Celle lettre n'est pas datée
les journaux. Les dames bordelaises en eurent connaissance et m'écrivirent à ce sujet la lettre qui suit :
Bordeaux, le 24 octobre 1820.
Monsieur le Vicomte,
Nous vous devons des remerciements pour la bonté que vous avez eue de mettre aux pieds de Madame la duchesse de Berry notre joie et nos respects : pour cette fois du moins on ne vous aura pas empêché d'être notre interprète. Nous avons appris avec la plus grande peine l'éclat que M. le comte de Sèze a fait dans les journaux; et si nous avons g-ardé le silence, c'est parce que nous avons craint devons faire de la peine. Cependant, Monsieur le Vicomte, personne ne peut mieux que vous rendre hommage à la vérité et tirer d'erreur M. de Sèze sur nos véritables intentions pour le choix d'un introducteur chez Son Altesse Royale. Nous vous offrons de déclarer dans un journal à votre choix tout ce qui s'est passé ; et comme personne n'avait le droit de nous choisir un guide, que jusqu'au dernier moment nous nous étions flattées que vous seriez ce guide, ce que nous déclarerons à cet égard fei'ait nécessairement taire tout le monde.
Voilà à quoi nous sommes décidées, Monsieur le Vicomte, mais nous avons cru qu'il était de notre devoir de ne rien faire sans votre agrément. Comptez que ce serait de grand cœur que nous publierions les bons procédés que vous avez eus pour tout le monde au sujet de notre présentation. Si nous sommes la cause du mal, nous voilà prêtes à le réparer.
Nous sommes et nous serons toujours de vous, Monsieur le Vicomte, Les très-humbles et très-respectueuses servantes, Femmes Dasté, Duranton, Aniche'.
« Je répondis à ces généreuses dames qui ressemblaient si peu aux grandes dames :
1. Il est bien à présumer que c'est Edmond Géraud qui, continuant ses bons offices, se sera chargé de rédiger les termes de cette lettre au nom de ses humbles signataires, certainement fort illettrées. Un esprit méchant noterait aussi que, seule, cette lettre publiée par Chateaubriand manque à notre dossier. . . — Cf. aussi : Correspondance générale de Chateaubriand, édit. L. Thomas. Paris, Champion, t. 11, p. 79.
Je vous remercie bien, mes chères Dames, de TofFre que vous me faites de publier dans un journal tout ce qui s'est passé relativement à M. de Sèze. Vous êtes d'excellentes royalistes, et moi aussi je suis un bon royaliste : nous devons nous souvenir avant tout que M. de Sèze est un homme respectable et qu'il a été le défenseur de notre roi. Cette belle action n'est point effacée par un petit mouvement de vanité. Ainsi gardons le silence : il me suffit de votre bon témoignage auprès de vos amis. Je vous ai déjà remerciées de vos excellents fruits : Madame de Chateaubriand et moi nous mangeons tous les jours vos marrons en parlant de vous.
A présent, permettez à votre hôte de vous embrasser. Ma femme vous dit mille choses, et moi je suis
Votre serviteur et ami, Chateaubriand.
Paris, 2 novembre 1826.
Mais qui pense aujourd'hui à ces futiles débats^ ?
Il serait téméraire de conjecturer davantage, d'après cette correspondance, des rapports qu'eurent, par la suite, Chateaubriand et les harengères de Bordeaux : ils furent toujours de la plus grande cordialité. Tous ceux — toutes celles qui avaient approché le grand homme subissaient son attrait immédiat : ces dames, Aniche Duranton « surtout » (le mot d'Edmond Géraud est presque un aveu), n'y sont pas restées insensibles. Plus tard, ce fut le tour de M™" Dasté. Et voici une lettre où l'humble correspondante de Chateaubriand, en même temps quelle lui adresse un dernier remerciement, paraît soucieuse de revendiquer l'initiative de la démarche dictée spontanément à ces dames par leur fidèle attachement aux Bourbons :
Bordeaux, le 12 novembre 1820,
Monsieur le Vicomte,
La fausse construction de ma lettre, ainsi qu'une souscription répétée par les journaux de Bordeaux pour faire un couvrepied à S. A. K. Mgr le duc de Bordeaux vous ont fait penser à noire