MM. Lévy-Darra et Moreau, dans le Service Neuro-psychiatrique de l’hôpital militaire de Villemanzy, enregistrent, dans le dernier trimestre de l’année 1939, une proportion de 30 % d’alcooliques (Journal de Médecine de Lyon du 5 mars 1940, n° 484).

Un fait est donc bien certain : l’alcoolisme a augmenté d’une façon redoutable au cours de ces dernières années.

En 1935, 18,3 % des entrées, en 1939, 26,3 % des entrées lui sont imputables, et c’est la cause première de l’envahissement progressif des hôpitaux psychiatriques. ;

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