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pidement épuisée ? Il ne présente aucune uti- 5 lité pratique pour l'interprétation de la nouvelle loi, et ne constitue pas non plus le manifeste d'un parti pour ou contre la séparalion. |
Au moment où parurent les premiers exemplaires, il sembla à plusieurs fort bons juges qu'il manquait de l'élément essentiel du succès.
« La droite, me disait-on, sera furieuse des dures vérités que vous lui prodiguez dans les deux premières parties ; et la gauche, après avoir applaudi ces premières pages, sera furieuse à son tour, en lisant les dernières. »
L'événement a donné tort à ces pessimistes ; et j’en suis plus heureux que je ne saurais le dire, moins à cause de ces pauvres pages qu'à cause de l'indication très nette que cela nous fournitsur l'orientation des esprits dans notre pays. ' Il y a, à droite, des catholiques et des prê-
sur ces documents toute l’attention des lecteurs. Rien n'est plus salutaire en effet que le contact direct de textes dont on n’a pas isolé quelques phrases pour les besoins d’une cause.
tres, bien plus nombreux qu’on ne pense, assez clairvoyants pour ne pas vouloir que leur Eglise devienne une sorte de refuge, à l'usage exclusif de ceux qui se refusent à vivre
de Ja vie de leur siècle (f).
(1) Voici par exemple un entrefilet du journal de J’abbé Naudet (Justice Sociale, 10 mars 1906), montrant combien, dans certains milieux, on est fatigué de l’esclavage que les partis de réaction font peser sur les catholiques français.
Leur proie.
« Comme des chacals qui ont peur que leur proie ne leur échappe, la Libre Parole et d’autres journaux de la même faction commencent à dire que si l’assemblée des évêques se prononce pour l'essai de la loi de Séparation, il ne faudra pas leur obéir, et que si le Pape se prononce dans le même sens il ne faudra pas lui obéir davantage parce qu'il aura été influencé.
« À dire vrai, nous n’attendions pas autre chose de la part de ces journaux.
«€ Hier ils mettaient à la raison les curés, aujourd'hui ils y mettent les évêques, demain ils y mettront le Pape.
« La cause religieuse est un terrain d'exploitation qui leur appartient : les prêtres n'ont rien à y voir!
« Que les catholiques soient exterminés jusqu’au dernier, qu'il n'y ait plus en France une parcelle de
A gauche, une foule d'hommes, parfaitement libérés, mais qui se rappellent d’où ils sont partis, se réjouissent à la vue des efforts de ceux qui se hasardent à faire quelques pas hors des barrières traditionnelles.
« Pourquoi, leur dites-vous, contempler avec tant d'intérêt quelques pas sans but peutêtre, et à coup sûr sans résultat? »
« C’est que ces quelques pas, vous répondent-ils, sont un éveil et une promesse, le prélude d’une époque où les forces politiques, intellectuelles et religieuses de notre pays ne pourront même plus comprendre les hostilités du passé et s’achemineront par des voies différentes vers la réalisation d’un seul et même idéal. »
Mais n’y a-t-1l pas quelque naïveté à prophé-
religion, peu leur importe, pourvu que jusqu’au dernier moment ils aient espéré édifier leur triomphe personnel sur les ruines qu’ils auront faites !
« Siles autorités n’y mettent ordre et si les catholiques n'ouvrent enfin les yeux, ces gens-là ne mettront pas longtemps à faire du catholicisme un objet d'horreur pour tout le pays. »
tiser ainsi la venue de temps nouveaux ? Avonsnous, pour le faire, des raisons qui ne soient pas des raisons sentimentales ?
On va en juger.
La grande majorité des ecclésiastiques et une partie des hommes politiques, se plaçant toujours à un point de vue doctrinal, s’enferment, par là même, dans des forteresses qui peuventleur paraître inexpugnables, mais qui en réalité ne sont que de vastes tombeaux.
