‹ A propos de l'influence de l'âge sur la malignité du cancer du seinChapitre 2 sur 9 · L'INFLUENCE DE L’'AGE SUR LA DURÉE D’ÉVOLUTION DU CANCER NON TRAITÉ · texte numérisé non relu

L'INFLUENCE DE L’'AGE SUR LA DURÉE D’ÉVOLUTION DU CANCER NON TRAITÉ

Pour se faire une idée de la malignité du cancer du sein, le plus simple est d'étudier l’allure des cas non traités. Se basant sur l'apparition des premiers symptômes pour fixer le début de la maladie qui mène inévitablement à la mort, il est facile d’estimer sa durée d'évolution. Plus elle est longue, plus la tumeur est lente et bénigne; plus elle est brève, plus la tumeur est progressive et maligne. De la sorte, on peut étudier le caractère du néoplasme en fonction de l’âge du sujet et plusieurs chercheurs s’y sont intéressés.

Déjà en 1924, W. S. LAzARUS-BARLOW et J. H. LEEMING groupent les 243 cas de tumeurs de la glande mammaire, observés au Middlesex Hospital de 1883 à 1922, et pour lesquels aucune intervention n'avait été effectuée. Ils constatent, mais peu nettement, une augmentation progressive de la survie, à mesure que l’âge avance.

Cette constatation ne devait pas être confirmée. L'année suivante, S. WyARD publie dans le Lancet l'étude de 311 cas examinés au Cancer Hospital de 1900 à 1924. Pour lui, l’âge ne modère pas le caractère évolutif du carcinome.

C’est alors que le Ministère anglais de la Santé, préoccupé par le problème de l’évolution naturelle des cancers, charge le major GREENWOOD de présenter un rapport sur la question. Celui-ci enquête sur 625 cas de carcinomes du sein, qu'il tire des statistiques de LAZARUS-BARLOW et de WyaRD et des communications plus modestes de POWELL-WhHiTE (Manchester) et de BEATSON (Glascow).

Concluant sur l’ensemble de son étude, portant non seulement sur les cancers du sein, mais aussi sur ceux de la langue, de la bouche, de l’œsophage, de l'estomac, du rectum et du col utérin, GREENWOOD reconnait qu'il n'y a pas moyen, d’après les chiffres rassemblés, de trouver une relation certaine entre l’âge du patient et le développement de son cancer.

De l’autre côté de l'Atlantique, l'Américain E. M. DALAND présente une série de 100 cas dont 79 proviennent du Collis P. Hunüngton Hospital et 21 du Good Samaritan de Boston. Les survies moyennes qu'il obtient se répartissent sans ordre apparent, ce qui ne l'empêche pas de se prononcer en faveur de l'influence de l'âge sur l'allure des tumeurs. De même I. T. NATHANSON et C. E. WELCH,

à propos de 100 cas en grande partie tirés du lot de DALAND, confirment plus tard cette conclusion.

Le sujet partage donc les avis. Pour nous faire une opinion, nous avons réuni les observations de tous les auteurs précédemment cités et nous avons obtenu 788 cas. Nous avons calculé, pour chaque classe d'âge, la durée d'évolution moyenne:

| AGORA See ec 20-24 | 25-34 | 35-44 la 2 55-64 | 65-74 | 75-90 | Total | Nombre de cas .. 2 44 132 |210 196 151 53 788 Survie moyenne . | 48 30,6 | 43,8 | 35,1) 37,0 | 41,0 | 32,2 [mois

Le groupe de moins de vingt cinq ans ne comptant que 2 sujets doit être négligé. Les résultats des groupes suivants se tiennent à peu près. On enregistre, il est vrai, pour les classes de trente-cinq à quarante-quatre ans et de soixante-cinq à soixantequatorze ans, deux pointes maximales de survie. Mais tout bien considéré, l'écart avec les autres moyennes est faible et une variation de cet ordre de grandeur ne peut en réalité guère être prise en considération. Il semble plutôt que les cancers du sein non traités ont une durée d'évolution moyenne assez fixe, deux ans et demi à trois ans et demi, et que l’âge n’influence pas leur cours.

Cette constatation est encore plus frappante quand on réduit le nombre des groupes. Il est curieux alors de voir concorder les mois d'évolution pour les classes aînées et moyennes. Les tumeurs de la classe jeune accordent 7 mois de vie de moins. Il faudrait toutefois, croyons-nous, une réduction plus nette pour qu’on puisse affirmer qu’elles sont vraiment plus malignes.

VE METRE FPE RME 20-34 35-64 65-90 Total NOmbDrendescas ee Ce crer 46 528 204 | 788 Survie moyenne -.........0. 31,4 38,6 38,6 mois

gd — ——— L'INFLUENCE DE L’AGE SUR LA SURVIE APRÈS TRAITEMENT DU CANCER.

