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Vers 1896, le cri célèbre de Gambetta : «le
cléricalisme, voilà l’ennemi! » était bien ou-
Le P. Reynaud aurait bien mieux fait de nous donner purement et simplement les paroles prononcées par l’orateur. Chacun aurait pu de cette façon se faire une opinion.
Ce qui est vrai, c’est que, dans l'ivresse du verbe, le P. Didon avait, avec son impérieux génie, déclaré à la France laïque quel était l'idéal de la France catholique. Se rendant parfaitement compte de l’invincible répulsion qu'inspirait au pays le catholicisme des Jésuites et des Assomptionnistes, il claironna un appel destiné à rallier autour du drapeau de la France catholique la bourgeoisie militaire et financière.
L'accueil fait à ces flots d’éloquence très réelle montra que la démocratie française n’est pas disposée à se laisser entraîner vers cette sorte d'impérialisme que certains soldats, prêtres et commerçants des Etats-Unis d'Amérique, mettent à la mode.
Voici quelques-unes des paroles prononcées par le P. Didon ; je les emprunte au Bulletin de l’Union pour l'Action morale, 1°" août 1898, p. 397.
CHARTE lorsque la persuasion a échoué, lorsque l'amour a été impuissant, il faut s’armer de la force coercitive, brandir le glaive, terroriser, sévir, frapper ; il faut imposer la justice. L'emploi de la force, en cette conjoncture, n'est pas seulement licite et légitime, il est obligatoire ; et la force ainsi employée n’est plus une puissance brutale : elle devient énergie bienfaisante et sainte.
« L'art suprême du gouvernement est de savoir
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blié, En 1898, il s'imposait, avec plus de force que jamais, au souvenir et aux réflexions de la démocratie. Elle venait de mesurer avec stupeur les redoutables crises qu’une minorité, en apparence négligeable, peut déchaïîner sur un pays, si elle est audacieuse, bien disciplinée et si elle fait appel aux passions religieuses.
Il y eut alors, dans l'élite intellectuelle et politique de la France, un mouvement profond. Une foule d'hommes parfaitement étrangers aux divisions religieuses, qui jusqu'alors n’ayaient pas eu plus de sympathie pour l’anticléricalisme que pour le cléricalisme, sccouèrent leur indifférence. L'Eglise leur était apparue tout à coup comme le génie de la
réaction, comme une puissance rusée et hy-
l’heure exacte où la tolérance devient de la complicité. Malheur à ceux qui masquent leur faiblesse criminelle derrière une insuffisante légalité, à ceux qui laissent le glaive s’'émousser, à ceux dont la bonté tourne en débonnaireté : le pays, livré à toutes les angoisses, les rejettera flétris, pour n'avoir pas su vouloir — même au prix du sang — le défendre et le sauver. »
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pocrite, qui, sous couleur d'indiquer aux simples le chemin du paradis, les enrégimente pour les jeter brusquement au milieu de la mêlée politique.
Dans tout ce qui précède j'ai parlé de lEglise et du cléricalisme, à peu près comme st ces deux mots étaient synonymes. Je sais bien qu'ils ne le sont pas, mais parlant en historien qui voit des faits, je suis bien obligé de constater que, pratiquement, le citoyen français de l’heure actuelle ne peut pas ne pas confondre l’Eglise avec le cléricalisme.
Le cléricalisme s'étant inféodé à l'Eglise, et l'Eglise avant accepté cet hommage, les défaites, chaque jour plus terribles, du cléricalisme sont devenues les défaites de l'Eglise, et tout le terrain conquis par la démocratie
semble l'avoir été sur l'Eglise.
À ceux qui ont eu la bonté de me suivre jusqu'ici doit s'imposer la conviction que la séparation de l'Eglise et de l'Etat n’est plus
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à faire, elle est faite. Le parlement français, en la votant, constate simplement une situation déjà existante, et cherche un modus vivendi qui lui corresponde (1).
(1) Les premiers projets proposés à la Chambre des députés étaient conçus dans un esprit bien moins libéral. Ils étaient l'œuvre d’une minorité qui aurait voulu faire de la loi un instrument, propre à aider à l'élimination du catholicisme en France.
Comment de ces projets primitifs est-on arrivé à une loi qui, si elle est loyalement acceptée et observée, pourra assurer une liberté religieuse que la France n’a jamais connue et une indépendance des Eglises et de l'Etat qui n’existe dans aucun autre pays ?