Du haut de leurs glacis et de leurs bastions, ils pourront faire peur aux moineaux, défier leurs adversaires, abrités, eux aussi, dans des redoutes presque pareilles. Mais de tout cela il ne résulte à peu près rien.
Telle forteresse du cléricalisme, la notion de l'Église par exemple, pourrait être conquise par les forces anticléricales, ou réciproque-
ment (1), sans que rien fût changé dans la vie
(4) Ce serait le cas, si la notion d’État remplaçait la notion d'Eglise et prenait son caractère absolu. Jésus a dit: « Le sabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat (Marc 11,27) ». Parole admirable de profondeur et de simplicité qui écarte
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du pays : l’inoffensif habitant des plaines serait toujours protégé bon gré mal gré.
On a parlé de doctrines de haine : mais où a-t-on jamais vu des doctrines qui ne soient pas des doctrines de haine ?
La notion même de révélation qui est officiellement celle de la droite, et la notion absolutiste de science qu'ont beaucoup de gens de de la gauche, constituent fatalement une atmosphère d’inintelligence, d’infaillibilisme et de haine.
Mais cette attitude doctrinale, qui est celle de la plupart de nos contemporains, sera-telle toujours la même?
Qui oserait le prétendre, parmi ceux qui voient que la philosophie de l’évolution est en train de pénétrer et de transformer toutes les sciences autour de nous ? :
Et puisque nous nous occupons surtout ici des faits religieux, je puis constater qu'en
moins d’un demi-siècle elle a transformé la
aussi bien l’idée pharisaïique du sabbat que l’idée scolastique de l'Eglise ou la notion absolutiste de PEtat.
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théologie. Des professeurs d’une orthodoxié immaculée font des livres fort savants et, qui plus est, intéressants, sur l’histoire des dogmes (1), ils en suivent l’évolution avecla même maestria qu’un naturaliste nous décrivant l’évolution des espèces. A
Or, comment veut-on que cette nouvelle con ception, à travers laquelle nous considérons tout, puisse être écartée devant certains phénomènes ou certaines questions ? Je sais bien qu'on peut prendre et quitter des lunettes presque sans s’en apercevoir, mais si ces lunettes sont à notre vue, et si les essais faits pour nous en passer ont toujours été malheureux, il est fort probable que nous ne songerons même plus à les quitter.
Ce n’est donc pas prophétiser que de parler des changements que la notion d'évolution apportera dans nos mœurs politiques et religieuses.
Or de ce point de vue l’horizon se rassérène,
(1) Voir par exemple J, Tixeront, professeur à l’Université catholique de Lyon, Histoire des dogmes, 1.1, Théologie anténicéenne, Paris, in-12, 1905.
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Les oppositions les plus irréductibles ne nous apparaissent plus que comme les moments divers d’une crise. La philosophie de l’évolution ne nous apporte pas seulement une méthode scientifique, mais aussi une morale scientifique. Morale qui, bien loin de renverser la morale des églises, la pénètre, la vivifie, la coordonne et la complète.
La morale des églises nous prêche l'amour comme une sorte de vertu héroïque et surnaturelle ; dans la morale évolutionniste l'amour de mon prochain n’est plus un devoir résultant de quelque donnée invérifiable, telle que l'unité de la race humaine : j'aime mon prochain, comme le laboureur aime son champ, et aime surtout le lopin qui lui a donné le plus de peine. Aimer les plus déshérités, les plus disgraciés, les plus arriérés, n’est plus rien de difficile, puisque tous leurs défauts, leurs erreurs ou leurs vices ne sont plus qu’un appel à mon activité. La morale évolutionniste est donc une morale de travail et d'effort. Et elle ne nous oblige pas seulement au labeur
individuel, mais elle fait de nous les collabo-
Vo A TS À
rateurs d’une œuvre infinie. Elle coupe court à toute velléité d’orgueil. Le mal que nous apercevons à côté de nous n’est plus le péché des autres : il est notre péché, la preuve irrécusable de notre paresse et de notre lâcheté.
