ACTE
permis et possible. Ils traitèrent la France en pays conquis.
Tout à coup, le pays s’aperçut qu’une misérable petite feuille, à laquelle, pendant de longues années, on n'avait fait aucune attention, pour laquelle on n'avait eu que pitié et dédain, était en train de conquérir une des premières places dans la presse, par l'importance de son tirage. Dans les pauvres journaux de province qui tirent à quelques centaines d’exemplaires, on n'avait jamais rien vu d'aussi vide, d'aussi vulgaire que la Croix. Visiblement, les rédacteurs s’appliquaient à se mettre au niveau des mentalités les plus frustes, les plus incultes, non pour les amener à un niveau plus élevé, mais pour les flatter. Ce qui fit le succès immense de ce journal, ce ne fut pourtant point cela, ce fut la haine qui coulait à pleins bords dans ces colonnes au haut desquelles était
l’image du Crucifié du Calvaire (1).
(1; Les Assomptionnistes n'ont pas été les seuls à voir dans la moquerie haineuse la meilleure des armes pour combattre leurs adversaires. Le groupe bien plus modéré de l’Action libérale populaire, de
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Une partie du clergé français vit bien le préjudice moral énorme que la Croix allait causer au catholicisme, mais ces clairvoyants étaient une minorité ; ils n’osèrent pas protester trop haut, et sachant que les Assomptionnistes ne pardonnaient pas à leurs contradicteurs, ils gémirent en silence.
Après avoir fait semblant deservir le clergé séculier, les gens de la Croix le domestiquèrent. Ils avaient compris le parti immense qu'ils pourraient tirer des cadres ecclésiastiques concordataires. Toute la hiérarchie catholique, depuis les évêques jusqu'aux plus humbles vicaires et aux enfants de chœur, fut considérée par eux comme leur administration naturelle et gratuite. Bientôt il se trouva ainsi, dans chaque commune de France, cinq ou six personnes pourvoyant la Croix d'abonnés et de nouvelles. « Zélateurs et zélatrices » s’ac-
quittaient de leur mission avec un succès mer-
M. Jacques Piou, adopte la même méthode. Il a publié, pour 4905, un Almanach répandu à profusion. On y verra, d’un coup d'œil, le ton ordinaire de la polémique cléricale,
EMPOR
veilleux, mais bien naturel, si on réfléchit que chacun d’eux connaissait parfaitement son milieu. Passés maîtres dans l’art d'organiser la
réclame (1), les Assomptionnistes arrivèrent
(1) Comme échantillon de leur habileté réclamiste, qu’il me soit permis de reproduire intégralement un article qu’on peut lire à la première page de la Croix du 7 février 1906.