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CAUSES DE L'AUGMENTATION DE L'ALIENATION MENTALE

1° L'alcoolisme

Nous venons de voir au chapitre précédent qu’il résultait de l’étude attentive de notre statistique que les psychoses alcooliques s'étaient fortement accrues au cours de ces dernières années et qu’à la fin de l’année 1939, 26,3 % des internements se faisaient d’après ce diagnostic.

Une première conclusion s’impose donc : la cause principale de l'encombrement des asiles en 1939 était la recrudescence prodigieuse de ce fléau social qu’est l’alcoolisme. Combien de malheureux malades avonsnous vus arriver, criant et s’agitant, en proie à un delirium tremens; combien en avons-nous vus inertes et obnubilés dans leur lit, en pleine confusion mentale, qui, dix jours après, lucides et d'apparence normale, nous réclamaient déjà leur sortie !

Parfois encore, c’est un homme à l’intelligence intacte qui se présente à notre examen : celui-là vient de la prison, l’alcool en a fait un malfaiteur, voire

même un meurtrier.

Tous, une fois les vapeurs éthyliques dissipées à la suite d’un sevrage sévère et prolongé, sont des hommes conscients dont l’intelligence, sinon la volonté, reste intacte. Il faut donc, puisqu'ils ne sont plus délirants, les rendre à la vie libre, mais la rechute est fatale et rapide, si rapide même, qu’on a vu, à maintes reprises, des alcooliques endurcis ne franchir la grille de l’asile que pour aller s’attabler au café voisin. Nous pourrions citer le cas du malade G.. qui, sorti à deux heures, nous revint à six heures, dans un état d’ébriété inconcevable; il n’était même pas allé jusqu’à son propre domicile !

D’autres, cependant, arrivent à vivre quelques mois, même quelques années, d’une vie normale, mais les rechutes sont presque toujours la règle commune. C’est ainsi qu’il y a actuellement dans le Service général des hommes, un malade, un certain Pe…., qui en est à son quatorzième internement, Ces alcooliques incorrigibles, comme ceux dont nous venons de vous parler, sont de véritables toxicomanes et se conduisent comme tels. C’est pourquoi l’alcool nous apparaît comme un véritable poison, au même titre que la morphine, la cocaïne ou l'héroïne. C’est un toxique véritable, puisque non seulement il provoque des troubles physiologiques dans l’organisme, et principalement les centres cérébraux, atteignant les facultés les plus nobles de l’homme, l'intelligence à la phase dernière et la volonté presque toujours, mais encore il crée ce besoin impérieux et lancinant auquel le toxicomane ne peut résister.

Encore n’avons-nous envisagé que les effets orga-

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