‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 32 sur 78 · MORE · texte numérisé non relu

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politique parfait, un corps de fonctionnaires irréprochables, la démocratie française n’en voudrait pas, parce qu’à tort ou à raison elle veut se diriger elle-même, vivre sa vie. Elle n’ignore pas que l’entreprise est rude, le succès incertain, mais cette volonté est devenue chez elle un instinct, contre lequel elle ne saurait réagir.

La démocratie se dédira-t-elle, rebroussera-t-elle? C’est comme si l’on demandait au jeune homme qui, dans la force et la fierté de ses vingt ans, a quitté la maison paternelle, s'il pourra jamais redevenir un petit garçon

bien obéissant.

Cette tendance qu'ont les cléricaux français de s'inspirer, dans leur conduite politique, des conseils de l’autorité ecclésiastique, n’a pas seulement pour résultat de les isoler du reste de la nation, elle leur cause un autre préjudice presque aussi grave : habitués à la

soumission, ils ne peuvent pas comprendre

chez les autres une attitude différente. L'impérieux besoin qu'a le républicain de son autonomie civique n’est pas seulement pour le clérical un sujet d’étonnement et de scandale, c’est une impossibilité. C’est un miracle ; et lui, qui croit à Lourdes et à la Salette, devient, devant ce phénomène, d’une incrédulité que rien ne peut vaincre. Vous êtes en conversation avec lui; vous lui exposez tranquillement votre point de vue; tout à coup il vous arrête brusquement : « Pourquoi avez-vous cette opinion ? » Vous vous efforcez alors de lui exposer vos arguments, de lui raconter la genèse de votre propre pensée. Peine perdue, il ne vous écoute pas; mais, s’il est intime avec vous, il vous saisira les deux mains et s’écriera sur un ton d’affectueux reproche :

« Voyons, mon bon ami, ne cherchez pas à m'en faire accroire, je vois que vous savez très bien votre leçon, mais de grâce avouezmoile mot d'ordre. Nous sommes mieux renseignés que vous ne croyez. Nous savons que les loges et les arrière-loges ont leur plan. »

Toutes les dénégations que vous pourrez

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lui opposer ne serviront de rien. Tout homme qui n’est pas clérical appartient, pour lui, à quelque ténébreuse secte révolutionnaire, où le mensonge est un devoir. Votre parole n’est pour lui d'aucun poids.

Une mentalité de ce genre coupe tous les” ponts, et empêche toute conversation suivie avec ceux qui en sont atteints.

Là est, je crois, une des raisons les plus profondes de la crise actuelle, ce qui en fait l'importance et la nouveauté.

Mais à côté de ces motifs, empruntés à l’évolution même de la pensée démocratique arrivant à sa majorité, il y a eu d’autres causes qui ont précipité les événements.

En 1882, sous le ministère de Jules Ferry, la France avait donné un avertissement à l'Eglise. Peut-être les catholiques auraient-ils alors agi sagement, si au lieu de faire des cérémonies d’expiation et de voir l'intervention miraculeuse du bon Dieu dans la mort de quelques commissaires de police ou dequelques huissiers, obligés d’instrumenter contre les

couvents, ils eussent essayé de comprendre

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les mesures qui leur causaient tant d’émoi.

Mais non, les congrégations crurent à un accès de colère, à peu près comme l’homme qui, constatant une saute barométrique, ne songerait même pas à y chercher une indication pratique. Chassées par la porte, les congrégations revinrent par les fenêtres, par toutes à la fois! Elles pullulèrent, achetèrent des champs, des maisons, créèrent des ateliers.

Tout d’abord, cela s'était fait avec quelque hésitation, on ménageait quelques apparences ; mais dix ans après, les moines avaient tout oublié : non seulement ils allaient et venaient en toute liberté, mais ils prenaient des attitudes de vainqueurs et mettaient une sorte de coquetterie à braver l’opinion publique.

Les plus hardis dans cette voie furent les Pères Augustins de l’Assomption ou Assomptionnistes. La lassitude manifeste et l’indifférence avec lesquelles la France, vers 1890, accueillait les formules stéréotypées de l’anticléricalisme vulgaire leur fitillusion. Ils crurent

que l'heure était venue, que tout leur serait

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