‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 4 sur 78 · DRE · texte numérisé non relu

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rues, 1l a rêvé de gigantesques cortèges accompagnant quelque victime humaine, venant se faire égorger pour l’honneur de son Dieu; il a rêvé de prêtres trépignant de joie, grisés par ces élans de foi et proclamant que leur culte durerait au siècle des siècles.

Réveillé par la brise du matin, il a repris son labeur avec la pensée que l'humanité, en route depuis si longtemps, sèmera encore bien des ruines surson passage. L'édifice majestueux d'aujourd'hui, ruine de demain, est une étape que nos descendants auront peut-être Pintelligence de signaler à leurs enfants, avec la piété que les pèlerins de Jérusalem mettent à suivre les stations de la Via Crucis.

Le P. Théophile n’a donc point perdu Îla foi, ou du moins ce qu’il appelle la foi. Il est devenu très vieux. Dans ses beaux yeux limpides il n’y a que de l’amour. Je le vis, il y à quelques années, dans les jardins du Vatican, un jour où avait lieu à Saint-Pierre une grande « funzione ». Tout à coup les trompettes d’argent sonnèrent le Tu es Pelrus.

Les vitres de la coupole tressaillaient ; une

confuse clameur montait par bouffées de la basilique. le vieillard s’agenouilla dans la poussière, et, lentement, il récita le TeDeum. Les phrases, à mesure qu'elles venaient sur ses lèvres, prenaient une vie que je ne leur connaissais pas; les chœurs des patriarches, des martyrs et des vierges venaient s’unir à lui pour murmurer à Dieu la faiblesse de l'homme et l’éternel cantique du progrès, de l’amour et de la foi.

Que se passa-t-il en lui? Etait-il en extase, ou avait-1l conscience de ce qu'il disait et de ce qui se passait en lui? Je ne l’ai jamais su.

In le, Domine, speravi, non confundar in æternum (4)! I sembla regarder la Ville, cette Rome dont toutes les cloches répondaient maintenant au bourdon de Saint-Pierre. Ce regard était-il une bénédiction... ou bien étaitille contraire? Etait-il le regard du prophète saluant par delà la civilisation actuelle une

nouvelle civilisation? « Ne méprisons pas,

(1) En vous, Seigneur, j'ai espéré, je ne serai jamais confus.

me dit-il, la vérité d'hier dans les hommes d'hier ; aimons-la, cette vérité d’hier, même dans les hommes d'aujourd'hui, s’ils ne sont - pas arrivés à en conquérir une autre ; et marchôns, avec cette patience et cet amour, vers

la vérité de demain. »

Nombreux sont déjà les prêtres de ce genre; rattachés à l'Eglise d’aujourd’hui par l’éducation, la consécration initiale, l'élan juvénile, et qui vivent, par avance, dans celle de demain. Ils accomplissent des rites dans lesquels ils ne voient déjà plus un but, mais un langage très imparfait, paraboleet balbutiement de réalités à peine entrevues.

De là l’effroi du cléricalisme intégral. Il est conséquent avec lui-même, etilest clairvoyant, lorsqu'il lutte d’instinct contre tout changement, contre tout progrès.

Dans sa conception, le prêtre pense pour ses paroissiens, l’évêque pour ses prêtres, le pape pour ses évêques, ou plutôt il ne pense pas, il garde le dépôt de la foi. Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant, disait Tacite;; en

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parlant d’eux on peut dire: ubi silentium faciunt, fidei unilatem appellant.

Mais la victoire que nous avons remportée.

sur cet esprit est déjà complète, Nous n'avons pas traîné ses représentants en servitude ; nous avons fait mieux: nous les avons amenés à faire effort, à travailler, à se défendre. Tout est gagné, et l'élimination de l'esprit d'autorité est maintenant aussi sûre que l’est, dans le règne de la vie physique, l’atrophie, puis la disparition des organes devenus inutiles.

Dieu est patient, parce qu’il est éternel, dit le vieux proverbe. L'humanité peut avoir la même patience.

Déplorons la folie de la « Bonne Presse » !

mais sachons voir ses résultats généraux et lointains.

Il y a dans nos campagnes des paroisses où .

jamais un journal ne pénétrait, où l’absence de toute curiosité, de tout éveil de l’esprit, était telle que le paysan détournait la tête, si vous lui montriez une photographie, et refu-

sait obstinément de la regarder en disant :

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