Nous avons vu l'intérêt que peut avoir l'étude de la durée naturelle d'évolution du cancer non traité pour l'estimation de la malignité. La recherche de la survie accordée par un cancer

traité donne, en plus, la possibilité d'apprécier la valeur de l’intervention et elle a attiré pour cela un grand nombre de cliniciens. C’est les travaux de ceux qui calculent la survie moyenne de leurs patients groupés par classe d’âge qui nous seront utiles et dont nous nous occuperons maintenant.

D. Lewis et W. F. RIENHOFF, étudiant les mastectomies effectuées au John Hopkins Hospital de 1889 à 1931, retiennent 393 cas. Comparant la survie moyenne des différents groupes d'âge, ils constatent qu’elle augmente avec les années. W. E. SISTRUNK et W. C. Mac Carry de la Majo Clinic confirment cette opinion, mais ne disposent que d’un petit lot de 91 cas.

En revanche, l'enquête de U. CoccHi, qui rassemble 237 observations de l’Institut Universitaire de Radiologie de Zurich, ne révèle pas de grosses fluctuations dans les survies des classes d'âge moyen. Les délais les plus courts sont assignés aux patientes de moins de trente ans et de plus de soixante ans. S. WYaARD dresse la liste des cas opérés au Cancer Hospital (S. W.). De 1905 à 1914, il en dénombre 420. Groupés par âge ils se répartissent des sursis assez uniformes.

Quant à C. D. HAAGENSEN et A. P. STOUT, ainsi que F. S. MA- THEWS, qui s'occupent spécialement du sort des moins de trente ans, ils n’estiment pas que les jeunes soient plus handicapés que les vieilles. Pour eux non plus, l’âge ne joue de rôle.

Nous avons procédé alors à la fusion des séries précédentes et nous avons obtenu 1163 cas ainsi distribués:

| | | RS | 20-29 | 30-39 | 40-49 | 00-59 | 60-69 | 70-90 | Total | |

Nombre de cas .| 44 153 350, | 342 | 230 | 44 1163

38,0 mois

Survie moyenne .| 46,3 34,4 42,3 43,7 | 44,7

Le groupe des toutes jeunes jouit ici d’un statut privilégié. Celui des ainées est relativement peu favorable. Le nombre plutôt restreint de leurs représentantes n'offre toutefois pas une garantie suffisante pour ces résultats. Le temps de survie des autres groupes augmente graduellement de trente à soixante-dix ans, mais l'écart entre chaque décade est faible.

Le partage de tout le lot en trois groupes d’âge seulement, amene des résultats qui rappellent ceux obtenus par le temps d'évolution des carcinomes non traités.

NL ON

CREUTN Ne

DULVIÉ, MOVENNE 1. ces 20-39 40-59 60-90 Total NOMDPEEUR. CAS line ee sa 197 692 264 1163 en. 570150 41,9

Il est aisé de constater de nouveau la coïncidence des délais accordés aux classes moyenne et âgée, ainsi que le pronostic légèrement plus mauvais pour la classe jeune, mais qui ne porte que sur un intervalle de 6 mois!

Nous tenons à faire remarquer que la faible différence obtenue entre nos résultats pour carcinomes traités et pour carcinomes non traités ne doit évidemment pas être interprétée comme une démonstration de l’inefficacité du traitement du cancer du sein. Notre documentation comprend des statistiques, en grande partie anciennes, et les techniques d’alors n’avaient de loin pas la valeur des actuelles. D’aütre part, certaines séries ont précisément été enregistrées pour juger des méthodes mauvaises, abandonnées aujourd’hui. C’est parce que notre travail est consacré à un caractère immuable du cancer et non pas aux résultats thérapeutiques modernes, que nous avons réuni les cas de carcinomes du sein traités, sans discernement de méthodes ou d'époque.

L'INFLUENCE DE L’AGE SUR LE NOMBRE DES SURVIVANTES APRÈS 3, 5 ET 10 ANS.

La majorité des cliniciens, s’occupant du carcinome du sein, apprécient le succès de leur thérapeutique en dénombrant après une période déterminée les survivantes à l'intervention.

Le recul de 3 ans, généralement considéré comme insuffisant, est peu utilisé. Il a cependant été adopté, conjointement avec celui de 5 ans, par J. E. LANE-CLAYPON dans un remarquable rapport publié par le Ministère anglais de la Santé. Nous avons réuni le matériel de CABOT, GAGE, OCHSNER, SISTRUNK, BUNTS, CHEYNE, cités par LANE-CLAYPON et nous leur avons adjoint celui de W. A. Evans et T. LeucuTiIA, C. D. HAAGENSEN et A. P. Srour, F. $S.

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