Simplement par les efforts des hommes de bonne volonté qui au lieu de crier aux auteurs des premiers projets : « Tyrans, voleurs, assassins ! » ont discuté posément, tranquillement, en citoyens respectueux des convictions des autres. Le succès des efforts ainsi tentés fait le plus grand honneur au régime parlementaire. La Commission parlementaire a donué audience à tous les corps età toutes les personnalités qui ont demandé à être entendus. C’est ainsi que l'introduction des délégations protestantes a pu suggérer de notables améliorations.
I] est bien évident que des délégations catholiques auraient pu obtenir bien davantage, si, de ce côté, on avait daigné intervenir dans la préparation de la loi.
Un homme qui sans être ni député, ni sénateur,
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De là vient la tournure calme et pacifique qu'a prise ce grand débat. Si le parlement eût précédé l’opinion publique, elle se serait émue, agitée; mais non, elle a simplement suivi avec une tranquille attention ces discussions où se posait une des questions les plus solennelles que la conscience française ait eu à trancher depuis 1789.
La séparation de PEglise et de l'Etat, comprise comme le parlement l’a comprise, c’est plus qu’un changement de dynastie ou de forme gouvernementale, c’est la clôture d’une époque historique et l'orientation vers des
horizons nouveaux.
a été un des collaborateurs les plus efficaces de la loi nouvelle, est M. Raoul Allier, professeur de l’Université de Paris.
Les articles qu'il publiait chaque semaine dans de Siècle s'imposèrent bien vite à l’attention du Parlement, à la fois par leur sagesse, leur modération, leur sincérité et leur connaissance extraordinaire des choses religieuses. Ils ont été réunis en deux volumes: t.1, La Séparation des Eglises et de l'Etat, in- 18 de xxiv et 576 pages (6 francs) ; t. 11, La Séparation au Sénat, in-18 de 294 pages (4 francs), édités par les Cahiers de la Quinzaine, 8, rue de la Sorbonne, Paris V,
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Ce n’est pas ici le lieu de dire l’accueil qu’a fait la France à la loi, telle qu’elle est sortie des délibérations de la Chambre des Députés.
Bien des gens se sont étonnés que la démocratie ait appris ce vote sans de bruyantes démonstrations d'enthousiasme. Mais cette tranquillité s'explique très naturellement, si on tient compte de ce qui a été dit plus haut :
jamais loi n’avait été votée dans des conditions plus normales. Les spectateurs lointains ou distraits, en voyant la démocratie arrivée à un point où ils ne la soupçonnaient pas, ont pu croire à une victoire inattendue, inespérée de sa part; mais ceux qui suivent son évolution n’ont pas pu être victimes de cette illusion.
Dans le camp clérical, personne ne semble avoir songé à étudier la loi tranquillement, objectivement, à en calculer l’origine et la portée. Avec leur mentalité de méchants collégiens, les uns ont poussé des hurlements de douleur en criant: « C’est injuste! c’est une loi de persécution ! » Les autres ont
levé les épaules et, s’efforçant de sourire, ont
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dit : « Votre loi est une faillite, une capitulation ! Après nous avoir bien menacés, vous avez eu peur de nous (1). »
Hurlements et sourires manquent également de sincérité et de sérieux (2).
(4) Voir par exemple, dans le Figaro du 3 juillet, l’article de M. A. De Mun, de l’Académie française, intitulé : La mort de la Séparation.
(2) Cette parole est dure, mais j'ai le regret, enla relisant, de ne pouvoirla retirer. Depuis queces lignes ont été écrites, les chefs les plus en vue du parti clérical ont comme pris à tâche d’en prouver l’exactitude. M. de Mun, le tout premier, oubliant les paroles qu’il écrivait il y a six mois et que je viens de citer, à propos de la même loi de séparation, et sans qu'aucune modification y ait été apportée, — a repris la plume, et dans un article intitulé « Consummatum est » il déclare qu’un « grand crime » aux « conséquences incalculables » vient d'être commis (Croix du 8 déc. 1905).
« Ce n’est qu’un changement de tactique », me dira-t-on, et on aura raison ; mais ce mot même de tactique caractérise l’éternelle attitude du parti clérical. I] ne songe même pas à influer sur l’évolution | politique du pays, il assiste à cette évolution, tantôt en spectateur, tantôt en ennemi hypnotisé par le rêve de la conquête du pouvoir.
M. de Mun et les siens n’ont pas plus songé à étudier la loi d’un point de vue religieux élevé que du point de vue de l’évolution politique de la France.