‹ A propos de la naissance du duc de BordeauxChapitre 6 sur 9 · Tous leurs · texte numérisé non relu

Tous leurs

7. Le berceau fut plus digne de l'enfant. Ce sont des épouses, des mères, des françoises qui déposent à vos pieds le fruit (?)...

8. Comme épouses, elles ont ressenti votre douleur ; comme mères, elles éprouvent votre joie ; comme françoises, elles partagent votre espérance.

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lieu de me choisir pour leur interprète, eussent ellesmêmes offert leurs vœuds à Votre Altesse Royale. J'aurois perdu sans doute un honneur à jamais regretable \ mais vous auriez entendu dans son inappréciable naïveté l'expression populaire de l'amour et de la fidélité des françoispour le sang de ses Rois. Ces Dames parlent la langue dans laquelle Jeanne d'Albret chanta la chanso^ béarnoise lorsqu'elle ressentit les premières douleurs qui annonçoient la naissance du Béarnois. Quelle langue convenoit mieux à la présente circonstance ? Malheureusement, je ne sais que trois mots delà langue maternelle d'Henri IV. Mais ils seront compris de Votre Altesse Royale et de tous les François : Viva lou'~ Rey !

Leur démarche ainsi brillamment exposée, les déléguées des halles bordelaises prirent le coche pour Paris. Ces dames y accomplirent leur mission et remportèrent de la Cour et des obligeances particulières de M. de Chateaubriand un souvenir tendrement ému, avec une belle médaille commémorative. Leur interprète habituel, Edmond Géraud, écrivit :

A Monsieur le Vicomte de Chateaubriand.

Monsieur le Vicomte, En me chargeant de vous apprendre leur retour dans notre bonne ^'ille, les Dames de la halle de Bordeaux me fournissent l'occasion de vous exprimer toute ma reconnaissance pour l'obligeante lettre que vous avez bien voulu mécrire. Je m'en trouve, s'il est possible, encore plus touché qu'honoré , et celte lettre, tout entière tracée de la main à qui nous devons le Gévie du

i. Pour moi.

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Christiiinistnc, restera dans ma famille comme un ^ag"e des sentiments qui, seuls, m'ont attiré votre attention.

Nos excellents compatriotes, et surtout la Dame Anniche Duranlon, ne peuvent assez se louer, Monsieur le ^ icomte, de l'accueil plein de grâce et d'affabilité qu'elles ont reçu de vous. Le souvenir que ces Dames en conservent ne saurait se comparer qu'au sentiment de reconnaissance et d'amour dont les a pénétrées la bienveillante réception du Roi et des Princes. Ces Dames sont revenues de Paris dans un état d'enthousiasme qu'elles ont su rendre contagieux pour tout ce qui les approche. Leur vive satisfaction, leurs récits animés et pittoresques, mais surtout la vue de cette médaille dont on a eu l'heureuse idée de les décorer ont singulièrement exalté le dévoûment de ce peuple pour l'auguste famille des Bourbons.

Anniche est venue me prier de vous faire savoir que le jour où nous apprîmes la bienheureuse nouvelle de la naissance d'un duc de Bordeaux, plus de deux mille personnes ont voulu baiser cette médaille qu'elle porte constamment attachée sur son cœur. Elle a mené la danse dans les marchés, autour des effigies de nos Princes ; et nos Dames de la halle doivent incessamment faire chanter un le Deum, pour remercier le Ciel de cet enfant si désiré qu'il daigne accorder à tous.

Au milieu de tant de joie, Anniche se reproche pourtant de n'avoir pas suivi vos conseils : elle ne se console pas d'avoir quitté Pains avant les couches de l'auguste Veuve, et ses regrets vous intéresseraient sans doute par la vérité de leur expression, mais, d'un autre côté, j'ose vous assurer que le retour de ces Dames parmi nous a été un admirable prélude à la nouvelle de l'accouchement. Leur arrivée est devenue une sorte d'événement populaire, dont les royalistes ont su tirer le plus grand parti. Nous aurions tous bien ardemment désiré, Monsieur le Vicomte, que vous seul eussiezconduit cette députation aux pieds de Sa Majesté : c'eût été pour vous une occasion nouvelle de proférer quelques-unes de ces paroles qui retentissent longtemps, et Dieu sait comme je me serais empressé pour ma part de les répéter et de les répandre. Mais enfin, puisqu'une misérable intrigue de cour paraît vous avoir privé de cette mission qui vous était si bien due, et à laquelle tous les Bordelais vous appelaient d'avance, c'est du moins pour eux un motif de consolation que d'avoir retrouvé dans la franche naïveté d'Anniche le fond de vos pensées et de vos sentimens.

Quant à moi, qui me suis toujours fait j^loire de partager vos doctrines et de les prendre pour règle, je vous conjure, Monsieur le Vicomte, de vouloir bien agréer l'assurance réitérée de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être

Votre très humble et très dévoué serviteur, Edmond Géraud.

P. S. — L'un des membres delà Mairie et de la Députalion de Bordeaux, M. Arnoud, veut bien se charger de vous apporter lui-même cette lettre ; et je ne doute pas qu'un magistrat de la Cilé fidèle ne soit parfaitement accueilli de vous'.

Suscription :

A Monsieur Monsieur le vicomte de Chateaubriand

A Paris

On l'aura remarqué, cette dernière lettre tait une discrète allusion à une « misérable intrigue de cour » qui aurait privé Chateaubriand de l'honneur d'être l'interprète des Dames de la halle. 11 s'est lui-même expliqué sur cet incident et il convient ici, lui laissant le plus possible la parole, de rouvrir les Mémoires d'Outre- Tombe.

«...Mesdames Dasté, Duranton, Aniche m'arrivèrent. Je m'empressai de demander aux gentilshommes de service l'audience d'étiquette. Voilà que M. de Sèze crut qu'un tel honneur lui appartenait de droit : il était dit que je ne réussirais jamais à la cour. Je n'étais pas encore réconcilié avec le ministère, et je ne parus pas digne de la charge d'introducteur de mes humbles ambassadrices. Je me tirai de cette grande négociation comme de coutume, en payant leur dépense.

« Tout cela devint une affaire d'État, le cancan passa dans

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