ET LES DAMES DE LA HALLE
Ce fut au milieu d'une consternation à peu près générale que se répandit à Paris, puis dans toute la France, la nouvelle de l'attentat dont avait été victime à la sortie de rOpéra, le soir du 13 février 1820, le duc de Berry, légitime héritier du trône des Bourbons. Dans ce malheur si vivement ressenti, un espoir demeurait cependant au parti royaliste, la duchesse de Berry étant enceinte lorsque son mari tomba sous le poignard de Louvel :
D'un lis, net espoir unique,
Le tronc s'est brisé ;
Mais pendant qu'nous désappointe
L'pus fatal des coups,
\ 'là z'unjeun' bouton qui pointe...
Sus c'te bel!" rosed'Sicile' Il s'est vu grefTer. . .^
Les sentiments d'affliction qui accueillirent la fin tragique du duc de Berry furent peut-être dépassés par l'allégresse populaire qui salua la venue au monde de son fils posthume, le duc de Bordeaux, Y Enfant du Miracle.
1. Caroline-Ferdinancle-Louise do Naples, duchesse de Berry, était la fille du roi des Deux-Siciles, François I"".
2. Relation des Fêtes données pai' la Ville de Paris, et de toutes les cérémonies qui ont eu lieu dans la capitale à l'occasion de la naissance et du baptême de Son Altesse Royale 3/«' le duc de Rordeaux (Paris, Petit, 1822, in-12), p. 13.
Sa naissance, considérée comme une grâce de la Providence, fut célébrée en lyrisme ofliciel par Victor Hugo ^ et Lamartine - :
. .Ainsi fleurit sur les racines Un lis que l'orage a planté.
La poésie populaire chanta, chansonna même l'heureux événement :
Ah Morgue ! Queu nuit, commère, Que c'te belle nuit du vingt-neuf-*'.
Qui nous a fait v'nir sur terre Un beau p'tit Prince tout neuf; L'matin queu joie à la ronde !
Queux chants ! queu bénédiction!
On eût dit que pour tout Tmonde C'était un' résurrection ' .
L'enthousiasme du bon peuple de France fut général et se manifesta longuement au cours des fêtes et cérémonies diverses en l'honneur du duc de Bordeaux ; la curieuse Relation contemporaine déjà citée nous en a conservé le souvenir. « L'artisan, le noble, le bourgeois retournent chez eux en répétant de joyeux refrains sur la naissance miraculeuse du royal enfant ... et sur les vertus de cette famille des Bourbons qui ne respire que pour le peuple et que l'on peut vraiment appeler la première des familles françaises ^. »
1. Ode sur la naissance de S.A.R. Mgr le duc de Bordeaux (1820).
2. La naissance du duc de Bordeaux (en édition originale dans Méditations poétiques, 9^ édition, 1823).