Il y a un homme qui naguère vit tout cela, et qui le dit avec une simplicité radieuse; un homme à la mémoire duquel j'aurais dédié ces pages, si je ne les avais trouvées HoË peu dignes de lui, Marc Guyau.
C’est dans son « Irréligion de l'Avenir »,— titre sans doute peu exact et malheureux — que la démocratie française ira apprendre que la libération complète des églises n’est pas la négation du sentiment religieux, mais l'avènement d’un sentiment religieux plus pur, plus délicat, plus efficace.
Or, sans le savoir, sans le vouloir, simplement parce que je cherchais à exposer organiquement les faits et à faire œuvre d’histo-
rien, je me suis placé au point de vue de l’é-
volution, qui consiste surtout en une sympathie ardente pour la vie.
On a senti cela, et c’est ainsi, jel’imagine, que
j'ai trouvé écho, communion, amitié chez bien
des hommes dont, à première vue, du moins, 2 ?
je suis fort éloigné. Pourtant notre rencontre
ou nos conversations ne dénotent, ni chez les
uns ni chez les autres, aucune trace de scepti-
cisme, d’éclectisme ou de synchrétisme. Elles
sont, si j’ose parler ainsi, le résultat de notre
bonne santé et la preuve de notre foi.
La publication de la première édition a été comme une sorte de coup de sonde dans la pensée catholique contemporaine.
Je ne puis malheureusement pas songer à publier même une faible partie des lettres que J'ai reçues à cette occasion. IT me suffira de dire que la crise catholique dont je parle a une étendue et une intensité dépassant de beaucoup tout ce que j'avais imaginé. Nous
verrons plus loin de fort bons juges en ces
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matières, les PP. Jésuites de Rome, le proclamer ; mais je désire constater déjà ici le travail profond qui s’accomplit au sein du clergé catholique romain. Assimilation intellectuelle et scientifique, assimilation politique et sociale, il s’essaye à tout avéc un entrain et ün bonheur dont onne saurait guère prévoir les résultats. |
: Parmi les constatations inattendues que j’ai pu faire durant les derniers mois, il en éstune que je désire signaler en quelques mots. On est habitué à considérer le personnel catholique des Universités de l'Etat comme une sorte de pépinière de libéralisme religieux, et il est bien sûr que le catholicisme de nos professeurs de Faculté, quand ils sont catholiques pratiquants, est en général passablement différent de celui des Croix ; cependant j'ai constaté, non sans quelque surprise, qu'on est, dans ces milieux, bien plus conservateur que
dans les Universités catholiques (1). Est-ce
(1) Il va sans dire qu'ici je parle à un point de vue tout à fait général, et je sais bien des Universitaires
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parce que dans ces dernières on souffre davantage des méthodes surannées et qu’on se heurte à chaque instant à quelque obstacle dogmatique ? Je ne sais; mais il me semble bien que le principal effort de rénovation intellectuelle et religieuse partira de ces dernières.
La foi d'autorité a raison quand elle refuse toute concession, si minime soit-elle.
On ne fait pas à la liberté sa part, ni à l'esprit scientifique. |
Non seulement l’histoire, mais l’archéologie elle-même, a été transformée par les méthodes issues de la philosophie de l’évolution : tel religieux était parti pour consacrer sa vie à des fouilles, et avec la pensée de faire plus et mieux que la science laïque. Mais voici qu'avec la brise du soir, Pimmensité du désert lui a apporté une leçon inattendue. Devant des ruines plus grandioses que celles que À pourront laisser derrière elles les basiliques
chrétiennes, il a rêvé de civilisations dispa-
de l'Etat, catholiques décidés, qui sont les chefs du mouvement intellectuel, commencer par M. Edouard Le Roy et M. Fonsegrive.