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de Boulanger ou de Drumont, pourvu qu’on leur promît de débarrasser bien vite le pays d’un régime détesté (1). Quand des prêtres se rencontrent et se demandent des nouvelles de leurs paroisses, ils ne se disent pas : « Combien avez-vous de familles pratiquant les vertus chrétiennes ? » Ils disent : « Combien d’électeurs bien pensants avez-vous? » Or, Vélecteur bien pensant est celui qui pense le moins possible, ou dont les pensées sont des
(1) La République, après 1870, a eu pour l'Eglise Romaine des prévenances qu'aucun autre gouvernement n’a eues, Au lieu d’être reconnaissante, la majoritése laissa entraîner par les violents du genre de Myr Freppel, et le paysse vit, en 1873, sillonné de pèlerinages provocants qui se rendaient à Paray-le- Monial au cri de : Sauvez Rome et la France au nom du Sacré-Cœur !
« Quand on songe, dit M. Chaine, que, de 1871 à 1875, les catholiques étaient les maîtres de tous les postes de l’Etat, depuis celui de Président de la République jusqu’à ceux de garde-champêtre; que l’armée, toujours zélée, des fonctionnaires de tous grades était à leurs ordres, de quelles fautes, de quelles maladresses ne faut-il pas qu'ils aient été coupables, pour s’être faitexpulser,jusqu’audernier, du pouvoir que les circonstances leur avaient donné et dont ils occupaient toutes les avenues ! »
pensées de haine et de fureur contre la République.
« Mais, va-t-on dire, ceci a pu être vrai avant la fameuse intervention de Léon XIII en faveur du ralliement des catholiques à la République, mais ce n’est plus vrai à l'heure actuelle. »
Je réponds que les instructions pontificales n’ont eu aucun résultat sur les dispositions intimes des catholiques.
Léon XIIT fut-il mal compris, trahi par les cléricaux français? Ce serait trop long de examiner ici. Ce qui est sûr, c’est que cette intervention eut un résultat diamétralement opposé à celui que le pape désirait : l’abîme ne fit que s’élargir entre le catholicisme et la démocratie.
Les ralliés, en effet, s'étaient imaginé, avec une naïveté frisant l’inconscience, qu'il leur suffirait d’accepter le mot de République, d’arborer le drapeau tricolore et de souffrir le chant de la Marseillaise, pour que la démocratie leur fit fête et se trouvât très honorée
de les prendre pour chefs. Mais la démocratie
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se montra prudente et pria ces amis inattendus de faire un apprentissage, un noviciat, de donner des preuves de leur attachement.
L’instant d’après, ils avaient disparu. Il serait facile, aujourd’hui, de retrouver le nom de beaucoup de ces républicains d’un jour mêlé aux entreprises les plus louches ou les plus saugrenues contre la République (1).
Les gens qui se réclament bruyamment de leur qualité de catholiques ont sans doute des « vertus surnaturelles » très appréciées de
leurs directeurs spirituels; mais, dans cette
(1) Les défenseurs attitrés de l’Église ne se lassent pas de répéter que la liberté du catholique est illimitée pour tout ce qui n'a pas été défini par le magistère infaillible, et pour tout ce qui ne concerne ni la foi ni les mœurs.
Or, en fait, ces apologistes eux-mêmes sont les tout premiers à agir comme des gens ayant le besoin, la nostalgie de la soumission. Il y a trois ans, se fonda une société dont presque tous les membres étaient des prêtres. Rome, mal informée par des zelanti jaloux, invita les ecclésiastiques à s’en retirer, et motiva sa décision sur les renseignements erronés qu'elle avait reçus. Les prêtres se retirèrent. Il ne vint à aucun d’eux l’idée de dire au cardinal Rampolla : « Votre condamnation est basée sur une erreur de fait. »
LS ONeE
aventure, comme dans beaucoup d’autres, ils ont montré un manque de tenue intellectuelle et morale dont le pays a été profondément impressionné (1).
Ce qui rend la mentalité cléricale si antipathique à la démocratie française, ce n'est pourtant pas qu’elle soit conservatrice et réactionnaire. Cela on le lui pardonnerait, si chez elle les idées réactionnaires étaient le fruit d’une conviction profonde, sincère, vécue. Mais non, les cléricaux français appliquent aux choses de la politique la notion de la foi d'autorité à laquelle ils sont habitués dans les choses religieuses. Ils veulent croire. Ils se félicitent de leur foi aveugle, en font une vertu, et le moment vient où, d’instinct, ils se tournent vers Rome pour en recevoir le mot d'ordre (2).
(1) Sur l’attitude des catholiques français depuis 1870, il faut lire les œuvres des abbés Naudet et Dabry, en particulier: Pourquoi les catholiques ont perdu la bataille? de l’abbé Naudet (Paris, in-18, 1904), et Les Catholiques républicains, par l’abbé Dabry (in-18, Paris, 1905).
(2) Il n’est certes pas aisé de faire un portrait