ÉTUDE THÉRAPEUTIQUE
Jusqu'à ces dernières années, on employait exclusivement le traitement par les bains chauds, la glace sur la tête, puis plus tard on y ajouta les injections d’argent colloïdal. Les bains chauds étaient administrés toutes les quatre heures environ à une température de 39°, 40°
On faisait des injections d’électrargol ou de collarvol. On a même employé l’argent colloïdal en frictions, en injections intra-veineuses, quelquefois intra-rachidiennes.
Nous avons eu l’occasion d'appliquer ce traitement dans le premier des cas de méningite cérébro-spinale que nous avons observé. Nous n’avions pas de sérum à notre disposition. Rien n’y a fait, notre petit malade est mort (Observ. 1). Dans la suite, trois malades n’ont pu avoir de sérum (Observ. XTIT, XVIII, XXIT). Deux sont morts.
Depuis la découverte du sérum anti-mécingococcique, ces moyens sont passés au second plan, la sérothérapie est devenue la médication spécifique, tout le reste n’est plus considéré que comme adjuvant.
Nous avons donc employé la sérothérapie, autant que nous l’avons pu. Le sérum a fait souvent défaut à l’Hôtel-Dieu, du fait du manque d’approvisionnements de l’Institut Pasteur ou de la grève des postes. C’est ce qui explique l'inégalité de traitement dans nos différents Cas, et peut-être aussi. la mortalité assez grande que nous avons dû enregistrer.
Pour procéder à ce traitement sérique, nous opérons de Ja façon suivante. Nous stérilisons une serigue de Roux avec une aiguille en platine longue de 5 à 6 em. On stérilise également le raccord en caoutchouc.
Nous plaçons le malade, soit dans la position assise, soit dans le décobitus latéral. Nous aseptisons la région que nous avons déjà décrite plus haut, puis nous prenons l'aiguille, nous l’enfonçons dans l’espace intervétébral, au niveau de la première ou de la deuxième lombaire. Nous laissons écouler une quantité de liquide assez considérable, en général équivalente à la quantité de sérum que nous voulons injecter (Dopter).
De cette façon nous évitons les accidents de compression qui pourraient se produire et nous enlevons une quantité assez considérable de substance toxique.
Le liquide vient le plus souvent aisément, quelquefois même en jet; nous en enlevons 20, 30, 50 «c. et même plus si cela est nécessaire. Si l'écoulement s’arréte brusquement nous nettoyons l’aiguille sans la retirer à l’aide de son fil de platine on nous aspirons avec la seringue.
I] est bon de faire tiédir au préalable le sérum que l’on veut injecter. Si l’on veut injecter plusieurs serin-
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gues, aussitôt la première injectée, on reprend du sérum et on réinjecte après avoir obturé l’embout de caoutchouc.
Après avoir fait notre injection nous retirons rapidement l’aiguille, et nous mettons une goutte de collodion sur l’orifice fait à la peau.
Nous replaçons le malade dans le décubitus dorsal et nous soulevons les pieds du lit, de telle façon que la tête soit plus basse que les pieds et cela pendant cinq ou six heures.
Quel sérum faut-il injecter et combien faut-il en injecter? Nous avons employé successivement du sérum de Kolle et Wassermann, du sérum de Flexner, et du sérum de Dopter. Nous n’avons pu nous former une opinion bien arrêtée, ayant été obligés d'employer le sérum tel qu’il nous était fourni, sans pouvoir choisir. Cependant nous avons remarqué que le sérum de Dopter a toujours produit une action curatrice rapide et énergique. Nous lui accorderions peut-être la préférence.
Quant à la quantité de sérum à injecter, rien n’est plus variable. D’après Dopter et Grysez 10 à 15 cc. par injection sont suffisants chez un enfant au-dessous de deux ans, 20 à 30 chez un enfant plus âgé, 40 chez un adulte.
Le nombre d’injections est, croyons-nous, subordon: né à la marche de l’infection. Tant qu’il y a de la température il faut pratiquer des injections de sérum, de même tant que les symptômes cardinaux de la méninaite n’ont pas disparu, ou que Île liquide céphalo-rachi-
dien n’est pas redevenu clair. C’est la façon de faire de Comby, elle nous à donné d'excellents résultats.
La dose de sérum pour obtenir la guérison est done très variable comme lon pourra s’en rendre compte en lisant nos observations.
Y a-t-il des contre-indications à l’emploi du sérum,
Nous ne le croyons pas et nous posons même avec beaucoup d'auteurs, en règle générale, que toute méningite cérébro-spinale à méningocoque doit être traitée par la sérothérapie avant toute autre médication.
On a observé des accidents sériques, accidents anaphylactiques, analogues à ceux observés dans la sérothérapie antidiphtérique. Des éruptions ont été rapportées; nous n’en avons pour notre part observé qu’une seule fois à la suite d'injection de doses répétées de sérum. Quant à l'effet produit par la sérothérapie, nous emprutons à la plume autorisée de Vaillard, la descripticn de ses excellents effets. ( Dès l'application du sérum, dit-il, les malades éprouvent un soulagement presque immédiat. L'état psychique se transforme, la céphalée si torturante s’atténue, puis disparaît, la raideur douloureuse de la nuque diminue puis s’efface, le sommeil devient paisible, le malade semble renaître et vraiment on assiste parfois à de véritables résurrections. »
Quant à nous, les résultats que nous avons observés
sont excellents.